dimanche 25 décembre 2016

Une visite à l'abbaye du Bec Hellouin

Pour vous souhaiter un joyeux Noël, j'ai envie de vous emmener à l'abbaye du Bec-Hellouin, dans mon département de l'Eure, en Normandie donc. La visite de l'abbaye, que je n'avais pas encore faite, m'a enthousiasmée. En une heure, le père abbé nous a fait visiter l'église et les jardins, nous montrant les restes de l'ancienne église, revendue aux carrières après la Révolution. Étrange lieu qui mêle le profane et le sacré, avec la grande tour qui est un peu le symbole de l'abbaye qui pourtant a été construite pour les besoins de la caserne qui fut ouverte là. De même, il est assez étrange de visiter une église dont on voit bien qu'elle fut construite pour servir d'écuries. Nous avons eu la chance d'avoir une visite guidée rien que pour nous deux, Marjorie et moi. J'aurais donc tendance à vous conseiller cette visite un dimanche d'hiver à 15 heures plutôt qu'à 16, visiblement il y avait un peu plus de monde à celle de 16h. Nous avons eu la chance de tomber sur le Père Abbé, passionné de l'histoire de son abbaye, qui a l'ouverture d'esprit de nous dire ce qu'il pense des femmes prêtres; il nous a aussi expliqué que des religieux anglais et français œuvraient toujours à au rapprochement des églises des deux pays, mais que l'ordination des femmes (et des homosexuels, nous a-t'il précisé) creusait inexorablement le fossé entre les deux pays. Si vous n'êtes pas trop susceptible et si vous aimez vous faire gentiment taquiner par un abbé sur votre manque de culture générale (enfin, peut-être en avez-vous plus que moi- nous avons eu le droit à : vous n'avez pas fait de philo? Vous n'avez pas fait d'histoire? Vous n'avez jamais lu Tintin? Heureusement que je revenais de Venise, j'ai quand-même eu une bonne réponse), vous risquez de passer un très bon moment. Nous avons appris à reconnaître des éléments qui sont visiblement dans toutes les églises mais on ne m'en avait jamais parlé. Nous avons appris aussi qu'il y a des bénédictins habillés en noir et d'autres en blanc, comme ceux du Bec Hellouin et que les moines du Bec Hellouin sont directement rattachés à une ville italienne que tout le monde connaît d'après le père abbé, sauf nous bien sûr (j'ai d'ailleurs déjà oublié son nom). 


27800 Le Bec Hellouin
Téléphone : 02 32 43 72 60

Coût: 5.50 € par personne pour une heure de visite
Site Internet :
http://www.abbayedubec.com

Merci à Marjorie qui m'a accompagnée dans cette visite. 
A conseiller à tous ceux qui veulent s'instruire en histoire, philo et sur Le secret de la Licorne. 

jeudi 22 décembre 2016

The Girlfriend experience (série TV)

Voici une série que les adeptes des mardis coquins pourraient faire entrer dans un billet. Cette année se finit et je me rends soudain compte que je n'en ai pas parlé alors que c'est une série qui m'a marquée, même si ça n'est pas un coup de coeur. Christine finit ses études de droit et est stagiaire dans un cabinet d'avocats. Son amie Avery lui apprend qu'elle est escort et lui propose un rendez-vous avec l'ami de son client habituel. Christine se rend compte qu' Avery est logée dans une somptueuse demeure où elle n'a pas grand chose à faire, à part se rendre disponible pour son client quand il souhaite un rendez-vous. Elle décide de franchir le pas et Avery lui présente sa patronne.

Cette série est composée de 14 épisodes de 30 minutes. Les scènes sont explicites et ce qui fait l'intérêt de cette série, c'est que le sexe y est montré dans toute sa froideur et sans jugement. On n'entre pas dans la tête de Christine et on ne la comprend pas toujours. Les robes et les cheveux de cette beauté froide  feront frémir d'envie les téléspectatrices. C'est une série que je recommande car elle interroge sur divers aspects de cette vie. Mon bémol concerne les derniers épisodes qui ne m'ont pas convaincue. La série est basée sur le film éponyme de Steven Soderbergh qui est le producteur de la série. Une seconde saison semble se dessiner avec des personnages différents. Riley Keough, accessoirement la petite-fille d'Elvis Presley, porte cette série avec talent. 
Le premier épisode est sorti en avril 2016.


mardi 20 décembre 2016

Journal d'un vampire en pyjama de Mathias Malzieu

Je ne sais pas ce qu'elle a mis dans ses crêpes, mais j'ai passé la soirée aussi heureux que si je ne connaissais pas la différence entre la moelle osseuse et la moelle épinière. 

Mathias Melzieu est le chanteur du groupe Dyonisos. Fin 2013, il se sent de plus en plus fatigué au point de s'inquiéter et d'aller passer des examens. Il reçoit quelques jours plus tard un appel: il doit se rendre aux urgences les plus proches, ses défenses immunitaires sont au plus bas, la moindre chute, le moindre hématome peuvent prendre des proportions inquiétantes. C'est le début d'une année de séjours en hôpital, et d'inquiétude en attendant des diagnostics qu'il espérera être un minimum porteurs d'espoir. 

Il m'est difficile de chroniquer ce livre reçu dans le cadre du prix des Lectrices de Elle. Il est émouvant (j'ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux) et pourtant l'auteur cherche aussi (et y parvient) à faire sourire le lecteur. La découverte de la maladie, qui coïncide avec la sortie du film qu'il attendait depuis longtemps, le désir de reculer le moment fatidique de l'hospitalisation qui, il le sait, durera plusieurs semaines et le coupera du moindre contact physique avec les siens sont très bien retranscrits par Mathias Malzieu qui en plus, a une plume agréable, parfois poétique. Et pourtant, j'ai senti que ce livre n'était pas pour moi, j'avais envie de sauter des lignes, ce que j'ai parfois fait. Ce n'est pas que je sois restée insensible à ce qu'a vécu l'auteur mais je dois admettre que j'aurais pu me passer de cette lecture. Je sais qu'il est délicat de dire ça d'un tel livre et d'un tel sujet mais je me dois de rester honnête.  Par contre, Mathias Malzieu rend un bel hommage au personnel hospitalier dans son ensemble (et règle ses comptes avec un chauffeur de taxi abruti dans une scène ahurissante). 
Sorti en janvier 2016 chez Albin Michel. 226 p. Joëlle l'a beaucoup aimé. 

