vendredi 21 juillet 2017

[parenthèse] Claude Lelouch (ou plutôt ses films) et moi

J'ai eu envie de prendre un raccourci et je me suis paumé...

Si je vous disais que j'ai vu tous les films de Claude Lelouch, moi qui ne suis cinéphile que par intermittence, je serais une fieffée menteuse. Comme la plupart d'entre vous, je suppose, j'ai vu quelques uns de ces films, en ai aimé mais ai aussi été de plus en plus agacée par ce que je considérais comme un scénario inconsistant (précisons tout de suite, mais vous le savez déjà, que je ne suis pas une spécialiste du cinéma, encore moins du cinéma français et que tout ce qui suivra sera du pur ressenti et en aucun cas une analyse). Je crois que pour moi, tout tient dans le choix des acteurs, c'est grâce à eux si j'accroche ou pas au film. Trintignant et Anouk Aimé sont superbes dans Un homme et une femme et Montand et surtout Annie Girardot, une actrice que j'aime beaucoup, le sont tout autant dans Vivre pour vivre. Je me rends compte que j'ai vu ses films par vagues, pas mal de films des années soixante (je rappelle aux médisants que je n'étais pas née), aucun des années 70. Puis entre 1980 et Hommes, Femmes, mode d'emploi, j'en ai vu un sur deux et là encore, mon choix fut souvent guidé par l'affiche. Après ça, j'ai décidé que décidément, l'improvisation pouvait être géniale dans des moments de grâce (cf la scène de Lucchini dans la tente dans Tout ça pour ça) mais que j'aimais les scénarios et les dialogues plus écrits. 
Je n'avais pas vu Itinéraire d'un enfant gâté. Et disons-le, entre ce film et moi, ça commençait mal puisque mon premier téléchargement légal (sur Vidéofutur) ne me permit pas de le visionner. Je payai donc une deuxième fois. Autant dire qu'il avait intérêt à valoir le coup! Et ce fut le cas. Sam Lion, enfant abandonné, est élevé dans le milieu du cirque qui restera sa passion. A la suite d'un accident de trapèze, il se reconvertit dans le nettoyage. Sa société prospère mais un beau jour, il décide de tout quitter, son entreprise et ses enfants devenus adultes, de se faire passer pour mort et de vivre en Afrique. 
Je ne sais pas si j'ai aimé ce film mais il m'a bouleversée, trop peut-être pour que j'aie pu éprouver du plaisir à le regarder dans la première partie en tout cas. Je ne sais pas non plus si on peut y être sensible en nageant dans le bonheur. Parce que c'est sans doute le film le plus réussi qu'il m'ait été donné de voir sur la dépression (là encore, c'est mon ressenti, je ne sais pas ce que Lelouch a voulu faire de ce film). Jean-Paul Belmondo qui obtint le César du meilleur acteur pour ce rôle est un être qui a perdu sa femme pendant leur nuit de noce et on sent qu'une chape de plomb lui pèse sur les épaules. Inutile pour lui de parler, tout se lit sur son visage et j'avoue que je ne connaissais pas la facette dramatique de cet acteur, mes parents ne m'ayant fait connaître que ses films comiques (ceux où il est toujours accompagné d'une actrice sculpturale, ce qui fait que je l'ai longtemps considéré comme un James Bond comique français) même si ado, j'avais bien sûr découvert A bout de souffle. Il était temps que je le découvre autrement. J'ai eu grand plaisir à revoir Richard Anconina jeune,  qui savait alors à la fois me toucher et me faire rire et j'avais oublié que Marie-Sophie L (la compagne de Claude Lelouch que je préfère, je ne compte pas Annie Girardot puisque je viens de découvrir leur relation en rédigeant ce billet) était si jeune quand elle a commencé à jouer pour Lelouch. C'est donc un film qu'il faut absolument voir, peut-être en période creuse, avec des mouchoirs sous la main. Je vous conseille aussi de le voir seul (ironie du sort, je rêvais de voir ce film accompagnée), sauf si vous souhaitez vous faire consoler (après tout, c'est une tactique comme une autre). Personnellement, le nez rouge et les yeux bouffis par les larmes, je préfère les garder pour moi. Je me suis interrogée sur la corrélation entre le moment où mes larmes ont commencé à couler à flots et les scènes avec les animaux sauvages, parce qu'il y a, dans Le ciel attendra qui tente d'analyser comment fonctionne l'embrigadement des jeunes femmes, une scène importante liée à ces vidéos. mais je n'ai pas trouvé de réponse. La deuxième moitié est plus reposante avec des passages drôles et tendres (la demande en mariage par exemple). Comme tous les films réussis, ce film pose la question du sens (pourquoi Sam décide-t'il réellement de tout quitter?) et même des questions morales (peut-on décider de disparaître en sachant qu'on laisse de la souffrance derrière soi? Est-on vraiment à même de juger que l'un de nos enfants a besoin qu'on s'éloigne pour qu'il s'épanouisse?) qu'on aurait envie de creuser à plusieurs. Le dernier passage est d'une beauté à pleurer (donc, oui, les larmes reviennent à la fin). Je ne savais ni que Lelouch pouvait à ce point émouvoir, ni que Belmondo pouvait exprimer le mal de vivre avec une telle intensité. 

A conseiller à ceux qui ont déjà eu l'impression de toucher le fond, ce film ne peut que leur parler. A conseiller aussi aux adeptes de John Irving, il y a des traits communs dans leur univers (le cirque, la manière de traiter le lien parents/ enfants et bien sûr, un certain désespoir). 
Merci Romain, j'aurais adoré discuter de ce film avec toi de vive voix. 




mercredi 19 juillet 2017

La mort de Carlos Gardel d'Antonio Lobo Antunes

vu que tout le monde a la manie de pleurer sur mon épaule sans se soucier de savoir si je suis heureuse ou malheureuse, si j'ai la nostalgie du temps où j'étais enfant, si j'aime mon travail, si j'aime avoir une année de plus, si je m'ennuie le dimanche, tout le monde me raconte des drames, me raconte des malheurs, me mendie des idées, des opinions, des conseils, et j'avais envie de crier , en luttant pour ne pas trébucher sur mes larmes. 

Nuno est dans le coma. Son père et sa mère, divorcés quand il était enfant, mais aussi sa tante et le personnel médical se succèdent à son chevet. Alors que Nuno ne comprend pas qu'on puisse parler de lui comme d'un mourant, il se remémore en boucle les épisodes de sa vie, avec bien sûr au centre, le départ de son père et tout ce qui s'ensuivit. 
Ce roman est du Lobo Antones pur jus, si je me réfère à ce que j'ai lu de lui. La ponctuation est aussi déstructurée que le récit, il n'y a presque pas de points et des parenthèses se ferment alors qu'elles n'ont pas été ouvertes. Tout cela est bien sûr à l'image du cheminement de l'esprit dans les situations auxquelles les personnages de cet auteur font souvent face. Il faut le dire d'emblée, Antonio Lobo Antunes fut psychiatre jusqu'en 1985 (merci Attila pour l'info) et cela imprègne fortement son écriture. Commencer un roman de cet auteur, c'est pour moi savoir que je vais souffrir un peu mais que des passages mélangeant le passé et le présent vont m'emporter. Mon préféré reste à ce jour Au bord des fleuves qui vont, peut-être parce que c'est le premier titre que j'ai lu de lui. Il m'est arrivé d'en abandonner un et je sais désormais qu'il me faut être dans une humeur très particulière pour apprécier ces lectures. Je n'en lis pas plus d'un par an et j'attends d'être envahie par une mélancolie toute portugaise (c'est sans doute un cliché lié au fado, ces chants très tristes). Et étrangement, la mélancolie s'évapore toujours au fil des pages alors que les thèmes sont toujours très noirs. 
Comme tous les ans, je vais espérer qu'enfin, on pensera à lui pour le prix Nobel de littérature (si on le donne à Bob Dylan, et je me contrefiche qu'on le donne à un chanteur-parolier, il va vraiment falloir le donner à Antonio Lobo Antunes). 

