Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses.
Sylvain Tesson, comme vous le savez sans doute, a été victime d'une chute qui l'a cloué au lit pendant un long moment, lui qui a toujours eu du mal à tenir en place. Il a ensuite décidé de traverser la France du sud au nord, sur ce qu'il nomme les chemins noirs. Hasard de mes lectures, c'est donc la seconde fois depuis le début de l'année que je lis le livre d'un auteur qui s'est décidé à parcourir la France. Hasard, vraiment ? Sans doute pas quand on sait que reprendre le chemin d'un GR me titille de plus en plus.
La grande différence entre le livre d'Antoine Choplin et celui de Sylvain Tesson, auteur que je lisais pour la première fois, c'est que Tesson ne parle pas du tout d'écriture. Il lie surtout son périple à sa propre réhabilitation physique, que ce soit au niveau musculaire, en parlant de ses souffrances, de ce corps qui souffre mais qui semble finalement s'habituer à la marche qu'au niveau de son abstinence, rendue obligatoire par trop d'excès.
On m'avait ramassé. J'étais revenu à la vie. Mort, je n'aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au Ciel. Cent milliards d'êtres humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo Sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu'on retrouve un proche dans la cohue d'une termitière éternelle encombrée d'angelots ?
Comme Choplin, il évoque les rencontres faites au hasard des chemins et on sent que ce sont des moments de partage importants, d'autant que Tesson vilipende les écrans et le terme d'hyper ruralité qui, chez les politiciens, est une insulte, un combat à mener. Sylvain Tesson rêve justement d'endroits oubliés par les ondes (bon, soyons honnête, c'est bien en rase campagne mais quand les enfants râlent parce que vraiment, on ne peut rien faire avec internet ici, ça fait moins rêver). L'alternance de marches solitaires et accompagnées permet de rythmer le récit et me fait réfléchir à une alternance identique parce que les discussions qu'il a avec des amis aux croyances différentes des siennes m'ont plu et que c'est aussi ce que j'aime dans la marche. J'ai moins aimé que le Choplin, sans doute justement parce qu'il ne parle pas d'écriture et que la plume est à mon avis, un cran en dessous mais j'ai aimé cette balade qui ne manque pas d'humour, d'autant qu'elle finit en Normandie. Normal, tous les chemins mènent ici, c'est bien connu !
Publié en septembre 2016 chez Gallimard.
Publié en septembre 2016 chez Gallimard.
A conseiller à ceux que l'envie de marcher démange.