mardi 30 janvier 2018

4 3 2 1 de Paul Auster (RL janvier 2018 n°1)

One of the odd things about being himself, Feguson had discovered, was that there seemed to be several of him, that he wasn't just one person but a collection of contradictory selves, and each time he was with a different person, he himself was different as well. 

Je ne fais pas partie des inconditionnelles d'Auster. De lui, j'ai tenté deux romans qui m'ont laissée de marbre et un qui  m'a enthousiasmée mais dont je reconnais le côté sulfureux, Invisible. Pourtant, quand j'ai croisé la route de ce roman, en janvier dernier, au WH Smith parisien, impossible pour moi de ne pas être attirée. Il venait de sortir en grand format américain, il était donc énorme avec ses 1000 pages et j'aimais beaucoup la couverture. Pour une fois, j'ai lu la quatrième de couverture pour tenter de comprendre pourquoi Auster avait quitté ses formats relativement courts et j'ai été séduite par l'idée de donner à son personnage principal, Archie Ferguson, quatre destins différents. On sent très vite qu'Archie ne doit pas être très éloigné de l'auteur. Il vit à la même époque, semble avoir les mêmes origines et veut devenir écrivain. En lisant ce roman, on comprend bien (enfin, je l'ai compris ainsi) que la vie est un éternel renoncement, une éternelle croisée des chemins. Or ces chemins, on ne pourra pas tous les prendre. A l'âge de Paul Auster, on peut avoir envie d'imaginer ce qu'auraient pu être ces autres vies, surtout quand on est un écrivain qui a réussi, sinon, j'imagine bien la déprime. Alors, oui, c'est un poil trop long, oui, j'ai sauté quelques phrases mais dès la première page, j'ai travaillé sur un extrait pour l'étudier avec mes secondes avec qui j'abordai Ellis Island et la semaine dernière, j'ai étudié un passage avec mes terminales sur l'enrôlement des jeunes à la guerre du Vietnam. C'est à la fois un destin personnel et celui d'une génération. Il m'a fallu 400 pages pour pouvoir dire que ça me plaisait  mais j'ai beaucoup aimé les explications sur la genèse habilement imbriquées dans le roman. La fin de chaque partie surprend et c'est sans doute l'une des grandes réussites de ce pavé. Précisons aussi, comme me le faisait remarquer un collègue d'histoire-géo qu'on en apprend beaucoup sur les mouvements radicaux étudiants. Il y a des réflexions intéressantes sur l'écriture, comme par exemple la différence entre écrire pour la presse et écrire un roman. Et bien sûr, puisque c'est Auster, la sexualité est scrutée sous de bien nombreux aspects, c'est l'avantage d'avoir quatre destins. Vous l'aurez sans  doute compris, ce qui m'a séduite, ce n'est pas tant la plume d'Auster que la construction du roman et son contenu historique. 
C'est mon premier roman de la rentrée littéraire, je commence tard mais avec ses 1024 pages, ce roman m'a pris du temps. Publié en janvier 2018 chez Actes Sud (et chez Faber et Faber dans mon édition américaine). Papillon a beaucoup aimé. 

Merci à Marjorie, pour avoir été là le jour où je l'ai repéré et des mois après, le jour de l'achat. 
A conseiller aux amoureux de l'histoire américaine et à ceux qui ne veulent pas choisir entre un chemin ou un autre. 

dimanche 28 janvier 2018

La fresque d'Angelin Preljocacj (danse)

