lundi 20 novembre 2017

Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Dumas


... leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur définition devenue unique mais innommable faute d'un mot. J'aime à croire, comme je l'aime, que si Lol est dans la vie, c'est qu'elle a cru, l'espace d'un éclair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. C'aurait été un mot-absence, un mot-trou, creusé en son centre d'un trou, de ce trou où tous les autres mots auraient été enterrés. 

Je pourrais arrêter ce billet sur cette citation, tout est dit dans ce mot tu, toute la beauté de la plume de Duras tient dans cette phrase, l'importance de ce mot-trou, de ce mot qui n'existe pas, la force de ce qui existe mais qu'on ne peut nommer, faute du mot juste. Le choix alors de se taire pour ne pas dénaturer, faute du mot approprié.

Lol Valérie Stein se rend au bal du casino de T. Beach. Elle doit y passer la soirée avec son amie Tatiana et celui dont elle est amoureuse, Michael Richardson. Seulement, tout ne se passe pas tout à fait comme prévu ce soir-là puisque Lol va assister au coup de foudre entre Michael et une autre femme. Dix ans plus tard, Lol vit à S. Tahla, est mariée et mère de deux enfants. Elle semble passer son temps à errer dans les rues. Le hasard va la remettre sur la route de Tatiana, par l'entremise d'un homme qui s'avérera être notre narrateur. 

Ce fut ma première découverte à son propos: ne rien savoir de Lol était la connaître déjà. On pouvait, me parût-il, en savoir moins encore, de moins en moins sur Lol V. Stein. 

Comment expliquer que jamais, avant ce mois d'octobre, personne ne m'ait mis un Duras entre les mains? Je n'en ai aucune idée. Je sais par contre que le souvenir que j'ai de Duras vivante, celle que je voyais à la télévision, ne m'a pas donné envie de la lire. Il m'aura donc fallu attendre le mois dernier pour qu'on me transmette cette auteure. Vous vous souvenez peut-être de mon billet sur la transmission, j'aurais peut-être aussi dû insister sur la beauté du geste pour la lectrice qui le reçoit. Lire ce roman (annoté par les soins de ma passeuse de pépite) fut un ravissement, pas pour Lol mais pour moi. J'ai eu l'impression d'assister à une chorégraphie, à une métaphore répétée de cette scène du bal, mais aussi de l'art qui met en scène une version de la réalité. Le style, la construction et la plume m'ont envoûtée. Ce n'est pas l'intrigue du roman qui importe; d'ailleurs, si vous n'aimez que les romans à intrigue, passez votre chemin. Il faut accepter ici de se laisser emporter par la plume de Duras, de déambuler avec Lol dans les rues de S. Tahla (qui ressemblent sans doute à celles de Trouville que Duras a bien connu mais qui a eu pour moi les contours d'une autre station balnéaire normande) et dans les errements de son esprit. J'ai ressenti une émotion rare à la lecture de ce roman, comme lorsque lorsqu'on part en promenade sans attente particulière et qu'on fait une rencontre. Entre Lol V. Stein et moi, entre Duras et moi, ce fut une rencontre forte. Je n'ai aucun doute que les deux m'accompagneront encore longtemps. J'ai aimé aussi comment Duras traite le thème de la passion, en faisant un mythe non plus pour celle qui a éprouvé la passion mais pour les témoins :
Que cachait cette revenante tranquille d'un amour si grand, si fort, disait-on, qu'elle en avait perdu la raison? 
Lol est la chorégraphe, le metteur en scène de ce roman, tout en en étant la spectatrice. Elle donne le ton, indique sans avoir à ouvrir la bouche les espaces scéniques à utiliser et le narrateur se soumet à cette volonté en recréant les contours de sa relation avec Tatiana. Je pourrais vous citer une multitude de phrases qui ont trouvé écho en moi, notamment celle-ci qui résume, pour moi, à la fois l'art et la réalité et qui m'a rappelé toute ce que pense Antoine Bello sur la réalité qui cesse de l'être à partir du moment où elle est verbalisée puisque le choix d'un mot indique déjà un point de vue: 
Ce qui s'est passé dans cette chambre entre Tatiana et vous je n'ai pas les moyens de le connaître. Jamais je ne saurai. Lorsque vous me racontez, il s'agit d'autre chose. 

Publié en 1964. 190 pages en Folio (avec une couverture qui ne peut que me plaire). 

Merci à Celle qui m'a transmis ce roman et plus qu'un roman, un auteur. Merci pour les discussions qui suivirent et pour m'avoir signalé la double signification du titre. 
A conseiller à tous ceux qui n'ont pas encore lu Duras, même si je pense que ce roman est très féminin. 

                                                             








dimanche 19 novembre 2017

Mes films du mois: Au revoir là-haut d'Albert Dupontel/ Carré 35 d'Eric Caravana

ma déception: Albert Maillard et Edouard Péricourt sont devenus amis dans les tranchées. Nous sommes le 9 novembre 1918, tout est calme sur le front mais le lieutenant Pradelle, qui vient de recevoir une missive lui annonçant la fin immédiate des hostilités, a soif d'une dernière salve de brutalité. Il envoie un jeune homme effrayé et le plus vieux soldat en éclaireur. Le combat reprend donc entre les allemands et les français. 
J'avais très envie de voir ce film et de faire découvrir cette histoire à ma fille. Elle a finalement été plus enthousiaste que moi puisqu'elle a tout aimé. J'ai adoré l'esthétisme du film, les décors et les masques sont superbes et leur évolution, qui marque l'évolution du personnage d'Edouard est intéressante. J'aurais sans aucun doute beaucoup aimé l'histoire aussi si je ne l'avais pas lue, parce que cette double arnaque d'après-guerre est une belle trouvaille. Mais tout cela, je le connaissais déjà. Si certains changements par rapport au roman m'ont semblé cohérents, comme par exemple la possibilité de donner une voix narrative à Maillard en faisant d'un interrogatoire le fil conducteur de l'histoire, j'ai trouvé trop mélo cette rencontre qui n'a pas lieu dans le roman. Et puis, tout de même, la source de l'incompréhension entre le père et le fils est totalement évacuée, ce qui me semble dénaturer le roman. Je le conseille tout de même pour son esthétisme donc et parce que les acteurs sont tous très bons. Décidément, Nahuel Perez Biscayart est l'une des révélations de cette année: être expressif sans utiliser de mots et en ne s'aidant que d'une partie du visage, voire parfois uniquement du regard, me semble être une prouesse. 

