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dimanche 28 mai 2017

The Girls d'Emma Cline

La mort accordait une importance exagérée aux choses les plus insignifiantes, sa lumière trouble transformait tout en indices. 

Evie Boyd, quatorze ans, s'ennuie ferme pendant ses vacances. Sa relation amicale avec une autre jeune ado ne la satisfait plus et elle a envie qu'un événement vienne enfin bouleverser sa vie. C'est alors qu'elle croise une jeune fille qui attire son regard, Suzanne. Evie comprend très vite que Suzanne, qui est plus âgée qu'elle, vit en marge de la société, dans un groupe qui ressemble à un groupe hippy. Nous sommes à la fin des années 60, ils ne sont pas les seuls. La différence ici, c'est sans doute la fascination que semblent éprouver toutes ces filles pour l'homme qui les tient sous sa coupe, Russell. Ce n'est pas sous la coupe de Russell que tombe Evie mais sous celle de Suzanne. Plus le temps passe, plus elle sent qu'elle se brûle les ailes mais elle vit enfin.

On a beaucoup parlé de ce roman avant sa sortie parce qu'Emma Cline, qui signe ici son premier roman, a touché un à-valoir très important chez son éditeur américain et les droits de ce roman ont déjà été achetés par un producteur. L'éditrice des éditions Quai Voltaire avoue que sa première offre ayant été jugée insuffisante, elle a dû enchérir pour obtenir Emma Cline chez elle. Mais me direz-vous, ce roman vaut-il tout cet argent? Ce n'est certainement pas à moi de le dire mais c'est un premier roman réussi, à n'en pas douter, dont l'intérêt est de rendre clairement compte du processus qui mène une jeune fille ordinaire à passer dans le camp d'assassins (je ne dévoile pas grand chose, à moins que vous ne connaissiez pas l'histoire de Charles Manson et de Sharon Tate, ce dont je doute tout de même). Ce n'est pas l'acte final qui importe ici, c'est tout ce qui précède et on comprend très bien comment tout ce petit monde en arrive là. Le roman est tout de même assez différent de ce que je connais de l'histoire des meurtres de Charles Manson, qui fut condamné pour des meurtres qu'il avait commandités mais pas perpétués, car Emma Cline a le bon goût d'éviter toute référence au satanisme. 

Lu par Rachel Arditi, une lectrice qui décidément, me plait beaucoup. Durée: 9h20. 

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017



lundi 22 mai 2017

Opération Napoléon d'Arnaldur Indridason

En 1945, un bombardier allemand s'écrase sur un glacier européen, avec à son bord, des officiers allemands et américains. L'un d'entre eux disparaît, menotté à une valisette. Les américains tentent de faire disparaître l'opération mais avec la fonte des glaciers, la carcasse réapparaît et l'armée américaine tente immédiatement de la faire disparaître en secret. Deux jeunes randonneurs, présents sur les lieux, disparaissent. Mais l'un d'eux a le temps de contacter sa sœur qui se lance sur les traces de son frère.  

Soyons honnête, Indridason sans Erlendur, c'est comme du café sans sucre ou un matin sans voir le lever du soleil, le goût est plus fade. Et depuis qu'il fait de la seconde guerre mondiale le centre de ses romans, je n'apprécie plus autant ce que je lis, tout simplement parce qu'il y manque la poésie de l'auteur, très présente par exemple dans Etranges Rivages. J'ai d'ailleurs décidé de ne plus lire les livres qui ne mettent pas en scène Erlendur, qu'il soit en début de carrière puisque l'auteur a dernièrement choisi de se pencher sur cette période du personnage ou après Etranges Rivages qui finissait sur un doute pour le lecteur. Thierry Janssen est comme toujours un bon lecteur. Lu dans le cadre du prix Audiolib.

A conseiller à ceux qui ne sont pas des amateurs purs et durs d'Erlendur.
Merci à Audiolib. 



