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mercredi 22 novembre 2017

Balzac et la petite tailleuse chinoise de Freddy Nadolny Poustochkine

Ma et Luo sont des adolescents pendant la Révolution culturelle chinoise. Ils sont envoyés dans la campagne pour les guérir de leur "maladie": ils sont considérés comme des intellectuels. Ils y rencontrent la fille du tailleur, elle-même couturière. Après le vol d'un lot de romans européens découvert par hasard, chacun va vivre à sa manière son amour avec la jeune femme, l'un en lui racontant les histoires des romans et en laissant ses sens se libérer, l'autre en s'imaginant une histoire à partir de ses lectures. 

J'ai eu le roman de Dai Sije entre les mains quand l'une de mes classes l'a étudié en cours. Je me souviens l'avoir emprunté à un(e) élève mais je n'ai pas dépassé quelques pages. Lire cette BD m'a donné envie de m'y remettre, parce que j'ai l'impression que tout n'a pas été totalement limpide pour moi dans l'intrigue, ce qui ne m'a pas empêché d'être conquise. J'ai adoré les dessins et l'histoire de ce trio ne m'a pas laissé indifférente. Une BD qui tombe en plus à un moment où mon aiguille ne cesse de travailler (j'ai comme l'impression que ce n'est pas un hasard, ce cadeau m'ayant été offert par l'une des bénéficiaires de mes petits travaux d'octobre), toutes les conditions étaient réunies pour que j'aime. 

Noukette a aimé. 

Merci à  Nathalie pour ce cadeau.
A conseiller aux amoureux de dessins de corps nus (il y en a beaucoup dans cette BD). 

Publié en octobre 2017 aux éditions Futuropolis .
320 p

mardi 31 octobre 2017

Les petites chaises rouges d'Edna O'Brien

On ne connaît pas les autres. Ils sont une énigme. On ne les connaît pas, surtout ceux avec qui nous sommes les plus intimes, parce que l'habitude nous trouble et l'espoir nous aveugle sur la vérité. 

Fidelma est mariée à un homme bien plus vieux qu'elle, qui l'a sortie de la pauvreté dans laquelle elle était née en tombant amoureux d'elle et en l'épousant. Quand un guérisseur nommé Vladimir Dragan, originaire du Monténégro, s'installe dans son hameau irlandais, elle tombe immédiatement sous son charme. Débute alors une liaison qui finira en tragédie puisque Vlad est vite arrêté pour les monstruosités commises à Sarajevo (je ne dévoile pas la fin en l'écrivant, le lecteur l'apprend très vite). Ce sont les conséquences de cet amour qu'Edna O'Brien dissèque. 
Ouvrir un livre d'Edna O'Brien, c'est retrouver un univers dans lequel il faut accepter d'entrer par immersions successives. Celle qui m'a prêté ce roman, avec qui j'en ai ensuite longuement discuté, utilise un adjectif que je lui emprunte de plus en plus souvent: "clivant". On peut dire qu'Edna O'Brien est une auteure clivante, comme l'ont prouvé les avis divergents du jury du Prix des lectrices de Elle qui m'avait permis de la découvrir. Elle procède par circonvolutions pour construire son récit, tournant autour du point où elle souhaite nous mener, nous perdant parfois en route. Mais j'aime me perdre entre ses lignes. Lors de notre debriefing, nous avons remarqué que chacune de nous avait oublié des passages du livre, tant il est difficile de se concentrer sur tout. Et peu importe. Ce roman traite du sentiment de culpabilité lié au fait d'aimer un monstre, d'avoir manqué de lucidité dans le choix amoureux et sur la difficulté de s'en remettre. Certaines scènes sont très fortes, comme si elles étaient les points vers lesquels tous ces détours devaient nous mener. Et puis, lire Edna O'Brien, c'est n'avoir aucun doute quant au fait que nous lisons bien un objet littéraire. A 85 ans, l'auteure n'a rien perdu de son talent.

Traduit de l'anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, éd. Sabine Wespieser, 376 p. Publié en septembre 2016. 