A conseiller à celles qui  aiment les témoignages poétiques sur la maladie.
Merci tout de même au jury de Novembre du Grand Prix des Lectrices de Elle (ce qui est très bien dans ce prix, c'est que les essais ne se ressemblent pas du tout). 

                                                                                     
 


dimanche 18 décembre 2016

Les disparus du phare de Peter May

Un homme reprend connaissance sur une plage des Hybrides, une île  écossaise, transi de froid, visiblement rejeté par la mer. Il n'a aucune idée de son identité. Il parvient tout de même à retrouver sa maison, à y pénétrer puisqu'elle n'est pas fermée à clé. C'est en fouillant chez lui et en rencontrant ses voisins qu'il va tenter de se réapproprier sa vie et ses souvenirs. 

Contrairement à de nombreux blogueurs, je ne suis pas tombée sous le charme du précédent roman que j'avais lu de Peter May. Il a un talent indéniable pour créer une ambiance mais j'avais trouvé des longueurs dans son récit. Je n'ai pas été totalement conquise par ce titre qui est pourtant assez différent mais j'ai beaucoup aimé les cinquante premières pages. Ce qui m'a fascinée dans ce roman, c'est ce qui n'est pas lié avec l'enquête (comme souvent, il faudrait peut-être que je songe sérieusement à arrêter de lire des polars mais certains me procurant encore de vrais plaisirs, je sais que je passerais alors à côté de bons moments), tout le début du roman au cours duquel  le protagoniste découvre son apparence tout en étant incapable de la relier avec lui-même, ces questions qu'il se pose sur son propre tempérament. Les reste est assez classique, plutôt enlevé et devrait plaire aux amateurs du genre. Signalons la très belle couverture. Peter May vit dans le Lot et a d'ailleurs obtenu la nationalité française récemment. 

Publié chez Rouergue en juin 2016- 
320 pages- 

Traducteur: Jean-René Dastugue


Merci au jury de novembre du Prix Elle.
A conseiller avec quelques carrés de chocolat Bonnat. 

jeudi 15 décembre 2016

Black Mirror: shup up and dance (saison 3, épisode 3)

Je vous ai déjà parlé de cette série puisque j'avais été enthousiasmée par la première saison. J'ai depuis regardé la deuxième et la troisième saison. Je n'aime pas tous les épisodes de manière égale, les deux premiers épisodes de la troisième saison m'ont par exemple déçue mais j'aimerais vous conseiller de regarder le troisième épisode de cette saison 3 (je vous rappelle que les épisodes sont totalement indépendants les uns des autres: ce ne sont ni les mêmes acteurs, ni les mêmes univers). Dans cet épisode, un jeune homme s'enferme pour regarder une vidéo qu'on imagine coquine. Seulement son ordinateur a été piraté et on va lui demander de se rendre à un endroit sous peine de voir la vidéo de lui se donnant un peu de plaisir envoyée à ses contacts. Tout au long de l'épisode, ce jeune homme va être pris dans l'engrenage de l'escalade des demandes, jusqu'au dénouement final qui met le téléspectateur mal à l'aise car celui-ci se rend compte qu'on l'a roulé dans la farine. C'est un épisode qui pose des questions que les réseaux sociaux évidemment mais aussi sur la culpabilité et la justice populaire, quel qu’elle soit.  Le jeune Alex Lawther, vu dans Imitation Game, y est excellent et la tension monte crescendo jusqu'au dénouement. Si je devais ne choisir qu'un épisode d'une série sur toute cette année, ce serait celui-ci. 
En parcourant le net, j'ai été très surprise par les commentaires qui dérapent parfois quand cet épisode est évoqué, signe qu'il laisse difficilement indifférent.





mardi 13 décembre 2016

Le dernier des nôtres d'Adélaide de Clermont-Tonnerre

A Manhattan en 1969, Werner Zilch, grand coureur de jupons, croise Rebecca dans un bar. Il en est immédiatement convaincu, il vient de rencontrer la femme de sa vie. Il n'a pas le sou mais une fortune qui devrait lui tomber bientôt dans le creux de la main grâce aux projets immobiliers sur lesquels il travaille avec son ami Marcus. Rebecca, elle, est une jeune fille fille de bonne famille. Le deuxième chapitre nous mène en Allemagne où Luisa décède, juste après avoir donné la vie à un petit garçon, Werner Zilch. Il est recueilli d'abord par des inconnus, puis par sa tante qui a quitté l'homme brutal qu'était son oncle.
L’enchâssement des deux récits fait qu'on ne s'ennuie pas en lisant ce roman, ce n'est pas pour autant que je vais vous dire qu'il est indispensable. Si j'ai d'abord trouvé amusante la fougue de Werner, ce couple glamour a fini par m'agacer, jusqu'à ce que le personnage féminin gagne un peu en profondeur quand on découvre le parcours secret qui est le sien. On y croise un certain nombre de clichés de la romance: les obstacles pécuniaires (temporaires tout de même, il ne faut pas exagérer) et familiaux à l'histoire d'amour, les secrets de famille (un caché sciemment, l'autre perdu dans la doublure d'un manteau) et le coup de foudre bien sûr. J'ai apprécié les réflexions sur le thème de la vengeance et notamment cette idée assez originale, me semble-t'il, que faire justice soi-même,  c'est priver d'autres de justice. 

C'est un coup de coeur pour Virginie qui participe aussi au Prix Elle. 

Publié chez Grasset le 17 août 2017- 496 p. Prix de l'Académie française 2016.

Merci au  Prix des lectrices de Elle. 
A conseiller à celles qui aiment les coups de foudre.

dimanche 11 décembre 2016

Petit Pays de Gaël Faye


En 1992, Gabriel vit au Burundi avec ses parents et sa petite soeur Ana dans le quartier des expatriés, son père étant français et sa mère rwandaise. Quand ses parents se séparent, Gabriel vit son premier traumatisme. Gabriel raconte les rivalités et les amitiés entre les enfants de sa rue mais aussi la découverte qu'il n'est pas seulement un être humain mais un fils de, en l'occurrence pour lui, de français et de Tutsi. 

