dimanche 22 janvier 2017

En quête de l'étranger d'Alice Kaplan

Alice Kaplan est professeur à Yale, Elle s'est penchée sur le roman d'Albert Camus, L'Etranger, de sa conception aux œuvres qu'il a inspirées. N'étant pas une spécialiste de ce roman, que j'ai relu il y a peu pour mieux apprécier Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud ; j'ai beaucoup appris dans cet essai. Sur l'auteur d'abord, dont je ne connaissais finalement pas grand chose, ni qu'il était tuberculeux, ni qu'il avait eu du mal à trouver sa voie littéraire. Je n'avais aucune idée de l'influence du film Le facteur sonne toujours deux fois qui fera basculer le récit vers une confession à la première personne et je ne me souvenais pas que Meursault allait voir un film de Fernandel, une façon sans doute pour Camus de faire un clin d'oeil à un acteur qu'il aimait. Je ne savais pas qu'une partie de L'Etranger avait été rédigée à Clermont-Ferrand;  guerre oblige, c'est là que son journal Paris-Soir avait déménagé. J'ai aussi appris que depuis la première publication du roman en version anglaise, il s'intitule The Outsider en anglais et The Stranger en américain. Un roman polonais venait de sortir dont le titre fut traduit par The Stranger. Les anglais décidèrent donc de changer le titre mais les américains s'en rendirent compte trop tard. A ce jour et malgré des traductions remaniées, la différence de titre persiste. L'édition américaine avait dénaturé le texte de Camus en remplaçant son style indirect par du style direct, ce que Camus, sans comprendre l'anglais, vit tout de suite, typographie oblige. M'étant replongée cette année dans des exercices de version, je comprends assez bien que Gilbert aie souhaité "amélioré" le style de Camus, trop minimaliste pour lui, c'est la travers dans lequel le traducteur se doit pas tomber, celui de ne pas tenter d'améliorer le texte. Quand on apprend qu'il traduit "ce n'est pas de ma faute" par "Sorry, sir, but it's not your fault, you know", en sachant que l'anglais a normalement tendance à être plus concis que le français, on se demande combien de pages faisait la version américaine. Aux Etats-Unis, La Peste (mon roman préféré de Camus, lu et relu)  se vend d'abord mieux que L'Etranger mais la petit nombre de pages de ce dernier va inverser la tendance, il fait de L'Etranger le roman parfait à étudier en cours de français. le Folio n°2 devient le roman le plus vendu de la littérature française (il est encore régulièrement dans le top 100 des ventes de romans). On apprend aussi des éléments intéressants sur l'évolution du nom dans L'Etranger et du prénom dans Meursault, contre-enquête
C'est donc un essai fort instructif. 

Traduit par Patrick Hersant pour Gallimard - 330 pages. 

A conseiller à tous, Albert Camus étant un monument de la littérature française. 
Merci au jury de février du Grand Prix des lectrices de Elle. 

                                                          

18 commentaires:

  1. ah voilà qui m'intéresse en effet, une je suis une admiratrice et grande lectrice de Camus sauf sauf pour l'étranger qui m'a toujours semblé épouvantable comme roman, je vais donc en profiter pour m'instruire et le relire :)

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    1. Je suis comme toi, pas fan de L'Etranger mais j'adore ce que Kamel Daoud en a fait.

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  2. ça me tente mais après avoir relu Camus :) Donc... quand? (pfff)

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    1. Ah il faudrait, on finit toujours par trouver un moment (à moins de vouloir relire tout Camus).
      (es-tu une anonyme inconnue?)

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  3. Intéressant, ce documentaire du Prix Elle. Je suis assez fascinée par Camus également.

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    1. Globalement, je trouve les essais de ce prix très intéressants.

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  4. Le style de "L'Etranger" fait sa force, ces problèmes de traduction sont intéressants. J'ignorais les deux titres différents en anglais pour ce chef-d'oeuvre de Camus.

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    1. Ce documentaire m'a vraiment m'a vraiment appris des éléments que je ne connaissais pas.

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  5. On sent que tu as appris pleins de choses sur le roman.

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  6. C'est quand je croise ce genre de titres que je me dis que je lis bien trop peu d'essais...

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    1. Je suis comme toi, c'est aussi pour ça que j'aime le prix Elle.

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  7. Je vais d'abord lire Daoud, ça c'est un impératif, le Kaplan, je verrai ensuite ;-)

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    1. Ah oui alors, lire le Daoud est un impératif.

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  8. J'avais lu les mémoires d'Alice Kaplan (French Lessons) où elle parlait beaucoup de Derrida et de Céline il me semble. Je crois que ce livre m'intéresserait plus. Je le note.

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  9. Dai', te pergunto: que pode estar causando isso?

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    1. La cause de quoi, cher anonyme? Simple hasard votre message sous ce titre précis?

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