Merci à Celle qui m'a prêté ce roman (je sens que ce billet marque le début d'une belle histoire d'échanges littéraires) et qui m'a donné envie de ressortir ma machine à coudre qui n'avait pas encore servi en 2017. Merci aussi pour les échanges qui ont suivi la lecture et pour m'avoir signalé que ce roman s'inspirait de Radovan Karadzic, le "monstre" de Sarajevo.  
A déconseiller aux femmes enceintes, à cause de la scène qui est  pour moi la plus marquante du roman. 


jeudi 12 octobre 2017

Point Cardinal de Léonor de Récondo

Sur un parking, Mathilda se démaquille avec précaution. Dans quelques instants, elle va redevenir Laurent, lui rendre sa place pour qu'il regagne sa famille: sa femme Solange et ses enfants, Thomas et Claire. Mais Mathilda prend de plus en plus de place. Quand Solange part un week-end entier accompagné des enfants, Mathilda prend pour la première fois ses aises dans la maison familiale. A son retour, Solange découvre une épingle et un cheveu blond sous le lit conjugal. Laurent peut enfin s'alléger de son secret. 

Après mon coup de cœur pour Amours (que je viens de relire), j'avais évidemment envie de lire ce roman-ci même si, au début, le thème ultra à la mode de la transsexualité m'a un peu rebutée. Ce roman n'a pas la force du premier, ni d'ailleurs son écriture un peu à l'ancienne, comme il seyait à l'ambiance de ce précédent roman. Mais c'est un joli roman. On suit pas à pas la transformation de ce père de famille en femme, ainsi que les réactions de ses collègues, de ses supérieurs et surtout bien sûr, de sa famille. Pas de surprise, ce sont les femmes qui réagissent le mieux. Ce qui est surprenant et intéressant aussi, même si j'aurais aimé que ce soit davantage développé, c'est le chemin que va alors suivre Solange. Au final, Laurent ne sera évidemment pas le seul à évoluer. Léonor de Récondo évite l'écueil d'en faire trop. J'ai trouvé qu'elle n'en faisait pas tout à fait assez, même si certains (rares) passages sont touchants. 
Jostein est dubitative (et m'a donné envie de voir Lawrence anyways de Dolan). Pour Leiloona, c'est un hymne au courage. C'est un coup de cœur pour Laeti. Corentine n'est pas très enthousiaste. 

Ed. Sabine Wespieser, 232 p., 20 € (en librairies le 24 août).

Merci à Laure pour ce cadeau d'anniversaire surprise.
A conseiller à tous ceux qui aiment les romans prônant la tolérance. 

dimanche 8 janvier 2017

La fille sur la photo de Karine Reysset

Anna a longtemps vécu dans l'ombre  d'un réalisateur de renom, Serge. Elle a vu ses filles grandir, s'y est attachée, puis a coupé les ponts avec cette famille qui n'était pas tout à fait la sienne. Les filles ont grandi et quand l'aînée se retrouve hospitalisée pour des problèmes de dépression, Serge demande à Anna de venir à son chevet.

Karine Reysset est une auteure que j'aime. Discrète, trop peut-être, il me semble qu'elle n'a pas toujours droit à l'espace qu'elle mérite. J'étais restée un peu sur ma faim avec le dernier roman paru chez l'Olivier et je n'ai pas lu son roman suivant. Celui-ci m'a fait retrouvé la Karine Reysset que j'aime, qui sait nous raconter une histoire assez simple en y mettant des sentiments mais pas de sentimentalisme. J'ai peu lu de romans sur le thème très intéressant des liens qui se créent entre belle-mère (ou beau-père) et enfants du conjoint et de la douleur d'une séparation imposée. Je trouve que Karine Reysset traite parfaitement ce thème, inventant des personnages féminins attachants. On y retrouve quelques clins d'oeil: à Saint-Malo ou à un précédent roman par exemple et j'aime retrouver ces petits signes d'intimité que peuvent partager un auteur et ses lecteurs. Si vous aimez les intrigues à rebondissements, ce roman n'est pas pour vous mais si vous avez envie d'une variation sur le thème fille-mère (ou belle-mère donc), ce roman devrait vous plaire, d'autant que la relation entre Anna et sa mère est aussi présente.  J'espère que Karine Reysset sortira un peu de l'ombre de son compagnon, à qui ce roman est dédié. Sandrine a aimé. 
Sortie le 4 janvier 2017 chez Flammarion. 300 p.
Challenge de la rentrée de janvier: n°2. 

