samedi 16 juin 2018

La disparition de Josef Mengele d'Olivier Guez

Josef Mengele arrive en Argentine en 1949, libéré, pense-t'il, des menaces qui pèsent sur lui, le médecin d'Auschwitz, en Europe. L'Allemagne se reconstruit sans les nazis en fuite, mais avec ceux qui ont habilement su cacher leur passé. Mengele espère que l'Europe aura d'autres chats à fouetter que de le poursuivre en Amérique Latine mais il a tort. Il doit sans cesse disparaître et renaître ailleurs pour échapper à ses poursuivants, ceux qui pensent que la paix ne s'obtient qu'en condamnant les anciens bourreaux. 

J'ai beaucoup lu sur les camps quand j'étais ado parce que mon père possédait un certain nombre de témoignages sur le thème mais je me rends compte que n'avais jamais lu de roman ou d'essai sur la traque de nazis ou tout simplement sur que furent leurs vies après la guerre. A ce titre, j'ai trouvé ce livre intéressant car on ressent bien la paranoïa grandissante de cet homme traqué et son besoin, à la fin,  de sentir de la chaleur  humaine autour de lui. C'est probablement ce qui est annexe à Mengele qui m'a le plus intéressée, ces traques menées ici et là, celles qu'on tente réellement de mener à terme, celles que le gouvernement préfère voir avorter car l'ancien nazi a collaboré pour lutter contre le communisme. J'ai découvert par exemple le caractère controversé du rôle de Simon Wiesenthal dans l'arrestation d'Eichmann. C'est un sujet difficile à traiter et je ne sais pas quel est le meilleur moyen de l'aborder mais j'ai trouvé que c'était un peu trop froid, trop clinique, ce qui, d'ailleurs, m'a semblé en totale contradiction avec la fin, bien trop moraliste. Je crois qu'il ne faut pas prendre le lecteur pour un idiot et lui écrire noir sur blanc le message qui apparaissait déjà clairement dans le récit. Oliviez Guez lit son propre roman; il faut un certain temps pour s'adapter à sa voix monocorde mais finalement, il m'a semblé que ça allait bien avec sa plume.
Publié le 14 mars 2018- 5h48. Prix Renaudot 2018. 

Merci à Audiolib
A conseiller à ceux qui veulent en savoir plus sur ce que sont devenus certains nazis après la guerre.

jeudi 14 juin 2018

Prix Audiolib : à vous de voter !

Depuis le mois de mars, nous avons été vingt blogueurs à écouter dix titres parus chez Audiolib et ensuite à les classer. C'est un plaisir grandissant de faire partie de ce prix. C'est la première fois que j'ai deux coups de cœur, un polar et un roman. Nous avons éliminé cinq titres de la sélection et c'est maintenant à vous de voter pour votre titre favori. C'est peut-être le moment pour vous, avec le beau temps, de partir courir avec un livre audio sur les oreilles (je vous assure que ça n'empêche ni d'entendre le bruit de la mer, ni des oiseaux) ou de vous prendre d'une frénésie de redécorer, voire plus, toute votre maison, comme c'est mon cas. Si j'étais vous, je voterais pour Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson ou Quand sort la recluse de Fred Vargas, mais ce n'est plus à moi de choisir. Pour voter, c'est par ici.


mardi 12 juin 2018

Correspondance d'Albert Camus et Maria Casares (partie 1: Camus)

Je sais bien, il y a des mots qu'il suffirait que je prononce. Je n'ai qu'à me détourner de cette part de ma vie qui me limite. Ce sont des mots que je ne prononcerai pas, parce que j'ai donné ma parole et qu'il y a des engagements qu'on ne peut pas rompre, même si l'amour n'y est pas. 