Il y a bien longtemps, j'ai fait un stage de danse (au cours duquel j'avais  d'ailleurs rencontré l'écrivain Marie Nimier puisqu'elle écrit pour la danse parfois). Un peu plus tard, j'ai participé à une journée danse avec mes élèves, et le danseur normand, Dominique Boivin, nous avait fait danser, les élèves, et nous, leurs enseignants, tous ensemble. Un moment fort où eux, comme nous, nous mettions un peu en danger. J'avais adoré ces moments, bien plus que les deux mois de danse classique quand j'avais sept ans. Ce que j'avais beaucoup moins aimé, c'étaient les spectacles que j'avais vus cette année-là, avec la classe. C'était le moment (je ne sais pas si c'est fini) où il semblait que la mode était à la nudité qui moi, me semblait gratuite, et je ne comprenais pas tout ce qui se tramait sur scène. Je n'ai pas remis les pieds à un spectacle de danse pendant dix ans et cette année, une copine m'a offert une place de spectacle, parce que, m'a-t'elle dit: "C'est un chorégraphe qui déçoit rarement". Elle avait raison. 
Deux jeunes hommes, fatigués par leur voyage, rencontrent un ermite. Il leur montre une fresque illustrant des jeunes filles qui dansent. L'un deux va tomber amoureux de l'une des filles et vouloir la rejoindre dans son univers. Ce spectacle, basé sur un conte chinois, est pétillant, esthétiquement très beau (on pourrait cependant discuter de certains costumes masculins). J'ai, comme souvent, préféré les passages de groupes et peu aimé le solo féminin et en général préféré la danse masculine, plus physique, aux passages féminins. J'ai été transportée par un tout petit geste technique, qui prend une seconde, mais qui était parfait. A la sortie, j'ai croisé plusieurs de mes élèves, tous enthousiasmés par ce qu'il venait de vivre, filles et garçons inclus, tous danseurs amateurs. L'un d'entre eux m'a même dit qu'il avait envie de pleurer tellement c'était beau (oui, la sensibilité masculine existe). 
Me voilà donc réconciliée avec la danse surtout s'il y a un nombre important de danseurs. Point trop n'en faudra non plus et pas trop long (1h20, c'est bien, plus, ce serait trop) mais à raison d'une ou deux fois par an, je suis partante.

Vu au théâtre de l'Arsenal à Val de Reuil (27). Quelques dates ici.

Merci à Mélanie pour ce cadeau.
A conseiller à ceux et celles qui veulent un beau spectacle, qui a du sens. 


                                              

jeudi 25 janvier 2018

Et soudain, la liberté d'Evelyne Pisier et de Caroline Laurent.

Elle n'était pas de celles qui regardent en arrière; une vie se construit devant soi. Les pèlerinages n'étaient pas de son goût. 

Drôle d'histoire que ce livre qui n'est ni complètement un roman, ni complètement une (auto)biographie, écrit par deux femmes qui ont quarante-sept ans d'écart, l'une ayant envoyé un manuscrit à l'autre. Histoire d'un livre qui ne sera pas tout à fait ce qu'il devait parce que'Evelyne meurt, histoire surtout d'une rencontre entre deux femmes, de ces rencontres qu'on n'explique pas, qui bouleverse tout sur leur passage. On le sent, rencontrer Evelyne Pisier aura été un moment fort de la vie de Caroline Laurent et l'amitié ne se comptabilisant pas, peu importe qu'elles ne se soient connues que six mois (de cela, les autres s'étonnent, comme si sa tristesse n'était pas légitime). 
Evelyne Pisier voulait raconter sa vie et celle de sa famille sous le prisme du romanesque pour se permettre quelques libertés. A lire son destin et celui de ses parents, on a envie de dire que la fiction est superflue. Je ne dirais pas que j'ai eu l'impression de lire un grand roman mais celle de rencontrer deux femmes extraordinaires. Mona, ce personnage de fiction sous lequel se cache la mère d'Evelyne, qui quitte son mari, le colonialiste dans toute sa splendeur (Dans une entreprise, dans une administration ou dans une patrie, il y a un chef. Dans une famille aussi, il y a un chef. C'est celui qui gagne le pain. Et le chef ici, c'est moi! Le croûton n'est pas une histoire de goût, c'est une histoire de chef), l'épouse à nouveau pour être bien sûr de le quitter sans regret et Evelyne qui fit succomber Fidel Castro et Bernard Kouchner, son futur mari et le père de trois de ses enfants. Difficile de faire plus militante que Mona, qui se battit contre toutes les injustices ou presque et fut même capable d'auto-critique envers son homophobie originelle. On ne s’appesantit pas sur les drames, la sœur célèbre, Marie-France Pisier ne sera mentionnée qu'à la toute fin, mais il est difficile de ne pas penser qu'Evelyne a vécu avec le poids de suicides répétés : celui de son père, de sa mère (une mère qui ne révélera son cancer du sien que lorsqu'il est fini) et de sa sœur.  Il y a de très beaux passages sur les liens féminins, que ce soit le lien mère-fille du point de vue de Mona (les pages où Evelyne/Lucie devient mère sont très belles et originales) ou sur l'amitié qui relie les deux auteures mais aussi sur le lien éditeur- auteur:
Fantomatique, l'éditeur fait planer son ombre sur le texte, joue à cache-cache avec le lecteur, généralement sans rien en dire car la lumière de celui qui signe l'ouvrage suffit à le combler. 
Et puis, disons-le, j'ai aimé ce livre pour des raisons très personnelles, parce qu'il me renvoyait à d'autres textes, de manière volontaire parfois comme avec la lecture du Deuxième Sexe qui change Mona ou d'autre façon, non voulue par les auteures. Il y a aussi la douceur des hommes, celle à laquelle on ne s'attend pas forcément, ce prêtre qui sait dire les mots justes (la confession est d'ailleurs très finement utilisée, à deux reprises, dans ce livre) ou ce tyran qui se fait amoureux.

