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mardi 7 mars 2017

Moonlight de Barry Jenkins

Chiron vit seul avec sa mère à Miami. Un beau jour, Juan le trouve enfermé dans une maison de dealers dans laquelle il s'est barricadé pour échapper à ceux qui le harcèlent. C'est le début d'une belle amitié entre cet enfant, ce dealer et sa compagne Teresa. La maison de Juan, puis l'appartement de Teresa permettent à Chiron de fuir son quotidien au côté d'une mère toxico et prostituée et d'oublier les harcèlements dont il fait l'objet à l'école. 
J'ai été étonnée que ce film ait obtenu l'Oscar du meilleur film, tant il ne ressemble pas aux films qui reçoivent cette distinction d'habitude. Je craignais le pathos, la sur-performance d'acteur; or ce film est tout en délicatesse, avec trois acteurs épatants dans le rôle de Chiron, j'ai aussi beaucoup aimé Mahershala Ali qui joue Juan. J'ai l'impression que le film évite les clichés, autant sur la communauté noire que sur l'homosexualité et il nous offre d'ailleurs une belle scène pudique mais non dénuée d'émotion. C'est un film qui évite aussi le manichéisme, les bons peuvent être dealers, les mère toxicomanes savent exprimer leurs regrets. 
Sorti le 1er février 2017. Il m'a fallu l'avis d'Attila pour me convaincre d'aller voir ce film oscarisé et il a sans doute fallu l'Oacr pour qu'il passe dans le cinéma près de chez moi en VO.

A conseiller à ceux qui aiment les films tout en finesse sur des sujets délicats.
Merci à N. et B. pour cette séance  dominicale. 




dimanche 5 février 2017

Trois jours et une vie de Pierre Lemaître (lu par Philippe Torreton)

En 1999, juste avant Noël, Antoine est un jeune adolescent soucieux. Il vit seul avec sa mère et ne voit que très peu son père qui a refait sa vie en Allemagne; il est amoureux d'Emilie qui semble hésiter entre lui et Théo, son rival. Lorsqu'il voit le voisin tuer son propre chien dont il se sent proche, la colère le submerge et lui fait commettre l'irréparable. Il s'en prend alors à Rémi, son voisin de six ans. Celui-ci meurt sur le coup. Antoine va tenter de passer entre les mailles du filet judiciaire.

Je ne sais si ce livre m'aurait autant plu en format papier, ni même s'il m'aurait plu tout court et pourtant, je frise le coup de cœur avec cette écoute et la lecture de Philippe Torreton n'y est pas pour rien. Il a su mettre une touche de gravité sans virer à la voix mélodramatique et lit vraiment ce texte à la perfection. Je n'avais pas envie d'un livre trop pesant, c'est plutôt ce que je fuis en ce moment mais ce roman bel et bien pesant a su me toucher. Antoine a beau avoir commis un meurtre, même si c'est un homicide involontaire, le lecteur souhaite qu'il s'en sorte. Tout me semble réussi dans ce court roman: l'étau qui se resserre, la description du village de campagne et des liens qui unissent les adultes comme les enfants et cette peur d'être découvert qui ronge tout. Les personnages secondaires ne sont pas négligés et le rebondissement final qui se centre sur un personnage qui nous semblait antipathique est à la fois réussi et touchant. Je ne suis pas certaine que l'entretien du lecteur conduit par l'auteur soit une excellente idée car cela n'apporte pas grand chose. 

Date de parution : 
08 Juin 2016
Durée : 
6h21- Vous pouvez en écouter un extrait ici



A conseiller aux amateurs de romans noirs. 
Merci à Audiolib. Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017. 




mardi 5 avril 2016

Je suis en vie et tu ne m'entends pas de Daniel Arsand

Avant-guerre, au début de la guerre, il les avait en quelque sorte déclassés par ses moeurs (d'eux, les gens normaux, disait-on qu'ils avaient des moeurs? Ils couchaient, ils aimaient, ils se mariaient, ils engendraient surtout, mais ils n'avaient pas de moeurs).

Klaus est allemand. Pendant quatre ans, il a vécu à Buchenwald. Survécu plutôt bien sûr, ce n'est que bien plus tard qu'il pourra revivre. Il retrouve Leipzig et le foyer familial, ce frère qui semble le détester et ces parents qui espèrent que Klaus est enfin sorti de la mauvaise passe dans laquelle il se trouvait avant Buchenwald. Du camp, ils ne veulent rien savoir, de son homosexualité non plus. Très vite, Klaus sent qu'il lui faut partir et c'est en France qu'il pourra enfin refaire sa vie. 

Je diviserais ce roman en deux parties : celle du retour de Klaus et celle du reste de sa vie. La première partie est magnifique. Les phrases vont droit au but et elles nous atteignent. Difficile parfois de transcrire le manque de communication entre les personnages mais Daniel Arsand y parvient très bien. Il décrit ce manque de curiosité pour la vie dans les camps, ou plutôt ce désir de ne pas savoir ce que les proches ont vécu, sans doute pour ne pas connaître la mesure des horreurs dont sont capables les hommes. 

Tout le monde avait vécu des sales moments, Klaus, sans doute, n'avait pas à s'en attribuer la palme, la plupart n'en faisait pas tout un plat, tous les malheurs étaient respectables, on le lui envoyait en plein visage. 