Albert Camus rencontre Maria Casares en 1944. Il vit alors éloigné de sa femme et engage Casares pour le rôle de Martha dans Le Malentendu. Ils deviennent très vite amants mais la comédienne met un terme à cette relation quand Francine Camus rejoint son mari. Quatre ans plus tard, ils se croisent dans les rues de Paris. Leur histoire d'amour durera jusqu'à la mort de Camus. 
Ceux qui croient au destin adoreront les débuts de cette histoire, ceux qui n'y croient pas y verront des débuts romanesques. C'est la première fois que je referme un livre de plus de 1200 pages et que je regrette qu'il soit fini. Se pose maintenant la question : comment chroniquer un tel livre en un billet ? Ce sera impossible, Camus et Casares auront donc chacun leur billet.  Commençons par le fait qu'il n'y a pas de lassitude parce que si certaines lettres semblent répétitives, ça ne dépasse pas deux cent pages, dans les débuts de leur amour. Plus on avance, plus leur amour gagne en sérénité, leur vie aussi en apparence et j'ai envie de dire heureusement parce que les quatre cent premières pages ne donnent pas du tout envie de tomber amoureux, surtout dans une relation nécessitant des séparations parfois longues (deux mois l'été) et fréquentes. Ils ne semblent heureux ni quand ils sont ensemble, ni quand ils sont séparés. Dans cette partie, j'ai trouvé Camus possessif, déplaisant, enfilant les reproches  et là, j'ai presque regretté d'avoir commencé la lecture. 
Car l'idée qui me poursuit depuis une semaine et qui me tord le cœur, c'est que tu ne m'aimes pas. Parce qu'aimer un être, ce n'est pas seulement le dire ni même le sentir, c'est faire les mouvements que cela commande. 
Mais personnellement je n'ai qu'un désir en ce qui te concerne quand je ne suis pas près de toi : te savoir dans une chambre, seule, enfermée à double tour jusqu'à mon arrivée.
Camus, l'homme engagé qui ose critiquer le communisme, s'insurge contre la peine de mort, démissionne de l'UNESCO pour protester contre le franquisme, cet homme-là ne pouvait pas tomber du piédestal sur lequel je l'ai déposé l'année de mes seize ans. Alors, c'est vrai que l'homme m'a déçue, un peu, beaucoup parfois, parce que justement, c'est un homme ( par là, j'entends un membre de l'espèce humaine) avec ses défauts et ses failles, des failles qu'on sent bien présentes dans cet échange et qui en dit ainsi long sur l'intimité entre ces deux êtres. Camus était un être visiblement torturé et souvent malade. L'échange se lisant comme un roman, j'ai bondi dans les premières lettres où il mentionne Catherine Sellers parce que bien sûr, je n'avais pas envie de savoir qu'il avait d'autres aventures. Maria Casares a d'ailleurs un flair infaillible et déguise à peine ce qu'elle pressent. Et puis, je me suis dit qu'après tout, chacun a le droit de mener la vie qu'il veut, que je n'avais pas à juger. Et j'ai refermé le livre en me disant que c'était un amour à vivre, sans aucun doute. Enfin moi, je l'aurais vécu. 
Cet échange nous prouve que dans une correspondance, ce n'est pas toujours l'écrivain qui écrit le mieux mais nous y reviendrons. Malgré tout, quelques phrases de Camus m'ont marquée: 
On dit quelquefois qu'on choisit tel ou tel être. Toi, je ne t'ai pas choisie. Tu es entrée, par hasard, dans une vie dont je n'étais pas fier, et de ce jour-là, quelque chose a commencé de changer, malgré moi, malgré toi aussi qui était alors lointaine...
Je sais cela maintenant et le besoin que j'ai de toi n'est rien d'autre que le besoin que j'ai de moi. C'est le besoin d'être et de ne pas mourir sans avoir été. 
 (1956) Ne t'excuse pas d'avoir parlé d'amitié. Je suis aussi ton ami et à un certain degré de chaleur mutuelle, les cœurs fondent ensemble dans quelque chose qui n'a plus de nom, où les limites disparaissent...
Il y a bien longtemps que je ne lutte plus contre toi et que je sais que, quoi qu'il arrive, nous vivrons et mourrons ensemble. 
Comme je l'ai noté, la fin de la correspondance est plus sereine, Camus a d'autres relations et on le sent même si ce n'est jamais clairement dit, mais l'intensité des sentiments de Camus envers Casares perce toujours, à travers une certaine gravité:
Tu es ma douce, ma tendresse, ma savoureuse aussi, et mon unique. Nous plaisantons souvent sur nos flirts et nos sorties. Mais un temps vient, de loin en loin, où il faut cesser de plaisanter peut-être. Auprès de toi, le monde entier n'est pour moi qu'une ombre décolorée. Exception faite pour mes enfants, il pourrait s'évanouir sans que rien ne change. Toi seule est fixe, toi seule m'emplit. 
L'intérêt de cette correspondance dépasse évidemment la relation amoureuse. Camus y évoque les pièces qu'il monte, les essais qu'il écrit, le roman qu'il ne finira jamais, ses doutes quand à l'écriture et la réception de son oeuvre, la dépression qui suit la fin du processus d'écriture : 
"Les Justes" ne sont pas un succès (mes œuvres d'ailleurs ne sont jamais des succès. C'est mon oeuvre qui en est un, provisoirement, et Dieu sait pourquoi). 
J'ai aussi appris qu'il arrivait à Camus d'endosser un rôle pour quelques représentations.
Camus a beau être pour moi le symbole de la tolérance, il peut tomber dans les clichés, ce qui  est drôle: 
... j'ai cueilli un anglais sur la route de Grasse. Il allait de Rome à Londres, en auto-stop. Mais il n'était pas très causant et même plutôt pesant et emmerdeur comme beaucoup des fils de Shakespeare. 
On apprend aussi que Camus aimait les corridas dont il se sortait vidé comme s'il avait "fait six fois l'amour", et qu'il aimait le foot puisque Casares s'excuse de lui faire rater un France- Suisse. On découvre en Camus un père aimant mais parfois agacé, déçu que ses enfants ne lui aient pas souhaité la fête des pères (en 1956).

Publié Chez Gallimard en septembre 2018. 1296 pages. 

Merci à Catherine pour le prêt de ce livre qu'il va me falloir acheter maintenant (une seconde fois donc).
A conseiller à soi-même avant tout. Je ne suis pas certaine de le conseiller comme cadeau à un amoureux mais je suis presque certaine de l'offrir à nouveau. 

dimanche 10 juin 2018

Mon spectacle du mois : Réparer les vivants de et avec Emmanuel Noblet

Réparer les vivants, le roman, est très probablement mon plus grand coup de cœur littéraire de ces dix dernières années, même si pour m'en assurer, il faudrait que je le relise. J'ai vu l'adaptation cinématographique, décevante par rapport à l'esprit du roman mais intéressante pour expliquer le parcours de l'organe donné et reçu et j'ai, dès sa sortie, voulu voir cette adaptation théâtrale en ne cessant de la rater. 
Emmanuel Noblet est seul en scène pour interpréter tous les personnages du roman et c'est une sacrée performance qui lui a d'ailleurs valu un Molière. Cette performance mise à part, je ne peux pas dire que j'ai été séduite par la pièce, parce qu'il m'a manqué les phrases si particulières de Maylis de Kerangal. Je n'ai jamais été touchée et jamais éblouie non plus. Mais parmi toutes les personnes, assez nombreuses, que je connais qui y sont allées, je suis la seule à être restée insensible, même si l'une des amies était mitigée. Pour l'autre, ce fut un coup de cœur. Je suis contente d'avoir découvert Emmanuel Noblet que je retrouverai avec plaisir dans d'autres spectacles. 

adaptation et mise en scène Emmanuel Noblet
avec la collaboration de Benjamin Guillard
interprétation Emmanuel Noblet ou Thomas Germaine (en alternance)
imagerie médicale Pierre-Yves Litzler
régisseur général Johan Allanic
création lumière et vidéo Arno Veyrat
création son Sébastien Trouvé
designer sonore Cristián Sotomayor
avec les voix de Maylis de Kerangal, Alix Poisson, Vincent Garanger, Benjamin Guillard, Constance Dollé, Stéphane Facco, Évelyne Pelerin, Anthony Poupard, Olivier Saladin, Hélène Viviès