Traduit par Geneviève Leibrich- Publié en 1995 chez Christian Bourgois, à qui ce roman est dédié. Lu en 10/18 (415 pages)


Merci à Attila, la seule lectrice que je connaisse qui lise aussi cet auteur. Merci aussi (parce que je n'aurai plus l'occasion de le faire si je ne le fais pas là) à mon anonyme qui parsème mon blog de gentils commentaires en portugais. Obrigada.
A conseiller à ceux qui ne sont pas sujets aux maux de tête. 

lundi 17 juillet 2017

Les furies de Lauren Groff

Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils pour la plupart. D'omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n'a jamais menti. Elle s'est contenté de ne pas en parler. 

Mathilde et Lotto se rencontrent à l'université. C'est un vrai coup de foudre. Mais cette rencontre est-elle si spontanée qu'elle le parait? De même, cette relation impossible entre Lotto et sa mère n'est-elle vraiment due qu'au caractère difficile de la mère? Quant au succès de Lotto en tant que dramaturge, à qui le doit-on vraiment?

J'avais beaucoup entendu parlé de ce roman et souvent en des termes très élogieux. Je l'avais offert à Marjorie, ce qui m'avait permis d'y jeter un coup d’œil et en lisant une page, il m'a semblé que ce roman n'était pas pour moi. Puis, Marjorie me l'a prêté, Laure m'a proposé une lecture commune et la motivation de m'y mettre vraiment est finalement venue. Et tant mieux. J'ai aimé le début centré sur Lotto, puis ai ressenti une légère pointe d'ennui à un moment, Lotto finissant par être une personnage trop superficiel pour m'emporter. C'est évidemment intentionnel. Puis nous passons à Mathilde et là, l'ensemble reprend vie, à la fois parce qu'on découvre la facette cachée de la vie de Mathilde avant sa rencontre avec Lotto et son caractère bien trempé. J'ai adoré ce personnage de femme qui n'est pourtant pas aimable au sens premier du terme mais c'est une femme qui prend sa vie en main de bout en bout jusqu'à ce qu'un élément lui échappe. C'est un roman que, comme Barack Obama,  je vous recommande alors que j'avais abandonné l'un de ses romans précédents, Les monstres de Templeton. Il y a des phrases très justes qui ont su me parler:
Elle se surprit à penser que la vie avait une forme conique, le passé s'évasait à mesure qu'il s'éloignait du moment présent, à la pointe du cône. Plus on vivait, plus la base s'élargissait, de sorte que des blessures ou des trahisons, quasi imperceptibles au moment où elles s'étaient produites, s'étiraient comme des points minuscules sur un ballon de baudruche qu'on gonfle peu à peu. Une petite tache sur l'enfant frêle se transformait une une difformité énorme sur l'adulte, impossible à franchir et aux bords effrangés. 

Publié en janvier 2017 chez Gallimard- 426 pages
Merci à Laure et Marjorie pour les raisons citées plus haut. Merci Max, c'est ton enthousiasme qui m'a convaincue. 
A conseiller - encore et toujours- aux amateurs de personnages féminins inoubliables. 

jeudi 13 juillet 2017

[parenthèse] L'été, les magazines féminins et moi

Je lis peu la presse féminine même si Vanity Fair fait parfois exception à la règle car j'aime ses articles plus fouillés. Mais l'été est le moment où je me laisse parfois tenter et mes premières vraies vacances en célib' (terme sur-utilisé dans les magazines féminins) étaient sans aucun doute propices à ce genre de lecture. Pour la première fois, mon ado de 16 ans a découvert la presse féminine et je lui ai quand-même demandé d'éviter de faire certains tests directement sur les magazines, il y a des zones d'ombre que je préfère conserver. J'ai d'abord remarqué cette année que le diktat des articles sur les régimes semblait enfin fini. Mais qu'ai donc gardé de toutes ces lectures?
- des idées pour relooker mes sols.
- des idées de chansons/ albums à découvrir (ça tombe bien, Barbara, ce n'est pas franchement le pied pour l'été) : j'aime beaucoup la reprise de Dancing in the Dark par Paradisia.

- des idées lecture: Contre moi de Lynn Steger Strong chez Sonatine par exemple.
- une idée de combinaison (voilà bien un vêtement que je ne mets jamais mais comme je tente des expériences nouvelles cet été, pourquoi pas celle-là?) que bien sûr je ne retrouve pas sur le site du magasin.
- une idée de sport pour la rentrée: l'aquacombat (entre ça et le cardio-boxing, mon cœur balance encore) qu'il est bien sûr impossible de pratiquer en Normandie. 
- les gagnants du prix Avantages de la beauté (c'est un rituel, je pique toujours de nouvelles idées dans ce prix)
- des idées de gâteaux que je risque de ne jamais faire (j'ai choisi le gâteau glacé au chocolat et aux framboises mais comme d'habitude, je vais manger mes framboises au fur et à mesure et il n'en restera plus pour le gâteau)
- des tutos pour coudre sacs et patchwork avec des jeans. J'adore! 

On remarquera que les magazines d'août persistent à sortir la première semaine de juillet, donc en août, quand on sera encore les pieds dans le sable (ou quand je serai dans la fournaise romaine) , on nous obligera à penser déjà à la rentrée! 

mardi 11 juillet 2017

Dalva de Jim Harrison

Dalva est une femme moderne, qui aime les hommes, qui en a d'ailleurs aimé un passionnément quand elle était jeune et qui est tombée enceinte. Mais ce jeune homme ne pouvait pas être le bon pour des raisons que nous découvrons très vite et Dalva doit abandonner l'enfant qu'elle porte. Ce sont ses souvenirs que nous suivons et sa double quête: celle passée pour retrouver Duane, son grand amour et celle présente pour retrouver ce fils. A la voix de Dalva se superpose celle de Michael, son ami. 

