mardi 26 septembre 2017

Les terres dévastées d'Emiliano Monge

Ils sont une cinquantaine à vouloir traverser la frontière pour vivre leur rêve américain cette nuit-là. Une cinquantaine d'hommes, de femmes et d'enfants stoppés net parce qu'ils n'ont pas choisi les bons passeurs. Les projecteurs s'allument et les voilà prisonniers, de la simple marchandise pour Epitafio et Estela, les amants diaboliques. 

Il est très difficile de s'attacher à qui que ce soit dans ce roman et sur un tel thème, il me semble que c'est bien dommage. Sans avoir recours au pathos, il faut laisser la place à de l'empathie. Or, le chœur des migrants est réduit à une voix sans nom, ou presque; on sent que c'est un choix mais cela m'a laissée trop à distance du texte pour que je l'apprécie. Emiliano Monge use, sciemment, de nombreuses répétitions et nomme de nombreux protagonistes par une structure qui commence dans ce style:  dit cellequi aime..., tout écrit en attaché. Ces effets de style finissent par être pesants et par gâcher l'intérêt que cette histoire aurait pu avoir. C'est donc pour moi une vraie déception car le thème m'attirait beaucoup. 

Publié chez Philippe Rey. Traduit du mexicain par Juliette Barbara. 345 pages. Krol est plus enthousiaste. Jostein ne l'a pas aimé non plus. 

Merci au club des  explolecteurs de Lecteurs.com.
Je ne le conseille à personne. 

dimanche 24 septembre 2017

Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh/ La vie d'Adéle d' Abdellatif Kechiche

J'ai lu Le bleu est une couleur chaude à sa sortie. J'ai attendu que ma fille me parle de La vie d'Adèle, en début de mois, pour le regarder et j'ai ressenti le besoin de débriefer ce film avec elle, tout comme j'ai besoin de partager avec vous mon ressenti. Parce que Le bleu est une couleur chaude est ma BD préférée, je n'avais pas voulu voir son adaptation. En fait, pour moi, la trame est la même mais le propos si différent que je n'ai pas à choisir entre l'original et son adaptation libre. C'est étonnant d'ailleurs, comment l'histoire peut être si proche alors que le propos ne l'est pas. 

****attention nombreux spoilers****
Si j'adore la BD, c'est parce qu'elle a la simplicité et la violence de la passion amoureuse, c'est aussi parce qu'elle me raconte une histoire d'amour entre deux femmes, ce qui, en BD grand public, n'est pas si fréquent. Le dessin est simple, peut-être même simpliste et la fin trop mélo, c'est mon seul vrai bémol. Mais cette histoire et les dessins me touchent profondément. 
Le film, lui, raconte d'abord une histoire d'amour déséquilibrée. Bien sûr, il y a ces scènes de sexe, techniques et sans aucune sensualité, dont on sait maintenant qu'elles ont été tournées dans des conditions extrêmement difficiles pour les actrices. Ce n'est pas ce que je retiens de ce film. Je retiens l'histoire d'un couple mal assorti, l'une étant issue d'un milieu dans lequel on mange des crustacés, l'autre d'un milieu dans lequel le père est le roi des spaghetti bolognèse. Je retiens que dès le début, Emma invite son amoureuse chez ses parents et oublie de les prévenir que celle-ci ne mange pas de crustacés, la mettant alors dans une situation délicate. Je retiens que cette fille qui joue la rebelle avec ces cheveux bleus fait des études d'art et que c'est alors plutôt la conformité qui serait une forme de rébellion, qu'à la fin, tout montre qu'elle a oublié ses valeurs, se vendant pour son art tandis qu'elle abandonne sa soit-disant passion pour un amour sclérosé. J'en retiens que certes, Adèle a fait une erreur (et c'est bien tout le propos du film, l’existentialisme de Sartre, nous sommes responsables de notre vie) mais que tout prouve que c'est Emma qui faute la première, non dans les actes mais en esprit. J'en retiens qu'Adèle aime une Emma qui aurait fini par avoir honte d'une Adèle qui n'est pas de son monde :  elle ne comprend pas qu'elle se contente de son métier d'instit qu'elle fait très bien (j'ai beaucoup aimé les scènes qui se déroulent à l'école). J'en retiens la scène de retrouvailles des deux femmes, pour moi la plus forte du film, presque insoutenable, ces mains qu'on ne peut s'empêcher de toucher, et ce que s'inflige Adèle à vouloir vivre un moment qui ne peut que la briser parce qu'elle ne s'y est pas préparée. Tout est suggéré pour contredire l'idée qu'Adèle a mérité ce qui lui arrive. Techniquement parlant, elle a commis l'erreur, peu importe qu'on l'y ait poussé. Mais à la fin du film, celle qui inspire la pitié est celle qui s'est trahie. On sent néanmoins que c'est grâce à ces retrouvailles qu'Adèle va pouvoir avancer, en cessant d'idéaliser une femme qui ne le mérite pas/plus. Il est très intéressant de voir l'interprétation que chacun a de la fin, selon ses préférences sexuelles (on pourrait presque dire: "Donne-moi ton interprétation et je te dirai qui tu es"). 
Ce film est malgré tout une histoire d'amour, celle d'Emma qui trouve en Adèle une muse dont elle va se défaire quand elle aura rempli sa fonction. C'est aussi celle d'une passion, celle d'Adèle qui vit sa première histoire d'amour féminine, avec les bouleversements et la force qu'une telle histoire impliquent. Chacune y trouve son compte au final, même si les enjeux ne sont pas les mêmes des deux côtés et cela fait de ce film, pour moi, le contraire du formidable 120 battements pas minute, qui présente une sublime histoire d'amour que rien, même la maladie, ne peut déséquilibrer. J'ai adoré la performance d'Adèle Exarchopoulos. Elle incarne magnifiquement la passion et la fragilité qui en découle. 
                                                                       
double coup de 

Le Bleu est une couleur chaude: Prix du public à Angoulême en 2011.
La vie d'Adèle: Grand Prix du festival de Cannes 2013. 

Merci à tous ceux - et ils sont nombreux, homme et femmes- qui ont accepté de débriefer avec moi . 
A conseiller aux nombreuses petites et grandes sœurs d'Adèle. 

jeudi 21 septembre 2017

Sur l'écriture de Charles Bukowski

Je considère la lettre en elle-même comme une forme à part entière, aussi importante que la forme du poème, elle a une faculté à dire ce que la forme poétique ne peut pas, et ça marche aussi dans l'autre sens. 