LES DATES DE LA TOURNÉE…. 
SAISON 18/19
> Colisée – Théâtre de Roubaix / 13 novembre 2108 : Théâtre Charcot (Marcq-en-Barœul) – 16 novembre 2018 : Allende ! (Mons-en-Barœul)
> 20 et 21 novembre 2018 : Théâtre municipal Ducourneau (Agen)
> 23 novembre 2018 : Le Champ de Foire (Saint-André-de-Cubzac)
> 1er décembre 2018 : L’Eclat (Pont-Audemer)
> 4 décembre 2018 : Théâtre municipal de Coutances
> 6 décembre 2018 : Pont des Arts (Cesson-Sévigné)
> 8 décembre : Théâtre Philippe Noiret (Doué-en-Anjou)
> 8 au 11 janvier 2019 : Théâtre Auditorium de Poitiers
> 22 janvier 2019 : Théâtre de Lisieux Normandie
> 24 janvier 2019 : Théâtre de La Renaissance (Mondeville)
> 29 janvier 2019 : Théâtre André Malraux (Rueil-Malmaison)
> février : Centre culturel Voltaire (Deville lès Rouen)
> 14 et 15 février 2019 : Le Casino (Le Locle – Suisse)
> 26 et 27 février : Théâtre Jean Vilar (Saint-Quentin)
> 1er mars 2019 : La Faïancerie (Creil)
>7 mars 2019 : Les Tanzmatten (Sélestat)
> 9 mars 2019 : Centre culturel Jean L’Hôte (Neuves-Maisons)
> 12 mars 2019 : Théâtre du Vésinet
> 19 mars 2019 : La Chaudronnerie (La Ciotat)
> 21 mars 2019 : Palais des congrès de Saint-Raphaël
> 30 mars 2019 : L’Atrium (Chaville)
> 2 au 4 avril 2019 : La Coursive – Scène Nationale de La Rochelle
> 11 avril 2019 : Scènes de territoire (Bressuire)
> 12 avril 2019 : Théâtre et cinéma de Fontenay-le-Fleury
> 16 au 19 avril 2019 : Théâtre Sorano (Toulouse)
> 16 et 17 mai 2019 : L’Onde (Vélizy-Villacoublay)



Merci à Nathalie et Hélène qui m'ont accompagnée.
A conseiller à ceux ont aimé mais peut-être pas adoré le roman. 

jeudi 7 juin 2018

Moment d'un couple de Nelly Alard

... l'amitié semble d'une qualité si supérieure à l'amour, et surtout à la passion amoureuse, qu'on se demande vraiment pourquoi les gens s'acharnent à vivre en couple. 

L'histoire est des plus banales : Olivier avoue à sa femme vivre une histoire d'amour depuis trois semaines avec une femme rencontrée il y a peu. A cause de l'histoire de ses parents, Juliette refuse de mettre fin à son couple. Mais les raisons sont sans doute bien plus complexes : refus de laisser gagner "l'autre", refus aussi de laisser ses enfants partager la vie de cette femme qui ne semble pas équilibrée. C'est en fait le récit d'un combat entre deux femmes face à un homme qui semble prendre du plaisir à être le bout de gras pour lequel elles se battent. 
Le hasard ne cesse de me jouer des tours en ce moment. Ce roman, j'avais voulu le lire à sa sortie en 2013 et j'ai oublié. Puis, il est arrivé entre mes mains à Lille et je l'ai reposé. Deux jours plus tard, on m'en parlait en détails. Le soir-même, je le trouvais dans la boîte à livres de la piscine. Il était temps pour moi de le lire. Son grand atout, c'est de déclencher la discussion entre copines. Il y a celles qui ne comprennent pas qu'on pardonne une incartade (les plus nombreuses et les plus jeunes) et celles qui comprennent qu'on ne veuille pas faire voler en éclat un couple pour un moment de folie (ou de désir, c'est pareil). J'ai donc eu des discussions sans fin avec mes copines autour de ce roman, que ce soit avec celle qui l'avait lu comme avec celles qui ne le connaissaient pas du tout. Des passages m'ont agacée, notamment ceux sur le viol (on pourrait peut-être arrêter d'utiliser ce thème à tout bout de champ comme explication de tout et n'importe quoi) et je ne suis pas du tout d'accord avec la manière dont l'auteure utilise la mort de Marie Trintignant. Ce drame est souvent mentionné, présentant Marie Trintignant comme celle qui a pris l'homme d'une autre. Or, c'est totalement nier le père de son dernier enfant, avec qui elle vivait avant de rencontrer Cantat. Et ce n'est pas la moindre des maladresses, et pour moi, le mot est faible, concernant ce décès. 
Dans six mois elle te disait si c'est ça retourne chez ta femme, tu lui foutais sur la gueule, c'était Vilnuis. 
Malgré tout,  c'est une lecture qui ne m'a jamais laissée indifférente, qui m'a fait m'interroger, dans lequel j'ai trouvé l'écho de mes pensées : 
Est-ce que tu ne crois pas, demande-t'elle, qu'à un moment, un amour devient unique parce qu'on l'a choisi, est-ce que tu ne crois pas qu'on décide d'aimer, de continuer à aimer, de ne plus aimer ? Est-ce que tu es d'accord qu'il y a une part de volonté dans l'amour ?
... j'aurais pu éprouver ce sentiment de vraie rencontre avec n'importe qui. J'avais besoin de vivre ça à ce moment-là, c'est tout. 
ou l'inverse de ce que je pense:
Dire je t'aime, pense Juliette, c'est s'inscrire dans la durée, pas comme dire j'ai envie de toi ou je suis avec toi. Dire je t'aime, V a raison, c'est un serment, ça inclut le temps et la globalité, j'aime tout ce que tu es, je t'aimerai toujours ou en tout cas longtemps. On ne peut pas dire je t'aime puis cinq minutes après je ne t'aime plus, mais quinze ans plus tard, oui. Quelle est la durée de vie implicite du mot je t'aime ?
S'opposent dans le roman deux visions de la nécessité ou non de dire "je t'aime", la femme privilégiant le verbal, l'homme les preuves, dans le roman en tout cas. Même si l'impossibilité d'Olivier à choisir est horripilante, je me suis parfois davantage sentie proche de ce qui se passait dans sa tête que dans celle de Juliette, qu'à vrai dire, je n'ai pas trouvé sympathique. 
Finissons par ma phrase préférée: 
J'ai couché dix fois avec cette fille, c'est tout, on ne va pas se torturer avec ça pendant dix ans. 
Vous l'aurez compris, c'est surtout un roman dans lequel on pioche, pour les confirmer ou les infirmer, des phrases sur le couple. 