Il est des monuments de la littérature qu'on garde au chaud dans ses placards sans oser les attaquer, parfois et c'est le cas avec celui-ci, parce qu'on a l'impression qu'on ne sera pas à la hauteur. Cet auteur est l'un des auteurs préférés d'une amie chère et je ne l'avais toujours pas lu. Il était grand temps que je répare cette erreur. J'ai beaucoup aimé la partie consacrée à Dalva. Jim Harrison dessine là un portrait de femme forte comme je les aime et il fait souffler un vent qui nous propulse avec talent dans le monde amérindien. J'ai eu du mal à changer de personnage et à entrer dans la partie centrée sur Michael même si ses recherches sur les indiens sont passionnantes. Et puis, une scène très drôle (et dans laquelle Michael est l'archétype du vicieux qui profite d'une jeune fille) m'a embarquée. Jim Harrison parvient à faire revivre un monde disparu, à nous toucher sans pathos et à créer des personnages à la fois hauts en couleur, que ce soit les personnages principaux (le grand-père de Dalva est une réussite absolue) ou secondaires, notamment les amants de Dalva et de sa sœur et réalistes. Je relirai sans aucun doute cet auteur, plutôt l'été car je sens que j'ai besoin d'avoir l'esprit libre pour l'apprécier pleinement. 

Publié en France en 1991 par Christian Bourgois. Lu en 10/18 (471 pages).

Merci Nathalie de m'avoir donné envie de le lire et peut-être devrais-je maintenant donner une seconde chance à Philippe Dijan, ton autre grand chouchou.
A conseiller aux amoureux des grands espaces et des personnages féminins inoubliables. 

dimanche 9 juillet 2017

L'épopée du buveur d'eau de John Irving

Vivre avec quelqu'un, c'est un travail solitaire. 

Fred Bogus Trumper n'a que des problèmes: il a quitté sa femme et son enfant mais ne semble en tirer aucune satisfaction, sa nouvelle compagne commence à penser à avoir un enfant, un cinéaste veut faire de sa vie un film emblématique sur la  lose et surtout, son sexe ne fonctionne plus comme il faut. Sommé de choisir entre trois solutions, il choisit de boire le plus possible avant et après l'acte sexuel. 

Ce titre est le deuxième roman de John Irving et autant le dire tout de suite, celui que j'ai le moins aimé. Déjà, il n'y a ni ours, ni catch et en plus, je n'y ai pas retrouvé la verve de l'auteur. C'est assez foutraque mais finalement pas si drôle que ça. Je préfère de très loin, et contrairement à un grand nombre d'entre vous, ses romans plus récents (sauf le dernier que je n'ai pas encore lu) et surtout A moi seul bien des personnages. Comme je le lisais pendant ma semaine au bord de la mer, le petit ami de ma fille qui nous accompagnait m'a innocemment demandé: "Ça raconte, quoi, votre livre, Valérie?". Je fus bien embêtée mais optai pour la vérité: "C'est l'histoire d'un homme qui a des problèmes avec son sexe et doit donc boire beaucoup d'eau avant et après l'acte sexuel". Regard étonné et la question de rigueur: "Euh, vous lisez toujours ce style de livres?". "Non, d'habitude avec cet auteur, il y a des ours, du catch et du sexe, et souvent deux de ces thèmes mélangés dans la même scène. Mais pas là et c'est un peu décevant". Quand je suis rentrée de mon moment à la plage en disant aux deux ados qui, eux, avaient vaqué à leurs activités de leur côté, que j'avais une anecdote croustillante à leur raconter, l'ado malicieux m'a demandé si ça parlait de sexe, de catcheur et d'ours. Je suis certaine qu'il se rappellera très bien des thèmes de prédilection de John Irving. 

Publié au Seuil en 1972. Lu dans les éditions Points. 426 pages.

Merci à John Irving pour le reste de son oeuvre (on n'est pas obligé d'écrire des chefs d'oeuvre d'entrée de jeu).
A conseiller à ceux qui souhaitent, comme moi, lire tout Irving. Sinon, il y a beaucoup mieux. 

mardi 4 juillet 2017

K.O de Fabrice Gobert

Antoine Leconte est un homme puissant, à la tête d'une chaîne de télévision. Mais c'est surtout un homme qui a oublié toutes ses valeurs, court après la puissance, ne sait pas câliner sa fille et ne sait plus qu'il aime Solange qui elle, déprime et se venge en écrivant un roman dont le protagoniste est un misogyne détestable.  Et puis, un jour, un employé de la chaîne à qui on refuse du travail depuis plusieurs mois tire sur Antoine qui se réveille à l"hôpital. Il découvre que son luxueux appartement appartient désormais à Solange qui est sa patronne et qu'il n'est plus qu'un "simple" présentateur météo.

Comme à chaque fois que je publie un billet sur un film mettant en scène Laurent Lafitte, je souligne ma totale partialité à son égard. J'aime son jeu d'acteur, à tel point que j'aime tous les films dans lequel je l'ai vu jouer et je lui trouve un charme fou (impression qui ne semble pas partagée par mes amies). Il est à nouveau parfait et je l'aime autant en personnage antipathique que sympathique (parce que bon, ce sourire à la fin, quand-même, nous fait fondre). On peut trouver le film un peu trop moralisateur et manichéen; le réalisateur, qui est aussi celui de la série Les Revenants, souhaitait aborder les thèmes "de la violence au travail, des rapports de pouvoir, du mépris, de l’incapacité qu’ont certains à se mettre à la place de l’autre". J'y ai vu senti aussi cette impression de vivre en marge de sa propre vie. Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre et j'ai hâte que Laurent Lafitte trouve un rôle à la mesure de son talent, peut-être dans Au Revoir là-haut. Il porte en tout cas le film sur ses épaules, comme ce fut le cas avec Boomerang

Sortie: le 21 juin 2017- 1h53

Merci à ma fille, partenaire de mes séances spéciales Laurent Lafitte (j'avais quand-même censuré Elle de Paul Verhoeven) et tout autant sous le charme que moi. 
A conseiller aux fans de Laurent Lafitte (nettement plus beau barbu qu'imberbe, ce film le prouve) ou de charisme masculin en général et à ceux qui souhaitent revoir Chiara Mastroianni. 

dimanche 2 juillet 2017

Pierre de Cristal de Franz Duchazeau

Pierre a une dizaine d'années quand à l'école, il entend d'autres élèves dire qu'on a vu sa mère avec un autre homme que son père. Il n'avait pas besoin de ça pour se rendre compte que quelque chose clochait à la maison, les gestes tendres entre ses parents étant inexistants. Dans une angoisse du temps qui passe trop vite, il ne cesse de prendre des photos de ceux qui l'entourent, et de ses parents en premier lieu. 

Cette BD est la BD de la nostalgie de l'enfance par excellence. On ressent à la fois l'ennui inhérent aux vacances chez les grands-parents et le plaisir de partager du temps avec la cousine, les liens fraternels et ces liens complexes qui unissent les enfants à leurs parents. Et il y a cet épisode très bien vu de ces objets talismans dont les adultes ne comprennent pas l'importance dans la vie des enfants. 

C'est doux amer, ça pique un peu sous la langue, tout en finesse. Je vous la conseille. 

Publié le 6 mai 2017 chez Casterman (collection Ecritures).