L'avis de Dasola

Sortie le 25 octobre 2017-  1h57


mon documentaire: je vais très rarement au cinéma voir des documentaires, moins d'une fois par an en moyenne. Quand une amie m'a parlé de Carré 35 alors que nous évoquions le poids des secrets de famille, j'ai eu envie d'aller le voir avec elle. Eric Caravana est acteur (je ne le savais pas, c'est en voyant sa tête apparaître à l'écran que je l'ai reconnu) et réalisateur. En posant des questions à ses parents sur sa sœur décédée avant se naissance à lui mais dont on ne parlait pas, il va "redonner vie" à cet enfant dont la mère a brûlé toutes les photos. 
[attention spoilers] Ce documentaire avance crescendo et se charge de force émotionnelle à mesure qu'il avance. Pour autant, il n'y a pas de pathos mais de la gêne, parfois, à être témoin de la manière dont Eric Caravana "cuisine" ses parents, sa mère surtout. On sent ce que ce qu'il fait resurgir, que les parents ont pris soin d'enfouir profondément, est douloureux mais évidemment, sans doute nécessaire pour eux aussi. Si le déni de la mère ne m'a pas étonnée, le souvenir du père, qui ne correspond pas totalement à la réalité, est surprenant. C'est aussi un voyage vers la terre natale d'origine, décidément au centre de cet automne. Ce n'est sans doute pas un film indispensable (surtout si vous payez votre place 10 euros, ce qui ne fut pas mon cas) mais c'est un joli film ponctué de moments forts. 
Sortie en salle: le 1er novembre 2017- 1h07


                                      

Merci à mes compagnes de cinéma du mois: ma fille et Florence. 



jeudi 16 novembre 2017

Les chiens de Détroit de Jérôme Loubry

A Détroit, en 2013, un groupe de policiers dirigé par Sarah Berkhamp lance l'assaut d'une maison. A l'intérieur, un homme attend son arrestation. Aucune violence n'est nécessaire pour la mener à bien et pourtant, quelques heures plus tard, le suspect est roué de coups par l'un des inspecteurs. Pour en comprendre la raison, il faut remonter quelques années en arrière, quand le-dit inspecteur, Stan, était sur les traces d'un kidnappeur et tueur d'enfants surnommé Le géant des brumes. 
Ce qui m'a donné envie de découvrir ce polar, c'est Détroit. C'est une ville qui me fascine, sans doute un peu grâce à Eminem mais aussi parce que peu de villes ont comme elle été des symboles de réussite pour  devenir l'antonyme du rêve américain et pour finir par rebondir à nouveau. Difficile de savoir ce que cette ville deviendra dans quelques années. J'avais donc envie de me plonger dans les bas-fonds de cette ville et il y avait matière à m'enthousiasmer. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Je me suis vite ennuyée, il faut dire que le thème des kidnappings d'enfants me plait rarement parce que j'ai souvent l'impression de relire la même chose, à de rares exceptions près. Les enquêteurs et leurs fantômes bien cachés dans les placards finissent aussi par me lasser, je crois. J'attends donc un vrai beau roman/ polar mettant en scène cette ville qui le mérite amplement et qui méritait davantage que cette page 34 qui semble résumer à la va-vite son histoire. J'en ai aussi ras le bol de ces polars plein de testostérone dans lesquels les hommes se font justice eux-mêmes. J'ai été très étonnée par une phrase. Lors d'une relation sexuelle, une femme dit: "Je viens aussi". Si ce roman avait été écrit par un américain, j'aurais râlé contre cette grosse erreur de traduction ("come" a un sens sexuel qu'on apprend très vite quand on est assistante en Angleterre, il suffit de dire une fois "I'm coming" à une classe pour comprendre, aux sourires sur les visages des garçons, qu'on va désormais éviter cette phrase en cours) mais l'auteur est français et manifestement, la phrase ne peut se comprendre dans le sens propre du verbe venir. Quant à la plume, je vous laisse juge:
Sa chevelure rousse ondoya comme les flammes d'un brasier incertain. 

Publié en octobre 2017 chez Calmann Lévy. 303 pages. 

A conseiller à tout le monde sauf à moi si j'en crois les avis sur Babelio. 
Merci à l'opération Masse Critique de Babelio




mardi 14 novembre 2017

Summer de Monica Sabolo

La fatigue, c'est comme ça que l'on qualifie à peu près tout, dans notre famille, tout ce qui implique le chagrin ou la honte. 

Cela aurait été briser le pacte qui nous tient entre nous- toutes les choses dont on ne parle pas n'existent pas. 

Benjamin est un adulte en souffrance. Vingt-cinq ans auparavant, sa sœur Summer a disparu sans laisser aucune trace. Passé entre les mains de plusieurs thérapeutes, il n'a jamais avancé et une partie de ses souvenirs semblent totalement effacés. Quand il commence à échanger avec le docteur Traub (c'est le seul personnage dont je me rappelle le nom sans avoir à regarder le roman, à part Summer évidemment, c'est dire si ce personnage est pour moi un élément central du roman alors qu'il apparaît finalement peu), des rêves l'assaillent et le submergent. 
Ce roman traite à mon avis de nombreux sujets, de la manière dont on vit avec des secrets de famille, ceux qu'on subit, ceux qu'on nous fait porter alors qu'on n'a pas les épaules qu'il faut pour les porter. C'est aussi un roman sur les effets bénéfiques de la psycho-thérapie, à tel point d'ailleurs que je suis allée vérifier si Monica Sabolo n'était pas psy- quelque chose à la base, mais il semble que non et pourtant, les séances sont très en marge, il ne faut surtout pas que ça rebute les réfractaires aux thérapies. Ça  démarre assez lentement, puis le rythme s'accélère et alors, on ne peut plus le lâcher. Monica Sabolo parvient à parsemer son roman de rebondissements assez spectaculaires sans qu'on ne se dise que ça ne tient pas la route. Et puis, c'est très joliment écrit, j'ai eu envie de noter de nombreuses phrases. On pourrait sans doute reprocher le côté un peu cliché de cette famille suisse bourgeoise, mais on ne peut en tout cas pas lui reprocher d'avoir inventé des personnages lisses, le père et la mère n'étant pas des représentations de la tendresse parentale. L'une des prouesses de l'auteure, me semble-t'il est de ne pas avoir choisi entre le thriller et le roman poétique, ce qui explique sans doute sa présence dans la seconde sélection du prix Goncourt. Il reste, en refermant ce roman, des images puissantes, comme ce châle, symbole de la relation lien mère-fille. 

Lu dans le cadre du Prix Elle des lycéennes auquel participent quatre de mes élèves de 1ère L. 

Merci au jury d'octobre du prix Elle adulte qui l'a sélectionné. Merci à mon amie Nathalie qu'il l'a lu en même temps que moi.
A conseiller aux amateurs de familles disruptives (fictionnelles bien sûr). 

Ed. JC Lattès, 316 p., 19 € (publié le 23 août).

dimanche 12 novembre 2017

Festival This is England/ exposition des caricatures de Steve Bell

Demain, mes élèves iront découvrir la sélection des courts-métrages choisis pour les lycéens dans le cadre du festival This is England qui a lieu toute la semaine au cinéma rouennais de l'Omnia. Ces sept titres de durées variables (entre 3 et 15 minutes), de formes variables aussi vont leur faire découvrir des accents de tous horizons; heureusement, eux, contrairement à mes collègues et moi lorsque nous avons découvert ces courts-métrages le mois dernier, auront les sous-titres. J'ai, au préalable, choisi de les faire travailler sur le principe d'un "cautionary tale" (comme dans Le Petit Chaperon Rouge, le personnage est averti, transgresse l'interdit et est puni) et sur le rôle des femmes pendant la première guerre mondiale, puisque deux courts-métrages sont liés à ces thèmes. Nous devrions rencontrer l'un des réalisateurs (mais oseront-ils poser l'une des questions que nous avons travaillées ensemble, alors que la salle sera comble? J'en doute fort). 
De retour en classe, ma classe votera pour son court-métrage préféré et j'ai hâte de voir si leur choix rejoindra le mien. Le grand public peut voir les courts-métrages destinés aux adultes tous les soirs de la semaine à 20h. 
L'après-midi, nous irons voir l'exposition consacrée au caricaturiste du Guardian, Steve Bell, qui est par ailleurs un homme charmant. Coup de chance pour moi, Steve Bell a détourné des tableaux célèbres dans ses caricatures et nous avions étudié certains de ces tableaux dans mon premier thème consacré à "Poems and paintings". Vous pouvez voir cette expo jusqu'à la fin de la semaine.
Voilà un beau lundi qui s'annonce! Il nous faut juste du soleil pour le pique-nique. 