412 pages en Folio. Prix Interallié 2013. 

Merci à Laure pour nos discussions autour de ce roman, à celles aussi que je ne nommerai pas.
A conseiller à ceux qui s'interrogent sur la notion même de couple. 

mardi 5 juin 2018

En sacrifice à Moloch d'Åsa Larsson

Un homme abat un ours en Laponie. Dans son estomac, on retrouve des restes humains. Peu de temps après, une femme est sauvagement assassinée à coups de fourche. Les deux victimes étaient père et fille. Rebecca est chargée de l'enquête et découvre que d'autres membres de la famille sont morts dans des circonstances mystérieuses. Déchargée de l'enquête car jugée trop proche des habitants du village, qui est aussi celui de son enfance, elle refuse de baisser les bras. 
ll est assez rare que j'abandonne un livre, décide de le reprendre et que je finisse par réellement l'apprécier. C'est pourtant ce qui m'est arrivé et je crois que ce qui m'a aidé, c'est que j'ai eu deux trajets en voiture assez longs dans la même semaine. Il me fallait sans doute plus de temps que d'habitude pour entrer dans cette histoire de famille qui fait des allers-retours dans le temps. J'ai aimé l'ambiance glaciale et le lien entre les humains et les chiens et j'ai même failli versé une larme lors d'une scène impliquant un animal (la dernière fois que ça m'est arrivé, j'avais dix ans et on s'est tellement moqué de moi que je n'ai plus jamais lu de romans mettant en scène des animaux en public). Ici, l'amour n'est pas idéalisé, bien au contraire et j'ai davantage suivi l'histoire pour les personnages que pour découvrir l'assassin. Mais ceux qui aiment les codes du polar ne devraient pas non plus être déçus. C'est typiquement le genre de livres que j'aime écouter mais je ne suis pas certaine que je l'aurais remarqué sans le Prix Audiolib. 
Prix du meilleur polar suédois 2012. 
Lu par Odile Cohen dont j'ai aimé l'interprétation. 
Publié le 18 avril 2018. 10h 28. 

Merci au Prix Audiolib (c'était ma dernière écoute pour ce prix qui me plait de plus en plus et ce sera bientôt à vous de voter). 
A conseiller à ceux qui recherchent un peu de fraîcheur. 


dimanche 3 juin 2018

Correspondances et questions éthiques

Je ne lis pas de correspondances d'auteurs, non que je n'aime pas le genre, je trouve au contraire la littérature de l'intime, l'écriture destinée à une seule paire d'yeux fascinante et j'ai d'ailleurs été une grande adepte de l'écriture des lettres d'amour, au point parfois de préférer relire celles que j'écrivais à celles que je recevais (on parlera probablement de narcissisme). Je ne la lis pas parce que je trouve qu'une lettre n'appartient pas à celui qui la reçoit, mais à jamais, à celui qui l'écrit. Il est le seul à pouvoir décider de sa publication. Je me souviens que la publication des lettres de Mitterand à Anne Pingeot m'avait choquée et qu'on dise de ces lettres qu'elles étaient magnifiques n'y changeait rien. La correspondance entre Albert Camus et Maria Casares a été publiée en septembre et tous mes beaux principes sont tombés à l'eau. D'abord parce que l'une de mes amies est férue de Camus et que jamais je n'avais espéré pouvoir lui offrir un livre "de" lui qu'elle ne possédait pas, ensuite parce que j'avais envie de découvrir l'homme, pas l'homme engagé, l'amoureux mais aussi l'homme du quotidien, ses manies d'auteur, ses habitudes. Je ne vais pas vous parler de cette correspondance aujourd'hui, je le ferai dans 400 pages (j'en suis p. 875) mais cette lecture confirme ce que je pensais, je ne lirai plus de correspondance publiée sans le consentement de l'auteur. Ces lettres mentionnent de nombreuses personnes (décédées certes mais cela justifie-t'il de les exposer publiquement ?) en décrivant des parties de leur vie ou ce qu'en pensaient Casares et Camus. Or, comme vous et moi, Casares et Camus se plient parfois à des obligations qui leur pèsent et dont ils ont besoin de se décharger en se les racontant ; ils sont aussi tout bonnement parfois fatigués ou de mauvais humeur. D'autre part, une correspondance est pour moi un vrai acte littéraire : on écrit pour un lecteur, on lui tait des sentiments et des faits pour le ménager ou au contraire, on souhaite le blesser parfois, ou le faire rire. Ce qui est écrit reflète la réalité d'un moment, quand elle n'est pas tout simplement mensongère. Mais surtout, ce qui est destiné à un seul lecteur n'est pas fait pour être lu par d'autres yeux. 
S'est posé, pour la première fois à la lecture de ces lettres d'amour (d'abord si incroyablement pudiques que je me suis demandé si les temps avaient réellement tant changé ou si des passages avaient été coupés avant de sentir tout de même le désir éclater) le devenir de celles qui m'ont été écrites à différentes périodes de ma vie, qui, je m'en aperçois, ne m'appartiennent pas, que je n'ai pas envie qu'on lise si je disparaissais brutalement comme Camus, tout comme je n'ai aucune envie que quelqu'un ne lise un jour celles que j'ai pu écrire. Evidemment, il n'y a aucun risque qu'on les publie mais que mes enfants mettent le nez dans la correspondance de leurs parents par exemple me pose problème, à moi qui suis un jour tombée sur les lettres écrites par ma mère à mon père (il faut dire que j'avais le don pour fourrer mon nez partout).
Bref, que de questions sans réponses mais une confirmation tout de même, je suis un être infiniment paradoxal (je m'en doutais un peu avant la lecture de ces lettres) et si je pense sincèrement ne pas relire de correspondance publiée sans l'autorisation de l'expéditeur, je me régale dans cette Correspondance