Publié le 31 août 2017. 448 pages. Prix Marguerite Duras 2017  (selon moi, la proximité entre ce livre et Duras est réelle mais n'est pas liée à la plume).

Merci au Prix Elle des lycéennes.
A conseiller à ceux qui veulent rencontrer des femmes à poigne qui n'en oublie pas de tomber passionnément amoureuses. 

mardi 23 janvier 2018

Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer

Magda Goebbels vit ses dernières heures. Berlin est assiégé, Hitler et ses proches se terrent en attendant l'avancée des troupes alliées et par là-même, leur mort. A l'autre bout de la chaîne, un homme est mort après avoir caché toutes les lettres qu'il a écrites à sa fille qui l'a renié. Cette fille, c'est Magda. 
J'avais bien sûr repéré ce roman parmi ceux de la rentrée, ne serait-ce que parce qu'il avait été porté par l'enthousiasme de Jérôme. J'avais hésité, trouvant que ce thème de la seconde guerre mondiale était décidément trop présent dans cette rentrée de septembre. Peut-être que d'avoir lu récemment des auteurs rescapés des camps comme Semprun et Anthelme a joué contre ce roman mais avouons-le, je m'y suis ennuyée. J'ai été gênée par ce mélange de fiction et de réel (qui peut parfois ne pas me gêner et je ne sais pas expliquer ce qui fait pencher la balance d'un côté ou de l'autre) et sans doute aussi par le personnage de Magda et ce qu'en fait Sébastien Spitzer. Et je ne vois pas l'intérêt d'avoir inventé les lettres du père à la fille. Je crois que je peux comprendre qu'on brode sur du réel mais pas sur des lettres, qui sont pour moi les fenêtres les plus intimes ouvrant sur un être. Pour que j'aime un roman sur les camps, maintenant que j'en ai tant lu, il faut qu'il adopte un point de vue original et soit particulièrement bien écrit, comme Kinderzimmer. Je me demande parfois si tout n'a pas déjà écrit sur le sujet. Evidemment, il reste utile de lire sur le thème, mais d'écrire? C'est une question à laquelle je me garderai évidemment de répondre faute de détenir la vérité. 

Les éditions de l'Observatoire- Septembre 2017- 310 pages.

Merci au Prix des lectrices de Elle des lycéennes. 
A conseiller à ceux qui ont envie de découvrir Magda Goebbels (mais peut-on avoir envie de la découvrir. 


dimanche 21 janvier 2018

pause douceur: spa du domaine de la haie des granges


Si j'aime l'eau, je ne suis pas forcément une adepte des spas. J'ai souvent l'impression d'avoir du mal à respirer dans les saunas. Pourtant, quand mon amie m'a proposé une sortie à deux sous la forme d'une journée détente avec massage et spa, elle n'a pas eu besoin de me convaincre. Nous étions dans les tous premiers jours du mois, le vent soufflait, une bulle de douceur était la bienvenue. Le spa rouennais qu'elle avait repéré étant complet, j'avais farfouillé sur ma bible, Tripadvisor, pour en trouver un autre presque aussi luxueux. C'est sur le Domaine de la haie des granges que notre choix s'est porté et grand bien nous en a pris, car nous avons passé plus de cinq heures à nager, nous faire masser, manger (car on peut manger un repas froid sur place), profiter du jacuzzi (le hammam et le sauna sont aussi disponibles), tout cela en voyant les passants en anorak à l'extérieur et le vent souffler très fort. L'accueil y est très chaleureux et en étant dix (mais seules à l'ouverture pendant une heure), on ne se marche pas sur les pieds puisqu'on se sépare en différents espaces. C'est un moment cocooning que je vous conseille fortement, à environ une heure de Paris. On peut y dormir dans des petits chalets et y manger en amoureux dans une bulle. On peut se faire masser en duo, ce qui est une belle expérience à partager (assez drôle aussi). Et puis, pour trouver un lien culturel, on peut très bien y lire, Camus se fond parfaitement dans le décor. 

