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mardi 1 mai 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré

Tous les rêves de père ne sont que des chimères, des rêves de petites filles qui attendent le Prince Charmant, des rêves merveilleux dans lesquels il est réjouissant de s'égarer, mais si dangereux, car ils ne tiennent jamais leurs promesses. 

La narratrice grandit dans les années 70, auprès d'une mère plus ou moins rejetée par sa propre famille et qui a du mal à trouver sa place et un père qui a tendu la main à une inconnue, l'a épousée, a construit avec elle une famille, puis va découvrir (ou assumer sans doute plutôt) qu'il aime les hommes. On comprend vite qu'on a affaire à une famille hors du commun mais aussi, au fil des pages, à une enfant, puis une jeune fille qui ne va pas bien et à qui personne ne tend la main, peut-être pour la simple raison que sa douleur est très discrète, sauf quand elle est à bout. 
Je me souviens d'un homme dont je suis longtemps restée amoureuse, notre histoire n'avait duré qu'un mois mais j'ai poursuivi un dialogue imaginaire avec lui pendant des années... Je l'ai revu il y a quelques années, il ne comprenait pas pourquoi je l'avais quitté [...] "Je n'étais pas très heureuse, ni très à l'aise à cette période, tu as dû t'en rendre compte". 
Il est tombé des nues. 
J'ai commencé ce roman, qui n'en est évidemment pas un, en me disant que ça avait été une mauvaise idée de vouloir découvrir ce livre écrit par une actrice que j'aime. Et puis, de fil en aiguille, elle m'a touchée, beaucoup. Il ne faut pas le lire si vous souhaitez lire un roman mais si vous souhaitez ouvrir une fenêtre sur la femme qui se cache derrière cette actrice souvent qualifiée par les journalistes, comme elle le rappelle, de "discrète et lumineuse", ce livre est pour vous. Il est aussi pour les ados et les adultes qui se sentent, pendant un moment, juste posés à côté de leur vie. Elle raconte très bien cette difficulté à vivre, à se lever. Malgré son parcours particulier dû à la marginalité de sa famille (elle a vécu seule dès quinze ans et c'est une particularité dont elle se serait bien passée), il y a de l'universel dans son mal-être. J'en ressors avec l'envie de revoir quelques uns de ses films et en l'appréciant sans doute encore davantage. C'est un livre qui porte en lui beaucoup d'espoir, entre le bien-être que semble désormais ressentir l'auteure mais aussi les dernières histoires d'amour de ses parents. 
Je continuerai aussi de sourire , en pensant à cette phrase de Iago dans Othello : "Je ne suis pas ce que je suis...". Je continuerai comme ça, comme nous le faisons tous, parce que le reste n'est pas dicible. 

Publié chez Grasset en janvier 2018- 300 pages. 

Merci aux prix Elle des lycéennes. J'ai l'impression que c'est un livre dans lesquelles les adolescentes se reconnaîtront. 
A conseiller à tous ceux qui ne sentent pas être ce que les autres voient. 

vendredi 27 avril 2018

Dans les angles morts d'Elizabeth Brundage

Elle avait croisé des gens comme lui toute sa vie. Le genre de type sorti indemne de l'adolescence, sans trace ou cicatrice visible, sans histoire apparente. 

George Clare rentre de son travail et retrouve sa femme assassinée et sa fille endormie. Il prétend évidemment qu'elle était bien vivante à son départ le matin même. Pour la police, le mari est souvent le premier suspect. La maison dans laquelle la famille Clare vivait avait déjà abrité un drame puisque les précédents propriétaires s'y étaient suicidés, laissant trois garçons à la charge d'un oncle.
J'aime souvent les histoires qui font la part belle aux maisons et ce roman ne fut pas une exception. Elle relie les Clare et les trois garçons et le destin de ces deux familles maudites. Ce qui les rassemble tous, surtout, c'est un mariage mal assorti parce qu'on le sent très vite, George Clare et sa femme ne s'aimaient plus. Ce roman qui pourrait être classé dans les romans noirs est un roman d'ambiance. On y avance petit à petit, on s'immisce dans ces vies, découvrant les failles des uns et des autres. Soyons honnête, on sent le patte féminine, les failles sont toutes masculines mais ce sont les trois garçons (un enfant et deux adolescents) qui réhabilitent la gente masculine. On sent l'ambiance s'alourdir dans les deux intrigues et la pression que subissent les femmes. Je ne m'attendais pas à une telle fin dans ce roman et j'ai été agréablement surprise. C'est un roman que je recommande, quand on a le temps, car on y entre lentement mais sûrement. C'est l'histoire d'une époque, celle au cours de laquelle les femmes restaient encore souvent à la maison, et celle d'un lieu, l'Amérique rurale. C'est l'histoire de ce qui peut se passer quand il est difficile de quitter une relation néfaste dans laquelle aucune des deux parties ne trouve plus son compte, et du poids qu'on fait porter aux enfants. 
Tous les parents sont coupables de quelque chose. On fait ce qu'on peut pour réparer. Parfois, ça marche. D'autres fois, hélas, on est obligé de lâcher. 