jeudi 31 mai 2018

La ferme du bout du monde de Sarah Vaughan

Deux personnes de générations différentes se rendent à Skylark, une ferme isolée des Cornouailles au même moment. Elles n'ont à priori rien en commun mais toutes deux ressentent ce besoin de revenir sur un lieu chargé de lourds souvenirs. Lucy, la trentaine (ou c'est ainsi que je l'ai perçue) a découvert l'aventure de son mari avec une autre femme. D'autre part, elle ne se remet pas d'avoir failli faire une faute professionnelle en tant qu'infirmière, faute qui aurait pu coûter la vie à un enfant. Alice est octogénaire et elle revient pour réparer une erreur commise dans son passé. 

Voilà encore un roman qui n'aurait eu aucune chance de trouver grâce à mes yeux en version papier, trop romantique pour moi. Ce qui ne signifie par que c'est un roman "feel good", bien au contraire puisqu'il décrit des vies pas forcément ratées mais pleines de regrets. C'est sans doute ce qui relie les deux histoires, outre le lien qu'on découvre ensuite, l'une a des regrets, même si elle ne pouvait pas réellement faire grand chose pour changer le cours des choses, l'autre est sur le point de prendre une décision qui pourrait lui donner des regrets éternels ou au contraire, la libérer. Ce n'est pas ce que j'ai préféré dans cette histoire. Ce qui m'a plu, c'est la description de la vie dans une ferme anglaise à différentes époques : pendant la seconde guerre mondiale, pendant la fièvre aphteuse et maintenant, cette éternelle question de survie. A ne pas mettre entre toutes les mains, et je suis certaine de ne pas lire cette auteure en version papier un jour mais si vous aimez les histoires d'amour sur fond de campagne anglaise, c'est peut-être un livre pour vous. Ce roman a agrémenté mes moments de peinture du plafond de ma cuisine, si vous voulez tout savoir. J'ai aimé la lecture qu'en fait Julie Pouillon. 

Date de parution : 
18 Avril 2018
- Éditeur d’origine : 
Préludes- Durée : 12h40

A conseiller aux amateurs d'amours contrariés. 
Merci au Prix Audiolib. Sylire est aussi mitigée. 

   


mardi 29 mai 2018

L'adoption de Monin et Zidrou

Ça faisait longtemps qu'elles me tentaient ces BD, et je ne sais pas ce qui m'a retenue de les lire plus tôt, d'autant que, les ayant offertes, je les ai eues entre les mains. Je n'avais pas trop lu les résumés pour ne pas trop en apprendre, signe tout de même que l'envie était vraiment là. Zidrou a su m'émerveiller mais aussi me décevoir et cette fois, j'ai retrouvé mon plaisir des débuts (pas ses débuts à lui, mais les miens). 
Je pensais que le titre résumait le sujet de ce diptyque alors qu'il n'en est qu'un aspect. C'est une histoire de famille plutôt, au sens large. Un couple ne pouvant avoir d'enfants adopte une jeune péruvienne de trois ans, rescapée d'un accident qui a fait des centaines de victimes. Le grand-père fait un peu son ronchon mais il se laisse finalement touchée par sa nouvelle petite-fille. Sauf que...


Difficile de vraiment parler de cette BD sans trop en dévoiler et je ne veux surtout pas dévoiler ce qui se passe, parce que la surprise a été un facteur essentiel dans mon plaisir de lecture. Disons que j'ai tout aimé de cette BD, les quelques bons sentiments qui heureusement, permettent de supporter le reste parce qu'au final, contrairement à ce que les dessins le laissent supposer, c'est bien noir. J'ai été émue par les liens familiaux, par l'amitié masculine des trois Gégés, ces trois retraités qui s'épaulent. Ce sont surtout les personnages d'hommes qui sont importants ici sauf une femme et j'ai aimé que les auteurs évitent les clichés : c'est la politicienne (de l'opposition quand-même) qui fait preuve de la plus profonde tolérance et sagesse. J'ai versé ma petite larme mais j'ai aussi vraiment ri. Alors, comme tous les autres, je vous conseille fortement cette BD en deux volumes. 

Le premier tome fut publié en mai 2016 chez Bamboo. 

Merci à Hélène à qui je l'ai offert et qui me l'a prêté et à MokaJérôme et Noukette qui, les premiers, ont su me donner envie

A conseiller à ceux qui veulent réfléchir un peu sur les dangers de l'adoption à l'étranger.

dimanche 27 mai 2018

Quelques jours entre le Calvados et la Manche

Je poursuis ma découverte de ces lieux normands que je ne connaissais pas. Pour des raisons professionnelles, j'ai passé trois nuits à Saint-Lô, ville de la Manche presque entièrement reconstruite après-guerre et qu'il ne me semble pas très utile que vous découvriez. Vous pouvez par contre découvrir la belle campagne environnante et comme je ne vous avais pas parlé de chambres d'hôtes depuis plusieurs années, je ne peux m'empêcher de mentionner celle de Fiona et Richard, située à 10 kilomètres de Saint-Lô mais surtout à une vingtaine de kilomètres de Bayeux (Calvados), célèbre pour sa tapisserie. Ce fut la première ville libérée par l'opération Overlord et elle est pourtant restée intacte. J'ai pris un réel plaisir à sillonner les rues de cette petite ville que je compte bien faire découvrir à ma fille cet été. 