Alors, me direz-vous, qu'ai-je pensé de ma première rencontre avec l'écrivain à la réputation sulfureuse (à côté de lui, Gainsbourg donne l'apparence d'un homme très propre sur lui)? J'ai d'abord aimé son humour pince sans rire (parce que, rassure-moi, Jérôme, c'est de l'humour?):
Je vis depuis cinq ans avec une femme de dix ans plus âgée. Mais je me suis habituée à elle et suis trop fatigué pour en chercher une autre ou la quitter. 
Mais j'avoue que la phrase qui précise qu'il connait des femmes dont le fantasme est de se faire violer, je l'ai moyennement appréciée.  Je n'ai pas toujours su s'il pensait ce qu'il disait des autres auteurs mais j'ai parfois trouvé ça drôle (mais je crois qu'il le pense), sauf bien sûr quand il dit du mal de Shakespeare :
Faulkner très souvent c'est de la merde, enfin de la merde intelligente, bien sapée, et quand il sera mort ils auront du mal à lui cirer les pompes parce qu'ils le comprennent pas tout à fait, et ne le comprenant pas, les parties lourdes et ennuyeuses, la quantité d'italiques, ils mettront ça sur le compte du génie. 
Lui, par contre, ce n'est pas toujours la modestie qui l'étouffe:
Women est mon meilleur livre. Il va générer une belle quantité de haine, des tas de réactions, comme l'a toujours fait n'importe quelle excellente oeuvre d'art. 
Mais on sent que l'écriture est ce qui le maintient en vie, et c'est terriblement touchant:
Sans ce recueil, je serais probablement mort suicidé ou en train de gober des pilules dans l'institut psychiatrique le plus proche. 
Si je n'ai pas trouvé Bukowski très sympathique (j'ai comme l'impression que passer une soirée en sa compagnie m'aurait été insupportable, et ça tombe bien parce qu'il semble avoir été très solitaire), j'ai trouvé que cette correspondance se lisait comme un roman qui s'étend sur une quarantaine d'années.
Allons voir ce qu'en a pensé le lecteur assidu de Bukowski.

 Au Diable Vauvert.
338 pages, 20€, parution le 14 septembre.

Merci à Jérôme qui a accepté de m'accompagner dans cette lecture commune que je ne pouvais faire qu'avec lui. 
A conseiller à ceux qui veulent découvrir l'auteur sans prendre trop de risques et aux amoureux de cet art  qu'est la correspondance (dont je fais partie). 


mardi 19 septembre 2017

La chambre des époux d'Eric Reinhardt

C'est ainsi qu'ils avaient toujours entendu leur couple et c'est ainsi qu'à mon avis, on peut entendre l'amour, comme une alliance, une équipée, une agrégation de désirs et d'ambitions, d'énergie et de puissance, pour faire front ensemble contre tout ce que la vie peut nous opposer de dur et d'escarpé, d'intimidant, mais aussi pour jouir ensemble des douceurs du chemin. 

Notre narrateur nous embarque dans un récit qu'il est difficile de résumer. Disons, pour faire court, qu'il revient à la fois sur le cancer de sa femme Mathilde et la période de rémission et sur sa rencontre avec une miraculée à qui on avait prédit une mort à court terme. Eric (auteur de Cendrillon et de L'amour des forêts, difficile de ne pas comprendre très vite que nous sommes dans de l'autofiction) fait un transfert et éprouve un désir fou pour cette femme qu'il côtoie le temps d'une soirée. A cela se mêle le roman que l'auteur/narrateur aurait pu inventer à partir de ce désir, en le romançant. Or, s'il nous raconte l'histoire de ce roman, il n'écrit pas le roman. Je vous ai perdu en route? Ça ne m'étonne pas.

C'est le premier roman d'Eric Reinhardt que je lis. J'ai toujours eu envie de découvrir la plume de l'auteur, tout en repoussant le moment, autofiction oblige. Il m'a beaucoup agacé, ce roman! Parce que Reinhardt s’apitoie sur son sort quand ce sont les femmes qui ont souffert mais en même temps, je reconnais à ceux qui accompagnent  les malades le droit de parler de cette souffrance, de leurs peurs, même si c'est maladroit. Il m'a agacé aussi par cet aspect de roman non abouti, à dessein mais là encore, j'accorde à l'auteur le droit de jouer avec les formes, je dire "et si j'avais écrit cette histoire". Il m'a agacé et pourtant, parfois, j'ai été touchée. Nicolas, le personnage qu'il invente, a un rapport avec la sexualité de cette femme qu'il rencontre et va aimer très vite mais très fort qui m'a à la fois prouvé qu'il aimait donner du plaisir aux femmes mais aussi, que le centre de ce qui le fait alors "fonctionner" à ce moment-là se situe clairement en dessous de la ceinture. Je n'ai pas été d'accord avec de nombreuses phrases, comme celle que je cite en introduction de ce billet. Bref, ce fut une lecture pleine de sensations paradoxales.  Si vous me demandez si j'ai aimé ce roman, je suppose que je ne dirais pas oui. Mais je ne suis pas certaine de ne pas avoir envie de retrouver l'auteur plus tard.

Sortie: le 17 août 2017 chez Gallimard. C'est un très beau roman pour Papillon.

Merci à Babelio
A conseiller à ceux que ni l'autofiction, ni le mélange des genres ne rebutent. 


dimanche 17 septembre 2017

Humeur du moment: Ca ira par Benjamin Siksou

Alors que la Normandie semble déjà installée dans l'automne et que moi, je sors enfin d'un hiver islandais, c'est cette chanson qui m'accompagne. Il y a comme une légèreté  qui me donne le sourire à chaque fois. 
Il faut dire que ça fait un moment qu'il me plait, Benjamin Siksou que j'ai eu la surprise de recroiser dans La vie d'Adèle. Et il est possible que l'une de mes bonnes fées, qui toujours me gâtent en septembre, me mette son premier album, qui sort le 22, dans mon panier-cadeaux. 

                                          

On peut aussi écouter/regarder, comme je le fais, la version kitsch de cette chanson (le thème est le même), toujours chantée par Benjamin Siksou, dans le film Toi, moi et les autres, à ne regarder que si on aime beaucoup l'un des deux acteurs principaux (et dire que je n'aime pas les chansons de Delpech). 



                                         

Merci à mes quatre bonnes fées du week-end, qui ont toutes exprimé le désir d'en passer une partie en ma compagnie. Merci à celle qui a joué la bonne fée à distance. 




jeudi 14 septembre 2017

Tout sur le zéro de Pierre Bordage

Paul et Blaise sont veufs. Ils ont un autre point commun: ils jouent beaucoup au casino et y vont très régulièrement. Eloïse aussi joue gros. Charlène y vient tous les midis, sur sa pause, mais ne joue qu'une centaine d'euros. Le casino de Château-l'Envieux a d'autres habitués et tout ce petit monde se côtoie sans vraiment se connaître. Jusqu'à ce que...