Merci à mon collègue Christophe Thierry qui s'occupe de ce festival.
A conseiller aux amateurs de format court. 


jeudi 9 novembre 2017

Nuit de Bernard Minier

Kirsten arrive sur une plateforme pétrolière basée en mer du Nord. Une technicienne y a été assassinée et un homme a disparu, le coupable présumé, Julian Hirtmann, un homme recherché par la police depuis des années. Elle se rend à Toulouse après avoir retrouvé, dans la cabine d'Hirtmann, des photos du policier Martin Cervaz. Cervaz er Hirtmann ont une longue histoire commune puisque ce dernier est à l'origine de la disparition de Marianne, la compagne de Cervaz, qui ne fut jamais retrouvée. 

Je n'avais jamais lu ou écouté Bernard Minier, pour une raison sans doute idiote, je ne lis pas de romans XO, ou alors pas depuis longtemps. Mais une amie aime beaucoup ses romans et je me suis dit qu'il était temps de passer outre mes préjugés. C'est typiquement le genre de polars que je préfère écouter plutôt que lire parce que c'est un polar d'action et non véritablement d'ambiance. On n'y apprend rien de particulier, ni d'un point de vue sociologique, ni d'un pays lointain, si ce n'est des informations concernant la maladie rare de l'enfant qui est au centre du l'histoire. J'ai plutôt passé un bon moment même si je ne suis pas sûre d'avoir envie d'écouter à nouveau l'auteur (et pas du tout de le lire). Je n'ai pas du tout aimé la fin mais je vais éviter de faire comme ces lecteurs qui me faisaient sourire en rencontre parce qu'ils auraient bien fait réécrire la fin par l'auteur qu'ils étaient venus écouter.

Lu par Hugues Martel- Paru le 13 septembre 2017- 15 h50 d'écoute. 

Merci à Audiolib

mardi 7 novembre 2017

Un loup pour l'homme de Brigitte Giraud

Antoine aurait préféré que Lila ne reste pas sur le quai de la gare. Il l'a dit mais elle n'a pas voulu entendre. Il est debout derrière la vitre, entouré d'autres gars, et il la voit qui reste figée. Il voudrait qu'elle s'en aille, qu'il n'ait pas sous les yeux le regard qui appelle. C'est violent d'aimer dans ces moments-là. 

Antoine est appelé sous les drapeaux en 1960. Mais le drapeau  français flotte alors sur des terres lointaines et le voilà en Algérie, juste après que sa femme ait découvert sa grossesse, elle qui ne souhaite pas du tout être enceinte alors que son mari ne peut être auprès d'elle. Antoine ne va pas au combat puisqu'il est infirmier mais il va prendre de plein fouet les conséquences des combats et s'attacher à Oscar, amputé et mutique.

De l'auteure, j'avais aimé Une année étrangère et je l'avais vue au festival Terres de Paroles dans une lecture musicale avec Albin de la Simone qui m'avait beaucoup plu. Je n'ai pas ressenti le même enthousiasme ici. La relation entre les deux hommes est touchante mais cela ne m'a pas suffi; j'ai trouvé le roman un peu trop "léger", manquant d'aspérité aussi peut-être et j'ai fini par m'ennuyer. Reste cette phrase que comprendront ceux qui ont eu, dans leur famille, un ancien de la guerre d'Algérie :

Il y a ceux qui auront fait l'Algérie, et les autres. 

Publié le 23 août 2017 chez Flammarion. 245 pages.

Lu en marge du prix Femina des lycéens. Merci aux élèves de 1ère L. 
A conseiller à ceux qui aiment les amitiés masculines pas trop viriles. 

dimanche 5 novembre 2017

Ma chanson du mois: Brigitte - Palladium



La première fois que j'ai entendu cette chanson, c'est une belle Montpelliéraine qui l'avait partagée sur sa page Facebook, du temps où je fréquentais encore cet espace et je me suis dit que ça semblait être une chanson bien triste pour un dimanche matin. J'ai écouté quelques secondes, j'ai éteint et je n'y ai plus repensé. Sur le blog d'Antigone, j'ai appris que sous ce pseudo se cachaient non pas une mais deux personnes; je n'ai pas eu envie de réécouter la chanson. 
Et puis, je ne sais plus sur quel support cette chanson m'est revenue aux oreilles et là, je tombe sous le charme. Loin d'être une chanson triste pour moi, c'est une superbe chanson sur l'amitié inconditionnelle. 

Merci à celle à qui j'ai envoyé un message après avoir acheté cette chanson, en lui disant: "J'adore cette chanson, elle me fait penser à toi". 

jeudi 2 novembre 2017

L'ordre du jour d'Eric Vuillard

Février 1933: vingt-quatre industriels allemands se retrouvent autour d'Hitler. Ce sont les fondateurs d'empires qui nous sont familiers: Opel, Siemes ou BASF et ce jour-là, ils vont mettre la main à la poche pour financer le nazisme. Sans cet argent, sans doute, rien n'eût été possible pour Hitler. Eric Vuillard va ainsi décortiquer plusieurs scènes de 1933 à 1938, tentant de prouver que la somme de l'immobilité des uns et des autres a mené au désastre que l'on connait. 

J'avoue qu'il est très difficile pour moi de comprendre les commentaires très enthousiastes que j'ai lus sur ce livre. Je me doute qu'il doit avoir de nombreuses qualités mais je pense que c'est tout le contraire de ce que j'aime en littérature. D'abord parce que je ne parviens pas à comprendre où se situe l'aspect littéraire du texte. J'ai l'impression que l'auteur nous énonce froidement des faits, qu'il fouille, certes, comme un excellent journaliste le ferait, avec une morale sous-jacente qui est que chacun est responsable de l'Histoire et que l'immobilisme face au Mal est coupable, c'est en tout cas la morale que j'ai perçue. J'ai parfois, même si très rarement, été intéressée par le sujet, comme par l'anecdote sur la photo recadrée de Schuschnigg qui change totalement la vision de celui qui y figure et par cette référence aux "suicidés" autrichiens des quelques jours précédents l'Anschluss, mais je n'ai jamais été emportée par le style, sans doute trop froid pour moi.
Je ne pense pas relire cet auteur. Pourtant, ça commençait bien avec cette belle phrase:
La littérature permet tout, dit-on. Je pourrais donc les faire tourner à l'infini dans l'escalier de Penrose, jamais ils ne pourraient plus descendre ni monter, ils feraient toujours en même temps l'un et l'autre. Et en réalité, c'est un peu l'effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse...

Publié en avril 2017- 160 pages. Dans le carré final du Prix Goncourt. 
Merci aux élèves du lycée qui participent au Prix Femina des lycéens.  
A conseiller aux amateurs de livres historiques, peut-être. 

mardi 31 octobre 2017

Les petites chaises rouges d'Edna O'Brien

On ne connaît pas les autres. Ils sont une énigme. On ne les connaît pas, surtout ceux avec qui nous sommes les plus intimes, parce que l'habitude nous trouble et l'espoir nous aveugle sur la vérité. 

