dimanche 31 décembre 2017

Moi par (douze) mois

Je n'ai jamais participé au rendez-vous du moi par mois de Moka mais j'aime beaucoup lire ce que les blogueuses en font. Cette année ayant été pour moi un passage d'une rive à une autre, en prenant des chemins de traverse, j'ai eu envie de la résumer sur le même modèle en égrainant les mois. 

1. Une année qui commence par la fin/ l'amitié inconditionnelle qui fait sourire et fait du bien/ entendre la pluie, se lever pour vérifier la température extérieure: pas de doute, ce sera verglas le jour J, arriver en retard mais acceptée quand-même/ ces républicains m'inspirent.  2. Cry me a river dans un salon de thé parisien/ y repérer le dernier Auster en VO/ "pleure un bon coup, tu pisseras moins"/ une amitié commencée autour d'un verre de cidre ne pouvait que grandir- 3. Oh my god, I did it!- 4. chapitre 1: le moment tant attendu qu'on n'attendait plus/ waow! / Orléans, deux consonnes et trois voyelles, de chouettes retrouvailles, une très belle journée- 5. Feel et l'impression d'être aimantée à l'intérieur d'une voiture/ la phrase choc et le déclic / premier repas en terrasse: le plaisir de le partager avec M. à Paris /des échecs qui n'en sont finalement pas/ se faire proposer un verre à un festival de livres alors qu'on est en train de lire "Notre désir est sans remède"/ récompenser un mensonge par des fraises- 6. premier rendez-vous de 15h45/ se confronter à ses souvenirs/ Houlgate et Etretat entre filles, un beau week-end- 7. Ma fille, la plage interdite aux textiles, bien-être/ premiers maux de ventre et les résultats des épreuves anticipées/  Houlgate, courir sur le bord de plage avec une amie, la famille et la chance qui prend la couleur du 5 / des secrets trop lourds pour une petite fille/ "Mais quand allez-vous donc cesser de vous sentir redevable?", aujourd'hui donc-  8. Rome antique: c'est chaud mais c'est beau/ journée  confidences, baignade et galets avec ma rouennaise/ encore combien de jours avant la reprise?/ c'est loin Montpellier, quand-même/ derniers moments partagés à la nuit tombée avant le départ du grand/ s'il faut avoir les cheveux bruns et bouclés pour avoir la classe dans une piscine, je suis mal partie. 9. Vous m'avez manqué!/ des classes adorables/ je ne passerai pas à côté/ une journée d'anniversaire parfaite à la fondation Louis Vuitton et au théâtre de Chaillot avec les filles qu'il fallait/ ça me conforte dans l'idée d'arrêter Facebook/ observer les débuts d'une aventure et craindre ce qui va suivre/ 10. théâtre avec ma parisienne: ouverture de ma saison culturelle/ un message bien matinal:  "Le long de l'Eure demain après les cours?"/ un dimanche estival en octobre, sortir la chaise haute,"Vous avez prévu de muter bientôt?" / faire cours pour la première fois en robe/ "Comment on appelle ça?" "Je ne sais pas." "Une rencontre, non?"/  Proust/ randos et papotages/ Cherbourg entre filles/ Duras/ les urgences : savoir ce qu'elle n'a pas mais pas ce qu'elle a- 11.  Playmobil, Lego, cookies, crêpes, câliner un bébé aux grands yeux/ "Elle est très belle, ta robe bleue"/ être ronchon le matin et souriante le soir/ un week-end de Black Friday très productif: la reprise des instants shopping/ Sandrine Bonnaire, Delphine de Vigan, La grande Sophie/ un resto indien et une  niçoise à Paris- 12. "Tu veux bien monter l'hôpital Playmobil?" "Bien sûr, maman, je te rappelle qu'avant, je voulais être monteuse de Playmobil (avant de vouloir être éboueur, c'est pour ça qu'on a aussi le camion poubelle) :  quand les Playmobils retracent les rêves d'enfants/ l'idée du Marseille - Paris: écrire un deuxième chapitre? / le plaisir de préparer un calendrier de l'avent/ la fin des vendredis rouennais/ celle qui reçoit un cadeau de Noël avec 12 jours d'avance/ mots doux: "Valérie, si tu veux, tu peux dormir à la maison ce soir" et la version plus expéditive: "Un jour, maman, elle dormira dans ton lit... et toi, tu iras dormir ailleurs." (G., 3 ans 1/2) / ces larmes qu'on voudrait ne jamais avoir à sécher : une année qui finit aussi par la fin/ la sagesse de ma fille, celle que je n'aurai jamais/ le retour du sapin après deux ans de boycott et un week-end dans l'esprit de Noël/ comprendre qu'on ne pourra plus se sentir bien sans courir et s'y remettre vraiment/  une odeur de chlore et une phrase trésor/ tchen tchou, c'est tellement plus joli que merci /un déjeuner décommandé/ Noël en rouge et bleu et en famille/ un  bracelet surprise quand on croyait Noël derrière nous/ ne pas pouvoir finir cette année sans revoir Houlgate/ 2018 : cette grande inconnue !

