"Mais surtout, nous ne retrouverons pas ce qui nous a poussés l'un vers l'autre, un jour. Cette urgence très pure. Ce moment unique. Il y a eu des circonstances, une conjonction de hasards, une somme de coïncidences, une simultanéité de désirs, quelque chose dans l'air, quelque chose aussi qui tenait à l'époque, à l'endroit, et ça a formé un moment, et ça a provoqué la rencontre, mais tout s'est distendu, tout est reparti dans des directions différentes, tout a éclaté, à la manière d'un feu d'artifice dont les fusées explosent au ciel nocturne dans tous les sens et dont les éclats retombent en pluie, et meurent à mesure qu'ils chutent et disparaissent avant de pouvoir toucher le sol, pour que ça ne brûle personne, pour que ça ne blesse personne, et le moment est terminé, mort, il ne reviendra pas.”
Philippe Besson a dix-sept ans quand il tombe amoureux de Thomas, cet élève de terminale que toutes les filles dévorent des yeux. Ils appartiennent à des cercles qui jamais ne se rejoignent, aussi tombe-t'il des nues quand Thomas lui fixe un rendez-vous dans un bar, loin des regards indiscrets. Thomas ne s'embarrasse pas de préambules et lui propose une rencontre dont le but est évident. Commence la première histoire d'amour de l'auteur.
Philippe Besson a dix-sept ans quand il tombe amoureux de Thomas, cet élève de terminale que toutes les filles dévorent des yeux. Ils appartiennent à des cercles qui jamais ne se rejoignent, aussi tombe-t'il des nues quand Thomas lui fixe un rendez-vous dans un bar, loin des regards indiscrets. Thomas ne s'embarrasse pas de préambules et lui propose une rencontre dont le but est évident. Commence la première histoire d'amour de l'auteur.
Je n'aime pas les autofictions mais j'aime retrouver des émotions qu'a pu éprouver l'auteur quand il les romance. Philippe Besson aurait pu choisir de romancer cette histoire mais il le dit, même si le livre est étiqueté en roman, c'est un récit, celui de son premier amour. Avec des mots parfois crus qui ne choquent pas (quand on parle de sexe, je préfère qu'on appelle un chat un chat) et qui n'empêchent pas une délicatesse infinie dans la description du désir, du sentiment amoureux, du manque de l'autre dans l'attente du prochain rendez-vous, de l'inquiétude aussi puisque les sentiments ne se disent pas, Philippe Besson s'approche de notre intime en parlant du sien.“Plus tard, j'écrirai sur le manque. Sur la privation insupportable de l'autre. Sur le dénuement provoqué par cette privation ; une pauvreté qui s'abat. J'écrirai sur la tristesse qui ronge, la folie qui menace. Cela deviendra la matrice de mes livres, presque malgré moi. Je me demande quelquefois si j'ai même jamais écrit sur autre chose. Comme si je ne m'étais jamais remis de ça : l'autre devenu inaccessible. Comme si ça occupait tout l'espace mental."
Le roman se divise en trois chapitres et j'en ai aimé chaque partie. J'ai été touchée par la découverte des corps et du sentiment amoureux mais aussi par la perte de l'autre et par la possibilité de renouer le contact quand l'occasion se présente, possibilité dont chacun peut faire ce qu'il souhaite. Et il y a ce jeune homme qui surgit de nulle part à Bordeaux, qu'on trouve d'abord un peu léger mais qui prend une vraie consistance. Evidemment, j'ai été touchée par le destin de Thomas mais je ne vais pas vous le dévoiler. Si ce livre met en scène deux jeunes hommes, il ne se réduit pas à l'homosexualité. Il a la force des premiers émois ou du grand amour, chacun y puisera certainement une parcelle de sa propre histoire. Philippe Besson, explique que c'est le récit d'un "Et si...", et si Meryl Streep ouvrait la portière à la fin de Sur la route de Madison. Il a réussi un tour de force ici, celui de me donner envie de revoir un film que je n'ai pas aimé à sa sortie mais qui me toucherait peut-être davantage maintenant et celui de me réconcilier avec l'auteur de La Trahison de Thomas Spencer qu'il évoque d'ailleurs dans ce livre. Dans son entretien, il parle de l'un de ses romans dont le personnage est Marcel Proust. Je sais donc avec quel titre je poursuivrai ma découverte de cet auteur. Vous allez penser que je passe mon temps submergée par l'émotion alors, je vous rassure, entre deux, je lis des romans de rentrée qui, malheureusement ne me touchent ni par la plume, ni par le contenu.
Cerise sur le gâteau, même si Philippe Besson est plus vieux que moi, nos références des années 80 sont les mêmes. La lecture qu'en fait Antoine Leiris, auteur de Vous n'aurez pas ma haine a un petit côté suranné qui m'a beaucoup plu.
Publié le 5 janvier 2017 chez Juillard et le 7 juin 2017 chez Audiolib.
Merci à Sylire dont le coup de cœur m'a rappelé mon envie initiale.
A conseiller à tous.