Parlons-en de la respectabilité. Au retour des camps, les malheurs ne se valaient pas et cette inégalité de traitement a duré pendant des décennies. On ne voulait pas des internés homosexuels lors des événements de commémoration liés au camps. Les juifs, les prisonniers politiques oui, les homosexuels, non. Ils ne furent pas indemnisés. Leurs souffrances furent niées. 

Qu'on sache ce que c'était être pédé à Buchenwald, et pas gay, pédé car "pédé" porte en lui tous les coups reçus, les crachats, la haine assénée, gay, c'est si gentil, plein d'illusions...

Je ne peux que vous recommander ce roman mais si je trouve la deuxième partie un peu longue. 

Mars, 2016 / 272 pages


Merci à la librairie Dialogues. Clara est emballée.
A conseiller à tous, même ceux qui comme moi, saturent parfois un peu avec ce sujet (oui, j'ose le dire). 




mardi 8 mars 2016

La grande course de Flanagan de Tom Mc Nab

Tout coureur, quelles que fussent ses aptitudes, émettait une affirmation personnelle, à chaque fois qu'il courait. Me voici, disait-il. Voici ce que je fais. Je cours. C'est ce qui me rend différent. 

 J'aime beaucoup cette phrase parce qu'au contraire, moi, j'ai eu l'impression que de commencer à courir gommait une différence avec des gens que j'aimais.
 J'ai entendu parler de ce roman il y a un an tout au plus. Comme la blogosphère regorge de coureuses, elles étaient nombreuses à l'avoir lu ou à le découvrir et les avis étaient unanimes. Oui mais voilà, moi, je ne courais pas encore et donc, je pensais bêtement qu'il n'était pas fait pour moi. Entre temps, j'ai acheté deux paires de chaussures de running, un haut, deux bas (dont un bas style legging, je ne sais pas si je me suis tout à fait remise de cet achat) et je me suis dit qu'il était temps de lire ce roman. 

 Elles l'ont toutes dit avant moi, les amoureuses de ce roman, et vous pouvez les croire, nul besoin de courir pour apprécier cette épopée à travers les Etats-Unis. Nul besoin d'aimer les Etats-Unis non plus parce que vous suivrez le parcours d'un mexicain qui court pour sauver son village, d'un Lord anglais, d'un écossais qui n'avait plus d'emploi. Il faudra juste que vous croyez un peu en la nature humaine parce que tous ces coureurs vont s'entraider et vivre cette course de 5000 kilomètres comme un seul homme ou presque. On transpire, on souffre avec eux mais surtout on s'y attache. C'est un peu ce qu'on appelle un roman "feel good" je suppose mais il n'est pas que ça. C'est aussi une chronique sociale des années trente. Pour un premier roman, c'est une réussite. Et puis franchement, ce moment où Doc récite par coeur  Huckleberry Finn dans des moments de solidarité incroyable avec Hugh, le coureur écossais, c'est un grand moment. L'invention du mp3 vivant en quelque sorte. Il faut penser que ce roman nous plonge dans une époque on l'on n'avait pas encore inscrit au règlement l'interdiction de prendre des substances dopantes. J'ai assez nettement préféré le début et la fin au milieu, parce que les moments où les participants font des activités annexes pour gagner l'argent nécessaire au déroulement de la course n'est sans doute pas ce que j'attends du sport.
 Ce roman fut inspiré par le Derby Bunion qui en 1928 suivit le même itinéraire. L'auteur, ancien athlète et coach sportif, fut conseiller sur le film Les chariots de feu
A sauts et à gambades dit de ce roman que c'est la version optimiste des Raisins de la colère et j'aime beaucoup cette idée. Le billet de Sandrine m'avait tentée. 

Publié en 1981 aux Etats-Unis. 

A conseiller à tous si vous avez un peu de temps (il fait plus de 600 pages).
Merci à Galéa pour ce très beau cadeau d'anniversaire (et lisez ce qu'elle écrivait de ce roman). 

mardi 23 février 2016

Les âmes et les enfants d'abord d'Isabelle Desesquelles

J'arpente Venise l'insondable, ses infinis où revenir. Venise ressemble à ces voeux que l'on fait depuis l'enfance. A un moment, qu'importe le voeu, seul compte de vouloir encore le faire, ne pas oublier ce qu'on a voulu le plus. 


C'est à Venise que commence ce récit car c'est là que la narratrice croise une déshéritée qui la hantera et qui s'incarnera dans chaque déshérité qu'elle croisera dans les années à venir. Dans ces adolescentes qui font les poches des touristes allemands, dans cet homme posté chaque matin devant la boulangerie, à la fois si familier et si différent de nous. Parce que cette narratrice, bien sûr, c'est moi et très probablement, vous. 
J'ai ouvert ce livre et j'y ai trouvé un écho aux réflexions qui avaient suivi ma lecture d'Evangile pour un gueux. Nous sommes tous confrontés à la pauvreté ; nous lisons tous des livres, regardons des films qui dénoncent l'indifférence face à cette pauvreté. Nous nous indignons et vient le moment où l'introspection est nécessaire. Mais que fais-je, moi, pour changer ça? Et si on est honnête, très souvent, la réponse est rien. Bien sûr, on donne parfois quelques pièces pour faire face à des regards implorants, on fait l'effort de regarder, de se rappeler qu'on a affaire à une personne, et puis surtout, on inculque à nos enfants qu'ils sont comme nous, ces pauvres gens. Ils n'ont pas eu de chance dans la vie, ils sont nés au mauvais endroit sans doute. Et ça, c'est notre fierté, on ne change pas le quotidien de ces gens mais on inculque la tolérance à nos enfants. Bon, parfois, on se dit que quand-même, on aimerait bien que ceux qu'on aide fasse bon usage de notre argent : qu'il s'achète du  salé et non du sucré parce que quand-même, le but, c'est de survivre, pas de se faire plaisir! Et puis, entre le touriste allemand et la roumaine qui lui fait les poches, notre choix est vite fait tout de même! 