L'une des forces du roman de Gaël Faye réside à mon avis dans sa façon d'évoquer son ancien pays, à coup de métaphores qui font très couleur locale comme lorsqu'il parle d'enfants "hauts comme trois mangues". C'est un texte qui se prête très bien à l'oral et honnêtement, je pense que je ne l'aurais pas fini si je l'avais lu et non écouté. Ce qui ne signifie pas que je ne l'ai pas aimé mais c'est le dernier quart qui a fait pencher la balance, celui qui commence avec le récit de la mère de Gaby revenue du Rwanda, son pays d'origine et qui montre d'un autre côté comment les enfants reproduisent la guerre des adultes. C'est  le personnage de la mère que j'ai préféré et cette partie du livre est très forte. Parce que l'auteur lit bien, que ses phrases ont un côté exotique qui nous transportent en Afrique, j'ai pris du plaisir à écouter ce roman même si je ne l'ai pas trouvé palpitant ou aussi original que je m'y attendais. Gaël Faye rappelle souvent que ce n'est pas un récit autobiographique et d'ailleurs, dans l'entretien, il explique en quoi sa perception de cette époque funeste de son pays d'origine fut très différente de celle de son jeune protagoniste. L'entretien est d'ailleurs très intéressant, j'ai aimé que l'artiste nous parle de sa difficulté à lâcher prise: on ne reprend pas une lecture comme on peaufine l'enregistrement d'un album et il lui a fallu faire parler des personnages avec sa voix alors que leurs voix à eux étaient très présentes dans sa tête (et qu'ils s'expriment d'ailleurs dans la langue du Burundi quand il les entend). 

Prix du Roman FNAC- prix du premier roman- Prix Liste Goncourt/ Le choix de l'Orient- Prix Goncourt des lycéens
Suivi d'un entretien avec l'auteur
Date de parution : 
30 Novembre 2016

Durée : 
5h40



Merci à Audiolib.
A conseiller à ceux qui aiment les romans d'initiation. 

jeudi 8 décembre 2016

Poésie amourese (Audiolib)

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.
                           Robert Desnos

Vous pourrez entendre ce poème, que j'aime beaucoup,  lu par Daniel Mesguich,  dans le livre audio publié chez Audiolib. Durée : 1h02- Publié en novembre 2016

Merci à Audiolib.
Merci à celle qui m'a initiée à la poésie qui n'était vraiment pas ma tasse de thé. 



mardi 6 décembre 2016

Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse.

Ensemble ils apprennent qu'il y a des larmes sans partage possible et que rien n'est juste. 

François est un célèbre pianiste qui reçoit un jour un message d'un homme lui disant qu'il vient de découvrir ses enregistrements grâce à une patiente qui, internée, ne parle pas mais n'écoute que lui. François reconnaît dans cette femme le grand amour de sa vie et quitte tout, sa ville et la femme qui lui a servi de remède, pour rejoindre Sophie. 

Ce roman est la preuve pour moi qu'il faut savoir donner une seconde chance aux auteurs (bon, peut-être pas plus de deux ou trois quand-même, parce qu'après ça devient du masochisme de lire un auteur dont on sait qu'il ne va pas nous plaire, j'ai tenté l'expérience plusieurs fois) et qu'il faut aussi parfois suivre son instinct qui vous dit qu'un roman qui n'entre pas du tout dans les catégories que vous aimez d'habitude a peut-être été écrit pour vous. Je n'avais donc pas été emballée par Le dernier Gardien d'Ellis Island. Je pense que je connaissais trop le thème pour l'avoir travaillé avec mes élèves. Nos vies désaccordées est un très court roman de 120 pages et il parle d'amour, je dirais presque que c'est tout ce qui me fait fuir. Il m'a par certains aspects rappelé des romans de Véronique Olmi mais en réussi (pardon pour celles qui aiment Véronique Olmi et je précise que je n'ai pas lu celui que tout le monde recommande sans cesse, Bord de mer). C'est une lecture que Gaëlle Josse a faite de son dernier roman, L'ombre des nuits au festival de Voiron, dont vous a parlé Joëlle, qui m'a donné envie de lire celui-ci. Lors de la lecture, j'ai trouvé que Gaëlle Josse disséquait avec talent le sentiment amoureux. Nos vies désaccordées me l'a en effet prouvé. J'ai été très touchée par cet homme qui n'a pas commis de grosse erreur lors de sa vie amoureuse, si ce n'est qu'il est parti faire ses concerts au mauvais moment et qu'à son retour, la femme de sa vie avait disparu. J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteure, ainsi que ces thèmes, celui de la difficulté de gérer les angoisses de l'être aimé, celui de l'amour d'une vie aussi et puis par dessus tout, celui de la fragilité du bonheur. Je vais laisser passer un peu de temps et lire son dernier roman. 

Publié en mars 2012 aux éditions Autrement. Disponible chez J'ai Lu. Il a séduit Galéa, Athalie et Sylire. Cynthia avait été déçue par François et j'adore son billet car il prouve qu'on peut lire un roman tout à fait différemment d'un autre lecteur (j'ai beaucoup aimé François). 

A conseiller à tous ceux qui ont déjà été amoureux. 
Merci aux organisateurs du festival de Voiron et à Gaëlle Josse pour ce beau duo voix/ violon qui a su me donner envie de persévérer. 

                                                                    



dimanche 4 décembre 2016

Comme il vous plaira / As you like it de William Shakespeare

Rosalind vit à la cour avec sa cousine Célia et son oncle, le Duke Frederick qui a dépossédé le père de Rosalind, qui lui, vit désormais dans la forêt d'Arden. De son côté, Orlando est frustré du manque d'éducation que lui donne son frère aîné qui, à cause du système de primogéniture (tant décrié par Jane Austen), a hérité de tous les biens familiaux. Quand Rosalind est à son tour bannie par son oncle, elle se retrouve dans la forêt d'Arden et son chemin croise celui d'Orlando. C'est le coup de foudre. 