Publié en janvier 2018 à La Table Ronde. Traduit par Cécile Arnaud. 528 pages. 

Merci au Prix Elle des lycéennes. 
A conseiller aux amateurs de maisons "hantées". Celle-ci m'a rappelé une maison devant laquelle je passe en courant et que je ne peux revoir sans penser au drame qui s'y est un jour produit. Je me demande toujours comment on peut vivre dans un lieu autant chargé de violence. 

mercredi 25 avril 2018

Falaise des fous de Patrick Grainville (RL janvier n°10)

Tout passe! Les passions passent, la paix suit la guerre, les affaires reprennent de plus belle, le progrès fait encore un bond en avant malgré les monarchistes, les révolutionnaires fanatiques. Vous verrez qu'on finira par voler dans le ciel comme les petits oiseaux républicains. Il suffira de mettre au point la machine adéquate. L'amour dans tout ça est un divertissement, n'est-ce pas?

Ce volumineux roman embrasse presque soixante ans de l'art normand. Notre narrateur vit à Etretat et nous raconte sa vie et surtout ses rencontres amoureuses et artistiques. Entre Mathilde, la parisienne plus vieille avec qui il vécut une longue aventure plus ou moins tolérée par le mari et Anna, la fille dudit mari, avec qui il vécut une autre aventure qui lui valut les foudres du père, il nous parle de ces artistes qu'il a rencontrés ou dont il entend parler dans cette période qui va de 1868 à 1927. 
Ce roman est une déclaration d'amour à ma Normandie ou plutôt à celle de Monet, de Maupassant et de Flaubert. On y croise nombre d'artistes qui ont écrit sur et séjourné en Normandie. C'est aussi le reflet d'une époque riche en événements. Grainville réussit un acte littéraire difficile, décrire l'acte de peindre et le résultat. C'est extrêmement précis et documenté sur l'époque et les histoires de cœur, si on peut les appeler ainsi car le narrateur y parle surtout de sexe, en délicatesse et me semble-t'il, surtout par pudeur, ajoutent un soupçon d'âme à ce qui aurait pu n'être qu'une démonstration. La plume de Grainville, que je découvre avec ce roman, est agréable à lire. C'est un roman qui demande d'avoir du temps devant soi et que je recommanderais sans nul doute lors d'un séjour à Etretat. C'est tout de même très dense et certains s'y perdront sans doute. Il faut à mon avis, deux conditions pour aimer ce roman, aimer la Normandie et la peinture. 

Publié en janvier 2018 au Seuil. 646 pages. C'est une lecture commune avec ma parisienne

Merci à l'émission La Dispute (ou Le Masque et la Plume ?) sans qui je n'aurais pas remarqué ce roman.
A conseiller comme cadeau d'anniversaire à une amie avec qui on a partagé un moment à Etretat. 

jeudi 19 avril 2018

La mise à nue de Jean-Philippe Blondel (RL janvier n°10)

Je l'ai eu en cinquième. T'as eu de la chance de ne pas avoir la mère Aumont. C'est ainsi que nous nous définissons, eux et nous. Nous nous appartenons pendant quelques mois. Puis, nous nous redonnons notre liberté. 