Ce constat est le mien, le vôtre sans doute et celui de la narratrice. On fait du mieux qu'on peut, finalement ce mieux est moins qu'une goutte d'eau dans un océan. On apprend à vivre avec ce rien qui pèse lourd sur la conscience. Je suis loin d'être la première à parler de ce texte avec enthousiasme, Yv, Mirontaine, Martine et Miscellanées l'ont fait avant moi. Isabelle Desesquelles écrit ce que nous pensons si nous décidons d'être honnête mais elle écrit comme nous serions incapable de le faire. Ce récit  n'est pas un jugement, c'est un constat. Mais ça fait mal. 

Publié chez Belfond en Janvier 2016- 10 € - 96 p.


dimanche 17 janvier 2016

Et si on parlait de Charlie Chaplin?

Je ne suis pas une fan de Charlie Chaplin. Enfant, ses films en noir et blanc censés faire rire ne m'arrachaient pas un rictus. Je trouvais Charlot loin d'être toujours sympathique. Et puis les gags des films muets me faisaient rarement rire. Charlot ne me fait toujours pas rire, Charlie Chaplin non plus. Mais j'ai appris à apprécier son talent, celui d'un observateur de son époque. J'aime Charlot quand il m'émeut, j'aime Charlie Chaplin parce qu'il critique la société avec une certaine tendresse. Quand j'ai découvert que Peter Ackroyd dont j'ai adoré la biographie sur Shakespeare se penchait sur la vie et l'oeuvre de l'artiste, je n'ai pas pu résister. 

Avant de parler du sujet, parlons de l'auteur. Lire une biographie écrite par Peter Ackroyd, c'est être assuré de ne pas entrer dans le trash ou les infos people. C'est au contraire lire une analyse fouillée du travail de Chaplin, tout en suivant le parcours personnel de Chaplin qui fut d'ailleurs souvent lié aux actrices qu'il fit tourner. Cette biographie ne m'a pas déçue, j'ai peu appris sur les amours de Chaplin (Beigbeider m'avait un peu ouvert la voie à ce sujet) mais j'ai beaucoup appris sur son enfance (et honte à moi, je le croyais américain !) et surtout sur l'évolution de ses films. Je ne vous raconterai rien tant j'ai envie que vous lisiez ce livre. Vous en sortirez en saluant le talent de l'artiste à défaut de saluer le caractère de l'homme. Mais peu importe que Chaplin n'ait pas été un homme parfait, on sait bien que les génies sont des gens qui ont souffert, qui le paient et le font payer aux autres.
Sortie: le 4 février 2016 chez Philippe Rey. Traduit par Bernard Turle. 

Merci à l'agence Anne et Arnaud et aux éditions Philippe Rey.
A conseiller à ceux qui veulent s'instruire sur une époque et à ceux qui s'intéressent à l'histoire du cinéma. 

mardi 12 janvier 2016

Les Innocents de Robert Pobi

Alexandra Hemingway vient d'une famille riche et pourtant, elle a décidé de s'engager dans la police, mettant d'ailleurs de la distance entre sa famille et elle. Elle découvre qu'elle est enceinte au tout début du roman, juste avant de devoir résoudre une série de meurtres d'enfants. 

Voilà un polar drôlement bien ficelé, parsemé de rebondissements qui tiennent la route et mettant en scène une enquêtrice à laquelle on a bien envie de s'attacher si l'auteur avait la bonne idée de la remettre en scène. J'ajouterai à cela que Robert Pobi a le sens de la formule, ce que le traducteur, Arnaud Baignot,  a bien su rendre. Et s'il nous surprend souvent, c'est toujours en ayant pris soin de poser des jalons. Aucun rebondissement venu de nulle part dans ce polar, tout se tient parfaitement. Avec des thèmes parfois éculés par le genre, comme les abus génétiques ou les dangers d'internet (mais pour une fois, pas à cause de Facebook), Robert Pobi réussit à faire du neuf et à maintenir l'attention du lecteur de bout en bout. Je n'ai pas réussi à le lâcher.  C'est un vrai "page turner" et n'y voyez rien de péjoratif. Je précise que je n'avais pas été enthousiasmée par son premier polar. 

Léa Touch Book a adoré. La fée lit n'a aucun bémol.
Publié en septembre 2015 chez Sonatine. 

Merci à la belle blonde qui m'a conseillé puis prêté ce roman. 
A déconseiller à ceux qui n'aiment pas ce qui est un peu trash. 

jeudi 7 janvier 2016

Il est comment le dernier Spielberg?