Pierre Bordage signe ici une roman qui ne ressemble pas à ce qu'il écrit d'habitude et c'est tant mieux pour moi car je ne suis pas une fervente admiratrice de ses dystopies. Ici, Pierre Bordage met en scène des hommes et femmes qui se cherchent et/ou ont beaucoup souffert. Les deux hommes ont aimé leurs femmes et ont du mal à s'imaginer en aimer une autre et les deux femmes sont insatisfaites dans leurs mariages. Le cadre est donc à peu près identique et cela permet à l'auteur de nuancer les situations. Ces quatre personnages m'ont vraiment touchée. On finit par espérer non pas forcément qu'ils gagnent le gros lot d'un point de vue financier mais qu'ils le gagnent du point de vue émotionnel. Ce n'est certes pas un roman indispensable mais je n'en attendais rien, et détendue sur une plage du bassin d'Arcachon, je l'ai lu avec plaisir. Même si Pierre Bordage prend soin de rappeler que le joueur régulier ne peut pas gagner sur le long terme, il ne fait pas de la morale bas de gamme et je dirais même qu'en finissant le roman, je me suis dit que je ferais bien une petite incursion au casino d'Houlgate. Et si les personnages misent souvent sur le zéro, c'est un chiffre que je ne choisis jamais. 

Publié au Diable Vauvert le 7 septembre 2017-265 pages. 

Merci à Pierre Bordage (je suppose que le but de son roman n'était pas de donner envie d'aller au casino mais cette envie m'a porté chance)
A conseiller aux cœurs tendres mais à déconseiller à ceux qui ont tendance à flamber leur argent au casino.  

mardi 12 septembre 2017

Ascension de Vincent Delecroix

Il n'y avait que Sergei pour trouver ça non seulement naturel mais indispensable et qui s'étonnait même qu'on n'eût pas commencé par ça, qu'on n'eût pas, pour la première mission de la navette, lancé un Prix Nobel de littérature dans l'espace, le pape ou le dalaï-lama, un artiste d'avant-garde ou un philosophe. Il jugeait même - sacrilège suprême qu'il n'énonçait qu'à mi-voix- qu'il y aurait eu de bien meilleurs candidats que Gagarine pour la première mission humainement habitée. Tu imagines, m'avait-il fait remarquer, si pendant cette mission, Gagarine était tombé nez à nez sur un être intelligent et néanmoins extraterrestre? L'humanité aurait été bien emmerdée et on a couru un gros risque, parce que le commandant Gagarine, malgré ses extraordinaires mérites, n'était tout de même pas une lumière...

Le commandant Pointdexter quitte la Terre pour une mission spatiale, accompagné d'un mexicain, d'un russe, d'une femme et d'un écrivain. Oui, vous allez me dire, étrange répartition qui classe les personnes dans des catégories qui ne s'excluent pas les unes des autres. Mais je peux le faire parce que cela convient parfaitement à l'esprit de ce roman. Si je vous dis que l'écrivain a des problèmes avec son frère, lui aussi écrivain, que le russe est amoureux fou d'une femme qui le fait tourner en bourrique, que notre Latino tombe amoureux de sa collègue qui ressemble à un tableau de musée et qu'à un moment apparaît Jésus, vous aurez déjà une vague idée du joyeux bazar contenu dans ce roman.
J'avais lu le recueil de nouvelles de Vincent Delecroix, Une chaussure sur un toit,  publié en 2007. Comme vous le savez, les nouvelles et moi, ça fait deux, et pourtant, il avait su m'emporter en gardant cette chaussure comme fil conducteur. Mais depuis, il n'avait rien écrit, ce qui explique peut-être qu'il ait eu besoin d'écrire plus de 600 pages cette fois-ci. Si vous aimez les livres déjantés, ce roman est pour vous. L'auteur parvient même à parler de son précédent titre en faisant passer son narrateur juif pour un écrivain ayant choisi un pseudo goy. Certains passages m'ont agacée mais le génie de Delecroix, c'est qu'ils sont faits pour agacer puisque c'est Chaïm, le narrateur, qui tient à jouer son rôle de raconteur d'histoires et nous transmet l'histoire de son aïeul, dont tout le monde se moque. Il y a par contre des moments de grâce loufoque et/ou lyrique comme la scène du musée (l'amour d'Antonio pour Beth nous embarque) ou celui sur la critique littéraire de la Bible. Marc Lévy est régulièrement écorché au passage. Bref, Vincent Delecroix, malgré sa tête de premier de la classe, est complètement fou et j'ai globalement aimé ça. 

Publié chez Gallimard le 24 août 2017- 640 pages

Merci à la Librairie Dialogues
A conseiller à ceux qui acceptent un peu plus qu'un soupçon de folie. 

                                   

dimanche 10 septembre 2017

[parenthèse] Mes livres et moi

Difficile de refermer ces parenthèses estivales sans parler de mes livres. Commençons d'abord par ceux avec qui tout a commencé, mais aussi par deux autres (dont une série) qui sont devenus des romans jeunesse lus et adorés alors que j'étais adulte. Aurélie Laflamme parce que j'ai partagé cette série avec ma fille Pour les autres, il s'agit de quelques tomes de séries que j'ai dévorées. J'aurais dû y ajouter mes exemplaires d'Alice de la bibliothèque verte mais ils semblent s'être cachés quelque part. 



J'ai découvert le livre audio à la médiathèque de la ville où j'enseigne et ce fut un coup de foudre. L'un de mes tous premiers fut Le grand cahier d'Agota Kristof et il y eut aussi Mygale de Thierry Jonquet, deux écoutes oppressantes que j'ai beaucoup aimées. Voici mes préférés parmi les miens (j'ai tous les tomes de A la recherche du temps perdu et ce sont vraiment ceux lus par Dussolier que je préfère):



Ces romans-ci faisaient partie d'une cinquantaine de romans cachés par mon père, qui fut un grand lecteur, au fond d'un placard dans une pièce où personne n'allait. Découvrir ce placard fut un peu comme découvrir la caverne d'Ali Baba. C'est là que j'ai découvert mes premiers auteurs russes et de nombreux livres sur la Shoah. Voici ceux qui m'ont le plus marquée: 

                              

Mes coups de cœur hors-catégories: l'un m'a fait pleurer lors d'une lecture publique (l'une des grandes hontes de ma vie), un autre reste sans doute mon roman préféré d'un auteur vivant. Il y a celui d'un auteur dont j'aime profondément l'écriture et dont j'admire le courage, découvert grâce à une ancienne blogueuse dont on espère toujours le retour qui vient de faire son retour (incroyable !) et un livre que j'ai beaucoup prêté et offert et dont on m'a tout le temps dit qu'il était noir (moi, je le trouve beau): 


Mes polars préférés sont très différents. J'ai bassiné toute la salle des profs avec Millenium à sa sortie. Mademoiselle Chance est un polar psychologique comme je les adore et le Bello est un livre que j'ai relu sitôt la dernière page tournée, élaborant ma théorie sur l'interprétation: 


Ces livres-là me sont chers parfois par leur contenu littéraire mais toujours parce qu'ils sont liés à des rencontres mémorables d'une manière ou d'une autre. Il y a par exemple une rencontre à Trouville dont ma fille me parle encore, deux romans liés aux Prix Goncourt des lycéens partagé avec mes élèves, un roman autour d'une ville et d'une sculpture que j'adore, une rencontre où j'ai eu du mal à trouver des mots tant j'étais sous le charme du roman et une canadienne qui m'a accueillie chaleureusement.