Louis s'approche à grand pas de la soixantaine. Divorcé, père de deux grandes filles avec qui il communique surtout à distance, il est un peu perdu. Même son métier, qui semble l'avoir pourtant passionné, ne parvient plus à enrichir ses journées. Lorsqu'il reçoit un carton d'invitation pour le vernissage de l'un de ses anciens élèves, il pense d'abord ne pas y aller, puis se dit que cela lui fera une occasion de sortir et de manger gratuitement. Revoir Alexandre va bouleverser son quotidien. Le jeune homme souhaite faire son portrait. 
Que peuvent bien se confier un ancien élève et son ex-professeur, une fois émises les banalités d'usage sur leurs carrières respectives et sur l'eau, qui, évidemment, a coulé sous les ponts et creusé des rigoles sur les visages?
J'avais lu deux romans de Blondel avant celui-ci. L'un qui parlait de sa salle de classe et qui ressemblait trop à mon quotidien pour me passionner et l'autre, Un hiver à Paris, qui évoquait l'enfer que peuvent être les classes prépa et qui m'avait touchée. Jean-Philippe Blondel et moi avons un point commun, nous enseignons tous les deux l'anglais. J'ai l'impression que nous avons aussi une conception de notre métier qui se ressemble. J'ai beaucoup aimé la première moitié de ce roman qui porte essentiellement sur les liens entre un enseignant et ses élèves, ou ses anciens élèves, qui dissèque ce lien, révèle les différences entre ce que perçoivent l'élève et l'enseignant. Il se trouve que j'ai lu ce roman au cours d'une semaine où j'ai reçu de la part de mes élèves, ou des parents de mes élèves, plus de preuves de la force du lien qui nous lie que je ne peux parfois en avoir en une année. Je ne pouvais donc qu'être touchée. Parfois, on se rend compte de l'importance qu'on prend dans la vie de ceux avec qui on passe tant de temps.  Et il y a ceux qui ne montrent rien. Alexandre est de ceux-là. Savoir qu'il allait passer du temps avec Louis lui a permis de se lever et d'aller en cours et Louis n'en a jamais rien su. Il va découvrir, dans l'adulte qu'il a devant lui, un être à la fois ressemblant et différent de l'ado assis dans sa classe:
C'est après le lycée qu'ils prennent leur envol. Forment leur alliances. Montent, descendent, stagnent. Mais alors, généralement, on ne peut plus leur venir en aide, parce qu'ils ne nous adressent plus aucun signe. On ne fait que les accompagner pendant un très court laps de temps. 
Louis et Alexandre se retrouvent quand ils sont chacun à des moments importants de leurs vies, un peu perdus, l'un sur une pente descendante, l'autre sur une pente ascendante. Qui des deux va le plus profiter de ces retrouvailles? Difficile de le savoir, entre ce prof presque au rebut qui se sent désiré dans le regard de l'artiste et ce grand timide qui peut enfin dire à son prof toutes les blessures mais aussi le bonheur que ces anciens moments partagés lui ont procurés. J'ai trouvé que dans la seconde moitié, l'ensemble tournait un peu en rond mais peu importe, c'est un roman qui touchera sans doute les enseignants, surtout ceux qui, comme moi, peuvent à la fin de certaines années particulièrement intenses, ressentir un gros pincement au cœur. Ce n'est sans doute pas un hasard si après avoir lu ce roman, j'ai ressorti de vieux souvenirs musicaux qui m'ont fait rire autant qu'ils m'ont émue. 

Publié en janvier 2018. 250 pages. 

Merci à ceux qui à qui j'ai appartenu le temps d'une année, parfois plus (je crois que mon record est de quatre ans) et qui m'ont eux aussi un peu appartenu. 
A conseiller aux enseignants mais aussi tous ceux qui, d'un côté comme de l'autre de la barrière, ont un jour tissé un lien du même genre. 


jeudi 29 mars 2018

A contre-courant d'Antoine Choplin (RL janvier n°9)

Je songe à la pluralité de nos chemins.
Aux lignes qui se croisent, à celles qui s'épousent.
A celles, les plus nombreuses, qui ne se rencontrent jamais. 