Merci à Babelio.
A conseiller aux nostalgiques de leur enfance ou au contraire, à ceux, comme moi, qui ne le sont pas du tout, surtout si vous avez grandi dans la période Casimir. 




jeudi 29 juin 2017

Justice soit-elle de Marie Vindy

Quand la toute jeune Laurine fait le mur avec son cousin Jonathan en pleine nuit et qu'ils tombent nez à nez avec le cadavre d'une jeune fille, cela leur ôte toute envie de recommencer. Par contre, cela permet à Laurine, dont la mère fut elle aussi assassinée, de rouvrir la plaie pour pouvoir peut-être enfin, permettre la cicatrisation. Elle se lie de sympathie avec une avocate, Deborah, qui justement, décide de créer une association afin de permettre la réouverture de quatorze affaires de meurtres de femmes non élucidés. 

On n'a sans doute pas besoin d'être féministe pour se pencher sur ces cas de femmes disparues, pourtant le "Féministement vôtre" de la préface ne pouvait que me plaire. L'auteure, chroniqueuse judiciaire, nous précise donc que ce polar reprend des éléments des disparitions de femmes survenues en Bourgogne entre 1984 et 1997: douze jeunes femmes ou adolescentes assassinées dont les meurtres sont parfois restés impunis. Marie Vindy entend réhabiliter ces victimes et leurs familles et c'est d'ailleurs à ces victimes que ce livre est dédié. J'ai aimé ce polar pour plusieurs raisons: tout d'abord, l'idée de rendre hommage à ces femmes, de ne pas les oublier sous prétexte que l'enquête a été classée parce qu'il y a prescription me semble juste et cette fois (je fais ici référence à un "roman" de la rentrée de septembre qui tournait autour du meurtre de la jeune Laeticia, que Marie Vindy utilise aussi ici), je n'ai pas été mise mal à l'aise par la manière de procéder de l'auteure, sans doute parce que le polar permet une mise à distance que le roman qui n'en était pas un ne permettait pas. Et puis il y a ce personnage sans doute inventé de la fille de l'une des victimes qui décoiffe et ça fait du bien, une petite pointe de féminisme en herbe qui est raccord avec le thème. C'est donc une belle découverte que ce polar et cette auteure.


Merci à lecteurs.com et à leur club des explorateurs (je l'ai reçu et lu en duo avec mon amie IRL, Nathalie et vous pouvez lire nos deux avis ici. ). 
A conseiller aux féministes, aux misandres et aux hommes (c'est de l'humour, évidemment). 

Publié le 8 juin aux éditions Sang neuf- 318 pages. 

mardi 27 juin 2017

Ma Normandie unifiée

Fini le temps où je taquinais les copines de Basse-Normandie, nous voilà toutes dans la même région et, il était grand temps! Pour fêter ça, deux photos de mon week-end, l'une d'Etretat (76), l'autre de Cabourg (j'ai quand-même une préférence pour les côtes du Calvados: Ouistreham, Houlgate, Cabourg, Trouville, Deauville...). 

J'en profite pour vous souhaiter à tous, puisque votre moment finira bien par arriver, de bonnes vacances. 

Merci aux deux fabuleuses personnes qui m'ont accompagnée lors de ce week-end. 
A conseiller aux amoureux du bord de mer, dont je fais partie. 



dimanche 25 juin 2017

Place aux femmes, 60 dessins de presse avec une préface d'Elizabeth Badinter



Voici deux des soixante dessins consacrés à la défense des droits de la femme, classés selon des grands thèmes comme maternité et sexualité ou scolarisation et émancipation. Ca se passe évidemment de commentaires et c'est souvent très bien vu. 

Publié en mai 2017 chez Gallimard Loisirs. 

Un grand merci à Aline pour cet album et pour m'avoir servi de guide à Orléans, une ville bien agréable. 
A conseiller aux hommes comme aux femmes. 




jeudi 22 juin 2017

Je dansais de Carole Zalberg

Tu es ma terre neuve et exaltante, entends-tu? Je te parcours , je relève et dessine tes reliefs, ta cartographie. Tout est familier, tout est inconnu, changeant, merveilleux. Je suis heureux dans mes moments que j'appelle mes explorations, et ta passivité, je crois, n'est pas aussi hostile qu'à l'accoutumée. 

Parfois, on achète un roman parce que le précédent roman de l'auteure nous avait plu. On ne lit pas trop les billets dessus pour ne rien déflorer, on voit juste que ce roman plait beaucoup et ça suffit. Puis on entre dans une librairie d'Orléans, Les Temps Modernes pour les citer, et on trouve la libraire tellement sympa (il faut dire qu'on est très bien accompagnée aussi) qu'on se dit que c'est là qu'on va l'acheter, le dernier Zalberg. Et une fois bien rentrée en Normandie, comme il fait chaud et qu'on n'est plus vraiment habituée à travailler intensément depuis un mois et demi, on fait des pauses sur le transat, histoire de se détendre entre deux séances de préparation de rentrée. Enfin, ça, c'est ce qu'on croit!

Parce que bien évidemment, pour se détendre, il y a mieux qu'un roman qui alterne les voix d'un homme qui séquestre une jeune ado et la viole, de sa victime et du chœur des jeunes filles qu'on viole et maltraite à travers le monde. Je pourrais vous dire que c'est un beau roman mais qu'il n'est pas pour moi. Alors, ça, c'est sûr, il n'est pas pour moi, je vais être violente mais je l'ai détesté, ce roman, j'ai détesté qu'on transforme la voix de cet homme en belles phrases décrivant l’innommable. Cette phrase citée plus haut, belle si elle est décrite par un amant devient terrible dans les mots d'un violeur. C'était à la limite de ce que je pouvais supporter. Pourtant, j'ai fini par lâcher ce roman pour une autre raison, j'ai trouvé que finalement, c'était creux, que ça tournait en rond. Bref, j'ai fini par m'ennuyer, ce qui est un comble vu ce que je ressentais au début. Je sauverais une scène, celle de la robe à l'école qui symbolise bien le problème des robes en général. Eh oui, nous les filles, si on ne veut pas être embêtée, nous n'avons qu'à mettre des pantalons, c'est tellement évident! 

Ne voyez pas dans ce billet une rancœur contre vous, lecteurs, qui l'avez aimé, ni contre l'auteure et son talent que je ne remets nullement en cause (Feu pour feu m'avait ravie, malgré la dureté du thème). Je ne suis pas une petite nature et la beauté de l'art est de ne pas laisser insensible. Je ne l'ai pas été. 

Publié en févier 2017 chez Grasset. 150 pages que je ne suis pas parvenue à finir.

Un livre que je ne saurais conseiller à quiconque et que je me garderais bien d'offrir. 


mardi 20 juin 2017

L'exposition Rodin au Grand Palais

La sculpture me touche davantage que la peinture, même si j'aime les deux formes d'art, et j'aime particulièrement Rodin. J'ai d'ailleurs très envie de visiter à nouveau le musée Rodin dans lequel je n'ai pas mis les pieds depuis un moment. J'ai plutôt profité de l'exposition en me disant que retournerai au musée plus tard et je vous la conseille. Vous y redécouvrirez des classiques de Rodin, mais aussi des œuvres moins connues et des sculptures plus ou moins librement inspirées de Rodin.