Finissons la tête penchée avec mes coups de coeur BD, tous très différents: une BD de filles qui m'a beaucoup fait rire à sa sortie, une BD sur des femmes, une BD engagée que j'ai faite acheter au lycée et qui dénonce le harcèlement subi au quotidien par les femmes, un amour entre femmes et une BD qui m'a marquée sur un futur tueur en série (ça ne fait pas un peu trop orienté comme choix?):

(parenthèse dans ma parenthèse, j'aime tant Le bleu est une couleur chaude, qui est ma BD préférée de tous les temps, que j'avais toujours refusé de voir le film ; le fait que le réalisateur n'ait pas mentionné Julie Maroh, auteure de la BD dans ses remerciements aux Césars n'y est sans doute pas pour rien. Jusqu'à ce que ma fille rentre de son premier cours de philo en me disant: "Le prof voulait qu'on note les films philosophiques qu'on avait vus. Il met Games of Thrones dans les films philosophiques, moi j'ai mis La Vie d'Adèle". Je ne savais pas qu'elle l'avait vu.  Il me fallait donc voir par moi-même ce qu'elle y avait découvert de l'amour entre filles. Je suis rassurée, je le trouve très beau.)


Encore merci de m'avoir encouragée à poursuivre un peu plus longtemps que prévu cette parenthèse. Et pardon à ces livres que j'ai forcément oubliés mais qui importent malgré tout.  




jeudi 7 septembre 2017

Mistral perdu ou les événements d'Isabelle Monnin

Un chanteur préféré n'est pas forcément le préféré des chanteurs. Peut-être qu'au fond, j'aimais mieux les Clash ou Daho ou Gainsbourg ou Barbara mais Gainsbourg, Daho, les Clash et Barbara étaient inutiles dans l'économie du collège. Personne n'écrivait "Dis quand reviendras-tu?" sur son sac de classe. Un chanteur préféré est une carte d'adhésion à un groupe. [...]Renaud n'est plus à ma taille. Il ne me va plus...

La narratrice de ce roman, c'est un peu moi. Elle est née presque la même année que moi, nos références culturelles se ressemblent. Elle a grandi avec Drucker (Il devait y avoir Michel Drucker puisqu'il y a toujours Michel Drucker, sans que personne ne nous dise à cet instant que Michel Drucker sera comme l'école, le centre commercial, la salle des fêtes: un espace invariant de nos vie, un endroit où échoueront tous les week-ends de nos existences si nous n'y prenons garde),  Fantômette, Claude du Club des Cinq. Elle achète ses badges Touche pas à mon pote (j'en avais de toutes les couleurs possibles, ils restent pour moi les emblèmes perdus, comme le seront nos espoirs, de ma génération) et finira par découvrir que SOS Racisme a été inventé par les socialistes pour exciter l'extrême-droite. Elle est issue d'un milieu qui, comme le mien,  vote à gauche et où parfois aussi, on quitte la table familiale pour cause d'opinions politiques divergentes mais seulement dans une amplitude qui va de la gauche à l'extrême gauche (Nous rions car nous ne comprenons pas que la politique finit toujours par se glisser partout, même entre les gens qui s'aiment, même dans les moindres cachettes de la vie privée) mais dans un milieu moins popu que le mien, alors elle écoute Barbara quand il me faudra attendre le début de l'âge adulte pour vraiment la découvrir. En cela, elle n'est pas moi. Comme moi, elle a une sœur qu'elle appelle sœurette et leur différence d'âge semble la même que la nôtre mais ma chance est que la comparaison s'arrête là. 

Ce roman (mais est-ce vraiment un roman tant il a la beauté de ce qu'on a vécu avec les tripes?) est à la fois celui d'une génération entière, ceux qui ont cru à Mitterrand alors qu'ils n'avaient même pas l'âge de voter (il me faut régulièrement faire les compte pour me persuader qu'il est mathématiquement impossible que j'aie un jour mis un bulletin de vote à son nom dans une urne) et à qui ça fera mal au ventre de devoir imposer une minute de silence en son honneur à une classe après son décès, tellement la déception fut grande. La génération "Devaquet au piquet", celle qui pleure sur le destin de Slimane, issu de la seconde génération et grand frère de Malik Oussekine, et finit avec un chanteur qui embrasse les flics (je n'ai rien contre les policiers en soi, c'est juste un symbole) mais se moque des bobos car, ça ne mange pas de pain. Evidemment, comme Isabelle Monnin parle très bien de cette période, il y a déjà de quoi me conquérir. Mais c'est aussi un roman sur le "nous", celui de deux sœurs, qui va, par la force des choses, devenir un "je". C'est une magnifique déclaration à une sœur qui disparaît mais qui continue de faire partie de la vie, qui ne connaîtra jamais ses neveux alors qu'elle fera partie intégrante de leur univers. C'est un très beau roman sur la perte de l'autre partie du "nous", mais aussi sur le lien entre sœurs qui m'a beaucoup émue.  Et puis, il y a ces phrases qui reflètent une réalité qui ne doit pas avoir beaucoup changé: 
Tous les adolescents (sauf les parisiens, mais je ne le découvrirai que plus tard) connaissent la géographie du car scolaire: ne s'assied pas au fond n'importe qui. Les cinq ou six places de la dernière rangée sont réservées aux seigneurs de cette petit société, les garçons crâneurs et les filles à la mode. Plus on se rapproche du chauffeur, plus on descend dans la hiérarchie collégienne. 
J'ai envie de vous citer dix autres phrases, sur les chemins que l'on prend dans la vie, sur les mots qu'il devient indispensable de poser sur une feuille après les chagrins qui submergent, d'ailleurs je ne résiste pas à celle-ci: les poser sur la page c'est attraper de l'eau avec ses mains, une petite lutte vaine et nécessaire contre l'oubli puisque la mort dure trop longtemps, sur ces chansons qui nous font pleurer.
Je ne sais pas si vous sentez mon émotion, ni à quel point j'ai adoré ce roman. Puisse-t-il vous toucher aussi. Je l'ai bien sûr prêté à ma sœur. 

Publié chez JCLattès le 6 septembre 2017. 320 pages.

Merci aux club des explolecteurs de lecteurs.com sans qui je n'aurais pas ouvert ce roman, n'étant pas tombée sous le charme des deux précédents que j'avais lus de l'auteure.
A conseiller plus particulièrement aux quadra + et aux quinqua - , aux parents de filles et à celles qui ont une sœur. Je suis néanmoins persuadée que ce roman ne plaira pas à tout le monde. 