Ma chance incroyable fut que les réservations pour la chambre d'hôtes de Fiona et Richard ouvrent juste avant que je ne reçoive ma convocation officielle. J'étais leur troisième cliente et ils se sont pliés en quatre pour rendre mon séjour parfait, venant me chercher dans le village voisin parce que je ne trouvais pas la ferme qu'ils continuent de rénover. La route qui y mène s'arrête d'ailleurs littéralement au bord de la cour, ensuite, il faut rebrousser chemin. Le rapport qualité/ prix est imbattable (j'ai payé 45 euros la nuit, petit-déjeuner inclus, ou plutôt c'est ce que mon employeur a payé) et Fiona a deux qualités essentielles : c'est l'hôtesse la plus accueillante que j'ai pu rencontrer (et ce n'est pas une hyperbole) et elle est écossaise ! Et figurez-vous que je ne le savais pas en réservant car je ne crois pas que les prénoms étaient notés. Bref, je n'ai qu'un regret et je le lui ai dit, c'est que lorsque je serai convoquée l'an prochain, la chambre sera prise d'assaut ! Heureusement, d'ici là, un gîte sera ouvert. Vous pouvez joindre Fiona par mail (fiona@thorn-farm.fr) ou au 06.47.78.01.06 et bien sûr, je ne perçois aucun avantage à leur faire de la pub. La chambre est située à La Petite Houssaye, 50680 Villiers Fossard.

Irais-je jusqu'à remercier l'Education Nationale de m'envoyer quatre jours à environ 200 kilomètres de chez moi ? Je crois que oui. 
A conseiller aux amateurs de villes anciennes et de chambres d'hôtes soooo British ! 



la chambre 
le petit-déjeuner 
la vue de la chambre.

la chambre

jeudi 24 mai 2018

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Une seule chose était acquise, on pouvait encore  partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre, et on pouvait couronner ces heures de plein vent par des nuits dans des replis grandioses. 

Sylvain Tesson, comme vous le savez sans doute, a été victime d'une chute qui l'a cloué au lit pendant un long moment, lui qui a toujours eu du mal à tenir en place. Il a ensuite décidé de traverser la France du sud au nord, sur ce qu'il nomme les chemins noirs. Hasard de mes lectures, c'est donc la seconde fois depuis le début de l'année que je lis le livre d'un auteur qui s'est décidé à parcourir la France. Hasard, vraiment ? Sans doute pas quand on sait que reprendre le chemin d'un GR me titille de plus en plus. 
La grande différence entre le livre d'Antoine Choplin et celui de Sylvain Tesson, auteur que je lisais pour la première fois, c'est que Tesson ne parle pas du tout d'écriture. Il lie surtout son périple à sa propre réhabilitation physique, que ce soit au niveau musculaire, en parlant de ses souffrances, de ce corps qui souffre mais qui semble finalement s'habituer à la marche qu'au niveau de son abstinence, rendue obligatoire par trop d'excès. 
On m'avait ramassé. J'étais revenu à la vie. Mort, je n'aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au Ciel. Cent milliards d'êtres humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo Sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu'on retrouve un proche dans la cohue d'une termitière éternelle encombrée d'angelots ?
Comme Choplin, il évoque les rencontres faites au hasard des chemins et on sent que ce sont des moments de partage importants, d'autant que Tesson vilipende les écrans et le terme d'hyper ruralité qui, chez les politiciens, est une insulte, un combat à mener. Sylvain Tesson rêve justement d'endroits oubliés par les ondes (bon, soyons honnête, c'est bien en rase campagne mais quand les enfants râlent parce que vraiment, on ne peut rien faire avec internet ici, ça fait moins rêver). L'alternance de marches solitaires et accompagnées permet de rythmer le récit et me fait réfléchir à une alternance identique parce que les discussions qu'il a avec des amis aux croyances différentes des siennes m'ont plu et que c'est aussi ce que j'aime dans la marche. J'ai moins aimé que le Choplin, sans doute justement parce qu'il ne parle pas d'écriture et que la plume est à mon avis, un cran en dessous mais j'ai aimé cette balade qui ne manque pas d'humour, d'autant qu'elle finit en Normandie. Normal, tous les chemins mènent ici, c'est bien connu !
Publié en septembre 2016 chez Gallimard. 

A conseiller à ceux que l'envie de marcher démange.  





mardi 22 mai 2018

Noces / L'été d'Albert Camus


L'espace et le silence pèsent d'un seul poids sur le cœur. Un brusque amour, une grande oeuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure, à certains donnent la même intolérable anxiété, doublée d'un attrait irrésistible. Délicieuse angoisse d'être, proximité exquise d'un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte ? A nouveau, sans répit, courons à notre perte. 