Femmes damnées (une oeuvre que je ne connaissais pas)
Le célèbre Penseur



Je l'aime sous toutes ses coutures, ce Baiser et mais c'est ce dos masculin qui a ma préférence! 
Large monument de Barry Flanagan



Du 22 mars au 31 juillet au Grand Palais. 13 €.

dimanche 18 juin 2017

La liseuse de Paul Fournel


L'artichaut est un légume de solitude, difficile à manger en face de quelqu'un, divin lorsqu'on est seul. Un légume méditatif, réservé aux bricoleurs et aux gourmets (...) Rien ne presse dans l'artichaut, on peut sucer une feuille pendant plusieurs minutes jusqu'à l'amertume, on peut au contraire, racler des incisives la chair de plusieurs feuilles à la suite pour se donner une bouchée consistante. 

Robert Dubois est éditeur dans une petite maison d'édition qui peine à survivre. Lorsque sa stagiaire lui met une liseuse entre les mains, Robert découvre une autre façon de lire. 

Ce roman n'est pas seulement un roman sur les liseuses, loin de là. C'est un roman sur le monde de l'édition et sur la vie d'un éditeur, que Paul Fournel connaît bien puisqu'il fut, dans l'une de ses nombreuses vies, éditeur. Nous suivons l'éditeur dans ses nombreux rôles, de la découverte des manuscrits à l'accompagnement des écrivains en rencontre, en passant par la défense de tel ou tel livre en comité et par le départ d'écrivains pour une autre maison d'édition. Et puis, ce qui me plait beaucoup dans ce roman, c'est aussi le rapport à la nourriture et on sent le parallèle entre les deux domaines, le restaurant traditionnel étant d'ailleurs racheté et donc appelé à disparaître pour devenir un restaurant de sushis. Il est difficile de ne pas aimer ce livre quand on est un lecteur compulsif et/ou intéressé par le monde de l'édition, celui qui se développe à petite échelle. Il y a là la plus belle page que je connaisse consacrée à l'artichaut, un légume que je n'aime pas mais qui me renvoie immanquablement à ma mère. J'aime beaucoup la couverture Folio. La contrainte oulipienne du roman fut d'épouser la forme d'une sextine, forme poétique inventée au XIIe siècle. 

La sextine est une forme poétique, composée de six sizains, dont les mots en fin de vers restent les mêmes, mais répartis selon un ordre différent : mathématiquement parlant, il s'agit d'une permutation d'ordre 6. La première sextine est l'œuvre du troubadour Arnaut Daniel au XII e siècle.

192 pages. Publié en Folio en juin 2013. 

A conseiller aux amoureux des livres. 

jeudi 15 juin 2017

Les petites reines de Clémentine Beauvais

Il est des concours qu'on préfère ne pas gagner, celui de boudins du collège de Bourg-en-Bresse en fait partie. Pourtant c'est ce concours qui va sceller l'amitié des trois lauréates. Elles vont se rapprocher et décider se rendre à l'Elysée pour le 14 juillet, afin de s'opposer à la décoration de celui qui est à l'origine de l'opération qui a décimé tout le bataillon du frère d'Hakima et l'a laissé handicapé. Mireille en profite pour tomber amoureuse du jeune homme. 

Je ne chronique plus de romans jeunesse depuis bien longtemps mais j'avais très envie de découvrir cette auteure dont j'entends beaucoup parler et je ne regrette pas. Je ne suis pas sûre que j'aurais pris autant de plaisir en lisant la version papier car la lecture de Rachel Arditi donne un vrai plus à cette lecture. Elle rend les jeunes filles vivantes et rend parfaitement l'humour de l'auteure. Car j'ai beaucoup ri en ayant parfois que l'ensemble n'était pas politiquement correct puisque Clémentine Beauvais semble tourner en dérision le harcèlement. Pourtant, elle met bien le doigt là où ça fait mal. Les relations mère/ fille sont drôles mais là encore, la douleur de Mireille qui n'a pas été reconnue par son père est bien présente. Bref, je ne résisterai pas à un nouveau roman de Clémentine Beauvais lu par Rachel Arditi, c'est certain. 

Ce roman fait partie de la toute nouvelle collection d'Audiolib destinée aux ados et je trouve que c'est une excellente initiative. 

Prix Sorcières • Prix Lire - Meilleur livre jeunesse- Prix NRP de Littérature jeunesse • Prix Millepages

Sortie le 22 mars 2017- 6h15. 

Merci à Audiolib
A conseiller aux ados pour commencer les lectures audio (ou à partager dans la voiture en allant au collège/ lycée).


mardi 13 juin 2017

Markos and Markos de Tigran

J'adore ce morceau, je voulais le partager avec vous:



Merci à Dominique de m'avoir fait découvrir cet artiste. 

dimanche 11 juin 2017

Les mystères d'Averbury de Robert Goddard

En 1981, David Umber a rendez-vous à Avebury: il espère enfin voir une édition spéciale de l'oeuvre de Junuis qui le passionne. Mais celui qui l'a contacté, un dénommé Griffin, ne viendra jamais et à la place, David se retrouve témoin d'un kidnapping et du décès de la sœur de la kidnappée qui tente de poursuivre la voiture. Cet événement bouleverse sa vie. Des années plus tard, l'inspecteur à la retraite qui ne s'est jamais remis de l'échec de cette affaire vient le retrouver à Prague et lui demande de le suivre en Angleterre pour reprendre l'affaire. 

J'ai aimé tous les romans de Robert Goddard que j'ai lus mais je pense que celui-ci est mon préféré. Il possède sans doute davantage que les autres les ingrédients d'un polar, sans temps mort. Robert Goddard a souvent l'habitude de distiller une ambiance et de prendre son temps pour le faire, c'est moins le cas ici. Ce qui importe, c'est davantage le traitement des personnages qui sont des incontournables du genre: le flic, le personnage souvent manipulé qui est au centre de l'intrigue, la victime, la femme fatale... ainsi que les retournements de situation qui sont toujours crédibles. 

Traduit par Maxime Berrée. Publié en mai 2017 chez Sonatine. 480 pages. 

A recommander aux amateurs de polars (je le précise car on peut aimer cet auteur sans pour autant aimer ce genre d'habitude).
Merci à Babelio

jeudi 8 juin 2017

Notre désir est sans remède de Mathieu Larnaudie

Elle naît à une époque où l'on meurt; où dans la mémoire des hommes, les dates se confondent avec les carnages qu'elles marquent; où de l'autre côté du monde, en même temps que les abus s'abattent, retournent la terre et les êtres qui y traînent leur barda, s'y planquent, y courent en tous sens comme des cafards, une ancienne civilisation se retourne et s'enterre elle-même. 

Frances Palmer devient une actrice hollywoodienne à la fin des années 30. Sa mère, admiratrice des actrices américaines comme Joan Crawford, se réjouit de ce succès. Mais Frances ne rentre dans aucun moule: communiste ou anarchiste, on ne le sait pas vraiment, féministe et athée, elle boit et se drogue et finit par frapper un policier qui l'arrête. C'est le début d'un parcours difficile qu'elle ne fut pas la seule suivre à suivre, celui des personnes internées contre leur gré. 