A la moitié du film, j'aurais répondu "bien" à cette question mais ce "bien" s'est transformé en "très bien" pendant la seconde moitié du film. 

En pleine guerre froide, l'avocat Jason Donovan doit défendre Abel Rudolph soupçonné d'espionnage. Il ne le fait pas de bon coeur mais personne ne souhaite le faire et il faut bien que les Etats-Unis démontrent que même les traîtres ont le droit d'être défendus par les meilleurs avocats, même si Jason n'a pas plaidé au pénal depuis longtemps, étant désormais spécialisé dans les assurances. Pour sauver la tête de son client, Jason Donovan va avoir une idée de génie. Et des idées de génie, il en aura aussi dans la deuxième partie qui se déroule à Berlin et qui concerne les tractations  pour échanger  prisonnier américain contre prisonniers communistes.

Bridge of Spies poster.jpgJ'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver Tom Hanks qui restera pour moi Forrest Gump. Je sais qu'il agace aussi beaucoup, ce n'est pas l'effet qu' il me fait. C'est un Spielberg très classique, peut-être un peu trop dans la première partie qui ne recèle pas de surprises, si ce n'est le jeu de Mark Rylance qui joue Abel Rudolf. La seconde moitié qui se passe à Berlin (mais qui fut tournée en Pologne) m'a scotchée sur mon fauteuil, tant parce que j'ai appris des faits historiques que je ne connaissais que parce que l'intrigue devient palpitante. L'histoire vraie de cet avocat qui n'avait rien demandé à personne mais qui devînt un si bon négociateur qu'il permit la libération de plus de 9000 américains m'a tellement emballée que j'ai bien l'intention de creuser ça pour mes cours. 

Sortie: le 2 décembre 2015- 2h10

Merci à ma fille qui, en me rappelant que je n'avais pas le sens de l'humour nécessaire pour aimer Babysitting 2, m'a décidée à choisir une autre séance que la sienne.
A conseiller à ceux qui pensent que ni Tom Hanks, ni Steven Spielberg ne sont ringards. 


mardi 24 novembre 2015

Des garçons bien élevés de Tony Parsons

Ils étaient sept élèves de la très select école de Potter's Field, en Angleterre. Ils y ont tissé des liens très forts et pourtant, ils ont pris des chemins différents. Le destin les réunit vingt ans après leur première rencontre quand plusieurs d'entre eux sont égorgés. 

J'aime les romans qui se déroulent dans les pensionnats anglo-saxons, qu'ils soient féminins ou masculins. J'aime cette fascination qu'éprouvent les écrivains britanniques ou américains pour ces années qui tissent des liens indélébiles et pour ces écoles qui font à la fois rêver et fantasmer. Il suffit de se promener dans l'une d'entre elle pour se croire dans un autre monde, ce qui m'est arrivé à Harrow. On a toujours l'impression que les pires secrets y sont enfouis. Je connaissais Tony Parsons pour avoir lu l'un de ses romans à succès dont on retrouvait souvent des extraits dans les épreuves d'anglais au baccalauréat (on pourrait facilement y trouver un extrait de celui-ci tant il est ancré dans la culture anglaise). J'étais curieuse de voir comment il allait se débrouiller sans utiliser l'humour et comment il traiterait le genre du polar. Il le fait avec succès. Le destin de ces sept garçons est à la fois fascinant car hors du commun pour chacun d'entre eux et terrible. On sait dès les premières pages quel acte ils paient dans le reste du roman mais on ne sait pas qui le leur fait payer. On ne connait pas non plus les détails de cet acte. Le lecteur ressent cette fascination pour ces lieux hors du temps que sont ces écoles qui influent sur l'économie à venir du pays grâce aux rapprochements qu'elle permet d'effectuer entre les futures élites. Max Wolfe, l'enquêteur, est attachant et puis, comme dans tout bon polar, il y a plusieurs rebondissements, à la fois dans la vie privée de Max et dans l'enquête, et cela jusqu'à la toute fin. 

Cela faisait un moment qu'un polar ne m'avait pas autant plu. 
Publié le 22 octobre 2015 aux éditions de La Martinière. 

A recommander à ceux qui aiment les ambiances de pensionnats British. 
Merci à l'agence Anne & Arnaud et aux éditions La Martinière


jeudi 12 novembre 2015

Madame Bovary de Sophie Barthes

Adapter Madame Bovary et le tourner en anglais me semblait à la fois original et attirant. Je n'imaginais pas les mots de Flaubert en anglais, j'avais très envie d'entendre (sans doute plus que de voir) le résultat. Et le résultat est réussi. Je vous épargne le résumé, les émois d'Emma. Lu à l'adolescence, à un âge où j'étais incapable de comprendre les égarements de cette femme, j'en gardais un mauvais souvenir jusqu'à ce que je le relise, jeune adulte et admire la plume et la psychologie de Flaubert (en même temps, j'habitais dans une rue qui portait le nom de son père, il me fallait bien le relire). 