Et je vous souhaite à tous : 

jeudi 28 décembre 2017

L'écriture ou la vie de Jorge Semprun

... la vie n'est pas parfaite, on le sait. Elle peut être un chemin de perfection, mais elle est loin d'être parfaite. 

De retour du camp de Buchenwald, Jorge Semprun, cet enfant d'immigrés espagnols, brillant élève au lycée Henri-IV, va se poser la question essentielle de l'après: comment survivre après cette expérience des camps, en libérant la parole ou au contraire, en se taisant et en enfouissant les souvenirs?

J'avais déjà eu ce livre entre les mains et je n'avais pas dépassé quelques pages. A nouveau, cette fois-ci, j'aurais pu refermer le livre après les cinquante premières pages tant m'exaspérait le jeune homme qui ouvre cet essai. J'ai bien fait de poursuivre malgré tout car il me semble que le regard critique que porte l'écrivain d'expérience sur le jeune homme qu'il fut permet de le réhabiliter totalement. J'ai du mal avec les autobiographies, celle de Simone Veil a cassé à jamais l'image que j'avais de cette femme, seule celles de Simone de Beauvoir ne parviennent pas fendiller l'armure, sans doute parce que je connais d'emblée ses partis pris et ses oublis. J'ai vite été gênée par l'omniprésence du "je", moi qui avais été habituée à des récits employant principalement le "nous" des camps. Il m'a fallu quelques pages pour comprendre que cette individualisation était nécessaire, que la survie nécessitait ce passage du collectif à l'individu, que c'était intrinsèquement lié à ce besoin qu'a ressenti Jorge Semprun de se taire pendant des années, puis d'écrire. Cet essai est une réflexion sur la littérature des camps, avec de nombreuses références artistiques, littéraires et philosophiques. Il m'a permis de considérer certaines œuvres de Giacometti, sculpteur que j'aime beaucoup, sous un autre angle. Semprun insiste aussi sur les mystères de la mémoire, qui lui fait se rappeler d'une séance de cinéma madrilène et oublier celle, sans doute plus marquante pourtant, qui a lieu dans le camp. Comme chez Antelme  mais de manière très différente, il y a une vraie réflexion sur la langue, et notamment sur la possibilité ou non d'universalité  d'une pensée philosophique, celle d'Heidegger,  qui ne peut s'exprimer clairement que dans une seule langue. On sent aussi chez lui un amour immodéré de la langue française et un étonnement devant l'espagnol des mexicains qui représente alors l'espagnol de la liberté. Plus l'essai avançait, plus il devenait personnel et plus il me touchait et la scène qui me restera en mémoire est celle des vingt exemplaires du Grand Voyage (que je lirai forcément) publiés dans vingt langues différentes, moment historique qu'il sent qu'il va rater mais qu'il ne ratera pas et je vous laisse découvrir pourquoi. 

Publié en 1994. 395 pages. 

Merci à Celle qui m'a mis ce livre entre les mains, en même temps que Duras et Antelme, merci pour l'échange autour de ce livre qui eut lieu lors d'une parenthèse enchantée et aquatique, un beau lundi ensoleillé de décembre. 
A conseiller pour comprendre un cheminement artistique possible de l'après-camp.

mardi 26 décembre 2017

Mon palmarès de l'année

Parfois, je dois fouiller dans mes souvenirs de l'année pour trouver le film que j'ai préféré. Cette année, il n'y a aucun doute, un film est au dessus du lot parce qu'il m'a marquée, bouleversée, passionnée, il s'agit de 120 battements par minute. 


Coté spectacle, ma préférence va à L'homme A dans lequel Sandrine Bonnaire lit des extraits de L'homme Atlantique et surtout du très fort L'homme assis dans le couloir.