Si les pièces de Shakespeare ne se résument pas à leur intrigue, je dirais que c'est encore plus prononcé avec les comédies. J'ai retrouvé une version de cette pièce dans ma bibliothèque, ce qui signifie que je l'ai étudiée à la fac (du moins, ça devrais le signifier); or, en (re)lisant cette pièce, "nothing rings a bell". Mes pièces préférées de Shakespeare (Romeo and Juliet, The Mechant of Venice et Macbeth), dont j'admire la virtuosité à jouer avec les thèmes et les mots sont celles que j'ai étudiées parce que Shakespeare ne s'appréhende pas facilement, en tout cas par moi. Je n'ai jamais lu ses pièces en français et j'ai beau être prof d'anglais, la langue demande un travail de réflexion. Mais il me faut aussi une adaptation ou une représentation pour apprécier la pièce parce que je n'aime pas lire le théâtre (je le fais pour Shakespeare mais il me faut un complément). J'ai donc l'intention de voir l'adaptation de mon chouchou Kenneth Branagh, même si As You like it au Japon me fait un peu peur (à cause des sumos ?). Cette pièce se centre sur les jeux de l'amour avec une multiplicité de couples et de variations sur le discours amoureux allant du pétrarchisme au cynisme mais aussi sur la théâtralité puisque Rosalind, joué par un acteur garçon comme c'était alors l'usage, se travestit en garçon pour éduquer Orlando à l'amour et ainsi déguisée, fait se pâmer d'amour la bergère Pheobe. Et puis il y a cette langue inimitable. Je ne suis pas sensible à tout le théâtre Shakespearien, j'ai tenté sans succès de comprendre Love Labour Lost et The Tempest, pourtant étudiée en cours, ne m'a pas enthousiasmée. Mais cette comédie, incroyablement riche et qui a nécessité que je l'apprivoise, m'a finalement séduite. 

jeudi 1 décembre 2016

Venise

Découvrir Venise en automne fut un plaisir bien différent des visites précédentes, printanières ou estivales. Voici les activités dont j'ai aimé profiter:

Voir le Palais des Doges, de l'intérieur, de l'extérieur, de près, de loin, je ne m'en lasse pas.


 Se promener et se perdre, admirer les vitrines, les façades.



Se promener à la nuit tombée (et toujours se perdre):


Manger des spaghetti à l'encre de seiche (je n'en mange qu'à Venise), particulièrement à l'osteria Ai Do Farai.



Visiter le théâtre de la Fenice, surtout pendant la préparation d'un spectacle:


Voir les vénitiens réparer les ponts:


A conseiller à tous ceux qui aiment marcher. Quelques jours sans croiser une seule voiture est peut-être le meilleur moyen de se détendre.
Merci à celle qui a fait de ce séjour un moment unique. 






mardi 29 novembre 2016

Evanouies de Megan Miranda

Nicolette revient à Colley Ridge, sa ville d'origine après de nombreuses années d'absence, de fuite pourrait-on presque dire. Juste après la disparition de sa meilleure amie Corinne, elle avait quitté les lieux. Elle est maintenant fiancée à un fils de bonne famille et pense passer quelques mois dans sa maison d'enfance, afin de la remettre en état et de la vendre. Enfin, c'est ce qu'elle prétend car ce qui l'a vraiment fait revenir, c'est le fait que son père lui ai envoyé une lettre lui disant qu'il avait encore vu cette jeune fille. Or, Nicolette pressent qu"il parle de Corinne. 

La particularité de ce premier roman est qu'il remonte le fil du temps. Il commence par le jour 15 pour remonter, chapitre après chapitre, vers le premier jour. Heureusement, il finit tout de même par les événements qui suivirent ces quinze jours, sinon, je pense que le lecteur serait un peu perdu. J'ai parfois été déstabilisée par cette avancée à rebours mais finalement pas suffisamment pour perdre le fil de l'intrigue et c'est peut-être ce que j'ai préféré dans ce roman policier. Je ne vais pas vous dire, comme le fait le  Los Angeles Review of Books que c'est l'un des meilleurs roman policiers de l'année 2016 mais c'est loin d'être le pire. A vous de voir si vous souhaitez tenter le test de remonter le fil du temps. 

Publié aux éditions de La Martinière en octobre 2016- 445 p.  

Merci à l'agence Anne et Arnaud et aux éditions de La Martinière.
A conseiller à ceux qui ont aimé La fille du Train. 




dimanche 27 novembre 2016

La succession de Jean-Paul Dubois

Il m'a fallu attendre vingt-huit ans pour éprouver chaque jour cette joie d'être en vie au petit matin, de courir pour polir mon souffle, de respirer librement, de nager sans peur et de ne rien espérer d'autre d'une journée sinon qu'elle m'accompagne comme l'on promène une ombre...

Paul, le narrateur, vit à Miami depuis quatre ans. Il n'est pas retourné en France depuis tout ce temps et n'a pas revu son père. Sa mère s'est suicidée après le suicide de son frère à elle, dont elle était très proche. Paul reçoit un appel de l'ambassade lui annonçant le suicide de son père. Il est obligé de mettre entre parenthèse son métier de joueur de cesta punta pour gérer la succession des biens de son père mais aussi le son cabinet car son père était médecin. Il a d'ailleurs fait des études de médecine avant de tout laisser tomber.  Il apprend alors les étranges circonstances du suicide de son père. 

Premier conseil: assurez-vous d'avoir le moral au beau fixe en commençant ce livre parce que vous vous doutez bien que si le suicide est omniprésent, on ne va pas rire beaucoup même si Jean-Paul Dubois accentue la farce autant que le drame, sans jamais verser dans le pathos bien sûr, ce n'est pas le genre de la maison. C'était un roman bien trop noir pour moi, même si j'ai aimé de longs passages, comme le suicide du père raconté par le fonctionnaire (c'est un passage pas piqué des hannetons) et d'autres sur l'activité cachée de son père que je ne peux vous révéler, ce qui est bien dommage d'ailleurs car c'est un thème important de ce roman, et que c'est un thème essentiel à mes yeux. Je ne suis donc pas franchement enthousiaste et je me demande ce qu'en ont pensé les lycéens qui l'ont lu dans le cadre du Prix Goncourt des lycéens. 
Publié aux éditions de l'Olivier en août 2016- 234 p. Violette est bien plus enthousiaste que moi. 