Date de parution : 
22 Mars 2017
Durée : 
10h08


mardi 16 mai 2017

Désorientale de Négar Djavadi

Ce roman fut l'une des surprises de la rentrée, en tout cas pour moi qui suivais encore alors de près les ventes de livres. J'en lisais des critiques enthousiastes mais aussi, fréquemment, mitigées. Dans ce roman centré autour de la mémoire, nous suivons le destin d'une famille iranienne qui se voit vite contrainte d'émigrer en France car le père refuse d'obtempérer au régime en place. Les souvenirs ne sont pas chronologiques car c'est ainsi que fonctionne la mémoire, le lecteur effectue donc des va et vient entre l'Iran et la France, entre l'enfance de Kimiâ, puis son adolescence rebelle et enfin sa vie de femme. C'est un roman qui aborde avec délicatesse le thème évidemment central de l'exil mais aussi de l'homosexualité et de la procréation assistée (j'ai beaucoup apprécié la manière dont Négar Djavad l'aborde). Il faut accepter de se perdre parfois dans le temps mais c'est un beau voyage. Joëlle en avait fait un coup de cœur. Je suis moi aussi tombée sous le charme de ce beau voyage. C'est une écoute commune avec Sylire et Enna (liens à venir). 

Suivi d'un entretien avec l'auteure. 
Date de parution : 
22 Mars 2017
Durée : 
11h03

Lu dans le cadre du prix Audiolib 2017. 
Merci à Audiolib.
C'est la première participation de ce blog au challenge de Sylire

A conseiller à de nombreuses femmes qui retrouveront un fragment d'elles à divers endroits. 


 

jeudi 11 mai 2017

Jeux de miroirs d'Eugen Chirovici

Peter est agent littéraire. Il reçoit un jour une lettre d'introduction d'un auteur qui souhaite lui faire lire son manuscrit, dont il lui envoie une première partie, la suite étant envoyée si l'agent trouve le manuscrit intéressant. Peter aime beaucoup le style de la lettre et lit les soixante-dix pages qui lui ont été envoyées. Il y est question d'un jeune étudiant qui tombe amoureux de sa colocataire et travaille pour un professeur que cette dernière lui a présenté et qu'on découvre assassiné. Quand Peter demande la suite du manuscrit, on lui apprend que l'auteur vient de mourir. Il ne baisse pas les bras pour autant et décide d'embaucher un journaliste pour découvrir si la fin du manuscrit existe et si ce n'est pas le cas, pour trouver les éléments qui permettraient de le finir. 

A la fin de son roman, l'auteur donne un certain nombre d'informations intéressantes sur son livre. Il explique d'abord qu'il l'avait envoyé à un éditeur tellement honnête que ce dernier lui a conseillé d'aller voir ailleurs, considérant qu'il était trop bon pour sa petite maison d'édition qui ne pourrait payer à l'auteur l'à-valoir que le roman méritait. Eugen Chirovici explique aussi que l'idée de son roman vient d'un souvenir qu'il a toujours considéré comme faisant partie de ce qu'il avait vécu, jusqu'à ce qu'on lui explique qu'il n'était pas présent à cet événement mais s'était persuadé du contraire à force d'en entendre les détails. L'un des thèmes principaux de ce roman est effectivement comment un même événement peut être vécu différemment par les uns et les autres puisque chacun ne voit qu'une partie de la réalité. Même si ce roman n'est pas étiqueté comme roman policier, nul doute pour moi qu'il en est un, avec son mort, sa femme fatale et ce jeune étudiant dont on ne sait s'il est naïf ou manipulateur. C'est classique (l'auteur dit d'ailleurs que ses influences le sont), sans doute un peu trop pour moi mais ça devrait plaire. C'est le premier livre de cet auteur roumain écrit en anglais, livre qui fut rejeté par six éditeurs américains mais accepté immédiatement par un éditeur britannique.  Je n'ai pas été emballée par la lecture qui m'a paru un peu plate. Un livre audio lu par Vincent Schmitt et traduit par Isabelle Maillet. Mars 2017. Durée: 7h
Merci à Audiolib. Lu dans le cadre du prix Audiolib 2017. 
A conseiller aux amateurs de puzzles.



mardi 9 mai 2017

Born to run de Bruce Springsteen

Le titre de ce livre fait référence au premier single de Bruce Springsteen, aucune référence à la course à pied donc. Le chanteur nous livre son parcours avec minutie, de son enfance dans la pauvreté du New Jersey à son ascension. S'il devînt célèbre assez jeune, il nous rappelle qu'il a commencé à réellement travailler pour le devenir quand il avait environ seize ans, et qu'il lui a donc fallu plusieurs années pour atteindre son but. 

