Tous les rêves de père ne sont que des chimères, des rêves de petites filles qui attendent le Prince Charmant, des rêves merveilleux dans lesquels il est réjouissant de s'égarer, mais si dangereux, car ils ne tiennent jamais leurs promesses.
La narratrice grandit dans les années 70, auprès d'une mère plus ou moins rejetée par sa propre famille et qui a du mal à trouver sa place et un père qui a tendu la main à une inconnue, l'a épousée, a construit avec elle une famille, puis va découvrir (ou assumer sans doute plutôt) qu'il aime les hommes. On comprend vite qu'on a affaire à une famille hors du commun mais aussi, au fil des pages, à une enfant, puis une jeune fille qui ne va pas bien et à qui personne ne tend la main, peut-être pour la simple raison que sa douleur est très discrète, sauf quand elle est à bout.
Je me souviens d'un homme dont je suis longtemps restée amoureuse, notre histoire n'avait duré qu'un mois mais j'ai poursuivi un dialogue imaginaire avec lui pendant des années... Je l'ai revu il y a quelques années, il ne comprenait pas pourquoi je l'avais quitté [...] "Je n'étais pas très heureuse, ni très à l'aise à cette période, tu as dû t'en rendre compte".
Il est tombé des nues.
J'ai commencé ce roman, qui n'en est évidemment pas un, en me disant que ça avait été une mauvaise idée de vouloir découvrir ce livre écrit par une actrice que j'aime. Et puis, de fil en aiguille, elle m'a touchée, beaucoup. Il ne faut pas le lire si vous souhaitez lire un roman mais si vous souhaitez ouvrir une fenêtre sur la femme qui se cache derrière cette actrice souvent qualifiée par les journalistes, comme elle le rappelle, de "discrète et lumineuse", ce livre est pour vous. Il est aussi pour les ados et les adultes qui se sentent, pendant un moment, juste posés à côté de leur vie. Elle raconte très bien cette difficulté à vivre, à se lever. Malgré son parcours particulier dû à la marginalité de sa famille (elle a vécu seule dès quinze ans et c'est une particularité dont elle se serait bien passée), il y a de l'universel dans son mal-être. J'en ressors avec l'envie de revoir quelques uns de ses films et en l'appréciant sans doute encore davantage. C'est un livre qui porte en lui beaucoup d'espoir, entre le bien-être que semble désormais ressentir l'auteure mais aussi les dernières histoires d'amour de ses parents.
Je continuerai aussi de sourire , en pensant à cette phrase de Iago dans Othello : "Je ne suis pas ce que je suis...". Je continuerai comme ça, comme nous le faisons tous, parce que le reste n'est pas dicible.
Publié chez Grasset en janvier 2018- 300 pages.
Merci aux prix Elle des lycéennes. J'ai l'impression que c'est un livre dans lesquelles les adolescentes se reconnaîtront.
A conseiller à tous ceux qui ne sentent pas être ce que les autres voient.