                                                               

mardi 5 septembre 2017

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill


Le sexe normal avec les garçons, ça ne l'intéresse pas. Les trucs habituels. La plupart des garçons voient le sexe comme un flipper. Comme si le but, c'était d'appuyer sur les mêmes boutons encore et encore et encore. C'est pénible. 

A la fin de l'été 1988, la mère de Samuel quitte le foyer. Au fur et à mesure, elle avait emporté ses affaires sans que personne ne s'en aperçoive. Un départ soigneusement planifié, donc. Nous sommes en 2011 quand le roman s'ouvre. Samuel est prof à l'université, un prof pas franchement respecté de ses élèves, qui n'aime pas son métier et qui se rêve écrivain. Repéré comme futur talent plusieurs années auparavant, il n'a toujours pas écrit le roman pour lequel il a reçu un gros à-valoir. Et voilà que justement, son éditeur lui annonce qu'il va le poursuivre en justice. Ils trouvent finalement un compromis, Samuel écrira un livre à charge contre sa mère, qui est récemment devenue célèbre, ce que Samuel apprend par l'éditeur, en jetant des pierres sur un politicien.

Ce pavé de plus de 700 pages est typique de ces romans américains qui partent d'un point A pour arriver à un point B en passant par des points dont on n'imaginait même pas qu'ils pouvaient être aussi nombreux. A la fois roman avec une intrigue, voire même du suspense concernant le passé de l'ascendance de Samuel, réflexion sur divers sujets comme la pornographie ou les promesses à respecter ou pas, avec des variations dans la forme et le style, ce n'est pas un roman que nous avons en main, mais plusieurs. C'est souvent brillant, parfois un peu longuet, mais cela reste, dans l'ensemble,  un très bon roman. J'ai beaucoup aimé les passages portant sur l'enfance de Samuel et notamment ses liens avec les jumeaux, mais aussi la partie se déroulant en Irak. Sans faire de la psychologie de bas étage, il m'a semblé que le passage sur cet enfant victime devenu bourreau était particulièrement réussi. D'ailleurs Nathan Hill a un don particulier pour croquer les personnages, surtout me semble-t-il, les personnages secondaires: Laura l'étudiante, m'a rappelé quelques petites garces croisées ici ou là. Alice, l'amie de la mère de Samuel, auteure de la phrase que je cite en ouverture de ce billet et Bishop, le jumeau, sont des personnages qui m'ont passionnée et touchée. L'ensemble varie dans une gamme allant du drôle à la gravité, parfois dans la même scène, comme par exemple dans la scène du chameau. Et puis, il y a ces caricatures (en fait, non, ce ne sont pas des caricatures, c'est souvent la réalité) de notre société:
Il lui suffisait de sélectionner une émotion parmi les cinquante émotions standard, de l'associer à une photo, un petit mot ou les deux, et de guetter l'afflux de messages de soutien. 
Mais voilà que pour la première fois, les cinquante émotions standard lui semblaient limitées. 

Publié en août 2017 chez Gallimard. 720 pages. Traduit par Mathilde Bach. Jérôme est conquis. C'est un coup de cœur pour Cuné. L'avis de Kathel rejoint le mien.

Merci à la librairie Dialogues
A conseiller aux amoureux de pavés  américains. 

                                                   

dimanche 3 septembre 2017

[ parenthèse] La peinture, la sculpture et moi

Je suis très loin d'être une spécialiste de l'art. Mon seul critère est l'émotion que peut me procurer une oeuvre. A ce titre, la sculpture me touche davantage que la peinture parce qu'elle attire un désir fort en moi, celui de toucher, ce qui entraîne la plupart du temps la frustration que ce soit impossible. Malgré tout, certains tableaux sont très importants pour moi. 

Si j'étais une sculpture, je serais Le baiser de Rodin, vu de dos. J'aime beaucoup les dos masculins en sculpture et celui-ci est de toute beauté. On peut encore le voir au Grand Palais, puis au musée Rodin que j'aime beaucoup. Je pourrais aussi être The boy with a frog mais je vous l'ai déjà présenté ici



Si j'étais un tableau adapté d'un texte, je serais celui que j'étudie avec mes élèves de L en analysant les détails et les symboles et que j'aime aller voir à la Tate Gallery: La Mort d'Ophélie de Millais, peintre préraphaélite (et je suis fan de ce mouvement, découvert pendant mon année d'assistanat en Angleterre) même si ce tableau-ci n'est pas typiquement préraphaélite. Les couleurs, notamment le jeu sur les nuances de blancs, me plaisent infiniment. 


Si j'étais le tableau que j'ai longtemps été incapable de regarder, je serai L'origine du Monde de Courbet; je ne le montrerai pas aujourd'hui, non par censure, mais par respect pour ceux ou celles qui sont peut-être encore dans ce cas. Sans le trouver vraiment beau, je comprends maintenant son intérêt et même son importance mais il me fallait, avant de me réconcilier avec cette oeuvre, me réconcilier avec bien d'autres choses. 

Si j'étais un tableau découvert récemment que j'aime profondément, je serais Dans le lit, le baiser de Toulouse-Lautrec. J'aime particulièrement ces bras qui enlacent, ces lèvres qui se sont trouvées et ces regards qu'on devine. Je n'ai jamais vu ce tableau en vrai car il appartient à une collection privée :


Si j'étais un tableau sensuel, je serais La grande Odalisque d'Ingres que j'ai choisi quand il a fallu présenter un tableau aux élèves lors d'une sortie au Louvre (les élèves devaient aussi présenter un tableau). J'aime l'impossibilité de cette anatomie féminine et je trouve ce sein à peine dévoilé  ainsi que les pieds sensuels: 




Si j'étais une oeuvre démesurée, je serais Boy de Ron Mueck. J'ai eu la chance de visiter l'exposition qui lui était consacrée en 2013 à la Fondation Cartier. Il excelle aussi à représenter la vieillesse:

Si j'étais une oeuvre d'un artiste que j'aime pour son engagement, je serais une oeuvre de Banksy qui revient dans plusieurs de mes cours et qui, je le rappelle, a voulu offrir l'une de ses œuvres aux électeurs de Bristol contre une photo prouvant qu'ils n'avaient pas voté pour les Tories, ce qui a été jugé illégal. Je choisis celle de Brighton parce que je la connais bien et parce que c'est évidemment un thème important pour moi mais j’emmènerai cette année mes élèves découvrir ses œuvres dans sa ville, à Bristol. 



Et vous, quelles œuvres vous touchent?