J'ai trouvé le parcours de Springsteen assez intéressant. Rien de vraiment original dans son enfance dans le sens où nous avons déjà eu de nombreux témoignages d'enfance dans la pauvreté mais ce qui l'est, c'est tout de même l’opiniâtreté dont va faire preuve cet adolescent, puis ce jeune adulte, qui vit loin de l'industrie de la musique, afin d'atteindre son but, sa manière parfois d'écarter des amis parce qu'ils ne sont pas assez bons, bref son professionnalisme. Avant la lecture, j'avais tendance à trouver le chanteur sympathique. Après la lecture, mon avis est plus contrasté mais c'est souvent le cas quand je lis des autobiographies de personnes que j'aime bien (le pire souvenir pour moi restant celle de Simone Veil). J'ai aimé la première moitié, celle de l'ascension, un peu moins la seconde. Il m'a semblé qu'ensuite, le rythme s'essoufflait un peu. Il m'a fallu m'habituer au lecteur, Jacques Franz,  dans le rôle de Springsteen  mais j'ai fini par le faire, avec un bémol toutefois quand il lit des paroles de chansons en anglais. J'ai beaucoup aimé les références et le contexte musical de l'époque. Il décrit par exemple très bien ce que l'arrivée de Beatles et d'Elvis Presley a pu apporter aux jeunes américains de l'époque. 

A conseiller en premier lieu aux fans de musique. 
Merci à Audiolib. 

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017. 
Date de parution : 22 Mars 2017


Durée : 
19h21

dimanche 26 février 2017

Voici venir les rêveurs d'Imbolo Mbue

Jende Jonga a quitté sa ville natale de Limbé au Cameroun pour réaliser son rêve: émigrer à New-York. A force de travail et d'abnégation, mais aussi grâce à l'aide financière de son cousin, il est parvenu à faire venir sa mère et son fils. Jende fait le taxi pendant que sa femme, très motivée, poursuit des études pour devenir pharmacienne. Et puis, en 2007, la chance leur sourit puisque Jende est embauché en tant que chauffeur par un riche homme affaire qui travaille pour Lehman Brothers. Il ne compte pas ses heures, obéit aussi bien au patron qu'à ses fils mais en échange, il gagne suffisamment pour mettre de l'argent de côté. Et de l'argent, il va lui en falloir parce qu'il a besoin d'un avocat pour rester sur le territoire américain. 
Vous allez dire, oui, c'est une énième version du rêve américain. Certes, mais en plus de nous présenter une galerie de personnages vraiment attachants et pourtant capables d'actions moralement répréhensibles, autant du côté des immigrés que dans la famille riche de l'employeur, Imbolo Mbue parvient à faire un tableau tout en nuances dont le dénouement est n'est pas totalement un constat d'échec. Parmi les portraits qui m'ont particulièrement marqués, il y a celui de
la femme de Jende qui travaille dur pour réussir et doit affronter les remarques acerbes d'un doyen lui disant que vu sa situation d'immigrante sans le sou, elle devrait revoir son ambition à la baisse. Et il y a Vince aussi, le fils aîné né du bon côté qui refuse de se laisser enfermé dans le moule américain. Il y a bien sûr une dénonciation pas toujours originale (mais sans doute fondée) sur le manque de culture des américains qui leur fait prendre l'Afrique pour un seul pays et penser que tous les pays africains sont proches et interchangeable. Ce roman fut pour moi une agréable surprise quand je l'ai lu et le plaisir fut décuplé par la lecture qu'en fait Julien Chatelet. C'est un lecteur qui ne m'a jamais déçue (en plus, il est charmant, j'ai eu la chance d'échanger quelques mots avec lui lors d'un précédent prix Audiolib). Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017. Sandrine partage mon enthousiasme. 