Fidelma est mariée à un homme bien plus vieux qu'elle, qui l'a sortie de la pauvreté dans laquelle elle était née en tombant amoureux d'elle et en l'épousant. Quand un guérisseur nommé Vladimir Dragan, originaire du Monténégro, s'installe dans son hameau irlandais, elle tombe immédiatement sous son charme. Débute alors une liaison qui finira en tragédie puisque Vlad est vite arrêté pour les monstruosités commises à Sarajevo (je ne dévoile pas la fin en l'écrivant, le lecteur l'apprend très vite). Ce sont les conséquences de cet amour qu'Edna O'Brien dissèque. 
Ouvrir un livre d'Edna O'Brien, c'est retrouver un univers dans lequel il faut accepter d'entrer par immersions successives. Celle qui m'a prêté ce roman, avec qui j'en ai ensuite longuement discuté, utilise un adjectif que je lui emprunte de plus en plus souvent: "clivant". On peut dire qu'Edna O'Brien est une auteure clivante, comme l'ont prouvé les avis divergents du jury du Prix des lectrices de Elle qui m'avait permis de la découvrir. Elle procède par circonvolutions pour construire son récit, tournant autour du point où elle souhaite nous mener, nous perdant parfois en route. Mais j'aime me perdre entre ses lignes. Lors de notre debriefing, nous avons remarqué que chacune de nous avait oublié des passages du livre, tant il est difficile de se concentrer sur tout. Et peu importe. Ce roman traite du sentiment de culpabilité lié au fait d'aimer un monstre, d'avoir manqué de lucidité dans le choix amoureux et sur la difficulté de s'en remettre. Certaines scènes sont très fortes, comme si elles étaient les points vers lesquels tous ces détours devaient nous mener. Et puis, lire Edna O'Brien, c'est n'avoir aucun doute quant au fait que nous lisons bien un objet littéraire. A 85 ans, l'auteure n'a rien perdu de son talent.

Traduit de l'anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, éd. Sabine Wespieser, 376 p. Publié en septembre 2016. 

Merci à Celle qui m'a prêté ce roman (je sens que ce billet marque le début d'une belle histoire d'échanges littéraires) et qui m'a donné envie de ressortir ma machine à coudre qui n'avait pas encore servi en 2017. Merci aussi pour les échanges qui ont suivi la lecture et pour m'avoir signalé que ce roman s'inspirait de Radovan Karadzic, le "monstre" de Sarajevo.  
A déconseiller aux femmes enceintes, à cause de la scène qui est  pour moi la plus marquante du roman. 


dimanche 29 octobre 2017

Mes films du mois: Detroit de Kathryn Bigelow, Knock de Lorraine Lévy et The Square de Ruben Östlund

Le film du mois: L'été 1967 nous prouve que l'action pour l'égalité des races aux USA ne fut pas seulement pacifique dans le camp des partisans de l'égalité. Detroit est à feu et à sang, les arrestations de noirs se multiplient et certains quartiers de la ville ne sont plus qu'un champ de ruines. Une nuit, des coups de feu semblent provenir de l'Algiers Motel. La police locale et la garde nationale s'y rendent sur le champ, pour tenter de trouver l'auteur des coups de feu. Mais la police va très vite perdre les pédales.
Le film commence par un drôle de générique qui fait craindre le pire. Le tout début du film aussi, d'ailleurs qui semble papillonner sur plusieurs personnages sans parvenir à se poser. Mais une fois l'entrée de la police dans la maison, la tension est à son comble et vaut bien un très bon thriller, si ce n'est qu'ici, nous entrons dans une histoire vraie. Confronté à la folie d'hommes qui ont une arme et le pouvoir entre les mains, il faut une bonne dose de chance pour survivre. Je me serais personnellement passée de la partie qui se déroule à la fin, au tribunal, puisqu'on ne peut pas dire qu'il ait beaucoup de suspense concernant le verdict. Les grandes ados de l'une de mes amies l'ont adoré. Je n'irai peut-être pas jusque là, mais c'est un très bon film. Je suis en désaccord total avec certains critiques de La Dispute, une émission que pourtant j'aime beaucoup, sur le fait qu'on ne peut pas faire un film d'horreur avec ce thème. 

Sortie: le 11 octobre 2017- Avec John BoyegaWill PoulterAlgee Smith...

    

Le film le plus décrié du mois: tout le monde ou presque connaît le Knock de Jules Romain. J'en ai un souvenir de primaire, je crois que c'est la première fois qu'on m'a demandé de jouer une scène de théâtre. Peut-être est-ce pour cela que je suis attachée à cette pièce. Si Knock aura sans doute toujours la tête de Louis Jouvet pour moi et non celle d'Omar Sy, j'ai apprécié cette adaptation très libre de la pièce. Très libre parce qu'elle rend Knock humain et aimable, en trouvant des excuses à son attitude. Je trouve les critiques vraiment très dures avec ce film, qui n'est certes pas un chef d'oeuvre (la pièce ne l'est pas non plus) mais que j'ai pris plaisir à regarder et qui n'est pas non plus tout rose. On rit, on est ému et j'ai aimé le parti pris de la réalisatrice de ne pas mentionner la couleur de peau de Knock et de ne pas en faire un problème. Toutes celles qui m'ont accompagnée ont vraiment apprécié ce film. 

Sortie: le 18 octobre 2017- avec Omar Sy, Alex Lutz, Ana Girardot...Une mention spéciale à Sabine Azéma que j'ai trouvée drôle. 

                                      

Le film supposé intello de la semaine: palme d'or à Cannes (je ne peux pas lui pardonner de l'avoir obtenue face à 120 battements par minute), ce film suédois raconte comment Christian, conservateur de musée, se voit confronté à un paradoxe. Lui qui accueille dans son musée d'art contemporain de Stockholm une oeuvre symbolisant la tolérance, nommé The Square, il oublie toutes les règles de décence quand il se fait voler son portable, après avoir cru secourir une passante. Je ne peux pas dire que j'ai passé un mauvais moment à regarder ce film. Il y a des longueurs mais aussi deux scènes à mon avis très fortes, celle du préservatif (ah les hommes et leur sacro-sainte semence!) et celle du "sauvage" dans le dîner. En sortant, nous avons beaucoup discuté du film, de l'interprétation. Et puis, le soir, je me suis dit: "Tout ça pour ça?". Parce qu'il faut bien avouer que nous montrer nos contradictions entre le politiquement correct que nous préconisons tous et nos actions, ce n'est pas nouveau. Le monde de l'art est bien écorché (et dans nos sociétés qui coupent de manière drastique les subventions à l'art, je me demande si ça ne devient pas de la politique), les médias aussi et personne n'est totalement sympathique dans le film, même pas les enfants. Reste que ce film déclenche des discussions, ce qui est toujours positif et que les acteurs, Claes Bang, Elizabeth Moss, Terry Notary (qui joue généralement costumé en primate ou hobbit) et surtout  Dominic West (quel charisme quand-même, même en pyjama!) sont très bons. 

Sortie: le 18 octobre 2017- 2h 22. 

                                  

Merci à mes partenaires de cinéma du mois: Marjorie, Anita et Nathalie. 
A venir le mois prochain: Au Revoir là-haut. 
                                       

jeudi 26 octobre 2017

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand

Stradi naît avec un violon dans la tête. Cela fait de lui un petit garçon différent, qui sait communiquer avec les oiseaux, ce que ses parents voient d'un mauvais œil mais qui doit aussi affronter des moments douloureux quand l'infirmière vient chez lui. Un jour, un nouveau arrive à l'école avec sa propre différence. Il s'appelle Max, il boîte mais surtout, il adore la musique. Une amitié commence.