Je crois que je l'écris à chaque fois que je chronique un livre d'Antoine Choplin et c'est de plus en en plus vrai, avoir entre les mains ses nouvelles parutions a quelque chose du cérémonial. Je regarde, je touche, j'ouvre et puis, je le pose sur mon rebord de fenêtre, en sachant qu'il est là. Je laisse passer quelques livres et puis, voilà, c'est le moment, le début de vacances par exemple, en tout cas, un moment où je suis pleinement disponible pour cette lecture. Et là, c'est comme retrouver un ami qu'on ne voit pas souvent, on sait que ça ne va pas durer bien longtemps, qu'après, il faudra attendre un, voire deux ans, alors on avance sans vouloir aller trop vite, mais ça défile et trop tôt, c'est déjà fini. 
C'est la première fois que je lis un livre d'Antoine Choplin qui n'est pas un roman. Il a décidé de marcher le long de l'Isère, à quatre moments de l'année pour profiter des saisons. Aux réflexions sur le paysage se mêlent quelques souvenirs personnels, des phrases sur la marche mais aussi sur l'écriture. C'est sans aucun doute le livre le plus intime de l'auteur, ou disons celui dans lequel on perçoit le plus d'intime, chez cet auteur qui ne semble jamais se livrer dans ses fictions. Et je l'ai savouré comme il le mérite. Comme avec ses romans, je ne sais pas clairement expliquer ce qui me réjouit, une délicatesse certaine mais aussi une profondeur qui n'a pas besoin d'étalage. Antoine Choplin fait partie de ces auteurs qui sont entrés dans ma vie "sans faire de bruit", ce ne fut pas un coup de foudre mais l'apprentissage, de livre en livre (c'est le sixième que je déguste) d'une plume. Ça rend le lien plus fort d'avoir été tissé avec le temps et surtout, c'est le seul auteur dont je sais à chaque fois que je le lirai. Je mets au défi les marcheurs de ne pas avoir envie de chausser les baskets ou les chaussures de marche à la lecture de ce livre. Le parcours emprunté est très intéressant car l'auteur a parfois traversé des lieux qui ne sont pas ceux des marcheurs, des banlieues, des villes. 
Mais éprouver sa propre étrangeté dans l’œil des autres est aussi un agrément. Il éveille le sentiment d'une singularité naissante et qui appelle parfois avec facilité la parole et l'échange. 
Comme dans la vie, comme dans l'écriture, il a parfois dû rebrousser chemin et emprunter un autre sentier. Et moi qui invente toujours des vies aux inconnus que je croise (dans les files d'attente par exemple, quand je saisis des bribes de conversation), j'ai aimé les interrogations autour des personnes rencontrées, comme celle qui consiste à se demander pourquoi cet homme qui n'a absolument aucune envie d'écrire, pense qu'il devrait écrire après être sorti d'un coma. Il y aussi ces moments touchants, la manière dont il parle de la collaboration avec les prisonniers sur son festival de l'Arpenteur. Il suffit de passer quelques heures en compagnie de l'auteur pour parfaitement visualiser ce que peuvent être toutes ces rencontres avec les autres, un mélange de chaleur, de délicatesse (oui, c'est un mot qui revient quand je pense à l'auteur et à ses romans) et d'écoute des autres. 
Je ne sais pas s'il vaut mieux commencer par ce livre et enchaîner sur un roman ou l'inverse mais j'ai aimé apprendre que l'auteur ne décrit jamais de visages dans ses romans, j'avoue que cela ne m'avait pas frappée. 
Il y a dans ce livre un passage très particulier sur lequel j'ai eu envie de poser des questions à l'auteur et j'aurais pu le faire. Mais non, je veux rester avec cette part de mystère, inventer le pourquoi, le mien, celui du lecteur.
C'est un peu long, il faudra m'en excuser mais le temps partagé avec ce livre m'a paru bien trop court et pourtant, je le sais, il était de la durée idéale pour partager quelques pas, sans se lasser, avec l'envie de remettre bientôt, mes pas dans ceux de l'auteur. 
Sauf exception, j'aime la parole du marcheur. La façon dont elle s'arrange de sa profondeur et de sa superficialité. La place qu'elle autorise au silence. Pour ces motifs, entre autres, je garde en moi le souvenir précis d'instants de marche partagés. 

Publié en janvier 2018 chez Paulsen (et non, pas à la Fosse aux Ours). 210 pages.
Je signale que c'est la première fois que je possède un livre numéroté de l'édition originale (446/1000) et ça confère à mon livre un charme supplémentaire.

Qui voulez-vous que je remercie d'autre qu'Antoine Choplin pour ce qu'il écrit et pour les deux moments partagés l'an dernier lors du Festival Terres de Paroles ?
A conseiller aux marcheurs, aux amateurs d'écriture et de plume délicate.

                                               

jeudi 22 mars 2018

L'infinie patience des oiseaux de David Malouf (RL janvier n° 8)

En 1914, Ashley revient en Australie et va y rencontrer Jim. Ils ont le même âge et sont tous les deux passionnés de la faune qui entoure les marais. Ils vont unir leur amour de la nature et espérer construire ensemble un repère pour oiseaux, sous l’œil avisé d'Imogen, une quinquagénaire anglaise photographe. Mais la guerre éclate et les deux jeunes hommes sont mobilisés et partent pour l'Europe. 
Il est court ce roman et heureusement pour moi parce que sinon, je ne l'aurais pas fini. Les romans sur la guerre, c'est un peu quitte ou double avec moi mais alors, les romans avec des oiseaux, ça passe rarement. 

Publié en janvier 2018 chez Albin Michel. Ce roman est écrit par une pointure australienne (d'après la quatrième de couverture) dont je ne connaissais pas l'existence. Je me rends compte que je suis incapable de citer un auteur autralien. 

A conseiller aux contemplatifs. 

mardi 20 mars 2018

Faire mouche de Vincent Almendros (RL janvier n°7)