Plus d'infos  ici. Ce billet n'est évidemment pas sponsorisé. 

Merci à Celle qui a eu l'idée de ce très beau moment à partager. 
A conseiller à ceux qui ont envie d'une grande bulle de douceur normande en plein hiver. Vous risquez de voir fleurir d'autres billets spa sur ce blog. 



jeudi 18 janvier 2018

Je te dois tout le bonheur de ma vie/ Leonard et Virginia Woolf de Carole d'Yvoire

Ce monde des humains devient trop compliqué, je m'étonne que nous ne remplissions pas davantage les asiles d'aliénés.

Ce curieux livre de poche (curieux car je n'avais jamais vu ce qu'on appelle en anglais un "hardback" de la collection du livre de poche) est le premier livre de Carole d'Yvoire, qui est traductrice. Ce beau livre illustré de photos et de dessins en début de chapitre retrace la jeunesse de Virginia Stephen, qui deviendra Virginia Woolf, et de Leonard Woolf. L'auteur choisit d'arrêter son récit à la création de la maison d'édition, permettant au lecteur de croire un peu que l’histoire qui unit ces deux êtres eut une fin heureuse. Et pourquoi pas?
Mon plus grand reproche envers ce livre, c'est son titre que je trouve trompeur. On pourrait penser à une histoire à l'eau de rose tout d'abord. En plus, je ne suis pas certaine qu'il résume parfaitement le lien qui unissait Leonard et Virgina. L'auteure nous livre de nombreux extraits épistolaires de  Leonard, ce qui explique qu'à la fin de la lecture, on a l'impression de comprendre l'amour que Leonard porte à sa femme mais les pensées de Virginia restent un mystère. C'est malgré tout un livre féministe dans le sens où il donne des raisons très précises au mal-être de Virginia (attouchements de ses demi-frères, perte de sa mère puis de plusieurs proches et enfin le diagnostic médical sur son incapacité mentale à être mère). Voilà une femme qu'on a considérée comme "folle" parce que la folie féminine était considérée comme une fatalité pour un certain nombre d'entre elles. Inutile donc d'en chercher les causes et sans cause, il est difficile de soigner. En fait, de nombreuses personnes de l'entourage de Virginia ont souffert de troubles psychiques, les menant parfois au suicide et cela incluait aussi bien des hommes que des femmes. Carole Yvoire remet d'ailleurs en cause la manière dont on traitait alors les dépressifs et rappelle que le Lunacy Act de 1890 imposait qu'on interne toute personne ayant fait une tentative de suicide. Le parcours de Leonard Woolf est très original : parti à Ceylan parce qu'il n'avait pas réussi le concours de Cambridge, il va s'y révéler professionnellement en tant que haut-fonctionnaire et tomber sous le charme de cet endroit.
Ce roman est accompagné de deux courtes nouvelles, l'une de Leonard Woolf et l'autre de Virginia Woolf. Comme vous le savez, les nouvelles et moi, ça fait deux, donc je ne m'étendrai pas dessus. C'est un beau livre de poche que je vous recommande. J'ai  très envie de relire Virginia Woolf, ne serait-ce que parce que je suis persuadée de l'avoir lue trop jeune pour la comprendre vraiment. 

Publié le 2 novembre 2017- 225 p.

