Affichage des articles dont le libellé est rentrée septembre 2016. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rentrée septembre 2016. Afficher tous les articles

jeudi 24 mai 2018

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Une seule chose était acquise, on pouvait encore  partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses. 

Sylvain Tesson, comme vous le savez sans doute, a été victime d'une chute qui l'a cloué au lit pendant un long moment, lui qui a toujours eu du mal à tenir en place. Il a ensuite décidé de traverser la France du sud au nord, sur ce qu'il nomme les chemins noirs. Hasard de mes lectures, c'est donc la seconde fois depuis le début de l'année que je lis le livre d'un auteur qui s'est décidé à parcourir la France. Hasard, vraiment ? Sans doute pas quand on sait que reprendre le chemin d'un GR me titille de plus en plus. 
La grande différence entre le livre d'Antoine Choplin et celui de Sylvain Tesson, auteur que je lisais pour la première fois, c'est que Tesson ne parle pas du tout d'écriture. Il lie surtout son périple à sa propre réhabilitation physique, que ce soit au niveau musculaire, en parlant de ses souffrances, de ce corps qui souffre mais qui semble finalement s'habituer à la marche qu'au niveau de son abstinence, rendue obligatoire par trop d'excès. 
On m'avait ramassé. J'étais revenu à la vie. Mort, je n'aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au Ciel. Cent milliards d'êtres humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo Sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu'on retrouve un proche dans la cohue d'une termitière éternelle encombrée d'angelots ?
Comme Choplin, il évoque les rencontres faites au hasard des chemins et on sent que ce sont des moments de partage importants, d'autant que Tesson vilipende les écrans et le terme d'hyper ruralité qui, chez les politiciens, est une insulte, un combat à mener. Sylvain Tesson rêve justement d'endroits oubliés par les ondes (bon, soyons honnête, c'est bien en rase campagne mais quand les enfants râlent parce que vraiment, on ne peut rien faire avec internet ici, ça fait moins rêver). L'alternance de marches solitaires et accompagnées permet de rythmer le récit et me fait réfléchir à une alternance identique parce que les discussions qu'il a avec des amis aux croyances différentes des siennes m'ont plu et que c'est aussi ce que j'aime dans la marche. J'ai moins aimé que le Choplin, sans doute justement parce qu'il ne parle pas d'écriture et que la plume est à mon avis, un cran en dessous mais j'ai aimé cette balade qui ne manque pas d'humour, d'autant qu'elle finit en Normandie. Normal, tous les chemins mènent ici, c'est bien connu !
Publié en septembre 2016 chez Gallimard. 

A conseiller à ceux que l'envie de marcher démange.  





mardi 31 octobre 2017

Les petites chaises rouges d'Edna O'Brien

On ne connaît pas les autres. Ils sont une énigme. On ne les connaît pas, surtout ceux avec qui nous sommes les plus intimes, parce que l'habitude nous trouble et l'espoir nous aveugle sur la vérité. 

Fidelma est mariée à un homme bien plus vieux qu'elle, qui l'a sortie de la pauvreté dans laquelle elle était née en tombant amoureux d'elle et en l'épousant. Quand un guérisseur nommé Vladimir Dragan, originaire du Monténégro, s'installe dans son hameau irlandais, elle tombe immédiatement sous son charme. Débute alors une liaison qui finira en tragédie puisque Vlad est vite arrêté pour les monstruosités commises à Sarajevo (je ne dévoile pas la fin en l'écrivant, le lecteur l'apprend très vite). Ce sont les conséquences de cet amour qu'Edna O'Brien dissèque. 
Ouvrir un livre d'Edna O'Brien, c'est retrouver un univers dans lequel il faut accepter d'entrer par immersions successives. Celle qui m'a prêté ce roman, avec qui j'en ai ensuite longuement discuté, utilise un adjectif que je lui emprunte de plus en plus souvent: "clivant". On peut dire qu'Edna O'Brien est une auteure clivante, comme l'ont prouvé les avis divergents du jury du Prix des lectrices de Elle qui m'avait permis de la découvrir. Elle procède par circonvolutions pour construire son récit, tournant autour du point où elle souhaite nous mener, nous perdant parfois en route. Mais j'aime me perdre entre ses lignes. Lors de notre debriefing, nous avons remarqué que chacune de nous avait oublié des passages du livre, tant il est difficile de se concentrer sur tout. Et peu importe. Ce roman traite du sentiment de culpabilité lié au fait d'aimer un monstre, d'avoir manqué de lucidité dans le choix amoureux et sur la difficulté de s'en remettre. Certaines scènes sont très fortes, comme si elles étaient les points vers lesquels tous ces détours devaient nous mener. Et puis, lire Edna O'Brien, c'est n'avoir aucun doute quant au fait que nous lisons bien un objet littéraire. A 85 ans, l'auteure n'a rien perdu de son talent.

Traduit de l'anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, éd. Sabine Wespieser, 376 p. Publié en septembre 2016. 

Merci à Celle qui m'a prêté ce roman (je sens que ce billet marque le début d'une belle histoire d'échanges littéraires) et qui m'a donné envie de ressortir ma machine à coudre qui n'avait pas encore servi en 2017. Merci aussi pour les échanges qui ont suivi la lecture et pour m'avoir signalé que ce roman s'inspirait de Radovan Karadzic, le "monstre" de Sarajevo.  
A déconseiller aux femmes enceintes, à cause de la scène qui est  pour moi la plus marquante du roman. 


Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...