Je crois que c'est grâce à une opération Masse Critique de Babélio que j'avais découvert Vincent Almendros avec Un été. Et ce fut un coup de cœur. Moi qui n'aimais pas, il n'y a pas si longtemps, les romans de moins de trois cent pages, j'avais été charmée par ce texte qui n'en comportait pas deux cent. J'en avais adoré l'ambiance, qui m'avait rappelé celle du  film, Plein Soleil,  avec Romy Schneider, Alain Delon et Maurice Ronet. Il me fallait maintenant affronter le deuxième roman de l'auteur, avec forcément la peur d'être déçue. Mais l'histoire d'amour continue encore un peu. Ce ne fut pas aussi intense que le premier rendez-vous mais j'ai pris un réel plaisir à rencontrer Laurent et à tenter de comprendre un à un les mystères qui l'entourent: pourquoi retourne-t'il dans le village de son enfance avec une femme qui s'appelle Claire mais qu'il nomme Constance? Qui est vraiment cette mère qui lui a un jour fait boire de l'eau de javel? Qui sont ces couples mis en scène dans le roman?
On tourne autour des questions, on sent se tisser la toile, surtout quand on connait déjà l'univers de Vincent Amendros et déjà on tente de percer les mystères de l'auteur. Pourquoi ce thème récurrent (oui, deux fois sur deux, ça devient récurrent), de l'enfant et de sa paternité, d'autant qu'ici le thème est décliné de deux manières? L'idée de filiation est omniprésente. Je ne peux pas beaucoup développer car c'est un roman qui mérite de ne pas être dévoilé mais c'est un auteur qui, sans aucun soute, doit être découvert. Si la forêt est sans nul doute le décor majeur de ce roman, c'est tout de même la scène de la baignade dans le lac qui me restera (l'eau est définitivement mon élément). On retiendra aussi de nombreuses images, celle des mouches et des urnes mortuaires notamment. On ne va pas se quitter tout de suite, Vincent Almendros et moi. 

Publié aux Editions de Minuit en janvier 2018. 127 pages. 

A conseiller aux amateurs d'ambiance. 

vendredi 16 mars 2018

Couleurs de l'incendie de Pierre Lemaître (RL n°6)

Marcel Péricourt est mort et un enterrement comme celui d'un tel homme est forcément un événement. Evénement qui devient encore plus important quand le petit-fils de Marcel, Paul, se défenestre. Mais qu'est-ce qui peut bien pousser un enfant de sept ans à commettre un tel acte? Mathilde, la mère de Paul, est désormais à la tête d'un empire qu'elle ne sait pas gérer, puisqu'elle n'a évidemment pas été éduquée pour le faire. Nous sommes en 1927, les femmes n'ont normalement ni l'argent, ni le pouvoir. Mathilde est entourée de requins, pas tous de sexe masculin d'ailleurs. 

Quand j'écoute un livre, il y a une manière très simple de savoir s'il me plait ou pas, c'est de mesurer mon envie d'enchaîner des activités qui me permettent l'écoute. J'ai ici enchaîné jogging et ponçage de meubles avec un plaisir qui en disait long sur mon ressenti. Et j'ai ri. Ça ne m'arrive pas si souvent que ça en écoutant un livre et surtout, pas aussi fréquemment. Dans l'entretien, Pierre Lemaître se définit comme un feuilletoniste qui écrit des romans populaires. C'est effectivement ce qu'il est, doublé d'un formidable lecteur, et le tout offre de délicieux moments. Alors, il faut accepter d'être dans du grand-guignolesque, les traits de tous les personnages étant exagérés. Et puis, dans un roman tout de même un peu féministe (les personnages forts sont des femmes et d'ailleurs, quand on "discute entre femmes", l'homme accepte de se tenir à l'écart, joli contournement de ce qu'on appelle parfois des histoires de bonnes femmes qui sont là d'une importance capitale), les femmes sont vénales et sans scrupules. Car peu importe le moyen de se venger, tant qu'on se venge, la  vengeance étant au cœur de cette intrigue. Mais il faut savoir saisir la délicatesse cachée sous la farce. J'ai par exemple été très sensible au "couple" que Mathilde formera vers la fin avec un autre personnage et à la pudeur qui leur fait travestir une histoire amoureuse en une relation purement sexuelle. Comme toujours, l'auteur s'est documenté et autant que je puisse en juger, maîtrise à la fois la période et les domaines qu'il mentionne. Continuez donc, M. Lemaître, j'écouterai sans aucun doute le troisième tome qui mettra donc en scène la jeune Louise, qui n'apparaît pas ici. Et je l'avoue, j'aime bien quand on perçoit votre agacement dans les entretiens. 

Publié le 17 janvier 2018 chez Audiolib. 14h10. 

Merci à Audiolib.
A conseiller à ceux qui veulent rire (jaune parfois). 

                                                     
                                                                   

mardi 6 mars 2018

En camping-car d'Ivan Jablonka (RL janvier 2018 n°5)