Mon livre audio de l'année m'a fait pleurer (ce qui n'est pas très pratique quand on écoute en conduisant):


Mon coup de cœur "classique" va, pour sa plume et la communion que j'ai ressentie avec ce roman, à:

                                                 

Mon essai préféré (haut la main):




Ma découverte jeunesse et la voix qui va avec, celle de Rachel Arditi:


Mon roman publié en 2017 préféré (malgré un démarrage un peu lent, je précise qu'il faut peut-être s'accrocher un peu) :

                                     

Mon duo de personnages littéraires de l'année sont Sophie et Paul dans:


Mon polar préféré, c'est en audio que je l'ai découvert: 



Spécialement pour Jérôme, le roman qui m'a tant déplu que je ne l'ai pas fini: 



Ma découverte picturale de l'année est de Toulouse-Lautrec:


Et notre chanteur chouchou mère/fille de l'année ( l'une étant plus sensible au charme de ce jeune homme que l'autre) qui a même remplacé le CD indéboulonnable depuis des années dans la voiture (vous ne vous rendez pas compte mais c'est un exploit):

                                                

dimanche 24 décembre 2017

Paddington 2 de Paul King

A priori, cette histoire d'ours qui veut offrir un livre pop-up sur Londres à sa tante Lucy afin qu'elle découvre cette ville qu'elle a toujours rêvé de visiter, n'est pas pour moi. Quand les enfants étaient tout petits, j'aimais les emmener voir des dessins animés parce que je pouvais les choisir mais ensuite, j'ai souvent laissé ce qui devenait pour moi une corvée à mes parents. Pourtant, dimanche dernier, c'est moi qui ai proposé à ma fille d'aller nous enfermer dans un cocon de douceur britannique, il me semblait que c'était une jolie manière de clore ce week-end placé sous l'esprit de Noël.
Dans la salle, nous étions évidemment les deux seules non accompagnées d'un enfant, ce qui ne nous a pas dérangé. Quand j'ai demandé à ma fille quelle note commune nous pouvions lui mettre sur Allociné, elle a opté pour 4/5. C'est effectivement un film réussi si, bien sûr, on a envie de croire quelques instants que le monde est beau et que tout le monde a un fond de gentillesse en lui (sauf Hugh Grant). Ou si on le croit profondément. Nous avons ri, les rires des adultes se mêlant parfois à ceux des enfants, mais pas toujours, il m'est arrivé de rire quand aucun enfant ne riait. Et puis, je suis en pleine préparation de mon voyage scolaire avec mes élèves et nous venons d'étudier les monuments de Londres et ceux-ci ont une place de choix dans le film. Tout concordait donc à mon plaisir. Nous avons même retenu une petite larme à la fin. Ne quittez pas la salle trop tôt: je crois que je n'aime  Hugh Grant (qui a souvent eu le don de m'agacer avec son air de chien battu) que quand il fait un show musical (les fans de Mammia Mia me comprendront). Et quel plaisir de retrouver une brochette d'acteurs comme Hugh Bonneville (Downton Abbey) ou Julie Walter (Billy Elliott, entre autre). 

Sortie: le 6 décembre 2017- 1h43 (un peu long pour des tout-petits me semble-t'il).



J'en profite pour vous souhaiter un joyeux réveillon pendant que je me mets aux fourneaux! 

                                          Image associée

jeudi 21 décembre 2017

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais (roman jeunesse)

On ne peut pas faire l'amour debout quand on est amoureux...

Depuis que Tatiana a découvert que les trajets en métro se passaient mieux pour elle en portant un badge stipulant qu'elle était enceinte, ce qui n'est pas conforme à la réalité, ses débuts de journée se passent bien mieux qu'avant. Un beau matin, elle revoit dans le métro l'amour de ses quatorze ans, un amour à sens unique puisqu'à dix-sept ans, Eugène était au-delà des basses considérations amoureuses et qu'il l'a donc éconduite. 
Sur les trames des Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski (que je ne vais pas  prétendre connaître), Clémentine Beauvais nous raconte une histoire d'amour pas cucul pour deux sous, drôle à en éclater de rire plusieurs fois en voiture mais qui possède malgré tout des résonances tragiques et une réflexion sur l'amour. J'ai aimé que la narratrice gronde (pour le dire poliment) ses personnages et les invectivent, j'ai aimé son humour, ses phrases qu'on n'attend pas:
C'est ça, parfois, les souvenirs resurgis, ça empêche de se mettre nu, 
mais aussi, finalement, le romantisme qui se dégage de se roman. J'ai aimé la fin même si j'avoue qu'à un moment j'ai eu un doute sur la manière dont elle allait clore cette histoire. Et puis, Clémentine Beauvais décrit très bien les émois amoureux, je garde par exemple cette image du stylo de skype qui écrit, d'Eugène qui attend, espère et découvre que Tatiana, de l'autre côté, a tout effacé avant qu'il ne puisse le lire. J'ai envie d'acheter la version papier à ma fille parce que je ne sais pas si cet humour plait autant aux ados qu'aux adultes et j'aimerais en avoir la confirmation. C'est le deuxième roman de Clémentine Beauvais que j'écoute et je me rends compte que cette année, elle doit être la seule auteure jeunesse que j'ai écoutée ou lue. Pour moi, elle est donc indissociable de la voix de Rachel Arditi qui lit magnifiquement ce texte, comme elle l'avait fait avec Les petites Reines, le précédent roman de l'auteure. 

