mercredi 26 juillet 2017

"Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson

"Mais surtout, nous ne retrouverons pas ce qui nous a poussés l'un vers l'autre, un jour. Cette urgence très pure. Ce moment unique. Il y a eu des circonstances, une conjonction de hasards, une somme de coïncidences, une simultanéité de désirs, quelque chose dans l'air, quelque chose aussi qui tenait à l'époque, à l'endroit, et ça a formé un moment, et ça a provoqué la rencontre, mais tout s'est distendu, tout est reparti dans des directions différentes, tout a éclaté, à la manière d'un feu d'artifice dont les fusées explosent au ciel nocturne dans tous les sens et dont les éclats retombent en pluie, et meurent à mesure qu'ils chutent et disparaissent avant de pouvoir toucher le sol, pour que ça ne brûle personne, pour que ça ne blesse personne, et le moment est terminé, mort, il ne reviendra pas.”

Philippe Besson a dix-sept ans quand il tombe amoureux de Thomas, cet élève de terminale que toutes les filles dévorent des yeux. Ils appartiennent à des cercles qui jamais ne se rejoignent, aussi tombe-t'il des nues quand Thomas lui fixe un rendez-vous dans un bar, loin des regards indiscrets. Thomas ne s'embarrasse pas de préambules et lui propose une rencontre dont le but est évident. Commence la première histoire d'amour de l'auteur.
Je n'aime pas les autofictions mais j'aime retrouver des émotions qu'a pu éprouver l'auteur quand il les romance. Philippe Besson aurait pu choisir de romancer cette histoire mais il le dit, même si le livre est étiqueté en roman, c'est un récit, celui de son premier amour. Avec des mots parfois crus qui ne choquent pas (quand on parle de sexe, je préfère qu'on appelle un chat un chat) et qui n'empêchent pas une délicatesse infinie dans la description du désir, du sentiment amoureux, du manque de l'autre dans l'attente du prochain rendez-vous, de l'inquiétude aussi puisque les sentiments ne se disent pas, Philippe Besson s'approche de notre intime en parlant du sien.
“Plus tard, j'écrirai sur le manque. Sur la privation insupportable de l'autre. Sur le dénuement provoqué par cette privation  ; une pauvreté qui s'abat. J'écrirai sur la tristesse qui ronge, la folie qui menace. Cela deviendra la matrice de mes livres, presque malgré moi. Je me demande quelquefois si j'ai même jamais écrit sur autre chose. Comme si je ne m'étais jamais remis de ça  : l'autre devenu inaccessible. Comme si ça occupait tout l'espace mental."
 Le roman se divise en trois chapitres et j'en ai aimé chaque partie. J'ai été touchée par la découverte des corps et du sentiment amoureux mais aussi par la perte de l'autre et par la possibilité de renouer le contact quand l'occasion se présente, possibilité dont chacun peut faire ce qu'il souhaite. Et il y a ce jeune homme qui surgit de nulle part à Bordeaux, qu'on trouve d'abord un peu léger mais qui prend une vraie consistance. Evidemment, j'ai été touchée par le destin de Thomas mais je ne vais pas vous le dévoiler. Si ce livre met en scène deux jeunes hommes, il ne se réduit pas à l'homosexualité. Il a la force des premiers émois ou du grand amour, chacun y puisera certainement une parcelle de sa propre histoire. Peut-être serez-vous surpris par ce qu'il fera ressortir en vous. C'est un peu comme si on pensait n'avoir gardé aucune cicatrice d'un formidable voyage qui s'est fini dans une chute mémorable, qu'on retrouve la trace de cette cicatrice et qu'on s'en réjouit: elle est la preuve que ce beau voyage a bien existé.  Philippe Besson, explique que c'est le récit d'un "Et si...", et si Meryl Streep ouvrait la portière à la fin de Sur la route de Madison. Il a réussi un tour de force ici, celui de me donner envie de revoir un film que je n'ai pas aimé à sa sortie mais qui me toucherait peut-être davantage maintenant et celui de me réconcilier avec l'auteur de La Trahison de Thomas Spencer qu'il évoque d'ailleurs dans ce livre. Dans son entretien, il parle de l'un de ses romans dont le personnage est Marcel Proust. Je sais donc avec quel titre je poursuivrai ma découverte de cet auteur. Vous allez penser que je passe mon temps submergée par l'émotion alors, je vous rassure, entre deux, je lis des romans de rentrée qui, malheureusement ne me touchent ni par la plume, ni par le contenu. Et on ressort de ce livre non pas nostalgique mais heureux d'avoir vécu un bel amour. Je suggérais il y a peu à un ami qu'il était toujours amoureux d'une femme qu'il ne voyait plus mais dont il venait de me parler, ce qui était, de ma part,  d'une indélicatesse sans nom; chacun porte évidemment en lui ses amours perdues, ce qui n'empêche ni d'avancer, ni, je suppose, de retomber amoureux. 
Cerise sur le gâteau, même si Philippe Besson est plus vieux que moi, nos références des années 80 sont les mêmes. La lecture qu'en fait Antoine Leiris, auteur de Vous n'aurez pas ma haine a un petit côté suranné qui m'a beaucoup plu. 
Publié le 5 janvier 2017 chez Juillard et le 7 juin 2017 chez Audiolib

Merci à Sylire dont le coup de cœur m'a rappelé mon envie initiale. 
A conseiller à tous. 