La première fois que j'ai entendu parlé de ce livre, c'était lors de la nuit de la lecture à la médiathèque. Je n'ai jamais voyagé en camping-car, ça ne m'a jamais tentée mais je suis d'un milieu social dans lequel c'est le mode idéal pour partir en vacances chaque année. J'ai donc un oncle et deux cousines qui en posséd(ai)ent un. Ivan Jablonka a lui aussi voyagé pendant une dizaine d'années dans un camping-car et pourtant, il n'est pas du tout issu du même milieu social que le mien. Sa mère était prof de français, latin, grec et son père, orphelin, avait réussi à se hisser sur l'échelle sociale. Mais nous sommes dans les années 80 et sans doute, ce ne sont pas les mêmes personnes qui utilisent ce moyen de locomotion. Et puis, là où ma famille se contente de sillonner la France, ce sont les Etats-Unis, la Grèce ou le Maroc que traversent la famille Jablonka. Ce livre est à la fois une chronique de voyages et une étude sociologique d'un mode de vie, car la famille Jablonka ne part pas seule. C'est une expérience de vie semi-communautaire. Je n'ai pas été franchement emballée par ce récit et pourtant, Jablonbla ayant à peu près mon âge je suppose, il décrit une époque qui m'est familière. Ce que j'ai préféré, c'est la sensation de totale liberté qui s'oppose à ces études faites avec un profond sérieux, et aussi, dans ses lectures, son opposition entre ses lectures plaisir (Jules Verne) et celles imposées par sa prépa (Proust). Et puis, il y a un passage qui m'a grandement touchée parce qu'il y parle de lui mais en fait aussi de moi, parce le silence lui a autant pesé qu'à moi, parce que les parents, souvent, n'aiment pas revenir sur ce qui fait de leurs enfants des êtres éminemment imparfaits. 
Un bloc de pierre s'est détaché au-dessus de moi, mais cet écrasement ne suffit pas, ma faute est inexpiable. 
Nous n'en avons jamais reparlé. [...]
Je suis un petit garçon sage et obéissant. J'écoute ce qu'on me dit. Je suis content de contenter les autres. Je ne fais pas de vagues. Mon père a assez souffert comme ça. Ma mère attend de moi la perfection. Je suis en proie à la quête de la perfection, la maladie des aînés. [...] J'étais l'incarnation du bon fils et je le suis resté pendant des décennies. 

Publié en janvier 2018 aux éditions Actes Sud. 180 pages. Cathulu est aussi mitigée. 

A conseiller à ceux qui veulent prendre l'air.
Merci Nathalie (qui l'a beaucoup aimé). 

mardi 27 février 2018

Une longue impatience de Gaëlle Josse (RL janvier 2018- n°4)

... une voix intérieure qu'elles tentent de tenir à distance, de museler, leur souffle que jamais elles ne cesseront de se tourmenter pour l'enfant un jour sorti de son flanc. 

En lisant vaguement, pour ne pas trop en apprendre, les résumés de ce roman, je m'en étais fait une idée toute fausse. Certes, c'est l'histoire d'une femme qui pleure la disparition de son fils, mais pas sa mort. Un beau jour, frappé par le mari de sa mère, il est parti sans laisser de mot. C'est donc un roman de l'attente, comme l'évoque si bien le titre, mais c'est surtout pour moi le récit d'un double amour, l'amour d'une femme pour un enfant qu'elle n'a pas su garder près d'elle et celui d'un homme pour une femme, un amour qui date de l'enfance, mais qui ne s'étend pas au premier enfant de cette femme. 
De Gaëlle Josse, j'ai beaucoup aimé Nos vies désaccordées mais pas Le dernier gardien d'Ellis Island. J'aime sa plume, aucun doute là-dessus mais parfois, elle ne me suffit pas. J'associe ses textes à de l'épure et à de la délicatesse, que j'ai retrouvés ici. Je vais situer ce roman entre les deux précédemment cités sur l'échelle de mes goûts. Il m'a fallu arriver à la moitié du roman pour commencer à l'aimer. Pendant les cent premières pages, je me suis dit que non, ça ne le faisait pas, que je n'entrais pas dans ce récit. Je n'aimais pas les lettres écrites au fils et je m'ennuyais. Et ce sont les hommes qui m'ont gagnée à leur cause, comme cela avait été le cas avec Nos vies désaccordés. Etienne, ce mari qui n'a pas été à la hauteur de l'amour qu 'il porte depuis toujours à Anne, mais qui pourtant, l'a attendue avec une patience infinie, est un beau personnage d'homme, complexe comme je les aime. Et Louis, ce garçon qui part, qui n'est que peu présent mais qui traverse ce roman de part en part, a pris le relais. La scène finale m'a tout à fait cueillie, la gorge serrée et je me suis dis que, finalement, ce sont ces deux hommes-là m'avaient fait aimer ce roman. J'aime refermer un roman avec une image forte. Ici, impossible qu'il en soit autrement. Et il y a cette idée, lancinante, que nous sommes finalement toujours seuls:
Je ne sais s'il pense à mes absences, à mes secrets qu'il respecte sans trop les deviner. A cette grotte où nous vivons seuls, où personne ne peut entrer, à cette part obscure et inavouable que nous portons en nous.
Asphodèle et Eimelle ont beaucoup aimé. 

Publié en janvier 2018 chez Notabilia. La double couverture est superbe. 