Un livre audio lu par Julien Chatelet- Vous pouvez en écouter un extrait ici
Traduit par Sarah Tardy
Date de parution : 
15 Février 2017

Durée : 
11h57

dimanche 12 février 2017

Le dernier des nôtres d'Adélaïde de Clermont- Tonnerre

Si vous avez l'impression d'avoir déjà lu une chronique de ce roman sur ce blog, c'est normal: il fait partie des deux prix littéraires auxquels je participe mais cette fois, c'est en version audio que je l'ai redécouvert et il me semble que c'est un format qui convient davantage à ce roman.
A Manhattan en 1969, Werner Zilch, grand coureur de jupons, croise Rebecca dans un bar. Il en est immédiatement convaincu, il vient de rencontrer la femme de sa vie. Il n'a pas le sou mais une fortune qui devrait lui tomber bientôt dans le creux de la main grâce aux projets immobiliers sur lesquels il travaille avec son ami Marcus. Rebecca, elle, est une jeune fille fille de bonne famille. Le deuxième chapitre nous mène en Allemagne où Luisa décède, juste après avoir donné la vie à un petit garçon, Werner Zilch. Il est recueilli d'abord par des inconnus, puis par sa tante qui a quitté l'homme brutal qu'était son oncle.
L’enchâssement des deux récits fait qu'on ne s'ennuie pas en écoutant ce roman, ce n'est pas pour autant que je vais vous dire qu'il est indispensable. Si j'ai d'abord trouvé amusante la fougue de Werner, ce couple glamour a fini par m'agacer, jusqu'à ce que le personnage féminin gagne un peu en profondeur quand on découvre le parcours secret qui est le sien. On y croise un certain nombre de clichés de la romance: les obstacles pécuniaires (temporaires tout de même, il ne faut pas exagérer) et familiaux à l'histoire d'amour, les secrets de famille (un caché sciemment, l'autre perdu dans la doublure d'un manteau) et le coup de foudre bien sûr. J'ai apprécié les réflexions sur le thème de la vengeance et notamment cette idée assez originale, me semble-t'il, que faire justice soi-même,  c'est priver d'autres de justice.
Rémi Bichet rend le personnage légèrement agaçant, ce qui correspond à l'impression qu'il m'avait donnée en version papier. Sa lecture est réussie. Vous pouvez en écoutez un extrait ici. Lu dans le cadre du prix Audiolib 2017
Date de parution : 
18 Janvier 2017



Durée : 
11h44



 

dimanche 5 février 2017

Trois jours et une vie de Pierre Lemaître (lu par Philippe Torreton)

En 1999, juste avant Noël, Antoine est un jeune adolescent soucieux. Il vit seul avec sa mère et ne voit que très peu son père qui a refait sa vie en Allemagne; il est amoureux d'Emilie qui semble hésiter entre lui et Théo, son rival. Lorsqu'il voit le voisin tuer son propre chien dont il se sent proche, la colère le submerge et lui fait commettre l'irréparable. Il s'en prend alors à Rémi, son voisin de six ans. Celui-ci meurt sur le coup. Antoine va tenter de passer entre les mailles du filet judiciaire.

Je ne sais si ce livre m'aurait autant plu en format papier, ni même s'il m'aurait plu tout court et pourtant, je frise le coup de cœur avec cette écoute et la lecture de Philippe Torreton n'y est pas pour rien. Il a su mettre une touche de gravité sans virer à la voix mélodramatique et lit vraiment ce texte à la perfection. Je n'avais pas envie d'un livre trop pesant, c'est plutôt ce que je fuis en ce moment mais ce roman bel et bien pesant a su me toucher. Antoine a beau avoir commis un meurtre, même si c'est un homicide involontaire, le lecteur souhaite qu'il s'en sorte. Tout me semble réussi dans ce court roman: l'étau qui se resserre, la description du village de campagne et des liens qui unissent les adultes comme les enfants et cette peur d'être découvert qui ronge tout. Les personnages secondaires ne sont pas négligés et le rebondissement final qui se centre sur un personnage qui nous semblait antipathique est à la fois réussi et touchant. Je ne suis pas certaine que l'entretien du lecteur conduit par l'auteur soit une excellente idée car cela n'apporte pas grand chose. 

Date de parution : 
08 Juin 2016
Durée : 
6h21- Vous pouvez en écouter un extrait ici



A conseiller aux amateurs de romans noirs. 
Merci à Audiolib. Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017. 




Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...