dimanche 4 février 2018

La douleur d'Emmanuel Finkiel

Il y a peu, je vous parlais de ce texte fort mais mal accompagné qu'est La douleur de Marguerite Duras. Je ne vais donc pas vous raconter l'histoire à nouveau. J'avais très envie de voir l'adaptation, ce qui n'est pas toujours le cas lorsque j'ai réellement aimé un texte. Peut-être parce que j'avais envie de voir comment Mélanie Thierry se débrouillerait ou peut-être que je lui faisais instinctivement confiance. Le choix de l'actrice est excellent et j'aime l'idée qu'un acteur n'est pas obligé de se grimer en un personnage pour l'incarner. Mélanie Thierry est Duras et on oublie qu'elle est trop blonde et trop jolie pour cela. Mitterand n'est d'ailleurs pas non plus incarné par un acteur qui lui ressemble. 
L'adaptation d'Emmanuel Finkiel est une réussite. A entendre d'autres spectateurs, nous nous sommes dit qu'il fallait sans doute avoir lu le livre pour pleinement l'apprécier mais j'ai rencontré depuis d'autres personnes qui l'ont beaucoup aimé sans avoir lu Duras. Là où certains l'ont trouvé long, ce ne fut pas du tout mon cas. Mon amie se demandait si le film n'était pas meilleur que le livre (nous parlons ici de l'intégralité du livre, pas seulement du texte La Douleur). Se poser la question, c'est déjà y répondre. La faiblesse du livre, c'était que le texte fort se trouve au début, rendant le reste bien fade. Ici, il se trouve à la fin. Mon intérêt est allé crescendo. J'ai d'abord apprécié l'esthétisme du film, le jeu des acteurs et la (presque) fidélité au texte dans la confrontation Rabier- Duras, à tel point que lorsque j'ai lu le roman, je crois que j'avais visualisé les scènes avec la tête de Magimel puisque je savais qu'il en serait l'interprète. J'avais du mal à croire que Benjamin Biolay puisse être un Dyonis convaincant et pourtant, il est parfait dans le rôle (et possède un charisme que je ne lui connaissais pas). On a le plaisir de retrouver les mots de Duras qui nous auraient manqué si le film n'avait été qu'une transposition et j'ai bien perçu l'oppression qu'on doit ressentir quand on vit dans un pays occupé. Mon petit bémol, c'est que des passages très forts ne sont pas mentionnés, je pense notamment à celle où Anthelme vole dans le frigidaire parce qu'on le rationne pour le préserver. A bien y réfléchir, ça permet de gommer l'aspect qui m'avait éthiquement posé problème dans le livre. Alors intentionnel ou pas, ce n'est sans doute pas une mauvaise idée. Je me demandais comment le corps de Robert Anthelme, si présent dans le livre pourrait apparaître à l'écran. Le réalisateur a intelligemment contourné la difficulté. Et l'ajout d'un personnage, celui de la maman juive qui attend le retour de sa fille, est un contrepoint bien pensé à la passivité de Marguerite à ce moment de sa vie. J'ai apprécié l'absence de pathos, ce qui n'empêche nullement l'émotion.
Un petit coup de gueule: il faut vraiment être motivé pour voir ce film quand on ne vit pas près d'une grande ville. 

2h 06- Sortie: le 24 janvier 2018.


A conseiller à ceux qui ont aimé le livre.
merci à C. pour cette première séance ciné commune et pour toutes les discussions qui ont entouré la lecture et la séance. 

18 commentaires:

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  2. Ma lecture est plus ancienne que la tienne, mon souvenir plus flou, mais je me souviens de ma déception après le premier texte "la douleur", les autres paraissent brouillons et ajoutés en vrac, à la va-vite. J'ai énormément aimé l'adaptation et Mélanie Thierry y est sûrement pour beaucoup. Quelques monologues m'ont paru un peu longs, mais sans plus, ce n'était pas un problème. Finkiel était vraiment le metteur en scène qu'il fallait pour adapter ce texte. (A l'Omnia, il cartonne !)

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    1. La douleur (le texte) est d'une telle puissance qu'on ne peut qu'être déçu ensuite, me semble-t'il. Dimanche dernier, à l'Omnia, la salle était très remplie. C'est une chance pour eux d'être le seul cinéma qui propose ce film.

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  3. J'aime beaucoup l'actrice, mais moins Duras... Alors... j'hésite.
    Bon dimanche.

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    1. Tu peux totalement oublier que c'est Duras. D'ailleurs, Mélanie Thierry dit qu'elle ne l'a pas joué comme si elle incarnait Duras.

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  4. Je ne l'ai ni vu ni lu mais tu en parles bien. Concernant le charisme de Benjamin Biolay, je suis allée le voir une fois en concert avec une collègue à qui j'avais dit "oui" sans grande conviction aucune et j'ai découvert que sur scène il avait une très grande présence, beaucoup de sensualité et sensibilité. J'avais été très étonnée.

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    1. J'aime certaines de ses chansons mais c'est vrai que j'ai tendance à avoir de lui l'image d'un homme négligé (et ça doit être une négligence très travaillée).

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  5. Ton enthousiasme est encourageant, la critique de La Libre Belgique est très élogieuse aussi. Merci pour ce beau billet & bon dimanche, Valérie.

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    1. Merci à toi pour tes mains sculptées, Tania. J'adore ton billet.

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  6. je partage ton coup de gueule! Je viens de chez Dasola qui a été moins enthousiaste que toi. Je verrai le film mais j'aimerais lire le livre avant.

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    1. Ca me semble être une vraie bonne idée, de lire le livre avant.

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  7. J'ai vu l'interprétation sur les planches de Dominique Blanc. Bouleversant.
    J'irai voir cette douleur-là.

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    1. On m'en parle souvent. Vas-y et reviens me dire ce que tu en penses.

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  8. il me semble qu'il ne faut pas avoir peur du nom de Duras en l’occurrence les thèmes du film se suffisent si on ne connaît pas, n'aime pas l'écrivain... Mais ce serait aussi dommage de ne pas apprécier la voix off qui retranscrit les mots du livre par moments. L'actrice est impressionnante. J'avais vu au théâtre de ma ville la pièce tirée de La Douleur par Dominique Blanc, mise en scène par Chéreau, fantastique, une autre interprétation. En tous cas osez, allez le voir. Brigitte

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    1. Vous avez bien raison, Brigitte, il ne faut pas en avoir peur. Merci de votre passage ici.

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  9. Bonjour Valérie, si je comprends bien, du livre de Duras, il faut surtout lire le début. Je note. Sinon, je reste sur ce que j'ai écrit. Le film trop long dilue beaucoup le texte. Bonne après-midi.

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    1. On peut ne lire que ce texte, oui. Mais après avoir vu le film, je conseillerais tout de même de lire le passage sur Rabier. Je n'ai pas trouvé ça si dilué par rapport au livre (il manque d'ailleurs une partie, ce qui m'a plutôt arrangée).

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Oui, oui, oui !

C'est mon chouchou (le livre ou l'auteur, je ne sais pas dire) et il vient de remporter le Goncourt 2018. Un grand bravo à Nicolas ...