Merci à Mind the Gap qui m'a donné l'idée de cette avant-dernière parenthèse. Et merci pour vos gentils commentaires sur mon grand déballage estival. Il restera un billet parenthèse consacré, bien sûr, aux livres. 




jeudi 31 août 2017

Au fond de l'eau de Paula Hawkins

Jules et Nell sont deux sœurs que le destin a séparées, ou plutôt c'est Jules qui a décidé d'échapper à l'emprise de cette sœur trop belle, trop manipulatrice et aussi, bien trop attirée par ces histoires de noyées dans le lac voisin. Pourtant, quand Nell est à son tour retrouvée noyée dans le lac, Jules revient sur les traces de son passé et découvre sa nièce, qu'elle n'avait jamais rencontrée. Il lui faut aussi se pencher sur toutes ces femmes qui sont mortes là.

J'avais écouté La fille du train et je m'étais passablement ennuyée mais j'ai tout de même eu envie de donner une seconde chance à cette auteure et j'ai bien fait. Ce polar est tout ce qu'il y a de plus classique, avec divers coupables possibles et un retournement de situation au tout dernier moment. Comme il y a plusieurs meurtres, il y a plusieurs intrigues et il y a aussi le flash-back lié à l'adolescence de Jules et Nell. Il faut donc s'accrocher un peu au début pour ne pas se perdre (j'aurais pu dire se noyer mais c'était un peu facile). Finalement, comme souvent je trouve dans ce type de polars classiques, ce qui m'a plu, ce sont les liens entre les personnages, notamment entre les deux sœurs. Et puis, Paula explore des thèmes intéressants et parmi eux, la sexualité des jeunes adolescentes, jouant sur un parallèle que j'ai trouvé bien fait entre celle qui a été violée à treize ans mais n'a jamais osé en parler et celle qui a vécu à quinze ans une relation avec un homme de quatorze ans son aîné, ce qui devient un crime pour l'adulte, alors qu'à un an près, celui de la majorité sexuelle, ça aurait pu été considéré comme une histoire d'amour (je ne donne pas mon avis, c'est un questionnement que l'on trouve dans le roman). Je suis donc contente d'avoir écouté ce roman, alors que je ne suis pas sûre que j'aurais aimé le lire, c' est typiquement le genre de livres que je préfère écouter. Rien à redire sur la lecture qui est de qualité.

Date de parution : 05 Juillet 2017- Durée :  11h08 que je n'ai pas vu passer. 
Traduit par  Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner (j'avoue que je m'étonne, il est rare de voir le nom de deux traducteurs). 

Merci à Audiolib
A conseiller aux amateurs de polars classiques à rebondissements. 

mardi 29 août 2017

Les complicités involontaires de Nathalie Bauer

.... si la fin d'une union est synonyme d'échec, elle ne l'était pas pour moi: la liberté à laquelle j'aspirais avait un goût de reconquête...

Corinne est psychiatre. Quand arrive dans son cabinet l'une des ses anciennes amies, Zoé, elle pense immédiatement la diriger vers un confrère mais Zoé lui avoue souffrir d'amnésie suite à la prise d'un médicament et Corinne ne peut s'empêcher de laisser libre cours à sa curiosité. Elle commence donc son analyse. Très vite, Zoé, qui écrit des polars, lui donne des mémos sur sa famille, sentant qu'un secret de famille pèse sur elle. 

Ce roman est divisé en trois périodes différentes. Le moment de l'analyse, le temps de l'amitié entre les deux filles et les mémos de Zoé qui concernent sa famille autour de la seconde guerre mondiale. C'est très nettement la période du présent de la narratrice qui m'a le plus intéressée parce qu'il y a à la fois une tension entre l'analysante et l'analysée qui ressemble parfois au jeu du chat et de la souris mais aussi parce que l'arrivée de Zoé dans la vie de Corinne, ou plutôt dans son cabinet, fait non seulement resurgir des souvenirs mais modifie le cours de sa vie. Le passé de la famille de Zoé ne m'a pas vraiment intéressée. C'est le lien entre les deux femmes et la manière dont on vit les événements et dont on est ensuite capable de les analyser grâce à la distance que permet le passage du temps qui sont, à mon avis, les thèmes les mieux traités. 

Publié le 24 août 2017 chez Philippe Rey. 285 p. L'avis d'Antigone

Merci aux éditions Philippe Rey et à l'agence Anne et Arnaud. 
A conseiller aux nostalgiques des amitiés d'enfance, dont je ne fais pas partie. 

samedi 26 août 2017

120 battements par minute de Robin Campillo

Comme trois autres participants, Nathan est nouveau dans cette réunion d'Act Up qui débute en même temps que le film. Il est séroneg, un chanceux donc. De nombreux autres sont atteints du virus du SIDA. Nous sommes au début des années 90, Act up est encore une organisation qui se cherche et dont les membres sont divisés sur les actions à mener. Nathan tombe vite sous le charme de Sean , qui se bat contre la maladie mais aussi contre les autorités et les laboratoires. 

J'ai envie de vous parler de l'émotion que j'ai ressentie en regardant ce film. De cette envie de rire d'abord, très présente pendant la première moitié du film, ce à quoi je ne m'attendais pas, et même dans une scène finale où l'on rit, des sanglots encore dans le ventre. De cette envie de pleurer aussi, c'est vrai, pas avec des larmes qui se contentent de couler au coin de l’œil, non, celles qui suivent le parcours du sanglot, dont on a parfaitement senti qu'elles prenaient leur source dans le ventre. Cette émotion, elle est due indéniablement au contexte, à ceux qui sont morts quand on avait à peine conscience qu'ils existaient (j'exagère mais finalement, si peu) parce que les médias n'en parlaient pas mais aussi au talent des acteurs (pour moi, la palme va à Arnaud Vallois, magnifique Nathan aux petits soins avec celui qui est condamné et dont le regard respire l'amour) et du réalisateur qui a choisi de rappeler les faits mais aussi, dans le détail mais sans lourdeur, les conduites à risque, alternant les moments légers et graves et qui nous rappelle qu'on a laissé ces jeunes personnes, homos ou pas, transfusés, prostitués, prisonniers, mourir. J'ai beaucoup aimé les scènes d'amour physique entre les deux hommes, que je trouve esthétiquement très belles (d'ailleurs les deux corps masculins sont parfaits dans leurs embrassements amoureux)  et qui ne devraient pas trop choquer les gens un peu pudiques et c'est très bien car il faut que ce film soit vu par le plus grand nombre. Romain Campillon, qui réalisa Les Revenants, connait très bien son sujet, il fut lui-même membre d'Act Up. J'ai aussi beaucoup aimé suivre l'évolution de la Gay Pride. 
Je regrette que la salle ait été presque exclusivement féminine. Evidemment, je ne peux que vous conseiller d'avoir un kleenex sous la main (même la femme près de moi qui a passé le tout début de la séance le nez sur son portable a fini par le lâcher et s'est, à la fin, agrippée à son kleenex). Si vous allez le voir, vous me direz ce que vous pensez de la sortie de séance, qui s'effectuera sans doute comme lors de la mienne pendant la seconde moitié du générique. J'ai trouvé que c'était une expérience particulière. J'y suis allée seule, ce qui peut me frustrer selon les films. Cette fois, je n'avais absolument pas envie de parler en sortant de cette séance. 