A conseiller à ceux qui aiment les histoires de famille.
Merci à Babelio





dimanche 6 novembre 2016

Réparer les vivants de Katell Quilévéré

Le roman éponyme reste à ce jour l'un de mes plus grands chocs littéraires. Il était pour moi impossible de ne pas aller voir l'adaptation, même si je ne voyais pas comment la beauté des phrases de Maylis de Kerangal pouvaient être portées à l'écran. Elles ne peuvent l'être bien sûr. Je vous fais grâce du résumé que tout le monde ou presque connaît. J'ai découvert le film lors d'une avant-première destinée au enseignants puisque l'équipe souhaite faire réfléchir les ados (en passant par le biais des enseignants) sur le sujet du don d'organe. Car c'est vraiment un film sur le don d'organe, bien plus que le roman, à mon avis. Peut-être que la beauté des phrases du roman m'a fait oublié le thème principal, je trouve qu'il était aussi une mosaïque d'autres histoires, celle du personnel soignant par exemple qu'on suivait en dehors de l'hôpital. Ici, nous suivons un tracé bien défini qui va de l'accident jusqu'au réveil de la receveuse, en passant pas les scènes de la transplantation. Il faut quand-même être conscient avant d'avoir avoir le film que vous allez voir l'intégralité de la transplantation, en passant par l'incision de la peau. C'est bien fait et je n'ai pas eu à détourner le regard mais mon voisin n'a pas regardé les scènes en question (et il a aussi beaucoup pleuré, je le mentionne car c'est c'est la première fois que je vois un spectateur pleurer au cinéma). J'avais en tête certaines scènes importantes du roman dont je pressentais la difficulté d'adaptation, c'est le cas pour la scène où le chirurgien Thomas s'échappe de son quotidien grâce au chardonneret. La réalisatrice s'en est finalement bien tirée sans faire l'impasse sur cette scène mais en la transposant. 
Pour moi, le film est didactique (et ce n'est pas péjoratif) là où le roman n'était que poésie. Il est cependant essentiel pour discuter du sujet quand ce n'est pas encore fait. Ce que j'ai préféré dans le film, et de très loin, c'est ce qui n'existe pas dans le roman: l'histoire de la receveuse  interprétée par Anne Dorval (mon coup de coeur dans ce film, je n'ai plus qu'à aller regarder les films de Dolan pour la découvrir davantage), son lien avec ses fils et cet amour qu'elle avait sacrifié au nom d'un altruisme que l'autre n'avait pas demandé. Alors me direz-vous, ce n'est pas clair tout ça, on y va ou pas? Oui, allez-y, peut-être surtout si vous n'avez pas autant aimé le roman que moi. Et puis, les acteurs sont tous formidables même si l'ai trouvé Simon Limbres un peu transparent ou alors juste pas du tout conforme à l'idée que je m'en étais faite.

Merci à Mars Distribution pour cette séance spéciale enseignants.
A conseiller à ceux qui n'ont pas lu le roman, comme à ceux qui l'ont lu. 

Sortie.  le 1er novembre 2016. Avec  Tahar RahimEmmanuelle SeignerAnne Dorval et Alice Taglioni. 