Merci à l'auteure (pas pour l'envoi du roman que j'ai acheté). La rencontrer, c'est découvrir une femme profondément gentille et tournée vers les autres. C'est ce qui m'a donné envie d'ouvrir un autre roman d'elle après ma première déception.
A conseiller pour se réconcilier (lentement mais sûrement) avec les hommes. 

jeudi 8 février 2018

Trois amours de ma jeunesse de Danièle Saint-Bois (RL janvier 2018 n°3)

Rien n'est innocent dans ce que l'on fait, dans les cadeaux que l'on choisit, dans les mots que l'on prononce, dans les livres que l'on offre.  
La narratrice  reçoit un coup de téléphone lui annonçant la mort d'une femme qu'elle connût à vingt-six et qui menaça l'équilibre précaire dans laquelle se maintenait sa vie de mère de famille de trois enfants. Elle nous livre alors ses souvenirs de jeunesse, ceux liés à trois jeunes femmes qui l'ont pour le moins troublée, trois histoires avec des points communs souvent dus à la personnalité de la narratrice mais avec des différences liées aux profils des trois jeunes filles : Frankie qui va s'affirmer comme une femme uniquement attirée par des femmes, Linda avec qui elle vivra une correspondance passionnée et Mia, l'ado rebelle. 
Ainsi donc les filles étaient des pièges, les yeux des filles, le sourire des filles, l'amour des filles, le corps des filles. Comment s'en sortir? Pouvait-on guérir? Etait-ce dangereux, contagieux, héroïque?
On le comprend vite même sans connaître Danièle Saint-Bois, ce n'est pas un roman mais un récit autobiographique et dans ce livre plus que dans d'autres autofictions, le mot roman écrit en rouge sur la couverture m'a gênée parce que, si j'ai eu l'impression d'assister à l'éveil sentimental d'une jeune fille qui ne savait même pas que l'homosexualité existait, si j'ai été touchée par le récit de la pauvreté dans laquelle elle vivait, j'ai aussi été gênée par ce qui me semblait être un règlement de comptes, notamment à l'égard de Frankie. Danièle Saint-Bois se targue dans un passage d'avoir déjà écrit son histoire en utilisant les vrais prénoms des protagonistes de ses amours de jeunesse, sauf celui de Mia. Je pense que ces trois histoires auraient mérité d'être romancées, pour m'éviter de me sentir prise au piège de sentiments presque haineux. J'ai tendance à penser qu'à quelques exceptions près, nous sommes responsables de nos vies et de nos choix, qu'on ne rencontre pas les gens au mauvais moment si on en envie que ce soit le bon. Ce qui m'a sans doute le plus intéressée dans ce "roman", ce sont les mystères de la mémoire, qui ne cessent de me fasciner. Il semble que la narratrice se souvienne davantage de ce qui ne fut pas que de ce qui fut concernant ses amours, jusqu'à ce qu'une lettre retrouvée lui rappelle que l'émotion fut partagée. 

Publié en janvier 2018 chez Juillard. 180 pages. 

Merci à la libraire Dialogues
A conseiller à ceux qui aiment l'autofiction pure. 

mardi 6 février 2018

Les loyautés de Delphine de Vigan (RL janvier 2018 n°2 )

Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l'Autre est une énigme. Je le sais aussi. Oui, oui, oui, une part de l'autre nous échappe, résolument, car l'Autre est un être mystérieux qui abrite ses propres secrets, et une âme ténébreuse et fragile, l'Autre recèle par-devers lui sa part d'enfance, ses blessures secrètes...

Hélène est prof en collège. Dans son enfance, elle a été battue par son père. Quand Théo s'installe dans ses cours, elle le sent, lui aussi souffre et donc forcément, elle le pense battu. Son inquiétude pour ce garçon va virer à l'obsession, au point qu'elle va enfreindre toutes les règles et perdre son sang froid. Théo, lui, aime s'enivrer dans un coin caché du lycée avec son ami Mathis, moins paumé que lui, mais à la recherche d'une amitié forte. Le quatrième regard de ce roman est celui d'Hélène, la mère de Mathis, qui a épousé un homme d'un milieu social plus élevé que le sien et qui a appris à gommer les expressions de son enfance, à dire "déjeuner" et "dîner" au lieu de "manger". Elle découvre que son mari n'est pas tout à fait celui qu'elle pensait. 
On le voit, Delphine de Vigan renoue avec le roman social et c'est pour moi une découverte car je n'avais lu que ses deux derniers romans. En général, je n'aime pas les romans qui se situent dans mon milieu professionnel; forcément, on a vite fait de trouver les personnages caricaturaux (je me souviens très bien d'un échange avec une copine avocate à propos du dernier Tanguy Viel, cela doit s'appliquer à toutes les professions). Des loyautés se lit vite et facilement mais je n'en retiendrai pas grand chose. Les personnages, comme les situations, vont vite s'effacer de ma mémoire. Il y a des moments touchants mais les couples de parents sont vraiment caricaturaux, même si évidemment, le couple de divorcés fera réfléchir les parents sur les phrases à retenir devant leurs enfants. Quand-même, cet homme qui quitte sa femme pour une autre, se fait quitter à son tour et sombre dans un puits sans fond, ça sent la vengeance de femme. L'autre père, d'ailleurs, est bien pire. Comme souvent dans les romans de l'auteure, il y a ce petit passage qui fait du bien aux femmes, celui où une femme balance ses quatre vérités à un homme en public. Avouons-le, ces passages réussis sont toujours réjouissants. Les profs mis en avant manquent d'équilibre et même si je ne doute pas que ces types de profs existent, que ce soit celle qui humilie l'élève ou celle qui en perd la raison à force de s'identifier à cet enfant, il me semble que ça rend l'ensemble trop irréaliste. Je me demande si mes passages préférés ne sont pas ceux entre Hélène et son psy, avec ce qu'ils comportent d'agacement et de tendresse envers cet homme qui mène la danse: 
Je commence à connaître ses interruptions d'expert et ses sournoises stratégies. Il s'est dit que j'allais me débrouiller toute seule avec mes aphorismes de bas étage et ce qu'ils contiennent de sens caché. Que cela ferait son chemin. 