Nous étions trois filles à cette séance, d'âges très divers. Nous avons toutes les trois beaucoup aimé ce film. Les décors sont bien sûrs très beaux, les acteurs sont justes (j'ai une préférence pour Ezra Miller que j'avais découvert dans Le monde de Charlie) et même ma fille qui, je vous le rappelle, n'aime pas "les films dans lesquels quelqu'un est trompé par son conjoint" a aimé le parcours d'Emma, sa dérive vers le consumérisme, celui des objets comme celui de ce qu'elle pense être de l'amour, ce parcours qui mène une femme qui sait dire non au désir à une absence totale de dignité. Un film tourné dans le Perche et j'ai justement visité Mortagne-au-Perche, ce village hors du temps,  cet été. La réalisatrice a pris quelques libertés avec l'intrigue qu'elle réduit à une année de la vie Emma qui y est donc représentée jeune mais cela n'enlève rien à l'esprit du roman. 


Sortie le 4 novembre 2015

A conseiller à tous les lycéens qui pourraient bien là trouver que le dépoussiérage de classique a du bon. 
Merci à ma fille qui a accepté cette idée sans rechigner et à celle qui était là, encore une fois.

jeudi 29 octobre 2015

Ils sont comment les derniers films de Maïwenn et de Woody Allen?

Ils sont comment les derniers films de Maïwenn et de Woody Allen?

Disons pour commencer qu'ils ont un point commun, ils tiennent sur les épaules de deux acteurs qui jouent dans la démesure et que cette démesure leur sied à merveille. D'ailleurs, je ne suis allée les voir que pour ces deux acteurs, Joaquim Phoenix dans un cas, Vincent Cassel dans l'autre. 

Affiche L'homme irrationnel - la critique du filmDans L'homme irrationnel, Joaquim Phoenix incarne un professeur de philosophie qui arrive sur un nouveau campus américain, précédé de sa réputation. Si je vous dis que Joaquim Phoenix parvient à rester séduisant malgré une énorme brioche, vous ne me croirez peut-être pas, et pourtant... J'ai aimé ce Woody Allen parce qu'il repose sur un acteur qui ne cesse de m'impressionner, mais pas seulement. Emma Stone est comme toujours juste et le lieu dans lequel se déroule l'action, un campus américain huppé, a grandement contribué au plaisir que j'ai ressenti. C'est une réflexion très intéressante sur la différence entre nos valeurs et nos actes et sur l'attrait qu'exercent certains statuts sur d'autres (le prof d'université sur son élève, et vice-versa par exemple). Et c'est drôle. 
Sortie: le 14 octobre 2015



Etonnamment, Mon roi de Maïwenn est drôle lui aussi. Vincent Cassel y incarne un homme "larger than life" comme dirait les anglais. Il fait tout avec passion, aimer, tromper et se faire pardonner, fait preuve d'une mauvaise foi absolue et fait sombrer le personnage féminin joué par Emmanuelle Bercot dans un mal-être dont elle n'était pas coutumière. Pour moi, ce film est aussi une réussite en grande partie grâce à Cassel, taillé pour ce rôle, qui sait à la fois nous charmer, nous agacer et nous faire rire. Mais aussi parce qu'en emmêlant la douleur physique et mentale de la femme, Maïwenn réussit à donner corps à la souffrance. Et cerise sur le gâteau, elle a eu un coup de génie en donnant à Louis Garrel (Louis, je regrette tout ce que j'ai dit sur vous dans un billet précédent), le rôle du frère à la fois prévenant et drôle. Il y excelle. 
Sortie: le 21 octobre 2015


A conseiller à ceux qui aiment la démesure et les acteurs charismatiques.
Merci à ma compagne de ciné avec qui les discussions post-séances sont toujours un régal (et l'honnêteté m'oblige à avouer qu'elle fut aussi enthousiaste que moi sur le Woody Allen mais moins sur Mon Roi). 

mardi 13 octobre 2015

Leurs contes de Perrault (collectif)

Magali Brénon et Stéphane Bou ont eu l'idée originale de proposer à onze auteurs représentatifs de la littérature contemporaine mais aux univers bien différents, de réécrire les contes de Perrault. Ce principe de réécriture est d'ailleurs le but de la collection Remake de Belfond, apparue en 2014. Ce recueil nous présente donc des réécritures, parfois très proches des originaux, parfois plus dans l'esprit de ... . mais le texte de départ est toujours reconnaissable, pour autant que je puisse en juger car il y a quelques contes de Perrault que je ne connaissais pas. 

L'un des intérêts de ce recueil, c'est que chaque auteur sait créer une ambiance bien différente de la nouvelle précédente. Ainsi, la version remaniée de Riquet à la Houppe m'a fait rire. Il fallait oser utiliser ce ton dans une réécriture de Perrault:
A peine avait-elle posé le pied sur le palier qu'elle sentit à nouveau un jus ruisseler entre ses cuisses. Elle posa son cabas, gémissant putain c'est pas vrai de transpirer comme ça ! Le temps de relever sa robe pour voir ce qui se passait à l'entresol que le truc était sorti en faisant "plop" et avait atterri dans les courses, entre les poireaux et les chips. 