dimanche 23 octobre 2016

Madeleine project, un reportage de Clara Beaudoux



Drôle de livre que celui reçu dans le cadre du Prix Elle: quand j'ai lu le résumé, je me suis dit qu'il avait toutes les chances de me déplaire, j'avais tort. En 2015, l'auteur, Clara, emménage dans un appartement. Elle sait qu'elle trouvera dans la cave les affaires de la précédente locataire, Madeleine qui occupa cet appartement pendant vingt ans. Clara n'a pas eu d'enfants et son neveu ne souhaite pas récupérer ses affaires. Petit à petit, Clara va ouvrir les boîtes, regarder les photos, lire les lettres, bref, tenter de découvrir qui était Madeleine. Sachant que Madeleine aurait eu 100 ans en 2015, on découvre avec Clara, des objets qui ont marqué leur époque. A partir de ces découvertes, Clara crée #Madeleineproject sur Twitter et ce tweet documentaire sera suivi par d'autres personnes qui auront à leur tour envie d'en savoir plus sur Madeleine ou d'aider Clara dans ses recherches, quand elle se trouve par exemple face à un objet non identifié. 
Contre toute attente, j'ai donc aimé cet OLNI parce que Clara Beaudoux parvient à nous transmettre l'émotion qu'elle ressent à fouiller dans les affaires de Madeleine, ses doutes aussi sur le bien-fondé de rendre publique sans le consentement de Madeleine une partie de sa vie. C'est à la fois une plongée dans la vie quotidienne des français avec des objets de la vie courante, une plongée dans l'Histoire (avec par exemple la couverture de Paris Match montrant Armstrong, le premier homme à marcher sur la Lune) mais aussi dans l'histoire technique avec des articles de journaux concernant le minitel ou la carte à puces et puis, évidemment, c'est une plongée dans une histoire individuelle qui devient presque universelle parce qu'elle a traversé le siècle dernier: les lettres de soldat, les annonces de décès, les souvenirs d'école. C'est émouvant d'entrer dans la vie de Madeleine et ce qui est étrange c'est que j'ai beau avoir eu envie d'en savoir toujours un peu plus sur elle, j'ai aussi accepté sans frustration ce qu'on ne saura jamais sur Madeleine.
Ce livre regroupe, dans un joli objet, les deux premières saisons de Madeleine Project. On peu ensuite aller suivre la saison 3 qui est très intéressante aussi car Clara a travaillé avec les élèves de l'école d'Aubervilliers dans laquelle Madeleine a enseigné.
Publié en mai 2016 aux éditions du sous-sol (ça ne s'invente pas). 280 p. Ce livre a emporté la pré-sélection de décembre face à Joan Sfar. 
timbres de rationnement
Madeleine






Merci au magazine Elle.
A conseiller aux nostalgiques. 

jeudi 23 juin 2016

L'outsider de Christophe Barratier

Ce film raconte le parcours de Jérôme Kerviel, de son entrée à la Société Générale jusqu'à sa chute. C'est bien sûr un film à charge, mais pas à charge contre l'individu. C'est le système qui est visé, ce système qui fait jouer avec des sommes mirobolantes. Car on a vraiment l'impression en regardant ce film que trader, c'est jouer. C'est comme prendre des paris sur l'avenir, parier sur les attentats qui mène à l'effondrement des marchés par exemple. Jérôme Kerviel est présenté comme un homme qui ne vit, pendant une grande partie du film, que pour son travail. Pour le spectateur, il est facile de comprendre comment il en arrive à jouer des milliards qu'il fera perdre à ses employeurs. Tout est clairement expliqué, la manière de gagner de l'argent, et d'en cacher une partie sous la "carpet" pour qu'on ne vous demande de faire de plus chiffres l'année d'après (principe qui est valable dans de nombreux autres métiers) et surtout, le fait que Kerviel n'a pas détourné de l'argent pour s'en mettre plein les poches. Il l'a fait parce que telle était la règle du jeu et que pendant ses premières années en tant que trader, il fut tellement bon et/ou chanceux qu'il a perdu le sens des réalités. Mais comme le montre le film, sa hiérarchie était au courant et a laissé faire, l'a même encouragé sur cette pente dangereuse. La fin du film rappelle que Kerviel a été blanchi par la justice. 
C'est un film qui ne rend pas les traders sympathiques. On voit ces bandes d'hommes se défouler après le stress énorme que génère leur travail, en utilisant de l'humour bien lourd. Contrairement au Loup de Wall Street, on nous épargne les scènes de drogue (il y en a une mais elle concerne un courtier et non un trader), peut-être parce que les personnages ne sont pas fictifs cette fois. C'est un film que je conseille pour comprendre l'univers des traders, qui ne fait pas l'apologie du trading mais qui explique comment Kerviel a pu en arriver là. 
Sortie:  le 22 juin 2016


mardi 12 avril 2016

Dedans de Sandro Bonvissuto

A cet instant, je pensais comme il était vrai que la compréhension définitive d'un livre peut être différée jusqu'au moment où il nous arrive, à nous aussi, ce qu'on a lu dans ce livre. 