Grand Prix du Festival de Cannes 2017. Ce film est aussi l'occasion de réécouter du Bronski Beat. 
Sortie : le 23 août 2017- 2 h 20. Avec entre autre: Nahuel Perez BiscayartArnaud ValoisAdèle Haenel, tous les trois très bons.

A conseiller à tous. 
Merci au département de l'Eure pour cette semaine annuelle de séances à 4 euros. 



                                                                             
Mon plus grand coup de cinéma de 2017. 

jeudi 24 août 2017

Gabrielle ou le jardin retrouvé de Stéphane Jougla

Un couple visite une maison pour la première fois. Mathilde a le coup de foudre; son mari, plus pragmatique, insiste sur les défauts. L'histoire de ce couple de nouveaux propriétaire encadre rapidement le récit qui est majoritairement consacré aux précédents propriétaires: Martin, veuf éploré, s'est coupé du monde après le décès accidentel de sa femme, ne s'intéressant plus qu'aux deux passions de Gabrielle, le jardin et les livres. Un jour, un inconnu pénètre dans le jardin et Martin découvre que Gabrielle lui a menti. 

Ce court roman de 220 pages semble osciller entre tendresse et humour. Le problème, c'est que Martin ne m'a jamais touchée et ne m'a pas fait sourire non plus. Je suis donc restée insensible à un roman qui parle de deuil, ce qui est tout de même regrettable. Les causes sont diverses: les chapitres bien trop courts (d'une ou deux pages) et aérés m'ont paru manquer de profondeur et la plume, si elle n'est pas spécialement désagréable à lire, n'est pas non plus travaillée. Il est donc difficile de s'étendre sur un roman si peu dense, sauf peut-être pour dire que le thème de ce qui est caché à son conjoint aurait, à mon avis, mérité un traitement plus riche. Le seul personnage qui m'a beaucoup plu est celui qui apparaît au milieu mais dont je ne peux pas vous parler sous peine de déflorer le texte.

Publié chez Denoël le 24 août 2017- 224 pages.

A conseiller à ceux qui veulent un livre léger, ce qui est paradoxal par rapport au thème. Ma soeur, meilleur public que moi, n'a pas non plus été emballée. 
Merci au club des explolecteurs de la rentrée de lecteurs.com. 


mardi 22 août 2017

Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain

Une forme de tyrannie sexuelle fédère les mâles de la famille même si Bobby est le moins atteint. Joe le père a ouvert la voie, et ses frasques acceptées sans broncher par leur mère, l'inoxydable Rose, ne sont pas pour rien dans la profonde misogynie que partagent les fils. 

Notre narrateur est professeur d'histoire contemporaine et il pense que la mort de ses parents, survenue à quelques années d'intervalle est liée à l'assassinat de Robert Kennedy. Le roman alterne les chapitres consacrés à l'enquête concernant la mort du père du narrateur, psychiatre renommé ayant été obligé de quitter la France pour le Canada et sa thèse concernant l'assassinat des deux Kennedy. 

J'attendais ce roman avec impatience parce que j'avais beaucoup aimé Avenue des géants du même auteur et que le thème était fait pour moi. Mais ma déception fut à la hauteur de mon attente, ce qui n'est pas rare. Marc Dugain peine cette fois à mêler habilement toutes ses intrigues, notamment l'Histoire et son histoire. Par exemple, son aparté sur les années hippies tombe, à mon avis, à plat. D'autre part, il avance, sous couvert de la thèse du narrateur, des théories qui mettent en cause deux présidents américains dont on se demande d'où elles peuvent bien sortir. Bien sûr, Dugain semble vouloir développer le thème du complot et de la paranoïa en les poussant à l'extrême mais comme on a déjà eu tant de versions différentes de cet assassinat, cela n'a pas eu pour moi grand intérêt. En fait, le lecteur finit par avoir l'impression que le meurtre de JFK, est finalement bien plus au centre du roman que celui de Robert, le titre est donc trompeur. Marc Dugain (sous couvert de son narrateur) assène des vérités générales dont je ne suis, par principe, jamais friande:

L'Amérique n'a jamais considéré l'amitié comme une valeur, elle ne se connait que des ennemis ou des vassaux et elle a inculqué à ses enfants la primauté de la relation d'intérêt, la seule qui vaille à ses yeux, en dehors de l'amour déclaré de sa famille sous la protection de Dieu et du marché, deux formes de divinités proclamées. 

Ce que j'ai malgré tout aimé, c'est la plongée dans la conscience de Robert Kennedy et son rapport à la culpabilité, l'idée qu'en se présentant aux élections présidentielles, il se savait condamné. Ce père de onze enfants a été élevé dans l'idée que l'amour et le sexe étaient deux choses bien différentes. C'est lui qui récupère la maîtresse de son frère, Marilyn Monroe, quand celui-ci se lasse mais c'est aussi lui qui console Jackie de son veuvage. Pendant quatre ans, ils vivront des moments très intimes jusqu'à ce que Bobby brigue la présidence. Ils décident alors de rompre pour éviter le scandale. Bref, c'est un personnage plus complexe que son frère, me semble-t-il et bien plus intéressant et le roman ne me semble pas à la hauteur de ce personnage. 

Publié le 17 août chez Gallimard- 400 pages. 

Merci à Jérôme, toujours attentif aux souhaits des autres. 

dimanche 20 août 2017

[parenthèse] les séries/ feuilletons et moi

Les séries, on peut dire que je suis tombée dedans quand j'étais petite. J'ai l'impression d'avoir presque tout vu de celles de la fin des années 70 et des années 80, de La petite maison dans la prairie (avec le double épisode mémorable dans lequel Charles enferme son fils pour le sevrer de la drogue) en passant par Riptide, Magnum et Madame est servie, pour n'en citer que quelques-uns. Puis j'en ai très peu regardé, avec une petite reprise au début des années 2000 et un pic récent. Jamais je n'ai réussi à dépasser la troisième saison d'une série, même pour mes chouchous. Reprenons le jeu des "si j'étais".