                                                                        





23 commentaires:

  1. Le décor a changé ici, joli, en tout cas pour moi plus lisible. Bref, pour revenir au sujet, je le lirai certainement, j'adore son écriture, l'art qu'il a d'évoquer les sentiments, et cela fait bien longtemps que je ne l'ai pas lu. Tu n'as pas aimé Sur la route de Madison, un de mes films fétiches, je l'ai vu à sa sortie, j'avais 22 ans, il m'a bouleversé, et je me suis dit que je ne ferais jamais cette erreur de la fin (enfin pour moi, c'en était une).

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    1. Merci Emma, j'attendais des retours sur la lisibilité, j'avais peur que ce soit un peu petit.
      Je vais le regarder à nouveau très bientôt, c'est sûr. Les parcours ratés, j'y suis plus sensible maintenant.

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  2. J'adore la photo là haut (Marcel, tu reviens quand tu veux! ^_^)
    En revanche, je dois avoir atteint un âge certain, car pour moi c'est extrêmement difficile à lire (les citations sont un poil plus grosse) je me permets de le dire car si on ne lit pas ce que tu écris, à quoi cela sert-il que Ducros se décarcasse ^_^(et moi j'aime bien lire tes billets)

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    1. Je l'ai prise ce week-end à Cabourg!
      Tu fais bien de le dire, j'avais des doutes, je m'en occupe ce soir.

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    2. J'ai un peu augmenté la taille du texte, pourras-tu me dire si c'est mieux? Sinon, j'y retravaille.

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  3. J'ai envie de le lire et du coup de découvrir cet auteur. Je vais attendre la sortie en poche et je me l'offrirai. Je suis quasi certain d'aimer, je me souviens de son passage à LGL à l'époque , je regardais encore régulièrement et il m'avait convaincu !

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    1. J'ai beaucoup aimé l'entretien qui suit la lecture du livre. Je viens de me réconcilier avec Philippe Besson et j'en suis ravie.

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  4. Je retrouve tout à fait dans une billet ce que j'ai aimé de ce livre. Merci à toi de me replonger dans ce coup de coeur (on ne finit pas de se remercier ;-)).

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  5. dans TON billet (comment TON a pu se transformé en UNE ? Mystère).

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  6. Alors là je tombe des nues Val !!! Je n'aime pas du tout le personnage de Besson (à cause d'une interview d'Emilie Freche sur France Q), j'avoue aussi que les chroniques de certains blogueurs sur son précédent m'avaient fait fuire ! Du coup , la j'ai comme un coup de massue (nan je rigole!!! ) je ne sais pas si je lirai le livre, Mais ton billet est drôlement beau !!!

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  7. Que te répondre à part que j'avais été déçue par La trahison de Thomas Spencer du même auteur mais que je sentais que ce thème pouvait me plaire. C'est une belle plume et un sujet finement traité. Le récit, comme l'entretien avec l'auteur me laissent avec une sorte de tendresse pour Philippe Besson que j'espère conserver.
    Et merci! ;-)

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  8. Une lecture qui m'avait marqué. Un silure audio qui doit être très beau, d'après ce que tu en dis.

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    1. Je ne verse pas souvent de larmes en écoutant un livre audio, c'est sans doute la preuve qu'il est beau.

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  9. Je note, je suis certaine que ça me plairait. J'ai lu "se résoudre aux adieux" il y a peu... Effectivement, tout à fait dans le thème de ce que tu décris dans ton billet.

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    1. D'après ce qu'il explique, il a effectivement des thèmes récurrents. Je note ce titre pour plus tard (je fais une pause sur le thème).

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  10. Je vois que tu as noté le même passage que moi sur le manque l'absence le silence ...........c'est grâce à Galéa que je viens d'atterrir sur ce magnifique billet

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  11. j'aime beaucoup cet auteur et je n'ai pas lu celui-ci, je le note !

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    1. Je ne vois que des billets très enthousiastes sur ce roman. Tu vas l'adorer.

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  12. Un jour, c'est certain, je découvrirai ce livre...

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