A conseiller à ceux qui ont le moral au plus haut.
Merci à Tiphanie qui m'a offert ce livre qui était dans la liste de mes envies de rentrée. 


mardi 22 novembre 2016

Billet impudique
















La semaine dernière, j'allais chercher à la gare de Clermont-Ferrand celle que je pourrais appeler mon amie, que je nomme régulièrement "celle qui..." dans mes remerciements ici mais qui est en fait la femme que j'aime. Sur le chemin , devant le lycée, une affiche m'interpelle, celle de deux hommes manifestement amoureux, et je me dis "Quelle bonne idée de mettre ça devant un lycée" (en voyant une seconde affiche quelques pas plus loin, je me dirai : "Dommage qu'ils n'aient pas choisi le couple jeune pour l'affiche devant le lycée"). Je pense aux quelques marques de dégoût qui accompagneront la découverte de cette affiche, et je pense surtout à ce lycéen parisien rencontré l'hiver dernier que je n'aurai plus jamais la chance de revoir, parce que les réseaux sociaux ont participé à un coming out qu'il n'avait pas choisi et qu'il n'a pas supporté. J'ai passé presque un an et demi à comprendre la chance que j'ai d'être une femme aimant une femme et non un homme aimant un homme. Moi, la féministe, fière d'avoir transmis ce combat à ma fille, j'ai depuis plusieurs années ce sentiment que devant l'homosexualité (j'ai encore du mal à m'englober dans ce mot, me considérant plutôt comme une femme qui a un jour croisé une femme dont il était juste impossible de ne pas tomber amoureuse), nous ne sommes pas égaux. Il y a une dizaine d'années de ça, un élève m'avait confié par écrit sa difficulté à annoncer la nouvelle à ses parents. Nous avions longuement parlé, c'est lui qui m'a clairement dit que dans notre lycée, un garçon ne pouvait pas assumer sereinement son homosexualité, alors que sa soeur qui aimait les femmes, l'affichait ouvertement. Au lycée, j'ai vu des couples de filles discrètes et plus souvent, d'autres s'affichant comme une provocation. Pour la première fois cette année, j'ai vu un beau couple ni discret ni provocateur, juste deux jeunes filles bien dans leurs baskets et heureuses d'être amoureuses et je me suis dit: "Oui, on y est!". Je n'ai encore jamais vu de couples de lycéens. Tant qu'il sera impossible pour les garçons de s'afficher, nous ne pourrons pas donner de leçons aux américains sur quoi que ce soit. La prochaine élection présidentielle m'effraie (et je pèse mes mots): si nous choisissons un président dont l'électorat ne peut supporter de voir deux hommes s'aimer, alors nous n'avons pas avancé et nous ne ferons pas avancer la génération à venir. Je suis bien placée pour savoir que tout le monde peut devenir tolérant quand il s'agit des gens qu'on aime: on accepte que sa fille, que sa mère, que sa sœur aime une fille et dans la rue, les regards peuvent être curieux mais jamais malveillants (ou je porte des œillères). Je rêve d'un monde où les hommes seront enfin, sur ce plan, les égaux des femmes; je rêve qu'un jour deux garçons attendent le début de mon cours la main dans la main, comme si l'amour était la chose la plus naturelle au monde. En attendant, nous allons passer quelques jours dans une ville qu'on dit la plus romantique du monde et de  tenter d'oublier l'amertume que me procure le retrait de ces affiches dans certaines villes de notre pays. 

Moi, Daniel Blake de Ken Loach

Daniel Blake vit à Newcastle. Souffrant du cœur, son médecin ne veut plus qu'il travaille mais lors d'une rencontre avec une bureaucrate sans qualification médicale, il n'est pas très conciliant pour répondre à ses questions et il reçoit quelques jours plus tard une lettre lui signifiant qu'il a été jugé bon pour reprendre le travail. Le voici donc obligé de suivre les démarches nécessaires pour toucher le chômage, puisqu'il ne tient pas à mettre sa vie en danger. C'est dans les locaux de l'équivalent anglais de Pôle Emploi qu'il va rencontrer Katie et ses enfants, avec qui il a pour point de commun une difficulté à accepter le côté kafkaïen de l'administration. 
J'y allais un peu à défaut d'être attirée par autre chose, les films du moment ne me donnant pas une folle envie de m'enfermer dans les salles obscures. C'est sans doute pour cela que la surprise me parut si bonne. J'ai été touchée par cet homme seul qui se crée une famille et par cette jeune femme qui fait tout pour s'en sortir mais qui se heurte à l'administration et au manque d'argent. J'ai même franchement pleuré lors d'une scène très forte ayant lieu dans une banque alimentaire (et c'est une très bonne idée de rappeler à quel point c'est utile) et lors du beau discours, sans doute très orienté à gauche, de fin. Mais j'ai aussi souri plusieurs fois. On peut se dire que Ken Loach en fait un peu trop lorsqu'il met Daniel Blake face aux incohérences de l'administration et aux difficultés de l'ordinateur. Or, j'ai une mère qui ne manie absolument pas ce qui peut devenir un engin de torture (mentale) et à qui il faut parfois servir d'intermédiaire parce que certaines démarches se font désormais uniquement en ligne ou presque. Je comprends donc parfaitement que Ken Loach ait eu envie d'insister sur ce que cela représente pour des gens seuls d'un certain âge. On sent aussi qu'il oppose les bénévoles, ceux de la banque alimentaire en l’occurrence et les fonctionnaires qui obéissent bêtement aux circulaires. Mais il sauve tout de même une employée du lot, permettant ainsi de sortir du manichéisme. Et puis, Ken Loach donne la part belle aux jeunes et j'aime ça. Je n'ai pas toujours aimé ce qu'a fait Ken Loach mais ce film-ci est pour moi une réussite. 

Merci à celle qui a eu la bonne idée d'avoir envie de voir ce film.
A conseiller à ceux qui se sentent un peu de gauche (voire complètement). Il peut sans doute agacer les autres. 


dimanche 20 novembre 2016

Laëtitia d'Ivan Jablonka

La citation fut retrouvée sur la page facebook de Laëticia
Aux yeux du monde, elle est née à l'instant où elle est morte. 

Dans la nuit du 18 au 19 janvier, Laëtitia Perrais disparaît à quelques mètres de chez elle. Sa soeur trouve son scooter par terre, on mettra plusieurs semaines à retrouver son corps découpé en morceaux. Ivan Jablonka a souhaité redonner à cette jeune femme le premier rôle, elle qui sur wikipedia, ne figure que sur la page de son meurtrier. 