J'aime la manière dont Mathieu Larnaudie nous fait entrer dans l'univers de Frances Palmer, d'Hollywood mais aussi de ces centres dans lesquels on retenait prisonniers des individus dont le seul défaut était de ne pas rentrer dans le moule. A travers sept moments clés de la vie de l'actrice, étayés par des photos ou une vidéo qu'il décrit, l'auteur nous donne l'impression d'entrer par une fenêtre et de découvrir ce qui se trame. C'est parfois fort, même s'il n'y aucun pathos mais au contraire, une certaine distance. Néanmoins les passages concernant la façon dont les femmes internées étaient vendues aux soldats par des gardiens ne peuvent pas laisser indifférent. Notre désir est sans remède est à la fois un beau portrait de femme forte et le portrait d'une société qui ne pouvait accepter ceux qui déviaient de la norme (mais les temps ont-ils vraiment changé?). La plume de l'auteur est à l'image de sa rhétorique, extrêmement agréable. C'est autant un plaisir de le lire que de l'écouter. Mathieu Larnaudie était présent au festival Epoque de Caen et est intervenu, au côté de Marie Le Gall et de la passionnante psychiatre du CHU de Caen, Perrine Brazo, dans un débat qui portait autant sur l'évolution du traitement de la "folie" que sur le féminisme. Et écouter un homme défendre passionnément le droit des femmes à "être", quelque que soit cette manière d'être est déjà un plaisir. 

Publié en août 2015 chez Actes Sud.  228 pages. 

A conseiller à ceux qui aiment à la fois les portraits de femmes fortes et les tableaux sociétaux. 
Merci à ce roman qui m'a sortie d'une situation un peu délicate. Et merci ç celui ou celle qui a trouvé ce si beau titre. 

mardi 6 juin 2017

Les fantômes d'Ismaël d'Arnaud Despleschin

Ismaël est un scénariste qui prépare un film sur l'histoire de son frère diplomate. C'est pendant l'écriture du scénario que sa femme Carlotta, disparue vingt ans auparavant refait surface. Après des années de souffrance, Ismaël venait de retrouver un certain équilibre auprès de Sylvia. 

Alors me demanderez-vous, il est comment ce nouveau Desplechin? A mon avis, très semblable aux autres Desplechin, la misanthropie en moins. Si vous aimez le cinéma de ce réalisateur, il y a de fortes chances pour que vous aimiez mais vous risquez peut-être d'être étonné par cet amour et ce besoin de l'autre que l'on ressent.  J'ai beaucoup aimé le jeu et le rôle de Charlotte Gainsbourg, cette femme qui a remis Ismaël sur pied grâce à son amour et à son équilibre et qui se retrouve face au fantôme du passé. J'ai comme souvent eu du mal avec le jeu de Marion Cotillard qui évidemment, n'a pas le beau rôle. Le scénario passe du touchant au farfelu et à l'ennui et l’enchevêtrement du scénario d'Ismaël avec sa vie m'a laissée dubitative même si on sent le thème commun du doute sur l'identité et la duplicité de l'autre. Heureusement, le personnage de l'espion est joué par Louis Garrel à qui on demande pour une fois de ne pas jouer sur la carte du beau gosse. 

A voir donc pour vous faire une idée (vous allez me dire, en voilà un billet qui ne sert pas à grand chose), moi je ne suis pas emballée.

Sorti le 17 mai 2017- 1h54


dimanche 4 juin 2017

Ma part de gaulois de Magyd Cherfi lu par l'auteur

Magyd Cherfi grandit dans une cité toulousaine où il ne fait pas bon passer son temps dans les livres. Pourtant rien n'y fait, c'est là qu'il se sent bien. Premier lauréat du baccalauréat de cette cité, il subit les moqueries face à son plaisir d'apprendre. Mais Magyd ne se laisse pas détourner de la culture française. 

Ce livre est un ode à la culture mais aussi à la France et à ce que ce pays a pu lui apporter. Pour autant, Magyd Cherfi ne fait pas preuve d'idéalisme et égratigne ce système scolaire qui met les siens dans un carcan. L'ensemble est enlevé, souvent drôle, parfois touchant. J'ai parfois ri aux éclats, ce qui ne m'arrive pas si souvent. J'ai aimé l'accent toulousain de l'auteur et la lecture qu'il en fait et je n'aurais sans doute pas autant apprécié ce livre en version papier. 

Pour moi, ce livre est une déclaration d'amour plutôt courageuse envers son pays d'accueil. 

Lu dans le cadre du prix Audiolib 2017. Parution: avril 2017- durée: 06h14.

A conseiller à ceux qui aiment varier les accents. 
Merci à Audiolib. 


jeudi 1 juin 2017

En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut

Mon petit, dans la vie, il y a deux catégories de personnes qu'il faut éviter à tout prix. Les végétariens et les cyclistes professionnels. Le premier parce qu'un homme qui refuse de manger une entrecôte a certainement dû être cannibale dans une autre vie. Et les seconds parce qu'un homme chapeauté d'un suppositoire qui moule grossièrement des bourses dans un collant fluorescent n'a certainement plus toute sa tête. 

Le narrateur est un petit garçon qui s'émerveille de la vie mais s'ennuie à l'école, et pour cause, ses parents font de leur vie un roman déjanté, dans lequel la femme change de prénom toutes les semaines et l'homme est à la fois le mari et le grand-père. L'enfant vit souvent la nuit, moment propice aux discussions avec les adultes les plus passionnés et bien sûr, ne peut se lever le matin. Vous l'aurez compris, dans cette famille, on ne respecte aucun code, sauf celui d'être heureux.

Raconté comme ça, tout semble rose et bien évidemment, la vie n'est jamais aussi rose. Si cette famille ne respecte pas les règles, c'est parce que l'un de ses membres est tout simplement incapable de les respecter pour des raisons qu'il ne maîtrise pas. La loufoquerie tourne donc au tragique. Je suis toujours étonnée de voir comment un thème qui peut vous rebuter pendant très longtemps, ici la folie si tant est que ce mot désigne réellement quoique ce soit, cesse soudain de vous rebuter. J'ai aimé les différents tons de ce roman, j'en ai aussi aimé les personnages pour lesquels il me semble difficile de ne pas ressentir de la sympathie. J'ai éprouvé une légère lassitude sur la fin mais c'est néanmoins une lecture que je recommande. 

Publié en janvier 2016 chez Finitudes, désormais en Folio. 