Vous l'avez compris si vous venez régulièrement ici, 2018 est à la fois mon année Duras et mon année Camus, étrange mélange d'une femme que je ne suis pas certaine de trouver sympathique, au moins dans la seconde moitié de sa vie  et d'un homme que j'admire profondément, pour ses idées et son courage à les défendre avant tout. Avant de me lancer dans le gros pavé qu'est sa correspondance avec Casares dans laquelle je serai plongée quand vous lirez ce billet,  j'ai choisi deux courts recueils. Je sortais d'un roman écrit par un poète et en entrant dans Noces à Tipasa, je me suis dit que pour moi, la vraie poésie était parfois dans les phrases d'auteurs qu'on ne qualifierait pas de poètes:
Ici même, je sais que jamais je ne m'approcherai assez du monde. Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-là dans celle-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres, depuis si longtemps, la terre et la mer. 
Comme dans Le premier homme, l'idée du bonheur est très présente, comme son amour pour sa terre d'origine qu'il n'idéalise cependant pas. 
Ce que j'aime chez Camus, ce sont ces phrases sur lesquelles je vais m'arrêter, ce sont aussi ces passages qui me feront réfléchir, un ou deux par livre, c'est déjà beaucoup, des passages qui vont me faire tourner autour d'une idée, que je vais ensuite m'approprier en la tordant pour tenter d'en saisir l'essence. De celui-ci, c'est la nécessité de refuser l'espoir pour atteindre le bonheur qui restera gravée en moi, doublement d'ailleurs puisque j'ai compris qu'on pouvait, en partant de cette même fondation, atteindre des leçons de vie complètement opposées. 
On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi - dont on puisse parler.
Je ne trouve pas ces recueils parfaits et j'ai nettement préféré Noces à L'été, mais j'y ai trouvé ce que je souhaitais y retrouver, un peu d'essence de Camus. 

Textes écrits entre 1936 et 1953. 

Merci à mon CDI.
A conseiller pour prendre un bain de soleil littéraire. J'ai presque eu envie de sortir ma crème solaire. 

dimanche 20 mai 2018

Mon spectacle du mois : Le pays lointain de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Clément Hervieu-Léger

Le pays Lointain est une réécriture de Juste la fin du monde, pièce qui fut d'abord un échec, puis  adaptée au cinéma par Xavier Dolan. Lagarce est désormais l'un des auteurs contemporains les plus joués en France. Même si j'avais plutôt aimé le film, je craignais que l'excès d'hystérie qui le caractérisait soit aussi présent dans la pièce, ce qui ne fut pas le cas. C'est dans une salle à moitié vide que nous avons passé ces 4h10 de spectacle, coupé par un entracte deux heures et demi après le début de la pièce. 
Louis a à peine quarante ans quand il revient dans sa ville qui n'en est pas tout à fait une, un endroit qu'on a forcément envie de quitter. Lui, d'ailleurs, est parti il y a longtemps, sans jamais revenir. Avant de mourir, Louis revient dans cet endroit et se retrouve confronté aux reproches et à l'amour de sa sœur et de son frère. La mère tente d'excuser celui qui est parti mais aussi d'expliquer la colère de ceux qui sont restés. Écrite peu de temps avant le décès de l'auteur, cette pièce m'a semblé inégale. J'ai profondément aimé la première partie, la manière dont Lagarce relie entre eux des personnes qui n'ont qu'un point commun, ils ont tous fait partie de la vie d'une même personne, j'aime cette idée de confronter la famille "subie" à la famille choisie, la dissection des conséquences pour les uns et les autres du départ d'un membre de la tribu, le travail sur la culpabilisation et l'auto-culpabilisation. Il y a une scène que j'ai particulièrement aimée car elle présentait un point de vue original, ai-je trouvé, c'est le souvenir qu'on laisse dans la tête des passants, comment un couple qui n'a en fait passé qu'une nuit et un court moment sous un parapluie peut toucher un conducteur qui ne les oubliera pas tout de suite. J'ai trouvé la mise en scène réussie, les décors esthétiques, les acteurs bons, certains très bons, comme Vincent Dissez qui joue Longue date (il y a d'ailleurs de très beaux passages sur l'amitié masculine et sur la difficulté pour les autres, la compagne ou le compagnon par exemple, de trouver sa place dans cet autre "couple"), Clémence Boué qui joue Hélène, la compagne de Longue Date et le jeune amant décédé joué par Louis Berthelémy. Je me suis par contre ennuyée après l'entracte, décrochant totalement jusqu à la tirade du frère, que j'attendais et qui m'a semblé trop longue et trouvant franchement ridicule cette idée de faire Louis se déshabiller sur scène (qu'est-ce que c'est que ce slip ?).  Ce n'est pas la nudité qui m'a gênée : voir Louis de dos, nu, face au très beau décor de fond, aurait été une bonne idée si on nous avait évité la scène du déshabillage.
Vu à l'Arsenal de Val de Reuil, vous pouvez encore le voir jusqu'en 2019, les dates sont ici. 

Merci à Celle qui a accepté mon idée de partager un spectacle de plus de 4h. 
A conseiller aux amateurs de questionnements intenses sur la famille. 



L'extrait de la pièce commence à 2mn 30. 




vendredi 18 mai 2018

Aurélien de Louis Aragon

Si on a regardé un homme jusqu'à ne plus voir en lui que ce qui le fait différent des autres, le particulier en lui, il est bouleversant de retrouver, avec d'autant plus de force qu'on l'oubliait déjà, que l'essentiel en lui, c'est ce qui ressemble aux autres. 