Gilles Marchand aborde le thème de la différence avec une certaine forme de poésie et de délicatesse mais il faut accepter de se laisser porter par cette histoire et par le style. Ce n'est pas que j'ai quoique ce soit à reprocher à la plume de Gilles Marchand. Moi qui regrette parfois l'absence de style, là, il est bel et bien présent mais je n'ai pas réussi à entrer dans cette histoire, ni à être touchée. Je n'ai d'ailleurs pas réussi à le finir. 

Eirenamg et Alex ont beaucoup aimé mais A girl from the earth est moins enthousiaste. 

Publié en août 2017 aux éditons des forges du Vulcain. 350 pages. 

Merci aux matchs de la rentrée de Price Minister#MRL17
A conseiller aux amoureux des longues fables. 

mardi 24 octobre 2017

Niels d'Alexis Ragougneau

Ce que j'admire, moi, vois-tu, ce que j'admire chez toi, c'est que tu es dans la vie. Moi je reste à la périphérie, je n'arrive jamais à franchir le dernier cercle. 

Niels Rassmussen est au Danemark, prêt à devenir père pour la première fois quand il apprend que son ami Jean-François, dramaturge comme lui, va très bientôt être jugé pour des actes de collaboration. Il ne réfléchit pas à deux fois et quitte une femme enceinte jusqu'au cou et une bonne place pour les années à venir (c'est le moment où il faut savoir se placer) pour comprendre ce qui s'est passé.

J'aime beaucoup ce qu'écrit Alexis Ragougneau. Ses polars, surtout le dernier, Évangile pour un gueux, sont finement travaillés et ne sont d'ailleurs pas tant des polars que des livres noirs. J'étais donc contente de retrouver ce titre dans la première et le deuxième liste du Prix Goncourt et j'ai aimé les cent premières pages. Mais je n'ai pas retrouvé ici la finesse de la plume et je me suis vite ennuyée. Pourtant, le thème de la collaboration dans l'art est original, en tout cas, il l'est pour moi, qui ai peu, voire pas du tout, lu des romans traitant de ce thème. Certaines scènes sont fortes et réussies, comme celle où les héros de guerre et les travailleurs du STO descendent du train. Alexis Ragougneau a tenté de jouer avec la forme du texte, insérant des chapitres en forme de scène de théâtre, comme d'autres l'ont fait avant lui, avec, à mon avis, peu de réussite. Je n'ai pas été enthousiasmée par cette tentative sauf pour un chapitre. Oublions le manque de crédibilité de la situation, cet homme qui quitte sa femme sans lui expliquer de vive voix pourquoi il part et sans lui dire qu'il reviendra; même sans ce détail, l'ensemble reste pour moi poussif. Alors, certes, le thème est à la mode (a-t'on comptabilisé le nombre de romans se déroulant pendant ou juste après la seconde guerre mondiale? J'ai l'impression qu'on a battu un record cette année) et il est traité d'un point de vue original mais ça ne m'a pas suffi, d'autant que certains dialogues m'ont semblé sonner faux. Et puis, j'ai du mal avec ces romans qui mine de rien, égratignent ceux qui ont vécu ce moment comme Ragougneau le fait avec Sartre. Je relirai malgré tout Alexis Ragougneau, c'est une certitude, je n'oublie pas qu'il a su m'enchanter. Malheureusement pour ce roman, ce n'est pas sa couverture qui aidera à faire grimper ses ventes (oui, ça peut paraître idiot, mais il y a des gens suffisamment superficiels pour aimer les belles couvertures), ni d'ailleurs les quelques fautes de frappe.

Publié le 31 août 2017. 355 pages.

Merci à Marjorie pour ce cadeau d'anniversaire.
A conseiller à ceux qui aiment les livres se déroulant dans le milieu de théâtre.


dimanche 22 octobre 2017

Haiku time avec mes 1ère L

Ils sont chouettes mes élèves, cette année, vraiment très chouettes. Alors, mes cours sont chouettes aussi, ça fait effet boule de neige. Il y a des années comme ça, où on sent qu'il se passe quelque chose, que le lien se tisse. Le mois dernier, un cours nous a particulièrement plu, à eux comme à moi. Tellement, que j'ai envie de vous en parler et que j'en ai gardé des traces dans ma salle de classe. 
La consigne : écrire trois haikus, le premier à partir de l'un de mes tableaux préférés (notre thème était le lien entre la poésie et la peinture), le second à partir d'un mot de l'autre strophe et le troisième en partant du dernier vers. A chaque strophe, ils devaient passer le poème au voisin de droite. Ces poèmes à trois mains ont souvent une unicité étonnante. Je voulais en partager un avec vous, et surtout, sans doute, garder une trace de ce moment de grâce. Un moment digne d'entrer dans mon carnet à bonheurs (un bonheur par jour, pour se rappeler que la vie est belle). 



Behind the woman
The flowers are opening
And they are white.

White like her skin
She has her eyes closed
Ahd she left her life.

And she left her life
Scared up from head to toe-
Her heart was of glass    (Léa- Cassandra- Yohann)


(J'ai respecté leur ponctuation qui avait fait partie du travail préalable)

Merci au Festival Terres de Paroles et à Eduardo Berti (je me suis inspirée d'un très beau moment de partage de ce festival). Merci à ma 1ère L. 

jeudi 19 octobre 2017

Par le vent pleuré de Ron Rash

Eugène vit dans une petite ville de Floride. Son grand-père y fut le médecin incontournable de toute la ville. Lui cuve désormais sa peine dans une solitude qu'il subit, sa fille ne voulant plus le voir. Lorsque des restes humains sont découverts et vite attribués à Ligeia, cette adolescente qui lui fit découvrir le sexe, l'alcool mais surtout l'amour, il replonge dans son passé et s'interroge sur le rôle qu'a pu jouer son frère Bill, devenu un chirurgien de renom. 
Mon premier contact avec Ron Rash fut raté, j'avais abandonné Serena. Ce roman-ci est vraiment très différent, avec très peu de descriptions de paysages et cela me correspond davantage. Ce n'est pas un roman inoubliable mais c'est un joli roman d'apprentissage, sur la découverte de l'amour dans les bras d'une fille qui cherche surtout à tirer profit du statut d'un jeune garçon et sur les liens fraternels, un thème qui m'intéresse de plus en plus. Il y a une réflexion intéressante sur les conséquences de nos actions et sur le questionnement qui consiste à mettre en balance des vies sauvées par rapport à la confession d'une vérité qui ne changera plus rien pour la victime, sur le succès et l'échec des vies aussi. Les deux frères sont bien croqués, ils forment un binôme opposé et pourtant intimement lié qui tient le roman de bout en bout. 

Eimelle et Kathel l'ont aimé, Attila l'a adoré. 

Publié chez Seuil le 17 août 2017. 198 pages. 

A conseiller aux amateurs de romans d'apprentissage ou fraternels.
Merci à Babelio

mardi 17 octobre 2017

L'art de perdre d'Alice Zeniter

Ce qui est écrit nous est étranger et le bonheur nous tombe dessus ou nous fuit sans que l'on sache comment ni pourquoi, on ne saura jamais, autant chercher les racines du brouillard. 

Ali vit très bien dans son Algérie natale. L'exploitation qu'il possède avec ses frères a considérablement grandi, les mettant à l'abri du besoin. Il n'y a aucune raison pour que cette situation change sauf que nous sommes au début des années soixante et qu'Ali va devenir un harki et connaître les camps de transit français, avant de tenter de trouver sa place dans une France qui ne veut ni de lui, ni de sa famille. Deux générations plus tard, sa petite-fille Naïma part sur les traces de ses origines, elle qui ne se sent pas algérienne pour deux sous. 