Merci à Valentyne qui m'a offert ce roman. 
A recommander à celles qui rêvent que la vie soit un roman.


mardi 30 mai 2017

L'amant double de François Ozon

Chloé a mal au ventre mais sa gynécologue ne voit rien; elle pense donc que c'est dans sa tête que ça se passe. Elle décide d'aller consulter un psychiatre et se sent vite mieux. Et pour cause, elle fait un transfert (en même temps, difficile de ne pas transférer quand on choisit un psy qui a la tête de Jérémie Rénier). Ce qui est plus surprenant, c'est que Paul, le psychiatre, décide de cesser la thérapie car il commence à éprouver des sentiments pour sa patiente. Ils s'aiment donc et finissent par emménager ensemble et c'est là que l'ensemble se craquelle. 
Je ne vais pas m'étaler sur l'intrigue de ce film mais sachez que tout est plus profond et compliqué que ce résumé du début de film. Je n'ai pas toujours été une adepte de François Ozon mais Franz m'avait beaucoup plu et je suis encore plus emballée par ce film-ci. J'apprécie que le réalisateur nous embarque dans un univers très différent à chaque film. Après la quasi chasteté de Franz qui était en noir et blanc, Ozon nous mène ici dans un univers fantasmatique violent, comme l'est sans doute une psychothérapie. Et là où Franz jouait déjà sur différents niveaux (l'amitié masculine notamment y était perçue différemment selon les spectateurs), Ozon creuse encore le sujet, le spectateur n'est jamais là où il croit être. Il y a bien un moment où on tique, en se disant "Mais, c'est bizarre quand-même" mais sans comprendre. Bref, laissez-vous aller. Il est évident que ce film cru choquera d'abord par sa première scène que j'aurais détestée il y a quelques années mais que je trouve très bien filmée (par contre, quand je la raconte en mangeant, je rencontre toujours des mines dégoûtées), puis par la violence de certaines scènes sexuelles mais il me semble que tout s'explique. En tout cas, mon côté féministe prononcé ne s'en est pas offusqué. Les acteurs sont très bons et Jérémie Rénier excelle vraiment dans ce double rôle. 

Sortie en salle: le 26 mai 2017. 1h47


A déconseiller avant sa première séance de psychothérapie peut-être.
                                                                 

dimanche 28 mai 2017

The Girls d'Emma Cline

La mort accordait une importance exagérée aux choses les plus insignifiantes, sa lumière trouble transformait tout en indices. 

Evie Boyd, quatorze ans, s'ennuie ferme pendant ses vacances. Sa relation amicale avec une autre jeune ado ne la satisfait plus et elle a envie qu'un événement vienne enfin bouleverser sa vie. C'est alors qu'elle croise une jeune fille qui attire son regard, Suzanne. Evie comprend très vite que Suzanne, qui est plus âgée qu'elle, vit en marge de la société, dans un groupe qui ressemble à un groupe hippy. Nous sommes à la fin des années 60, ils ne sont pas les seuls. La différence ici, c'est sans doute la fascination que semblent éprouver toutes ces filles pour l'homme qui les tient sous sa coupe, Russell. Ce n'est pas sous la coupe de Russell que tombe Evie mais sous celle de Suzanne. Plus le temps passe, plus elle sent qu'elle se brûle les ailes mais elle vit enfin.

On a beaucoup parlé de ce roman avant sa sortie parce qu'Emma Cline, qui signe ici son premier roman, a touché un à-valoir très important chez son éditeur américain et les droits de ce roman ont déjà été achetés par un producteur. L'éditrice des éditions Quai Voltaire avoue que sa première offre ayant été jugée insuffisante, elle a dû enchérir pour obtenir Emma Cline chez elle. Mais me direz-vous, ce roman vaut-il tout cet argent? Ce n'est certainement pas à moi de le dire mais c'est un premier roman réussi, à n'en pas douter, dont l'intérêt est de rendre clairement compte du processus qui mène une jeune fille ordinaire à passer dans le camp d'assassins (je ne dévoile pas grand chose, à moins que vous ne connaissiez pas l'histoire de Charles Manson et de Sharon Tate, ce dont je doute tout de même). Ce n'est pas l'acte final qui importe ici, c'est tout ce qui précède et on comprend très bien comment tout ce petit monde en arrive là. Le roman est tout de même assez différent de ce que je connais de l'histoire des meurtres de Charles Manson, qui fut condamné pour des meurtres qu'il avait commandités mais pas perpétués, car Emma Cline a le bon goût d'éviter toute référence au satanisme. 

Lu par Rachel Arditi, une lectrice qui décidément, me plait beaucoup. Durée: 9h20. 

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017



vendredi 26 mai 2017

Une présence idéale d'Eduardo Berti

Avant qu'Eduardo Berti ne fasse une résidence au CHU de Rouen dans le cadre du festival Terres de Paroles, je n'avais jamais entendu parlé de lui. Mais il est un peu devenu le chouchou de ce festival auquel il participait cette année pour la troisième fois. Et on le comprend aisément en la rencontrant: Eduardo Berti est la gentillesse et l'humilité incarnées. Il est sans doute aussi doué d'une profonde empathie puisqu'à la lecture de son nouveau roman, le premier écrit en français, j'ai été particulièrement touchée par les situations décrites. Et pourtant, l'idée de suivre une cinquantaine de témoignages différents, dont il faut préciser que ce sont des témoignages romancés car le livre est bien un roman, ne m'enchantait guère. Ce sont toutes ces voix qui vont de la lectrice de l'hôpital au seul infirmier, en passant par la secrétaire médicale, qui donnent une âme au service de soins palliatifs du CHU. On perçoit à la fois la dureté du travail mais aussi les conditions particulières qui font que les infirmières ont beaucoup plus de temps à consacrer à chaque patient. Je pense que même si, comme moi, vous n'êtes pas particulièrement friand des romans hospitaliers, celui-ci vous touchera car c'est aussi, à mon avis, un livre sur l'humanité, porteur d'un optimisme qui fait du bien: l'homme n'est pas toujours un loup pour l'homme. Chacun y trouvera une histoire qui le touchera particulièrement, une histoire d'amour peut-être ou au contraire, celle d'une mère qui refuse jusqu'au dernier moment de revoir son fils. 
Il n'est pas certain qu'Eduardo écrive à nouveau en français puisqu'il explique que cette fois, les témoignages recueillis lors de sa résidence étaient en français et qu'il lui est apparu vite artificiel de les traduire, mais il pourrait tout à fait le faire: sa langue est simple mais pas simpliste et agréable à lire. Si vous avez l'occasion d'entendre Eduardo parler de son roman, je vous conseille d'y aller, il parle très bien de son expérience dans le service palliatif et on sent que cela l'a profondément marqué. 

Publié en mars 2017 chez Flammarion- 176 pages. 

Merci au Festival Terres de Paroles de m'avoir fait découvrir cet auteur mais aussi cet homme.
A conseiller à tous, vraiment. 


mercredi 24 mai 2017

Get out de Jordan Peele (thriller)

Chris est invité pour la première fois dans la famille de sa petite amie Rose qui lui apprend qu'elle n'a pas mentionné la couleur de Chris à ses parents puisqu'elle en est persuadée, ses parents ne sont pas racistes. Il découvre une immense propriété et rencontre la famille (le père fan d'Obama, la mère hypnotiseuse et le fils fan d'arts martiaux) et les domestiques, tous noirs et étranges. Lors de la grande cérémonie annuelle donnée par les parents, il rencontre aussi le seul autre invité noir-américain, aussi étrange que les domestiques et qu'il a l'impression d'avoir déjà vu. 
Le problème de ce genre de film qui joue avec les nerfs, c'est que je ne me laisse certainement pas suffisamment aller et que je n'entre donc pas dans le film. Je ne vis pas l'angoisse des autres spectateurs. Par contre, je savoure le spectacle dans la salle et cette fois, particulièrement celui de ma fille (16 ans) qui a fermé les yeux pendant une partie du film et a même tellement sursauté à un moment qu'elle a fini dans mes bras (au sens littéral du mot). C'est sans doute une réussite dans le genre malgré tout. Mon fils de 20 ans a adoré.