Je ferme rarement un livre sans savoir si je l'aimé ou pas. Je pense que là n'est pas la question avec celui-ci. Je sais qu'il m'a intéressée, questionnée, dérangée à différents niveaux. En partant de ce fait divers (quelle expression affreuse pour désigner la mort d'un être humain), l'auteur s'interroge sur plusieurs points. Je ne vais pas tous les décrire mais le plus intéressant pour moi fut le parcours de ces deux jeunes filles (Laëtitia avait une jumelle, Jessica, qui est presque aussi présente qu'elle dans ce livre) qu'on enlève à leurs parents séparés et cabossés par la vie, qu'on place dans une famille où au moins l'une d'entre elle subira des attouchements tout en souhaitant jusqu'au bout que le couple les adopte. Parce qu'Ivan Jablonka ne juge pas mais s'interroge sur ce parcours:  quand sait-on qu'il est temps de retirer les enfants? Comment le vit le père, violent sur son ex-compagne, mais qui a l'impression d'avoir fait de réels efforts pour offrir une vie plus stable à ses filles? Ce n'est qu'un échantillon des questions qu'on se pose en sentant que l'auteur se les a posées aussi. J'ai aussi aimé les réflexions sur la manière dont Sarkozy a utilisé ce meurtre  dans un but populiste, montant le peuple contre les magistrats (il se trouve que j'ai écouté il y a peu une excellente émission sur France Inter ou Culture sur le vote populiste et qu'on réentendait des discours de Sarkozy) et sur l’aberration (sauf dans un but électoral) de faire porter la responsabilité d'une mort sur les épaules des magistrats. On sent qu'Ivan Jablonka a été ému par son sujet, il ne le cache pas et peine d'ailleurs à conclure, en faisant à mon avis un peu trop dans les démonstrations d'admiration et d'amitié envers certains protagonistes sur la fin. Ce qui m'a le plus gênée dans le livre n'est pas de son fait: Laëtitia peinait visiblement à se sortir de sentiments qui la poussaient vers le bas; il se trouve que peu de temps avant le jour de sa mort, elle avait écrit des lettres de suicide, ce qui tend à montrer que ce qu'elle fait ce soir-là, se lier avec un marginal entre dans un processus presque conscient de destruction. C'est sans doute le cas mais ça m'a vraiment dérangé de lier le meurtre (qu'elle n'a bien évidemment pas souhaité) à son désir de mort. Je me suis aussi demandée si on pouvait reprocher à Sarkozy d'utiliser Laëtitia et d'écrire un livre à son sujet. Je n'ai pas de réponse à mes questions et c'est peut-être ce qui me dérange le plus. Et puis, il y a le procès du père d'accueil, condamné pour attouchements/ viols. Jessica est la seule à pouvoir répondre à certaines questions (pourquoi vouloir être adoptée par un homme qui vous fait subir des maltraitances?) mais l'auteur a promis de ne lui poser que des questions qui ne l'attristeraient pas. Je comprends le souhait de la ménager, Jessica est d'ailleurs à la fois touchante et mystérieuse mais tout cela fait que j'ai reposé le livre avec trop de questions laissées sans réponses. 

Prix du roman Medicis 2016 (après lecture, je confirme que c'est un choix étrange, peut-être plus politique que littéraire). Publié au Seuil en août 2016- 385 p. 

Merci à mes amies Hélène et Nathalie pour ce cadeau.
A conseiller à ceux qui aiment être dérangés. 


jeudi 17 novembre 2016

Le chagrin des vivants d'Anna Hope

Nous en sommes en 1920 en Angleterre, juste avant l'arrivée du Soldat inconnu et la cérémonie destinée à rendre hommage à tous les soldats morts au combat. Nous suivons le parcours de trois femmes: Evelyn qui a perdu son fiancé pendant la guerre et trouve désormais la vie injuste, Ada dont le fils n'est jamais revenu et qui le voit à tous les coins de rue et Hettie qui arrondit ses fins de mois en dansant avec d'anciens soldats estropiés qui ne peuvent plus danser qu'en payant leurs partenaires. 

On a beaucoup parlé de ce roman sur les blogs et un peu comme L'amie prodigieuse, je ne le sentais pas pour moi. Le Grand Prix des lectrices de Elle m'a un peu forcé la main et comme souvent, j'ai compris que mes réticences étaient fondées (c'est rassurant de voir qu'on se connaît un peu malgré tout). Je comprends qu'on aime ce roman, ces histoires de femmes sont à la fois très différentes et liées par le thème commun de l'après-guerre et deux d'entre elles m'ont touchée: Hettie et Ada. Mais j'ai trouvé l'écriture sans surprise et je me suis assez vite ennuyée. Pourtant, j'ai aimé le propos qui consiste partiellement à dire que nul ne peut juger ce qu'il n'a pas vécu. Ce qui est vraiment dommage c'est que j'ai trouvé les cinquante dernières pages très belles, émouvantes et intéressantes. Je salue le choix de la  couverture que je trouve très belle. 


Publié chez Gallimard en janvier 2016. 400 pages. Nicole, Cousines de lecture, Laura (qui participe aussi au prix Elle) ont beaucoup aimé. Marjorie, qui m'avait signalé son envie de lire ce roman avait aussi aimé. 

Merci malgré tout au Prix des Lectrices de Elle et au jury de novembre (vous verrez qu'aucun livre de cette sélection n'a trouvé grâce à mes yeux). 
A conseiller peut-être à celles qui aiment les histoires croisées de femmes (mais il me semble que je peux aimer ce style de roman). 