Le narrateur entre pour la première fois dans une prison. On ne saura pas ce qu'il a fait pour y être mais on suit à travers lui la découverte de ces codes qui ne prennent de sens que dans la répétition d'une routine et qui, surtout, permettent de rassurer quand rien n'est rassurant. A travers des phrases à la fois simples et puissantes, Sandro Bonvissuto nous transmet les différentes émotions ressenties par le narrateur, la peur étant sans aucun doute la plus présente: 

Je pensais qu'on ne peut pas passer la nuit à côté de quelqu'un quand on ne sait pas comment il s'appelle. On ne parvient pas à fermer les yeux. Pour dormir l'un près de l'autre, il faut au moins avoir échangé un prénom. 

On se rend compte à quel point la faute forge l'homme et finit par le définir. L'intérêt de ce roman tient dans ce regard neuf posé sur la prison et étrangement, alors qu'on pourrait trouver cela banal, c'est ce qui en fait la force. Parce que cette partie en prison est suivie d'une autre sur l'enfance du narrateur et sur les amitiés d'enfance, ce roman est intimement lié aux rapports masculins, aux liens d'amitié ou même aux liens filiaux et la fin est un passage à la fois fin, touchant et délicat sur les liens père-fils à travers ce moment important qu'est l'apprentissage du vélo, moment où il avoue enfin comprendre l'utilité de son père :

Bonvissuto © Michela Scarazzolo Il ne m'avait jamais regardé de cette manière; j'étais enveloppé par le regard de mon père qui vaut autant que l'embrassade maternelle. Ce regard qui vous enveloppe comme l'eau et se pose aussi sur les choses qui sont autour de vous en bonifiant les choses dangereuses. 

C'est un roman que je vous recommande même s'il ne raconte pas une histoire à proprement parler, il se centre plutôt autour de moments importants d'une vie. 

Merci aux éditons Métailié
A conseiller à ceux qui ont envie d'un univers finement viril. 


Publication : 07/04/2016-  192 p. 
Langue originale : Italien (Italie)
Traduit par : Serge Quadruppani






dimanche 21 février 2016

Et si...

Et si on écoutait D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan (la grande chouchoute de Mind The Gap) lu par Marianne Epin?

Delphine, le personnage de ce roman, est l'auteure d'un roman qui fut un immense succès. Ce roman est sorti depuis un moment quand Delphine rencontre L. lors d'une soirée. Elles se lient assez vite et L. va prendre une part grandissante dans la vie de Delphine sans que jamais elle ne rencontre son compagnon François ou ses enfants.

Voilà tout ce que je peux dire de l'intrigue sans trop en dévoiler. Je vais être honnête, si ce roman n'avait pas figuré dans la liste du prix Audiolib, je ne l'aurais ni lu, ni écouté. Si j'avais trouvé la lecture de Rien ne s'oppose à la nuit agréable, il m'avait laissé un goût amer de voyeurisme. Je sais que peu de lecteurs ont partagé cette impression, peut-être même fus-je la seule lectrice à ressentir cela. J'ai trouvé quelques moments longuets dans ce livre mais je l'ai trouvé agréable à écouter. Je suis persuadée que j'aurais eu davantage de mal à le lire mais je me suis retrouvée dans de nombreuses réflexions, un peu comme si j'écoutais des chroniques radiographiques  sur la panne de la page blanche, la part de la fiction et de l'auto-fiction, Ivan Lendl (eh oui, c'est mon point commun avec Delphine et L., j'ai été fan de Lendl). Je ne sais pas si c'est le format qui m'a donné cette impression de découpages en petites tranches mais c'est ce qui m'a plu. Mais c'est en fait la troisième partie qui fait l'unité de ce roman, qui est la clé de tout. Et là, j'ai eu envie de dire bravo. Bravo d'avoir fait un pied de nez à son roman précédent, parce que pour moi, ce roman est avant tout cela. Bravo pour le travail sur l'intertextualité. Je me suis posé la question du plagiat de la fameuse page 113 de Sukkwan Island alors même que je ne l'ai pas lu (justement parce qu'on m'avait raconté ce qui s'y passait), j'ai pensé à Misery de Stephen King. J'ai aimé son travail sur les doubles de l'auteur. Et puis, elle joue avec tout, même avec son amoureux dans ce roman et moi, ça m'amusée. 
Me voici donc réconciliée avec Delphine de Vigan. J'ai un petit bémol concernant la lectrice. Elle lit bien, rien à dire là dessus, mais je n'ai pas réussi à m'habituer à sa voix. Peut-être avais-je besoin de la voix de l'auteure sur ce texte dont le personnage se prénomme Delphine? L'entretien avec l'auteure est très intéressant. A noter que le choix de l'initiale L. est parfait pour l'oral. 