J'aime beaucoup ce qui se dégage d'Alice Zeniter, son charisme, son intelligence. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu lire ce roman, même si j'avais été déçue par le précédent et que Sombre Dimanche ne m'avait convaincue que dans sa première moitié. Je comprends que le thème de celui-ci soulève l'enthousiasme général, les romans sur les harkis et leurs descendants n'étant sans doute pas légion mais j'avoue ne pas avoir appris grand chose, ce qui ne serait pas un problème pour moi si la plume m'avait emportée. Ce ne fut pas le cas. Ce ne fut pas une lecture déplaisante mais j'en attendais sans doute trop, au vu de sa présence dans un grand nombre de listes de prix. Par contre, je suis ravie qu'il figure sur la liste du Goncourt parce que cela signifie qu'un certain nombre de lycéens vont le lire et découvrir l'histoire des harkis. J'ai malgré tout beaucoup aimé la fin, lorsque Naïma se rend en Algérie.
On a affirmé à ces hommes, enrôlés de force, complices parfois sans le savoir d'une guerre qui ne disait pas son nom, qu'ils étaient français. Depuis, ils ont perdu l'Algérie. Et on leur demande maintenant s'ils ne veulent pas - par hasard- renoncer à la France. Ils ne voient pas ce que ça leur laisserait. Tout le monde a besoin d'un pays. 
Une phrase de ce roman m'a fait bondir tant je suis en désaccord avec l'idée:
Les gens que l'on prend pour des salauds, souvent, sont des timides qui n'osent pas demander qu'on recommence à zéro. 

Un grand merci à Marjorie pour ce cadeau et pour la journée qui vînt avec. 
A conseiller à ceux qui aiment les sagas familiales. 
Prix Le Monde 2017. Flammarion- 510 pages- Sortie: août 2017

dimanche 15 octobre 2017

Relecture et transmission

Nous lisons toutes et tous tant de livres que nous relisons peu, enfin je le suppose pour vous; pour moi, c'est un fait. A force d'enchaîner des romans de cette rentrée qui ne me plaisaient pas (et dont les chroniques suivront ce billet), j'ai eu envie de revenir aux valeurs sûres et de relire un coup de cœur. Mon envie s'est portée sur Amours, lu (ou plutôt écouté) il y a un peu plus de deux ans, parce que j'avais envie de transmettre à mon tour cette histoire qui m'avait été transmise et que je voulais vérifier ce que la lectrice à qui j'allais le confier pourrait bien y lire. C'était la première fois, je m'en rends compte en écrivant ces lignes, que je lisais un livre après l'avoir découvert oralement. Je me demande si ma lecture ne m'a pas davantage émue, pas émue aux larmes, mais émue devant la beauté du texte et de l'histoire. Ce fut donc une relecture qui m'a fait aimer encore davantage ce roman et je le referme avec l'espoir que la lectrice à qui je le transmets l'aime autant que moi. Il est des livres, pas tous, mais certains, qu'on transmet et d'autres qu'on prête; pour moi, il y a une nuance. 
Je ne relis donc presque jamais, sauf quand je reçois un livre audio d'un roman que j'ai lu en version papier et là, il est plus fréquent que je sois plus enthousiaste sur la version audio que l'inverse. Ce fut le cas pour mon écoute de Gatsby, d'Au revoir là-haut, pourtant déjà beaucoup appréciés en version papier et de Certains n'avaient jamais vu la mer, que j'avais beaucoup moins aimé en version papier. Il y a aussi ces livres que j'ai adorés ado, Les Mémoires d'Hadrien et La nuit des temps, relus adultes et dont la relecture m'ont causé une immense déception, on ne devrait peut-être jamais relire nos coups de cœur d'adolescents. Et puis, il y a le roman que j'ai le plus relu et qui ne me déçoit jamais, La Peste
Cette parenthèse de relecture m'a donné envie de le faire plus souvent.  Et vous, relisez-vous et transmettez-vous?

Et sinon, rien à voir, mais la Terre tourne quand-même à l'envers en ce moment. Nous sommes en rupture de stock de beurre dans l'Eure (merci à mon invitée du jour pour l'info- visiblement, c'est en Bretagne que ça a commencé) et aujourd'hui, j'étrenne la robe d'été achetée sur un coup de tête mi-septembre et que je ne comptais pas mettre avant le printemps prochain. 

jeudi 12 octobre 2017

Point Cardinal de Léonor de Récondo

Sur un parking, Mathilda se démaquille avec précaution. Dans quelques instants, elle va redevenir Laurent, lui rendre sa place pour qu'il regagne sa famille: sa femme Solange et ses enfants, Thomas et Claire. Mais Mathilda prend de plus en plus de place. Quand Solange part un week-end entier accompagné des enfants, Mathilda prend pour la première fois ses aises dans la maison familiale. A son retour, Solange découvre une épingle et un cheveu blond sous le lit conjugal. Laurent peut enfin s'alléger de son secret. 

Après mon coup de cœur pour Amours (que je viens de relire), j'avais évidemment envie de lire ce roman-ci même si, au début, le thème ultra à la mode de la transsexualité m'a un peu rebutée. Ce roman n'a pas la force du premier, ni d'ailleurs son écriture un peu à l'ancienne, comme il seyait à l'ambiance de ce précédent roman. Mais c'est un joli roman. On suit pas à pas la transformation de ce père de famille en femme, ainsi que les réactions de ses collègues, de ses supérieurs et surtout bien sûr, de sa famille. Pas de surprise, ce sont les femmes qui réagissent le mieux. Ce qui est surprenant et intéressant aussi, même si j'aurais aimé que ce soit davantage développé, c'est le chemin que va alors suivre Solange. Au final, Laurent ne sera évidemment pas le seul à évoluer. Léonor de Récondo évite l'écueil d'en faire trop. J'ai trouvé qu'elle n'en faisait pas tout à fait assez, même si certains (rares) passages sont touchants. 
Jostein est dubitative (et m'a donné envie de voir Lawrence anyways de Dolan). Pour Leiloona, c'est un hymne au courage. C'est un coup de cœur pour Laeti. Corentine n'est pas très enthousiaste. 

Ed. Sabine Wespieser, 232 p., 20 € (en librairies le 24 août).

Merci à Laure pour ce cadeau d'anniversaire surprise.
A conseiller à tous ceux qui aiment les romans prônant la tolérance. 

mardi 10 octobre 2017

Danser d'Astrid Eliard


Quand j'étais au collège, je regardais les autres ne pas me regarder.

Chine, Delphine et Stéphane entrent cette année-là à l'école de danse de Paris-Nanterre. Ils veulent devenir danseurs étoiles et quittent donc leur cocon familial et leurs amis pour se découvrir une nouvelle famille. Ils tissent des liens entre eux mais aussi avec leurs enseignants et l'infirmière pendant que se détendent ceux avec leurs anciens camarades de classe dans lesquels ils ne se reconnaissent plus du tout. 