Si j'étais la série qui a marqué mon enfance, je serais une série suédoise,  La pierre blanche que s'échangeaient deux enfants de milieux sociaux très différents en se donnant des gages un peu fous. Cette série était diffusée dans l'émission Les Visiteurs du mercredi sur TF1. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui se souvienne de cette série : 


Si j'étais mon premier feuilleton du soir, celui pour lequel j'ai eu le droit, pour la première fois de regarder le dernier épisode alors qu'il y avait école le lendemain , je serais une adaptation d'un roman de Jean d'Ormessan, Au plaisir de Dieu. C'est mon premier souvenir d'un feuilleton regardé en famille (sauf par ma sœur qui était trop petite)


                                      

Si j'étais le premier feuilleton qui m'a permis de fortement m'identifier à un personnage, je serais L'esprit de famille, une adaptation d'un roman de Janine Boissard et j'incarnerais Pauline, cette lectrice qui lit et écrit tout le temps  (je me rends compte que Paul Barge jouais dans les deux feuilletons que je viens de mentionner). L'île de Bréhat y était très présente:

                                         

Si j'étais une série historique récente, je serais Downton Abbey, que j'ai regardé jusqu'à la mort de mon personnage masculin préféré. Après, plus rien ne fut pareil même si Maggie Smith est succulente. J'ai adoré les robes des personnages et j'ai travaillé le premier épisode avec certains de mes élèves. Et la phrase du père à la fin est ma préférée de la série (We all have chapters we'd rather keep unpublished") :

                                            

Si j'étais une série de femmes, je serais Desperate Housewives (et là, bien sûr, l'identification se faisait plus sur Susan qui malgré tout, ressemble encore plus à ma fille qu'à moi, que sur Bree). J'ai adoré les deux premières saisons et ai trouvé la troisième décevante:

                                            

Si j'étais une histoire d'amour, je serais la première saison de The Affair que j'ai adorée et qui présente le point de vue féminin et le point de vue masculin sur une même histoire :

                                           

Si j'étais une histoire de famille, je serais Bloodline qui a le mérite d'arrêter la première saison sur une vraie fin. Je n'ai pas réussi à finir la saison deux. C'est une série que j'ai offerte à deux reprises:

                                               

Et enfin, si j'étais la série du moment, celle que je partage avec ma fille qui sursaute ou ferme les yeux régulièrement,  je serais une série qui m'a emballée les sept premiers épisodes, mais dont je me demande si je ne la regarde pas maintenant uniquement pour la plastique parfaite (et pourtant absolument pas conforme à la beauté masculine que j'aime) de l'acteur principal, Mike Vogel. C'est une adaptation de Under The Dome de Stephen King. Nous en sommes à la saison 2 : 

                                             

Merci à celle qui m'a fait découvrir une nouvelle manière de regarder les séries, moi qui ne les regardais que sur une télé. Merci à mon fils qui me prête son abonnement Netflix et à ma fille, dont les sursauts me font souvent sourire. 
                                               

                                                 





jeudi 17 août 2017

Légende d'un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant


Les cœurs qui ont été brisés redoutent l'amour parce qu'il porte sa fin. Ils craignent de ne plus pouvoir endurer ce coup supplémentaire, l'arrachement et la terre brûlée. 

Quand le roman débute, l'ombre d'Hitler ne plane pas encore sur la France. Robert Desnos est un poète fauché, amoureux d'une chanteuse qui, elle, ne l'aime pas mais se complaît à garder ses prétendants sous son emprise, en leur donnant du bout des lèvres quelques marques de tendresse. Robert rencontre alors Youki, une française repérée par un peintre japonais qui l'a épousée. Elle deviendra l'amour de sa vie, un amour tumultueux puisque la belle ne peut se contenter d'un seul homme. Mais Robert sait donner bien plus qu'il ne reçoit:

Je n'ai jamais séparé le sexe de l'amour, rétorque Robert. Je n'en discute pas, je le vis, je le fais. Je suis allé si loin dans l'amour que j'ai pensé ne jamais en revenir. J'ai affronté ses grimaces. Aujourd'hui, j'en connais aussi son sourire.

Disons le tout de suite, ce roman, je ne voulais pas le lire. J'avais abandonné le précédent roman de Gaëlle Nohant, je n'aime ni la poésie (sauf celle, intime, qu'on écrit ou reçoit à/de son amoureux/ -se), ni le surréalisme. De plus, je ne connaissais rien de Desnos.  Mais Gaëlle Nohant nous donne accès à un homme, nous le rend à la fois humain par sa vulnérabilité amoureuse, magicien par sa manière de réinventer la poésie et héros quand la période oblige les hommes à choisir un camp. Et elle nous embarque dans la période qui précède la guerre puis dans celle de la guerre et de la résistance avec talent: j'ai vécu pendant de longues heures dans le Paris de cette époque et j'y ai cru. Tout sonne juste, particulièrement les dialogues. Je me suis agacée de voir le poète amoureux de deux femmes qui ne savent pas lui rendre son amour comme il le mériterait et ai vu là, à tort peut-être, le désir inconscient d'un poète qui a besoin de la souffrance pour écrire; je me suis aussi agacée de l'égocentrisme de Youki (... c'est effrayant quelqu'un qui sait aimer. Alors elle lui fait mal pour voir s'il reste quand-même) mais c'est aussi ce qui rend Robert Desnos humain et attachant. Suivre la scission à l'intérieur du groupe surréaliste m'a passionnée. J'ai noté de nombreuses phrases et ai été emballée par le tout: l'ascension de Robert Desnos qui réinvente la radio ou plutôt l'invente puisqu'elle n'en est qu'à ses balbutiements, le souffle de la solidarité, celle d'avant la guerre avec les manifestations anti-fascisme et celles des hommes de l'ombre ensuite. J'ai beaucoup aimé que l'auteur parsème son roman de textes de Desnos, les ancrant dans sa réalité à lui. C'est une très belle manière d'amener la lectrice que je suis vers la poésie: 

Je retrouve en ma bouche une ancienne saveur
Et des noms de jadis et des baisers si tendres
Que je ne sais plus qui je suis ni si mon cœur
Bat dans le sûr présent ou le passé des cendres. 

Aux trois quarts du roman, l'émotion m'a submergée. Ça a commencé avec un très beau moment entre Robert Desnos et Jacques, cet enfant d'amis qui vivra ses premières années caché, petit garçon rendu sauvage par cette peur que l'Histoire a instillé en lui mais que Desnos saura apprivoiser avec ses histoires, puis viennent les émouvantes années de résistance et celles de déportation racontées par le prisme de Youki que l'auteure réhabilite magnifiquement. A ce jour, j'ai lu dix romans de la rentrée, j'ai eu deux coups de cœur mais je mets ce roman au dessus de tous les autres.  J''espère qu'il sera sélectionné par le jury du Prix des lectrices de Elle d'octobre parce que je veux que mes élèves de première qui y participent découvrent Desnos à travers ce livre. Et je suis prête à prendre le pari que ce roman-ci obtiendra un prix (sans doute un prix de lecteurs). 

Publié le 17 août 2017 chez Héloïse d'Ormesson. 520 pages. 

Merci à lecteurs.com sans qui je n'aurais pas lu ce roman.
A conseiller à ceux qui veulent davantage découvrir Robert Desnos et à ceux qui, a priori, n'en ont aucune envie. 


                                                             

Les terres dévastées d'Emiliano Monge

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