Publié en janvier 2018 chez Lattès- 205 pages.

Merci à Nathalie pour le prêt.
A conseiller à ceux qui aiment se cacher dans un petit trou de souris. 

mardi 30 janvier 2018

4 3 2 1 de Paul Auster (RL janvier 2018 n°1)

One of the odd things about being himself, Feguson had discovered, was that there seemed to be several of him, that he wasn't just one person but a collection of contradictory selves, and each time he was with a different person, he himself was different as well. 

Je ne fais pas partie des inconditionnelles d'Auster. De lui, j'ai tenté deux romans qui m'ont laissée de marbre et un qui  m'a enthousiasmée mais dont je reconnais le côté sulfureux, Invisible. Pourtant, quand j'ai croisé la route de ce roman, en janvier dernier, au WH Smith parisien, impossible pour moi de ne pas être attirée. Il venait de sortir en grand format américain, il était donc énorme avec ses 1000 pages et j'aimais beaucoup la couverture. Pour une fois, j'ai lu la quatrième de couverture pour tenter de comprendre pourquoi Auster avait quitté ses formats relativement courts et j'ai été séduite par l'idée de donner à son personnage principal, Archie Ferguson, quatre destins différents. On sent très vite qu'Archie ne doit pas être très éloigné de l'auteur. Il vit à la même époque, semble avoir les mêmes origines et veut devenir écrivain. En lisant ce roman, on comprend bien (enfin, je l'ai compris ainsi) que la vie est un éternel renoncement, une éternelle croisée des chemins. Or ces chemins, on ne pourra pas tous les prendre. A l'âge de Paul Auster, on peut avoir envie d'imaginer ce qu'auraient pu être ces autres vies, surtout quand on est un écrivain qui a réussi, sinon, j'imagine bien la déprime. Alors, oui, c'est un poil trop long, oui, j'ai sauté quelques phrases mais dès la première page, j'ai travaillé sur un extrait pour l'étudier avec mes secondes avec qui j'abordai Ellis Island et la semaine dernière, j'ai étudié un passage avec mes terminales sur l'enrôlement des jeunes à la guerre du Vietnam. C'est à la fois un destin personnel et celui d'une génération. Il m'a fallu 400 pages pour pouvoir dire que ça me plaisait  mais j'ai beaucoup aimé les explications sur la genèse habilement imbriquées dans le roman. La fin de chaque partie surprend et c'est sans doute l'une des grandes réussites de ce pavé. Précisons aussi, comme me le faisait remarquer un collègue d'histoire-géo qu'on en apprend beaucoup sur les mouvements radicaux étudiants. Il y a des réflexions intéressantes sur l'écriture, comme par exemple la différence entre écrire pour la presse et écrire un roman. Et bien sûr, puisque c'est Auster, la sexualité est scrutée sous de bien nombreux aspects, c'est l'avantage d'avoir quatre destins. Vous l'aurez sans  doute compris, ce qui m'a séduite, ce n'est pas tant la plume d'Auster que la construction du roman et son contenu historique. 
C'est mon premier roman de la rentrée littéraire, je commence tard mais avec ses 1024 pages, ce roman m'a pris du temps. Publié en janvier 2018 chez Actes Sud (et chez Faber et Faber dans mon édition américaine). Papillon a beaucoup aimé. 

Merci à Marjorie, pour avoir été là le jour où je l'ai repéré et des mois après, le jour de l'achat. 
A conseiller aux amoureux de l'histoire américaine et à ceux qui ne veulent pas choisir entre un chemin ou un autre. 

Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...