                                                          


mardi 15 novembre 2016

American Crime Story, série créée par Scott Alexander et Larry Karaszewski

J'ai un peu hésité avant de regarder cette série car ce que j'aime dans les séries, c'est la fiction; il me semble que je n'avais jamais regardé une série relatant un fait divers. D'autre part, je pensais presque tout savoir sur l'affaire Simpson dont il m'est même arrivé de me servir en cours. En fait, je me suis rendue compte que je me fourvoyais totalement sur les causes de l'acquittement de Simpson. Petit rappel des faits: nous sommes quelques mois après les émeutes de Los Angeles survenues après que Rodney King ait été tabassé par des policiers qui sont acquittés. La femme d'O.J Simpson, dont il est séparé, est retrouvée assassinée au côté de son ami qui a subi le même sort. Du sang des victimes est retrouvé dans la voiture d'O.J Simpson. Pour les procureurs, l'affaire semble pliée. Et pourtant, au cours de près d'un an d'un procès très médiatisé, il ressort libre.
J'ai toujours pensé, parce que je l'avais entendu dans un documentaire, que le jury avait acquitté Simpsons pour éviter de nouvelles émeutes raciales. Je ne sais pas si tout est vrai dans cette série, j'ai tendance à penser que oui car elle est très documentée (je pense juste qu'un brin de romance a été ajoutée dans la relation entre deux personnages mais ça ne m'a pas dérangée). Vous allez me dire que dix épisodes sur cette affaire, ça semble beaucoup et c'est aussi ce qui m'inquiétait mais à part l'épisode de la poursuite de Simpsons par les policiers qui m'a semblé long, on ne s'ennuie pas car les épisodes sont généralement centrés sur un aspect: la vie des jurés enfermés dans leur hôtel pendant presque un an, les remarques sexistes sur la procureur, les stratégies des avocats et notamment celle de la race... Bref, c'est passionnant. Je ne sais pas ce que les auteurs feront de l'ouragan Katrina qui sera le sujet de la saison deux mais je ne doute pas que la saison trois qui se centrera sur Versace et qui devrait montrer les talents d'actrice de Lady Gaga sera attendue avec impatience. 
La série est repartie avec neuf Emmy Ewards dans les poches, dont un pour mon chouchou. Laura est conquise aussi. 





dimanche 13 novembre 2016

Rêver de Franck Thilliez

Avant de recevoir ce roman dans le cadre du Prix Elle, j'avais lu un ou deux romans de cet auteur, suffisamment pour très vite comprendre que son univers ne rejoignait pas le mien parce qu'il mêle à son intrigue beaucoup de psychologique. Evidemment, je n'étais pas ravie de voir que j'allais devoir m'y remettre mais je suis allée jusqu'au bout sans (trop) rechigner. Le problème tout de même est que quelques semaines après lu le roman, alors que j'écris ce billet, j'ai besoin de chercher de quoi il parle car mes souvenirs sont presque inexistants et vous l'avouerez, c'est mauvais signe. Abigaël est psychologue mais une psychologue très particulière parce qu'elle perd de plus en plus les souvenirs de son passé et qu'elle souffre de cette maladie qui l'oblige à s'endormir n'importe où et n'importe quand. Elle est aussi incapable de faire la différence entre ce qu'elle vit en rêve et dans la réalité, à moins de s'infliger des blessures dont les souffrances ressenties sont des preuves qu'elle est dans le réel. En parallèle, elle aide les enquêteurs sur une histoire de disparitions d'enfants. 

Mon impression après la lecture est très étrange: j'ai eu très envie d'arrêter la lecture jusqu'à la moitié, puis j'ai continué d'être agacée mais j'ai voulu savoir comment tout cela allait se terminer. Je comprends que ceux qui aiment les multiples rebondissements et qui ne sont pas gênés par le manque de crédibilité (qui mettrait sur une enquête une femme qui a de tels soucis psychologiques?) adorent Thilliez. Ce n'est pas du tout ma tasse de thé, non parce que je n'aime pas les polars psychologiques mais parce que je n'aime pas quand le trait est forcé à ce point. Et puis, les personnages sont assez manichéens. Décidément, les troubles du sommeil sont très à la mode en ce moment (Weber en avait fait le sujet de son avant-dernier roman qui n'était pas une réussite non plus).
Publié chez Fleuve Noir le 26 mai 2016. presque 600 p.

A conseiller à ceux qui aiment Thilliez. 
Merci (ou pas) au jury d'Octobre du prix Elle (je me demande quels autres polars étaient face à celui-ci). 
                                                                        


jeudi 10 novembre 2016

Derniers feux sur Sunset de Stewart O'Nan


En 1937, Francis Scott Fitzgerald ne vit plus avec Zelda qui est internée mais il lui rend visite dès qu'il peut et l'entraîne même dans quelques virées en voiture. Mais on sent que le coeur n'y est plus. Il n'a plus d'argent et il accepte de partir à Hollywood pour gagner de quoi vivre et de que quoi payer l'institution et l'éducation de Scottie. Ce roman est donc celui des années hollywoodiennes de l'auteur de Gatsby  et de son histoire d'amour avec Sheilah Graham, célèbre potinière. C'est d'ailleurs elle qui le découvrit mort. 

J'ai lu un certain nombre de livres (romans et BD) sur Zelda et Francis Scott Fitzgerald et je crois que tous prenaient parti pour l'un ou pour l'autre. Il me semble que ce n'est pas le cas ici même si les fans absolus de Zelda trouveront peut-être qu'il est dépeint comme un homme qui doit se sacrifier pour une femme à qui il reste attaché même si elle le répugne physiquement. Si Zelda est décrite comme une femme qui ne maîtrise plus grand chose, Fitzgerald est lui un alcoolique invétéré qui, même par amour pour sa maîtresse (Sheilah détestait d'ailleurs qu'on l'appelle ainsi), ne peut se passer d'une bonne bouteille. C'est Sheilah qui le maintient tant que faire se peut sur les rails. Je ne peux néanmoins pas dire que j'ai vraiment aimé ce roman. Si certains passages m'ont plu, notamment ceux qui mettent en scène Scottie, la fille de Zelda et de Fitzgerald, j'ai trouvé l'ensemble longuet et un peu ennuyeux. 
Publié le 18 août 2016 aux éditions de l'Olivier. 388 p. 

Merci à Marjorie (qui l'a aimé) pour ce cadeau. 
A conseiller aux grands fans du couple mythique peut-être. 

mardi 8 novembre 2016

Ce soir

Ce soir, je me dis que cette élection américaine a un goût bien amer. Bien évidemment, je préfère une femme, épouse d'un homme qui fut président avant elle et  mit en place la politique la plus à droite jamais établie par un gouvernement démocrate moderne à un misogyne milliardaire populiste mais quand je me revois dans l'attente euphorique d'il y a huit ans, je mesure le chemin parcouru. Bien évidemment, je rêve d'une femme présidente des Etats-Unis, mais je ne rêvais pas de celle-là, et je rêvais d'une vraie victoire, face à un adversaire qui ne soit pas un clown. Je sais déjà que contrairement à il y a huit ans, je ne suivrai pas en direct l'investiture du nouveau président américain en janvier prochain. 
Alors ce soir, j'ai juste envie de rendre hommage à celui qui n'a peut-être pas fait grand chose pour les américains mais qui a fait le bonheur des profs d'anglais pendant huit ans, je me demande si un président américain avait autant été écouté en compréhension orale en cours avant lui: son humour, son accent compréhensible par les élèves nous manqueront. 