Sylire a aussi trouvé que le format audio était parfait. 

  • Date de parution : 04 Novembre 2015
  • Durée : 8h56
  • Prix Renaudot 2015- Prix Goncourt des lycéens 2015 (et j'imagine comment les entretiens avec l'auteure au sujet de ce roman précisément ont dû les passionner). 

mardi 2 février 2016

Ce qu'il advint du sauvage blanc de François Garde

J'avais ce roman dans ma Pal puis un moment et parce que le personnage était lié à un matelot, je peinais à le sortir de mon armoire. Et pourtant, on ne me l'a pas offert donc s'il était parvenu jusqu'à moi, c'est qu'il m'avait tenté. Allez savoir pourquoi, j'ai fini par l'ouvrir la semaine dernière. Et grand bien m'en a pris. 
Narcisse Pelletier est donc un matelot abandonné par ses compagnons sur une île australienne. Au récit racontant les premières semaines de Narcisse sur l'île, sa rencontre avec une femme puis les membres de sa tribu se mêle le récit d'Octave qui recueille à Sydney lorsque Narcisse est repéré par un équipage qui, reconnaissant en lui un homme blanc devenu sauvage, l'embarque avec lui mais ne sait qu'en faire. 


C'est l'alternance de ces deux récits qui fait la force de ce roman. Les romans se déroulant en partie sur des bateaux me rebutent, je ne m'en explique pas la raison, mais c'est ainsi. J'ai beaucoup aimé celui-ci. Narcisse est un personnage taciturne mais silencieux. Si François Garde saupoudre quelques touches comiques, il ne fait pas de Narcisse un phénomène de foire et il le rend très touchant. Bien sûr, le thème du sauvage déraciné a été traité, celui du blanc qui devient sauvage aussi mais celui du blanc forcé de s'adapter à la vie sauvage et qui revient de force à la "civilisation" ne me semble pas l'avoir été beaucoup. Et la découverte, vers la fin du roman, d'un élément important de sa vie interroge le lecteur et le met mal à l'aise par rapport au parcours suivi. C'est un roman qui avait toutes les chances de me déplaire et qui m'a beaucoup plu. 
Publié en janvier 2012 chez Gallimard- Goncourt du premier roman 2012. Pour Kathel, il se dévore avec enthousiasme. Keisha l'a englouti. 

A recommander à tous, même ceux que le thème pourrait rebuter.
Pas de merci aujourd'hui, il faut bien une trêve dans les bons sentiments. 


dimanche 31 janvier 2016

Et si ...

Et si on écoutait un livre audio en lice pour le Prix Audiolib? J'ai commencé par le plus court, Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, lu par Grégory Gastebois. Cette nouvelle est racontée par Charlie Gordon, jeune homme avec un QI de 68, qui se fait remarquer par sa motivation à apprendre à lire. Lorsqu'on lui propose de participer à une expérience visant à tripler son intelligence, il accepte avec grand plaisir. C'est alors que son destin va suivre celui d'Algernon, la souris qui, avant lui, a servi de cobaye à cette expérience.