Publié en novembre 2017 chez Audiolib. 4h 40 de douceur et de rire. 

Un grand merci à Audiolib, à l'auteure et à la lectrice. Il faut du talent pour parvenir à faire rire.

mardi 19 décembre 2017

La porte de Magda Szabo

La narratrice est une jeune écrivain hongroise qui est la patronne d'Emerence, femme âgée d'un abord pour le moins rugueux. Pendant vingt ans, ces deux femmes vont tisser des liens extrêmement forts sans pourtant se comprendre. Et si l'une entre dans le quotidien de l'autre, l'inverse ne sera pas vrai pendant très longtemps.
Ce livre n'est pas un roman mais le récit autobiographique de Magda Sazbo. Pourquoi l'a-t'elle écrit? Je suppose que ce livre a pour elle une vertu expiatoire puisqu'elle se sent visiblement coupable de ne pas avoir protégé l'intimité de son employé de maison, et par là-même, de l'avoir menée à la mort. Ce livre ayant été traduit dans de nombreuses langues, je suppose que ce n'est pas sa seule fonction, qu'il a aussi une valeur plus universelle. Plusieurs aspects me gênent dans la publication de ce roman. Tout d'abord, je n'aime pas qu'on écrive sur des personnes qui n'ont pas choisi d'être ainsi mise à l'honneur. Qu'Emerence soit décédée n'y change rien, voire même empire l'acte: on comprend que toute sa personnalité allait à l'encontre de la publication d'un livre.  D'autre part, cette histoire m'a rappelé L'Elégance du hérisson et le personnage stéréotypé de la concierge. Bref, je suis passée d'autant plus à côté de ce roman que vraiment, les histoires mettant en scène des chiens ne sont pas pour moi, c'est en  tout cas la leçon que je tire de cette lecture qui n'aura donc pas été vaine. Le point positif est tout de même cette belle couverture (qui s'oppose d'ailleurs à l'affreuse couverture de chez Viviane Hamy). 

Publié en janvier 2017 en livre de poche. 350 pages. 

Merci à Galéa pour ce cadeau d'anniversaire. 
A déconseiller à celles que l'autofiction agace profondément. 

samedi 16 décembre 2017

Quand sort la recluse de Fred Vargas

Lorsque plusieurs personnes âgées sont retrouvées mortes après avoir été piquées par des recluses, tous les sens d'Adamsberg sont en éveil. Alors que ses acolytes ne semblent pas désireux de le suivre sur cette piste-là, le voilà qui suit la trace du fil des araignées, remontant jusqu'à une bande de très sales gosses qui après avoir tyrannisé leurs camarades derrière les bancs de l'école, au point de leur avoir laissé des traces physiques, ont continué à faire des leurs. Aidé de la truculente Irène, une passionnée d'araignées, Adamsberg va tenter de percer le mystère, sans savoir que cette enquête va aussi le mener vers ses propres souvenirs enfouis. 

Encore une fois, me revoilà avec un Vargas entre les oreilles et encore une fois, quel plaisir ce fut ! Je ne suis pas une fan absolue de Vargas, je trouve que les derniers romans publiés chez Viviane Hamy étaient en dessous de son talent habituel mais celui-ci, le deuxième publié chez Flammarion renoue avec la verve de l'auteur. Irène est irrésistible et l'est d'autant plus quand elle est interprétée (car il ne s'agit pas seulement de lecture ici) par  Thierry Janssen qui est vraiment formidable, donnant vie à ce texte. J'ai parfois éclaté de rire dans ma voiture. Voilà donc une auteure, un lecteur et une intrigue qui nous prennent dans leur toile, jouant sur le double sens du mot recluse.

Publié chez Audiolib en novembre 2017. 11h54 d'écoute. 

Merci à Audiolib. 
A déconseiller aux arachnophobes (Tiphanie, tu as compris que ce n'est pas pour toi). 

                                                             

Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...