Merci à celle qui m'a fait découvrir cette vidéo à la fois drôle et qui rend hommage à m.Obama. 


dimanche 6 novembre 2016

Réparer les vivants de Katell Quilévéré

Le roman éponyme reste à ce jour l'un de mes plus grands chocs littéraires. Il était pour moi impossible de ne pas aller voir l'adaptation, même si je ne voyais pas comment la beauté des phrases de Maylis de Kerangal pouvaient être portées à l'écran. Elles ne peuvent l'être bien sûr. Je vous fais grâce du résumé que tout le monde ou presque connaît. J'ai découvert le film lors d'une avant-première destinée au enseignants puisque l'équipe souhaite faire réfléchir les ados (en passant par le biais des enseignants) sur le sujet du don d'organe. Car c'est vraiment un film sur le don d'organe, bien plus que le roman, à mon avis. Peut-être que la beauté des phrases du roman m'a fait oublié le thème principal, je trouve qu'il était aussi une mosaïque d'autres histoires, celle du personnel soignant par exemple qu'on suivait en dehors de l'hôpital. Ici, nous suivons un tracé bien défini qui va de l'accident jusqu'au réveil de la receveuse, en passant pas les scènes de la transplantation. Il faut quand-même être conscient avant d'avoir avoir le film que vous allez voir l'intégralité de la transplantation, en passant par l'incision de la peau. C'est bien fait et je n'ai pas eu à détourner le regard mais mon voisin n'a pas regardé les scènes en question (et il a aussi beaucoup pleuré, je le mentionne car c'est c'est la première fois que je vois un spectateur pleurer au cinéma). J'avais en tête certaines scènes importantes du roman dont je pressentais la difficulté d'adaptation, c'est le cas pour la scène où le chirurgien Thomas s'échappe de son quotidien grâce au chardonneret. La réalisatrice s'en est finalement bien tirée sans faire l'impasse sur cette scène mais en la transposant. 
Pour moi, le film est didactique (et ce n'est pas péjoratif) là où le roman n'était que poésie. Il est cependant essentiel pour discuter du sujet quand ce n'est pas encore fait. Ce que j'ai préféré dans le film, et de très loin, c'est ce qui n'existe pas dans le roman: l'histoire de la receveuse  interprétée par Anne Dorval (mon coup de coeur dans ce film, je n'ai plus qu'à aller regarder les films de Dolan pour la découvrir davantage), son lien avec ses fils et cet amour qu'elle avait sacrifié au nom d'un altruisme que l'autre n'avait pas demandé. Alors me direz-vous, ce n'est pas clair tout ça, on y va ou pas? Oui, allez-y, peut-être surtout si vous n'avez pas autant aimé le roman que moi. Et puis, les acteurs sont tous formidables même si l'ai trouvé Simon Limbres un peu transparent ou alors juste pas du tout conforme à l'idée que je m'en étais faite.

Merci à Mars Distribution pour cette séance spéciale enseignants.
A conseiller à ceux qui n'ont pas lu le roman, comme à ceux qui l'ont lu. 

Sortie.  le 1er novembre 2016. Avec  Tahar RahimEmmanuelle SeignerAnne Dorval et Alice Taglioni. 


jeudi 3 novembre 2016

Tout n'est pas perdu de Wendy Walker

Les graines du doute poussent comme des mauvaises herbes si elles reçoivent assez de soleil. 

Alan Forrester est psychiatre dans le Connecticut. On lui confie Jenny Kramer, une jeune fille qui a été violée lors d'une soirée et à qui on a effacé tout souvenir de l'acte, à la demande des parents. Alan est furieux, il sait que ce n'est pas en oubliant ce qui s'est réellement passé qu'un patient peut oublier un traumatisme car son corps, lui, n'oublie pas. Le patient, ne comprenant pas la source d'un mal-être qui existe toujours est enclin à sombrer dans la dépression. Il va donc tout faire pour que Jenny se souvienne. De là à dire qu'il va faire en sorte qu'elle retrouve ce qui s'est vraiment passé, il y a un grand pas que je ne franchirai pas. 

Nous voici dans un roman psychologique et nous verrons plus tard que la sélection policière du prix des lectrices de Elle 2017 en comportera d'autres, puisque nous retrouverons une psy à problème dans le Thilliez qui a été choisi par le jury de Novembre. Et pourtant, c'est presque le seul point commun et j'ai trouvé intéressant de voir comment les deux auteurs ont traité le sujet totalement différemment, puisque dans les deux cas, il s'agit d'un personnage qui doit retrouver ses souvenirs et que dans les deux cas, les auteurs insistent sur le fait qu'on ne peut être heureux en les effaçant, même si ceux-ci sont affreux. Ce qui est particulièrement intéressant dans ce roman se situe dans la deuxième partie, quand le psy distille de faux souvenirs à Jenny: on voit comment il est assez simple d'associer deux éléments qui ne sont en fait pas liés. Malheureusement, j'ai tout de même trouvé que l'ensemble mettait longtemps à se mettre en route et que la première partie était laborieuse. Il ne m'en restera pas un souvenir extraordinaire mais j'ai aimé la deuxième moitié. Et puis au moins, plusieurs semaines après la lecture, il m'en reste des souvenirs, ce qui est plus que pour d'autres polars. Ce roman a passé les pré-sélections. 

Publié en mai 2016 chez Sonatine- 320 pages. 

Merci au Prix des Lectrices de Elle. 
A conseiller à ceux qui aiment les polars Sonatine, je le trouve dans la mouvance d'Avant d'aller dormir (mais en mieux) ou des Apparences







Les terres dévastées d'Emiliano Monge

Ils sont une cinquantaine à vouloir traverser la frontière pour vivre leur rêve américain cette nuit-là. Une cinquantaine d'hommes, d...