J'avais entendu Astrid Eliard parler de ce roman lors du festival Epoques de Caen et j'avais beaucoup aimé sa manière de parler de la danse, qu'elle a, et ça se sent, pratiqué. Le hasard m'a d'ailleurs fait la recroiser un peu plus tard sur un marché de province. J'ai pris un vrai plaisir à passer un peu de temps en compagnie de ces trois ados. Je retrouvais mes lycéens au moment où je le lisais et j'étais tellement contente de les retrouver après mon année de congé de formation que de suivre des ados de l'intérieur correspondait parfaitement à mon humeur du moment. J'ai sans doute plus vu ce roman comme une chronique de l'adolescence que comme un roman sur des danseurs, même si ces ados sont en marge des autres, avec leurs caractères et leurs physiques différents. Je les ai trouvés attachants, comme je trouve souvent les ados que j'ai devant moi attachants. Astrid Eliard les croque avec une tendresse qui me plait. Je regrette que ce roman n'ait pas été davantage remarqué à sa sortie et je vais le conseiller à mon élève dont le rêve est de devenir danseur. 


Publié en février 2016 au Mercure de France et en mai 2017 en Folio. Nadège et Alex ont aimé. 

Merci à mon CDI qui venait de recevoir ce roman. 
A conseiller à ceux qui aiment l'univers adolescent et bien sûr, à ceux qui ont rêvé de devenir danseuse (j'ai personnellement abandonné mon tutu au bout de quelques mois). 

dimanche 8 octobre 2017

Mon spectacle du mois: La perruche d'Audrey Schebat (théâtre)

A l'occasion de cette rentrée, je m'étais promis de me faire un spectacle par mois et ça tombe bien car plusieurs amies, sans se concerter, ont décidé de m'offrir des places pour des spectacles très différents. Celui-ci, c'est moi qui l'ai repéré surtout parce qu'il est joué par Arié El Maleh, que j'avais découvert sur scène dans une pièce avec Virginie Ledoyen. Il arrive, comme cette fois-là qu'on choisisse un spectacle pour l'un des deux artistes (Virginie Ledoyen fait partie de ces femmes que j'ai trouvées très belles) mais qu'en fait, ce soit l'autre acteur qui emporte notre adhésion. Ce fut le cas ce soir-là. 
Un couple attend un autre couple d'amis pour le dîner mais David, qui est aussi l'associé de l'hôte, les appelle: ils viennent d'être cambriolés, il ne pourra pas venir. Il leur demande de prévenir Catherine qui devait passer directement chez eux. Mais Catherine ne vient pas et ne rentre pas non plus chez elle. Il devient vite évident qu'elle a quitté David, puisque toutes les affaires soit-disant volées lui appartiennent. C'est le moment que choisit la femme pour régler ses comptes. 
Arié El Maleh et Barbara Shultz, les deux seuls acteurs de la pièce, la portent très bien même si je trouve que Barbara Shultz surjoue parfois un peu. Je n'avais pas revu l'actrice depuis l'un des feuilletons de TF1 que j'ai dû regarder il y a vingt ans et force est de constater qu'elle a bien vieilli. Sous ses dehors de grande comédie vaudevillesque, avec le thème cliché du mari infidèle, les dialogues deviennent plus incisifs dans la deuxième moitié et ont souvent fait mouche sur la divorcée quadra que je suis, quand ils parlent de la place de la femme quadra seule dans la société. C'est donc une réussite. 

Distribution :   Barbara Schulz et Arié Elmaleh
Mise en scène : Audrey Schebat
Salle : Théâtre de Paris – Salle Réjane

Représentation :
  • Du mardi au samedi à 19h
  • matinée le dimanche à 17h
  • Merci à Marjorie qui a, et cela devient une habitude, accepté d'être ma partenaire de théâtre. 
  • A déconseiller aux couples en crise. 
  • Le mois prochain: L'une et l'autre avec La Grande Sophie et Delphine de Vigan 



jeudi 5 octobre 2017

Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin

Mais tandis que l'amour que Just lui portait requérait la présence, elle, au contraire, avait atteint ce degré de certitude où l'on peut conserver le sentiment intact et même le renforcer tout en allant et venant. 

Just et Colombe sont deux jeunes adolescents à qui l'on donne l'espoir de retrouver leur père s'ils embarquent pour le Brésil. Pour cela, il leur faudra prétendre être plus jeune que leur âge et Colombe se travestira en garçon. Là-bas, leurs chemins vont se séparer. Quand Just embrassera la cause des catholiques, Colombe se sentira mieux en se débarrassant de ses vêtements et en vivant parmi les autochtones. 

C'est la première fois que je lisais Rufin alors que ça fait des années que je me dis qu'il faut que je découvre sa plume. Si j'ai été embarquée dans cette histoire de colonisation, il m'a justement manqué une plume, ou plutôt un peu d'originalité dans l'écriture. Cette histoire vraie m'aurait sans doute davantage plu sur grand écran, et j'imagine bien les décors grandioses. J'ai aussi eu un peu de mal avec l'histoire d'amour que j'ai trouvé mièvre (alors que le thème qui est lié à cette histoire est sulfureux), avec des passages comme: 
Elle s'écarta légèrement et sa bouche entrouverte s'offrirent aux lèvres de Just qui la saisirent. Toute leur vie, la nuit brésilienne et la peur vaincue s'engloutirent dans cette longue réunion de leurs visages, dans la douceur incomparable de cette intimité de chair qui annule et couronne l'amour en lui donnant non plus deux corps mais un seul. 

Ce que j'ai de très loin préféré, c'est la découverte de la vie avec les indiens par Colombe qui est d'ailleurs mon personnage préféré: 
Les femmes l'initièrent à des rudiments de conversation qui lui furent assez vite familiers. Mais combien plus difficile était la grammaire des corps.

Prix Goncourt 2001. 602 pages en Folio. 

Merci à la cabane à livres de la piscine et à Delphine qui m'avait conseillé ce livre.
A conseiller aux amateurs d'épopées au long cours. 


mardi 3 octobre 2017

Par amour de Valérie Tong Cuong

Emélie et Muguette sont sœurs, toutes deux mariées avec deux enfants, un garçon et une fille, le garçon étant à chaque fois l'aîné. Elles vont vivre l'enfer de la seconde guerre mondiale, un enfer un peu particulier quand on habite au Havre, l'une des villes les plus cruellement touchées par les bombardements alliés. 

Depuis L'atelier des miracles, je ne lisais que du bien de cet auteure et pourtant, je freinais des quatre fers, persuadée que ses romans n'étaient pas pour moi. C'est en faisant fi de ces premières impressions  que j'ai eu deux coups de cœur de rentrée (enfin, pour être honnête, disons plutôt que j'étais vraiment obligée de les lire) donc je me suis dit que ça valait peut-être la peine d'aller contre mon intuition. J'avais envie de l'aimer, ce roman parce que mes copains/ copines de blogs l'avaient souvent adoré et c'est pour eux que je vais essayer de refréner mon agacement. Je n'ai vraiment pas aimé ce roman, sauf sans doute, sa fin. Ça a commencé par la description de l'amour entre Emélie et Joffre que j'ai trouvé niaise. Puis, il y a des situations auxquelles je n'ai pas cru un seul instant dans leur couple; d'ailleurs, je n'ai pas cru à ce couple. J'ai trouvé certains clivages caricaturaux et je n'ai rien ressenti pour les personnages, trop lisses. Et franchement, le pompon, ce fut le personnage d'Emélie. Sa manière d'être toujours agitée par des sentiments contradictoires m'a agacée. J'avoue tout de même avoir versé une petite larme lorsque Emélie et sa fille regardent la télé (je tente d'expliquer à ceux qui l'ont lu ce qui m'a émue sans déflorer l'intrigue) mais je n'ai pas été émue par le reste. Et puis, à part pour la fin, on sent quand-même venir certains retournements de situation à des kilomètres. Moi qui n'ai pas adoré le roman que Valentine Goby a consacré aux tuberculeux, j'ai trouvé qu'elle nous décrivait beaucoup mieux leur quotidien. Malgré tout, ce que j'ai préféré, ce sont les voix de Muguette et surtout de ses enfants. Et la révélation finale de Marline.
J'espère que vous apprécierez, amis blogueurs qui avez aimé, que dis-je, adoré ce roman, l'effort que j'ai fait pour ne pas trop en dire du mal. En plus, je vais avouer que la voix d'Emilie Vidal-Subias passe très bien quand elle lit la partie consacrée à Lucie mais m'a déplu quand elle lit les passages d'Emélie. 
C'est un bijou pour Noukette. Les avis de BénédicteCarolineEimelle, EirenamgLéa Touch Book MeellyMylèneSéverineStephie Virginie et Leiloona (que je sens quand-même un peu moins enthousiaste que les autres). 
Mais dis donc, Mind The Gap, tu n'as pas chroniqué ce roman de ta chouchoute?