Le remake de Cendrillon qui devient Cendrillon et le petit gant de soie est très proche du conte de Perrault tout en étant très original et dans l'air du temps, Nathalie Azoulai a parfaitement réussi sa nouvelle. Quant à Barbe-Bleue, Cécile Coulon en transpose l'intrigue dans un pensionnat de garçons et réussit parfaitement à créer une ambiance digne des écoles british tout en gardant les caractéristiques de sa plume acérée: 
Paul jouait mieux que personne. Il régnait sur la salle du rez-de-chaussée comme un cerbère sur les enfers, personne n'y entrait sans son autorisation, personne n'en sortait après lui, il réglait l'horloge, dispensait les cours d'un ton glacial, sans bienveillance, sans gentillesse, il les brimait, les rabaissait sans cesse et plus il enfonçait la lame, plus ses victimes gigotaient.

Stéphane Bou animait des émissions consacrées au cinéma sur France Inter, c'est ainsi que lui est venue l'idée de réinterpréter des classiques de la littérature, comme les réalisateurs le font régulièrement avec les classiques cinématographiques. Avec Magali Brénon, ils ont choisi onze auteurs à qui ils ont donné comme consigne de réinterpréter un conte de Perrault en toute liberté pourvu que le nom des personnages reste celui d'origine et qu'on retrouve la trace du titre de Perrault. Chaque auteur a choisi son conte, Gérard Mordillat fut le premier. Les contes les plus connus n'ont pas forcément été choisis en premier, Cendrillon est par exemple celui qui fut choisi en dernier. Il était prévu de suivre le même ordre qu'une édition connue pour l'ordre des contes mais l'idée d'alterner les textes qui s'éloignaient des originaux avec ceux qui restaient proches s'est imposée, tout comme celle de commencer par le truculent texte de Gérard Mordillat. 

Les auteurs sont: 
Frédéric ARIBIT- Nathalie AZOULAI- Alexis BROCAS- Manuel CANDRE- Cécile COULON- Fabienne JACOB- Hervé LE TELLIER- Christine MONTALBETTI- Gérard MORDILLAT- Emmanuelle PAGANO- Leila SLIMANI
Publié en octobre 2015 chez Belfond-  Remake-  256 p.

Antigone en fait un coup de coeur. 

A conseiller particulièrement aux profs de lettres pour qui ce recueil sera une mine mais pas seulement, bien sûr.
Merci aux éditions Belfond, plus particulièrement à Anny Poughon pour l'envoi du livre et à Magali Brénon qui a bien voulu répondre à mes questions. 


jeudi 8 octobre 2015

Mathilde est revenue de Grégory Nicolas

L'idée de partir ne s'est pas imposée à moi d'un coup. Elle s'est imposée à moi, contre moi. Ca a commencé tout doucement, puis ça a grandi.

Mathilde et Jérôme sont comme de nombreux jeunes couples. Ils s'aiment et ont un enfant. Sauf que leur quotidien est vite perturbé par les pleurs incessants du bébé, puis plus tard par les otites à répétition de l'enfant. Alors un jour, Mathilde prend ses cliques et ses claques et quitte tout.

Ce roman est divisé en trois parties distinctes qui se chevauchent. La première est racontée par un narrateur externe, la seconde par Mathilde et la troisième par Jérôme. Les deux premières parties se finissent par un point culminant (je préfère le terme anglais de climax). Ce n'est pas la première partie la plus passionnante mais quand je suis arrivée à la deuxième partie, j'ai eu l'impression que ce démarrage en douceur avait été nécessaire. L'auteur est (était?) professeur des écoles et ça se sent, lorsqu'il décrit le développement moteur de Louis, on sent qu'il sait de quoi il parle et ça fait du bien. Il n'hésite pas à parsemer quelques touches d'humour bienvenues: en même temps, un prof de maternelle, y avait toutes les chances qu'il soit homo. Si comme moi, vous ne connaissez pas le sens du mot priapisme, vous irez le chercher dans le dictionnaire et sourirez sans doute, comme à la lecture de son paragraphe qui commence par C'est malhonnête d'être drôle. Il réussit à l'être, drôle mais aussi à émouvoir et il décrit très bien les lieux, la Bretagne comme les îles lointaines. Il décrit le moment qui a fait basculer la vie de Jérôme du bonheur à ce qui ne peut plus jamais en être avec brio. Il prend fait et cause tour à tour pour ses deux personnages, avec (mais peut-être n'est-ce qu'une impression) une tendresse un peu plus prononcée pour Mathilde.  Mathilde m'a beaucoup touchée et pour cause. Et puis, une femme qui appelle son amour "mon chat", que voulez-vous, ça me fait craquer ( à chacun des faiblesses). J'ai aimé la plume de Grégory Nicolas et je lui souhaite de rencontrer le succès qu'il mérite. 
Je précise que c'est un roman qui n'est a priori pas ma tasse de thé, que j'ai d'abord refusé de recevoir et que j'ai finalement dévoré comme ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps en période de travail. Ce roman reste à ce jour mon préféré de cette rentrée littéraire. 

Publié le 8 octobre 2015 chez Rue des promenades. 