A conseiller à ceux qui veulent découvrir le couple Leonard et Virginia Woolf. 

mardi 16 janvier 2018

La douleur de Marguerite Duras

Ce livre se compose de plusieurs récits se déroulant tous à l'époque de la seconde guerre mondiale. Il est relativement difficile de les englober dans un même avis parce que leur intensité, et à mon avis, leurs qualités, ne sont pas comparables. Certains m'ont laissée de marbre mais il est vrai qu'il était très difficile de passer après La Douleur, le premier texte, qui traite de l'attente de Marguerite Duras à la fermeture progressive des camps et au retour des déportés, puis de ce qui se produit après le retour de celui qu'elle attend. Ce texte est très fort et émouvant. Je pourrais en citer de longs extraits et il m'est difficile de choisir. En tant que membre du PC, avec lequel on sent pourtant qu'elle a récemment pris de la distance, elle critique De Gaulle et ne pardonne ni sa phrase, "Les jours des pleurs sont passés. Les jours de gloire sont revenus", ni son silence sur les camps. Elle s'interroge sur la nationalité allemande:
On est étonné. Comment être encore Allemand? On cherche des équivalences ailleurs, dans d'autres temps. Il n'y a rien. D'autres resteront éblouis, inguérissables. Une des plus grandes nations civilisées du monde, la capitale de la musique de tous les temps vient d'assassiner onze millions d'êtres humains à la façon méthodique, parfaite, d'une industrie d'état. 
La scène au cours de laquelle les deux amis de Robert Antelme (appelé ici Robert L. pour une raison que je ne m'explique pas), habillés en vêtements militaires, l'un vêtu d'ailleurs du costume de colonel de Mitterand, alias François Morland, son nom de résistant, viennent le chercher dans les camps, l'habillent en soldat et le soutiennent pour qu'il puisse sortir du camp avant que la mort ne le prenne est d'une force incroyable. Puis, il y a les retrouvailles avec cet être qui ne ressemble plus à celui qui est parti, ce qui rappelle immanquablement un passage fort de L'Espèce Humaine, qu'écrira  Robert Antelme, et cette lutte avec la mort pendant des semaines, réapprendre à manger sans en mourir, et ces passages indispensables car extrêmement parlants sur les excréments de Robert: 
Pendant dix-sept jours, l'aspect de cette merde resta la même. Elle était inhumaine. Elle le séparait de nous plus que la fièvre, plus que la maigreur, les doigts désonglés , les traces des coups des S.S. 
Comment ne pas être profondément touché par cet être qui revenant des camps, n'a pas mangé à sa faim pendant très longtemps et qu'on doit rationner pour le garder en vie, au point qu'il en arrive à voler dans le frigidaire?
Marguerite Duras mentionne le fait qu'après l'écriture de L'espèce humaine, il n'a plus parlé des camps. Jamais, dit-elle. La lecture de l'entretien entre le seconde épouse de Robert Antelme et Laure Adler, entretien truffé de fautes mais passionnant car il m'a menée à m'interroger sur La Douleur, sur ce droit que s'est arrogé Duras de décrire Antelme dans des postures on ne peut plus délicates, dément cette idée. 
J'ai tellement parlé de La douleur que je n'ai plus envie de m'étaler sur les autres textes. Je vais tout de même mentionner le fait qu'un autre récit mentionne le besoin, l'envie de torturer et Duras le clame, celle qui souhaite cette torture, c'est elle. 
A vous de décider si La Douleur est un texte qu'il faut lire. Je n'ai pas de réponse. Je sais qu'il m'a emmenée là où je n'avais pas forcément envie d'aller mais que j'y suis allée consentante et avec l'impression d'avoir vécu un instant très fort, qui répondait à L'Espèce humaine, qui me permettait sans doute de rester encore un peu avec cet homme que j'ai admiré. Pour autant, sur le fond, c'est tout ce que je n'aime pas, ce non-respect de la vie d'autrui. Mais comme tout un chacun, je suis un être plein de contradictions et on touche ici à l'une des questions éthiques de la littérature : la force et la beauté d'un texte justifient-ils l'usurpation de morceaux de vie? 

Publié en 1985 aux éditions P.O.L. 

Merci à mon CDI grâce à qui je vais poursuivre la découverte de l'auteure, de sa plume et de sa personnalité, décidément pleine de facettes. 
A conseiller à ceux qui ont lu "L'espèce humaine" et sans aucun doute à ceux qui souhaitent aller voir l'adaptation qui sort le 24 janvier au cinéma.

Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...