Penchons nous d'abord sur la performance du lecteur. Grégory Gastebois a joué ce rôle sur scène et c'est sans doute un avantage non négligeable. Il rend Charlie Gordon touchant et humain et module sa voix en fonction de l'intelligence de son personnage. Le propos est intéressant aussi. Au fur et à mesure des progrès de Charlie, on sent que si la bêtise fait rire, l'intelligence fait peur et isole. Et la nouvelle est un prétexte à une réflexion sur les différences de traitement des déficiences, qu'elles soient mentales ou physiques. Puisque c'est une nouvelle, il ne faut pas s'attendre à ce que le propos soit poussé, mais c'est un livre audio agréable à écouter. 

  • Date de parution : 02 Décembre 2015
  • Durée : 1h27
audiolib

mardi 8 décembre 2015

Un papa de sang de Jean Hatzfeld

En Afrique, le temps polit les histoires à l'aide de mots merveilleux. 

Retrouver Jean Hatzfeld et ses écrits sur le Rwanda faisait partie de mes attentes de rentrée, ce fut d'ailleurs ma première réelle envie de la rentrée littéraire. C'est avec mon avis sur La Stratégie des antilopes que j'ai été sélectionnée pour être jury du prix Elle pour la première fois. Je me souviens du choc à la lecture de ce livre, je me revois, sonnée, le dévorant dans ma voiture. Une saison de machettes fut moins un choc parce que je m'attendais à ce que j'allais lire, mais la froideur du témoignage des hutus m'avait glacée. Dans ce nouvel opus, Jean Hatzfeld se penche sur les enfants des victimes et des bourreaux. Nous sommes donc moins au coeur de l'horreur, la distance nécessaire aux enfants pour survivre aux horreurs nous est bénéfique. On apprend comment l'école tente d'apaiser les tensions, expliquant le génocide sans pointer du doigt les uns et les autres, sans jamais mettre de noms sur les bourreaux. Le fils d'un ancien détenu hutu a un discours très intéressant sur la disparation voulue par les autorités rwandaises du concept d'ethnie, disparation vouée à l'échec dans un pays africain, parce que l'ethnie, c'est l'identité. Une rescapée tutsi évoque le pouvoir de la photo, le meilleur rempart contre le négationnisme. On suit aussi les pensées de ces filles enfantés par des monstres et qui semblent tellement mûres quand elles en parlent.

Bien que ce ne soit pas mon essai préféré dans cette série sur le Rwanda, je ne peux que vous recommander ce titre. Je suis aussi heureuse qu'il ait été sélectionné pour le Prix Goncourt car cela signifie que les lycéens participant au Prix Goncourt des lycéens ont écouté ce grand homme parler du génocide et cela promet de très beaux moments. 

Publié en août 2015 chez Gallimard. 

A conseiller à absolument tout le monde. 
Merci à la librairie Dialogues.

jeudi 3 décembre 2015

Les cowboys de Thomas Bidegain

Kelly est en seconde quand elle disparaît brutalement lors d'une fête country. Ses parents découvrent avec effroi qu'ils ne savent rien de sa vie, qu'elle leur cache une liaison avec un certain Ahmed qu'ils ne connaissent pas, qu'elle a complètement coupé les ponts avec ses anciennes amies. Alors que le père se jette à corps perdu dans la recherche de sa fille, la mère se demande d'emblée s'il ne faut pas laisser leur fille vivre ce qu'elle a décidé de vivre. 

Les CowboysSi j'ai trouvé quelques petites longueurs dans ce film, il pose des questions essentielles qui dépassent l'actualité. On sent d'emblée que les parents sont tous les deux dévastés par la disparation de leur fille mais ils réagissent différemment. L'homme ne se pose pas de question, la disparation mène forcément à une quête, qui est sans doute à la fois une manière de remplir un espace laisse libre dans sa vie et une forme de vengeance. On ne lui prendra pas sa fille sans qu'il réagisse, foi de père! La mère, elle, se demande à quel point un parent peut intervenir dans la vie de son enfant, qu'il soit majeur ou pas. Elle comprend vite que contrecarrer ce projet, c'est aussi probablement se mettre sa fille à dos dès le départ. Le film est porté par de très bons acteurs, François Damiens en tête talonné par le jeune Finnegan Oldfield qui joue ce frère lesté du fardeau de cette disparition. Ce film évite, me semble-t'il, les clichés et par les temps qui courent, c'était important. Il montre aussi à quel point une telle disparition laisse démuni, pour différentes raisons. Et que le seul capable de retrouver les traces de la disparue, c'est celui qui a préparé le terrain, certainement pas le père désarmé qui y va avec ses grands sabots. 