A conseiller à ceux qui ont envie d'autres romans que ceux mis en avant lors de cette rentrée littéraire.
Merci à Grégory Nicolas. 






mardi 29 septembre 2015

Un été avec Proust

Le malheur, c'est qu'il faut que les gens soient très malades ou se cassent une jambe pour avoir le temps de lire La Recherche (Robert Proust)

Quand Galéa m'a offert ce livre dans lequel huit romanciers, biographes ou philosophes abordent La Recherche, l'été était déjà fini. Je ne pouvais décemment pas ouvrir ce livre en automne, j'ai des principes, j'ai donc attendu plus de neuf mois pour l'ouvrir (Galéa, si tu pouvais faire attention à ne pas choisir un titre avec été cette fois, ça me permettra de ne pas m'impatienter de l'ordre immuable des saisons). 

Ce recueil divisé en thèmes (le temps, les personnages, Proust et son monde, l'amour, l'imaginaire, les lieux, Proust et les philosophes, les arts) est à lire absolument lorsqu'on a fait, comme moi, une pause dans La Recherche et qu'on a un peu de mal à s'y remettre, alors même qu'on a beaucoup aimé passer du temps avec les personnages proustiens. Je ne sais pas si c'est le cas pour tout le monde mais j'ai éprouvé une petite lassitude après Sodome et Gomorrhe et j'ai fait une pause qui a duré presque un an. C'est vraiment la lecture de ce recueil qui m'a donné envie de m'y remettre, ce qui est chose faite depuis le 31 août. 

J'ai beaucoup appris avec ce livre et j'ai envisagé La recherche sous des aspects qui m'avaient échappé. Antoine Compagnon nous rappelle que les pays étrangers ont tout de suite salué La Recherche comme une oeuvre innovante et importante. Il nous redonne la loi qui veut que la moitié des acheteurs de Du côté de chez Swann se procure le second tome, et que la moitié des acheteurs de celui-ci achète le troisième. Mais après, les lecteurs persévèrent. Antoine Compagnon nous apprend aussi que l'illustre première phrase est apparue tardivement après de nombreux essais. J'ai d'ailleurs particulièrement aimé la partie rédigée par Antoine Compagnon, qui ne se résume pas, loin s'en faut, aux anecdotes. Celle écrite par Jean-Yves Tadié compare Proust et son maître Balzac et elle m'a aussi passionnée. Nicolas Grimaldi nous apprend quel est le mot le plus employé dans La Recherche.  Je ne vais pas tout vous révéler parce qu'il faut que vous lisiez ce livre si vous avez commencé La recherche. Comme dans tous les recueils, il y a des parties plus intéressantes que d'autres, selon notre culture et notre sensibilité. 


A conseiller à tous ceux qui lisent La recherche et ils sont nombreux: Attila, Malika, Galéa, Mind the gap, Tania, Karine et Luocine
Merci à Galéa qui m'a offert ce livre dont je n'avais pas entendu parler (le même en version Baudelaire existe)

dimanche 20 septembre 2015

Et si ...

Et si on allait faire un tour au musée du quai Branly pour voir à la fois l'exposition Tatoueurs, tatoués que je suis loin d'être la seule à avoir aimé (je vous cite en vrac, une tatouée, une vraie de vrai, un professeur d'espagnol qui je crois ne l'est pas, ses trois enfants qui ne doivent pas l'être non plus et la non tatouée que je suis donc). A voir pour se rappeler que le tatouage prend différentes formes : de celui subi (dans les camps par exemple) à celui choisi. J'ai beaucoup aimé cette expo que je n'aurais pas choisie de mon propre chef. 
On en profitera pour faire un tour dans le musée (une première pour moi en août, il était vraiment temps que je comble ce manque), j'ai personnellement une nette préférence pour la partie Océanie. 

Jusqu'au 18 octobre 2015. 

DU MARDI 6 MAI 2014 AU DIMANCHE 18 OCTOBRE 2015

COMMISSARIAT

  • Anne & Julien / Hey !

CONSEILLER ARTISTIQUE

  • Tin-Tin

CONSEILLERS SCIENTIFIQUES

  • Pascal Bagot 
  • Sébastien Galliot
Avec la collaboration de Christine Hemmet et Philippe Pons

A conseiller à ceux qui n'ont pas peur des vrais durs. 
Merci à ma tatouée préférée pour le choix de l'expo. 


jeudi 17 septembre 2015

La belle saison de Catherine Corsini

Delphine semble avoir son destin tout tracé dans sa ferme de campagne. Mais elle monte à Paris pour travailler en entreprise et découvre un groupe féministe. Elle a vécu des aventures amoureuses avec des jeunes filles, elle sait bien qu'elle n'est attirée que par les femmes, ce qui n'est pas le cas de Carole, la prof d'espagnol plus âgée qu'elle rencontre. Carole vit sa vie de militante féministe, flanquée d'un compagnon avec qui tout se passe à merveille. Mais un beau jour, Delphine l'embrasse. Et Carole se rend compte que celle qu'elle prenait pour son amie est sans doute bien plus que ça. 

Je ne vais pas m'étendre sur ce film qui a bénéficié d'une forte exposition, notamment dans les rues de Paris. Mais j'ai tout de même envie de vous dire que je l'ai aimé, moi qui ai pourtant bien du mal avec Cécile de France et notamment avec sa façon de parler. Elle est très bien dans ce rôle de la femme dont le monde bascule et qui pourtant ensuite prend en main son destin. Et que dire d'Izïa Higelin, que je ne connaissais pas, parfaite dans le rôle de celle qui n'ose pas dire à sa mère ce qu'elle est réellement. Saluons aussi la performance de  Noémie Lvovsky dans le rôle de Monique, la mère. Si l'homosexualité est au centre de ce film, le droit des femmes y est tout autant, à travers les luttes de Delphine et surtout de Carole et aussi à travers la situation de Monique, qui s'occupe de la ferme sans toucher de salaire. 