Publié en janvier 2017 chez Lattès. 
Date de parution : 05 Juillet 2017 chez Audiolib.

Merci à Audiolib.
A conseiller à tout le monde à part moi visiblement (mais franchement, il y a quand-même un autre lecteur qui n'a pas aimé, non?).




dimanche 1 octobre 2017

Mes films de septembre: Seven sisters / Otez-moi d'un doute

De ce mois de septembre, je retiens surtout Seven Sisters de Tommy Wirkola. Nous sommes en 2073 et la politique de restriction des naissances n'autorise qu'un enfant par famille. Quand Terrence Settman découvre que sa fille, morte en couches et avec qui il était fâché, laisse sept bébés à sa charge, il lui faut être ingénieux pour les préserver toutes. Lorsque vient le moment d'aller à l'école, il leur apprend qu'elles sortiront toutes un jour par semaine, sous couvert de la même identité, Karen Settman. Devenues adultes, Lundi disparaît et c'est toute une machine bien huilée qui se bloque. 
Je me suis complètement laissée prendre par l'univers de ce film et tous ceux autour de moi qui l'ont vu l'ont aussi beaucoup aimé. Les acteurs sont tous excellents, de Glenn Close à William Defoe (dont je suis pourtant loin d'être une fervente admiratrice), les performances des deux actrices qui jouent les sept sœurs sont assez époustouflantes, que ce soit Noomi Rapace qui la joue adulte (mais depuis qu'elle a interprété Lizbeth Salander, on connait son talent) ou Clara Read qui la joue enfant. Une bonne surprise pour moi donc. 
Sortie: 30 août 2017



Je ne serais pas allée voir Ôtez-moi d'un doute  de Carine Tardieu si une amie ne m'en avait pas dit du bien. Erwan est démineur en Bretagne. Veuf, il vit avec sa fille qui attend un enfant d'un homme dont elle prétend avoir été trop ivre pour se souvenir de son identité. En voulant vérifier si sa fille n'est pas porteuse d'une maladie présente dans la famille de son père,  Erwan apprend par un test ADN que celui qui l'a élevé n'est pas son père biologique. S'ensuit donc deux histoires tissées sur le même thème. J'ai passé un moment agréable avec ce film, François Damiens sait rendre ces personnages de pères attachants, il nous l'avait déjà prouvé avec Les Cowboys. Et je crois que je suis en train de me réconcilier avec Cécile de France, que je n'aimais pas mais qui ne me déçoit plus depuis La belle saison (que j'ai d'ailleurs envie de revoir). Il ne faut pas attendre trop de cette comédie très prévisible mais on y rit et on y pleure. J'ai particulièrement apprécié la jeune Alice de Lencquestaing, repéré dans Frantz d'Ozon. 
Sortie: le 6 septembre 2017. 

                                           
Merci à mon inlassable compagne de cinéma du dimanche. 
Au programme du mois prochain: Detroit et Knock (c'est le programme minimum, celui pour lequel j'ai déjà mes places)




jeudi 28 septembre 2017

Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet


Le scrabble frustre comme la vie : je pourrais faire un mot sublime là tout de suite, mais il manque toujours une lettre, un endroit où le placer. On voudrait les thésauriser, les garder au chaud pour abattre les cartes d'un seul coup, plier le jeu, ranger ses gaules et aller se coucher avec le mot de la fin. Mais on est obligé de jouer à chaque tour. Jusqu'à ce qu'un autre mot sur le plateau offre une perspective inédite, salvatrice. Il y a des gens compte double, des après-midis compte triple, des journées Y (dix points)...

Le narrateur apprend que des oiseaux sont tombés morts dans divers endroits normands. Il trouve étrange que l'événement soit très peu mentionné dans les média. Il décide d'entreprendre une croisière sur la Seine (oui, je sais, ça fait rêver) en direction de sa Normandie natale. 

Ce "river trip" normand, comme le qualifie l'éditeur, est un voyage vers la réconciliation avec le passé et avec le père; c'est donc à la fois un prétexte à de très beaux passages sur les relations familiales et à des anecdotes concernant les animaux puisqu'il est aussi question d'un homonyme de l'auteur, fondateur du Museum d'histoire naturelle dans le roman mais dont je ne trouve pas trace sur internet. J'ai aimé retrouver des lieux de ma région mais par dessous tout, ce roman regorge de phrases et de scènes qui m'ont parlé, notamment la très belle page sur les disputes parentales dans la voiture. C'est ce que j'en retiendrai. 

Un bègue,tu vois, c'est un cimetière immense de phrases. Certaines, parfois, après un effort insurmontable, se relèvent malgré tout, comme des morts-vivants ...

N'étant plus le fils de personne, je me sauverais enfin de la culpabilité. 

Publié le 7 septembre 2017 chez Finitudes. 192 pages. 

Merci à l'agence Anne et Arnaud et aux éditions Finitude.
A conseiller aux amoureux de belles phrases. 

mardi 26 septembre 2017

Les terres dévastées d'Emiliano Monge

Ils sont une cinquantaine à vouloir traverser la frontière pour vivre leur rêve américain cette nuit-là. Une cinquantaine d'hommes, de femmes et d'enfants stoppés net parce qu'ils n'ont pas choisi les bons passeurs. Les projecteurs s'allument et les voilà prisonniers, de la simple marchandise pour Epitafio et Estela, les amants diaboliques. 

Il est très difficile de s'attacher à qui que ce soit dans ce roman et sur un tel thème, il me semble que c'est bien dommage. Sans avoir recours au pathos, il faut laisser la place à de l'empathie. Or, le chœur des migrants est réduit à une voix sans nom, ou presque; on sent que c'est un choix mais cela m'a laissée trop à distance du texte pour que je l'apprécie. Emiliano Monge use, sciemment, de nombreuses répétitions et nomme de nombreux protagonistes par une structure qui commence dans ce style:  dit cellequi aime..., tout écrit en attaché. Ces effets de style finissent par être pesants et par gâcher l'intérêt que cette histoire aurait pu avoir. C'est donc pour moi une vraie déception car le thème m'attirait beaucoup. 

Publié chez Philippe Rey. Traduit du mexicain par Juliette Barbara. 345 pages. Krol est plus enthousiaste. Jostein ne l'a pas aimé non plus. 

Merci au club des  explolecteurs de Lecteurs.com.
Je ne le conseille à personne. 

Le ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Dumas

... leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur définition devenue unique mais innommable faute d'...