Sortie: le 25 novembre 2015

A conseiller à tous les parents.
Merci à celle qui m'a accompagnée. 

mardi 1 décembre 2015

New-York: missing de Don Winslow

Je ne lis plus de polars ou presque plus mais quand je suis allée dans la Drôme, je suis tombée en panne de livres grâce à la SNCF qui avait presque trois heures de retard qu'il a bien fallu que je remplisse  (merci aussi à Marjorie et Marie qui m'ont fait passer le temps, à tel point que j'ai failli rater mon arrêt). Il y avait ce Don Winslow dans la bibliothèque de la maison, et c'est sur lui que j'ai jeté mon dévolu.

Frank Decker est chargé de la disparition d'une petite fille noire. Quelques jours plus tard, une fillette blanche disparaît elle aussi. Les recherches se mettent en marche et s'arrêtent dès que la fillette blanche est retrouvée. Ce n'est pas du goût de Frank qui refuse de lâcher l'enquête.

Missing :New-York est le premier volet d'une série mettant en scène Frank Decker, un sergent de police de trente-cinq ans vivant au Nebraska. J'ai apprécié que pour une fois, il ne soit ni alcoolique, ni dépressif, qu'il n'ait pas de chat (je plaisante), ni de squelette caché dans un placard. Sa situation matrimoniale n'est pas au mieux, c'est tout. Quant à l'intrigue rien de bien original sans doute mais j'ai apprécié aussi que toutes les pièces du puzzle s'emboîtent parfaitement et qu'on ne nous sorte pas un coupable de dernière minute. Ce n'est pas un polar inoubliable mais j'ai passé un bon moment à le lire.

C'est une déception pour Cannibale Lecteurs mais c'est éblouissant pour Unwalkers.

Publié en février 2015- traduit de l'anglais (États-Unis) par P. Loubat-Delranc, Seuil/policiers, 303 p

A conseiller à ceux qui ont envie d'un polar qui se tient. 
Merci à celle qui m'a  fait découvrir la Drôme (et donc indirectement ce roman). 

mardi 6 octobre 2015

Le Prodige d'Edward Zwick

Le ProdigeCe film nous raconte l'histoire de Bobby Fischer, le prodige américain des échecs, qui très tôt se passionna pour ce sport, surpassa très vite son entraîneur et n'eut qu'un seul but, battre tous les russes et devenir champion du monde. Mais si Bobby Fischer est si célèbre, c'est aussi pour ses démons. Paranoïaque, il était persuadé d'être mis sur écoute par les russes et il enchaîna caprice sur caprice lorsqu'il fut  opposé à Spassky. 

Je ne suis pas fan de Tobey Maguire mais il est parfait dans le rôle de cet homme qui aurait bien besoin d'être aidé mais qui ne le fut pas, sans doute parce qu'il était un génie dans son domaine mais aussi parce que pendant la guerre froide, seule comptait la possibilité de battre  les russes dans un domaine qui était sans conteste le leur. Toby Maguire réussit à rendre Bobby Fischer, cet homme horripilant, fragile et donc un tantinet attachant puisqu'il ne maîtrise plus rien et qu'il devient, comme le signale le titre original, le pion sacrifié. On sort de ce film en se demandant comment les masses peuvent aduler des hommes aussi antipathiques que Bobby Fischer? Est-ce dû uniquement à un patriotisme exacerbé? Comme souvent dans les biopics, on peut reprocher un manque d'originalité dans la réalisation. 

Sortie: le 16 septembre 2015.

A conseiller à ceux qui ont aimé Le Duel d'Indridason
Merci à celle qui, comme d'habitude, m'a emmenée loin de mes sentiers battus.





Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...