A conseiller aux amateurs de thrillers psychologiques.
Merci à N. qui me l'avait chaudement conseillé. 



Sortie : le 3 mai 2017- 1h44


lundi 22 mai 2017

Opération Napoléon d'Arnaldur Indridason

En 1945, un bombardier allemand s'écrase sur un glacier européen, avec à son bord, des officiers allemands et américains. L'un d'entre eux disparaît, menotté à une valisette. Les américains tentent de faire disparaître l'opération mais avec la fonte des glaciers, la carcasse réapparaît et l'armée américaine tente immédiatement de la faire disparaître en secret. Deux jeunes randonneurs, présents sur les lieux, disparaissent. Mais l'un d'eux a le temps de contacter sa sœur qui se lance sur les traces de son frère.  

Soyons honnête, Indridason sans Erlendur, c'est comme du café sans sucre ou un matin sans voir le lever du soleil, le goût est plus fade. Et depuis qu'il fait de la seconde guerre mondiale le centre de ses romans, je n'apprécie plus autant ce que je lis, tout simplement parce qu'il y manque la poésie de l'auteur, très présente par exemple dans Etranges Rivages. J'ai d'ailleurs décidé de ne plus lire les livres qui ne mettent pas en scène Erlendur, qu'il soit en début de carrière puisque l'auteur a dernièrement choisi de se pencher sur cette période du personnage ou après Etranges Rivages qui finissait sur un doute pour le lecteur. Thierry Janssen est comme toujours un bon lecteur. Lu dans le cadre du prix Audiolib.

A conseiller à ceux qui ne sont pas des amateurs purs et durs d'Erlendur.
Merci à Audiolib. 



Date de parution : 
22 Mars 2017
Durée : 
10h08


jeudi 18 mai 2017

La femme nue d'Elena Stancanelli

Se séparer ne signifie pas redevenir ce qu'on était avant de connaître la personne dont on se sépare. Plût au ciel que ce soit aussi simple. On ne devient jamais ce qu'on a déjà été. 

Anna est amoureuse de Davide qui la trompe régulièrement. Mais lorsqu'elle découvre qu'il envoie des mots d'amours à l'une de ses maîtresses, elle le prend très mal et décide de pirater le compte Facebook de Davide et même de le suivre à la trace grâce à son portable. Elle sent bien qu'elle perd pied mais ne parvient pas arrêter de suivre cette pente glissante. Elle ne dort plus et passe du 44 au 40. Et surtout, elle décide de rencontrer la maîtresse de Davide sans lui dire qui elle est. 

Ce roman est l'histoire presque banale d'une rupture du temps d'internet, de la difficulté de vivre une séparation non choisie avec  les réseaux sociaux et tous les moyens de suivre quelqu'un sur la toile, poussé ici à son paroxysme. Elle doute d'ailleurs, se demande si elle sombrerait moins dans sa folie sans internet. Il est à la fois difficile de ne pas être touchée par Elena et d'éprouver une réelle sympathie pour elle. Peut-être est-ce le problème de ce roman, aucun personnage n'est vraiment sympathique. Je suis persuadée d'oublier très vite cette lecture et je n'y ai pas pris de plaisir particulier. Sans doute que ce roman touche davantage quand on est soi-même au cœur d'une séparation. Il y a par contre un passage assez savoureux sur la différence entre les blondes à frange et les brunes à frange.

Publié le 10 mai 2017 chez Stock.

Merci à la librairie Dialogues
A conseiller à celles (et j'en connais) qui ont déjà fouillé dans les mails de leur ancien petit ami (elles se sentiront moins seules). 


mardi 16 mai 2017

Désorientale de Négar Djavadi

Ce roman fut l'une des surprises de la rentrée, en tout cas pour moi qui suivais encore alors de près les ventes de livres. J'en lisais des critiques enthousiastes mais aussi, fréquemment, mitigées. Dans ce roman centré autour de la mémoire, nous suivons le destin d'une famille iranienne qui se voit vite contrainte d'émigrer en France car le père refuse d'obtempérer au régime en place. Les souvenirs ne sont pas chronologiques car c'est ainsi que fonctionne la mémoire, le lecteur effectue donc des va et vient entre l'Iran et la France, entre l'enfance de Kimiâ, puis son adolescence rebelle et enfin sa vie de femme. C'est un roman qui aborde avec délicatesse le thème évidemment central de l'exil mais aussi de l'homosexualité et de la procréation assistée (j'ai beaucoup apprécié la manière dont Négar Djavad l'aborde). Il faut accepter de se perdre parfois dans le temps mais c'est un beau voyage. Joëlle en avait fait un coup de cœur. Je suis moi aussi tombée sous le charme de ce beau voyage. C'est une écoute commune avec Sylire et Enna (liens à venir). 

Suivi d'un entretien avec l'auteure. 
Date de parution : 
22 Mars 2017
Durée : 
11h03

Lu dans le cadre du prix Audiolib 2017. 
Merci à Audiolib.
C'est la première participation de ce blog au challenge de Sylire

A conseiller à de nombreuses femmes qui retrouveront un fragment d'elles à divers endroits. 


 

dimanche 14 mai 2017

Life de Daniel Espinosa (film)

A bord de la station spatiale, six astronautes découvrent la première preuve de vie extra-terrestre sur Mars sous une forme qu'on imagine peu pourvue d'intelligence et qui va pourtant démontrer qu'elle sait parfaitement utiliser les humains qu'elle a sous la main pour pomper l'eau et l'oxygène qui lui est nécessaire pour se développer. Très vite commence donc entre les astronautes et la "bête" une lutte dont on sent qu'elle est totalement déséquilibrée. 

Je ne suis pas du tout amatrice de ce genre de films a priori. J'y suis allée pour faire plaisir à la personne qui m'accompagnait, parce que j'avais envie d'être avec elle plus que d'aller voir un film en particulier. Eh bien, il y a parfois du bon à se laisser guider car j'ai aimé ce film. Il est bien sûr bourré de clichés; on peut par exemple très vite deviner dans quel ordre les personnages vont disparaître ou en tout cas savoir qui seront les deux derniers. Mais ça a finalement aussi fait partie du plaisir, d'essayer de décoder. Les acteurs sont bons, le "monstre" assez bien fichu, bref, ceux qui aiment le genre devraient se régaler, les autres, comme moi, passer un bon moment, ce qui n'est déjà pas si mal. Et pour moi, j'avoue que le spectacle était aussi dans la salle, entre ma voisine de droite qui sursautait et mon voisin de gauche qui était penché en avant comme s'il montait une côte à vélo, c'était cocasse. 

Merci à la personne qui avait très envie de voir ce film (et a adoré).
A conseiller à ceux qui veulent passer un bon moment de détente.