Dasola a beaucoup aimé. Lisez aussi le passionnant billet d'Alain

Sortie en salle: le 19 août 2015. 


A conseiller à celles qui ont besoin de se souvenir que nos mères se sont battues pour nos droits.
Merci à toi, comme toujours (pour le popcorn partagé lors de cette séance et pour tout le reste).



mardi 8 septembre 2015

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon

Je ne suis pas dans l'exil de la chair des femmes; j'ai des occasions de peau. Je ne ressemble pas aux autres hommes. Celles qui me veulent le savent, je me prête.

Elle est belle, Marlène, belle, jeune et farouche. Tout le monde la regarde mais elle ne voit que Laurent et les livres qu'elle emprunte au bibliobus. Un soir, son chien se fait renverser et tout change.

Comme d'habitude, Marie-Hélène Lafon fait dans la sobriété. Pas de grandes analyses des sentiments, juste des actes simples qui en disent long. La force de ce roman réside dans le fait que, comme les autres personnages, le lecteur gravite autour de Marlène sans découvrir ses pensées. Nous avons accès à ce que pensent de nombreux personnages, mais pas à sa vie intérieure. On peut avoir l'impression de rester sur le carreau parce que la décision que prend Marlène reste incompréhensible. Mais c'est exactement ce qui nous arrive dans la vie. A cause de ce choix narratif, j'ai été plus touchée par Laurent que par Marlène mais ce personnage féminin est dans la lignée de ces femmes mystérieuses croisées au détour de pages ou au détour de nos vies, qui restent à jamais des mystères, de celles dont les autres parlent parce qu'ils n'ont rien d'autre à dire. De ces femmes qui restent donc en nous. Et puis bien sûr, il y a cette écriture, sans fioriture peut-être mais parfois très puissante. 

C'est le premier roman de Marie-Hélène Lafon et mon préféré à ce jour. Gambadou l'a aussi apprécié.

Publié le 24/08/2001 chez Buchet Chastel.
Publié le 05/09/2003 chez Points.
Prix Renaudot des lycéens 2001.

A conseiller aux amateurs de belles phrases. 
Merci à celle qui m'a offert ce roman. 





jeudi 20 août 2015

En toute subjectivité: Le rire du grand blessé de Cécile Coulon

1075 se sentit comme tous les citoyens qu'il surveillait. Coincé. Un chaton tenu par la peau du cou, le nez dans ses propres excréments pour lui apprendre à chier au bon endroit. 

Quand on tient un blog, on s'efforce d'être objectif par rapport aux livres qu'on commente. Mais la vie étant ce qu'elle est (telle une boîte de chocolat, comme dirait la maman de Forrest) et le blogueur n'étant qu'un être humain, il arrive que des liens se créent entre blogueurs et attachés de presse ou entre blogueurs et écrivains, floutant ainsi les frontières bien définies du début. 

J'aurais pu choisir de ne pas chroniquer Le rire du grand blessé qui sort chez Points aujourd'hui. Ce fut mon choix sur mon premier blog pour Le coeur du Pélican. J'aurais pu choisir aussi de taire ma subjectivité. 

La quatrième de couverture du Rire du grand blessé, que j'ai lu au bord d'une piscine chypriote, rappelle Fahrenheit 451. Mais ce roman d'anticipation n'est pas une pâle copie de ce qu'on a pu lire avant lui. Cécile a su y créer une atmosphère originale, dans un monde où les romans n'ont plus d'identité propre, où ils doivent à tout prix appartenir à une catégorie définie et servir de drogue de substitution. 1075 est un agent qui doit son salut à son analphabétisme. C'est ainsi que sont choisis les agents qui protègent la population des débordements lors des Manifestations à Haut Risque que sont les lectures publiques. Et pour les analphabètes, c'est une chance inespérée, la seule d'ailleurs, de s'en sortir.
Ce roman est celui que je préfère parmi ceux de l'auteure. On y retrouve son don pour les métaphores, pour créer une atmosphère, sa passion pour la course et pour la lecture. On découvre aussi un personnage froid en apparence mais dont on perçoit les failles, ce qui nous permet de nous y attacher. Un personnage dont on ne peut oublier qu'il eût un prénom avant de devenir un numéro. 

L'avis objectif et néanmoins tout aussi enthousiaste de ma copine Laure et celui peut-être moins objectif de Mind The Gap, grand fan de Cécile. Je vous renvoie à l'entretien mené par mes élèves et publié chez Philisine du temps de mon itinérance. 

Publié chez Viviane Hamy le 22/08/2013
Publié chez Points le 20/08/2015- 136 pages
crédit photo (du bas): Isabelle Lévy-Lehmann pour Le Monde (22/07/15)

A conseiller à  ceux qui n'en peuvent plus de l'auto-fiction.
Merci à celle qui m'a offert la version poche. 
Et un second merci à Galéa sans qui ce blog n'existerait pas. 

Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...