Aurélien vit de ses rentes, au milieu d'artistes parisiens. Des femmes, il connait les bras mais jamais il ne s'attache et elles ne semblent pas non plus s'attacher. Il semble être de ceux qui passent sans laisser de traces. Jusqu'à ce que ses pas croisent ceux de Bérénice Morel, jeune provinciale venue de R., mariée à un pharmacien. C'est loin d'être le coup de foudre mais une évidence finit par s'imposer à Aurélien, le voilà amoureux. De Bérénice ou de l'idée de l'amour ? C'est un peu, me semble--t'il tout le cœur de ce roman.
Avant de le lire, je m'en faisais une idée tout à fait fausse. Je croyais bêtement que c'était une histoire d'amour. Sans doute parce qu'il est écrit par un poète. Ce roman tel que je le lis, porte sur les regrets de ne pas vivre sa vie, quelle qu’elle soit. Bérénice, pour Aurélien, est un idéal, même si au début, il la trouve laide (ah le plaisir de lire cet incipit maintes fois entendu dans le regretté Les bonnes feuilles !). C'est l’idéal du sentiment amoureux et sans doute, plus tard, la nostalgie de sa jeunesse concentrée dans ce très court moment partagé avec Bérénice, qui est le lien entre Bérénice et Aurélien. En ça, c'est un roman réussi, difficile de ne pas y reconnaître une personne croisée au cours d'une vie, de celles qui font les petits (ou grands pour Aurélien et Bérénice) regrets d'une vie. Mais ils m'ont aussi agacés, ces deux-là, parce qu'au bout d'un moment de destins qui se croisent sans jamais se rencontrer vraiment, on a envie de leur dire que la vie, ce n'est pas ça.
Je suis contente d'avoir découvert ce classique malgré tout, même si j'ai été étonnée que le roman d'Aragon ne soit pas poétique, ni dans l'histoire, ni dans la plume, sauf peut-être par touches, comme dans ces pages sur la piscine:
L'autre fois, il était venu se jeter à cette eau tiède pour y fuir l'image de Bérénice mais il l'y avait retrouvée, attachante, imperdable. Il s'était abandonné à elle, vaincu. Bérénice, mêlée à la caresse de l'eau, à la souplesse de la nage, à cette intimité solitaire de son corps nu, à cette paresse jointe à l'effort, à toute la merveille de la rêverie et du mouvement. 
On donnera un carton rouge aux éditions Folio qui, dans la quatrième de couverture, consacre la moitié du résumé sur les quinze dernières pages ! J'ai par contre beaucoup aimé la préface signée Aragon lui-même, mais écrite plusieurs décennies après la publication du roman qui permet de comprendre qui étaient ses modèles et qui lui permet, et ça m'a fait sourire, de réconcilier le couple en général et celui qu'il formait avec Elsa avec la vision très noire qu'en présente ce roman. 

Publié en 1944 chez Gallimard. 696 pages. 

Merci à  Galéa qui, à force de répéter que ce roman l'avait marquée, m'a donné envie de le découvrir.
A conseiller à ceux qui rêvent leur vie. C'est un excellent antidote. 


mercredi 16 mai 2018

Bakhita de Véronique Olmi

On ne présente plus ce roman primé à la rentrée de septembre et que je n'avais aucune envie de lire. Bakhita est une histoire vraie, ce que je n'avais pas encore compris, celle d'une esclave enlevée au Soudan qui finit sa vie en Italie et fut canonisée. 
On me l'avait toujours présenté en me disant qu'il était une succession de malheurs, tous plus lourds à porter les uns les autres. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n'est pas du tout ce que j'en retiens. J'ai eu l'impression de suivre un parcours qui se découpe en deux grandes parties, la succession d'événements liés à sa condition d'esclave, puis sa vie une fois qu'elle entre dans un institut religieux, même si la deuxième partie est plus courte que la première. J'ai craint, au début, que Véronique Olmi ne mette son personnage dans toutes les situations possibles pour nous montrer ce qu'étaient les diverses conditions d'esclave en Afrique. C'était évidemment avant de découvrir que l'auteure n'inventait pas ce qui était arrivé. Mais au fur et à mesure de mes sorties, je me suis attachée à la voix de Véronique Olmi, à sa façon de nous raconter cette histoire tout en douceur. Peut-être d'ailleurs est-ce cette voix qui a gommé, pour moi, la noirceur du texte. Je suis presque persuadée qu'en version papier, j'aurais abandonné ce livre mais j'ai pris ici plaisir à retrouver l'histoire au fil de mes sorties footing. J'ai nettement préféré la seconde partie, pour sa critique de la société européenne mais aussi et surtout, pour le fait que si Bakhita trouve son salut dans la religion, elle est utilisée par les membres du clergé pour vanter les mérites de l'évangélisation de l'Afrique.

Date de parution : 
14 Mars 2018
- Durée : 13h11

Merci au Prix Audiolib 2018. 
A conseiller pour courir en écoutant un livre audio (il y a quelque chose dans le rythme qui s'est, pour moi, parfaitement accordé). 
  

dimanche 13 mai 2018

Quelques jours (fériés) à Lille

J'ai une tendance naturelle à aller vers le sud. Quand je choisis de me diriger vers le nord, à part vers  le Royaume-Uni, c'est souvent que l'idée ne vient pas de moi. Il est plus que probable que mes pas me conduiront régulièrement à Lille dans les années à venir et je suis bien contente d'avoir enfin pris le temps de découvrir la ville, après l'avoir traversée en coup de vent l'an dernier. Voici en quelques photos mes coups de cœur, mais aussi ces traditions lilloises qui ne sont pas pour moi : 
Statue de la paix de Nicolas Alquin, cathédrale Notre Dame de Treille, inaugurée le 20 avril 2018

le parc de la citadelle

le beffroi qui fut notre repère

les merveilleux de Fred, une institution bien trop crémeuse pour moi

le Welsh, bien trop lourd pour moi (mais pas pour tout le monde)

l'expo Séries TV au musée des Beaux-Arts reliant des extraits de série et des oeuvres (ici Twin Peaks et une copie anonyme de la Vénus de Milo)

L'amour piqué de Jean-Antoine-Marie Idrac (1876) : le pauvre Cupidon se fait piquer par une abeille tandis que son autre pied repose sur une rose

Lost in meditation de George Lacombe (1896) fut l'occasion d'expliquer à ma fille qui est Marie-Madeleine dans la religion catholique. 

Merci à celui qui, ayant décidé de passer quelques années dans cette ville qui lui plait beaucoup, m'a incitée à la découvrir.
A conseiller aux amateurs de villes vivantes. On notera tout de même qu'on est très souvent abordé pour diverses raisons (il m'a semblé que c'était bien plus fréquent que dans les villes que je connais).


vendredi 11 mai 2018

Ceux qui restent de Josep Busquet (texte) et Axel Xöul (dessin)

Ben disparaît un jour de sa chambre, ne laissant aucun indice derrière lui. Les médias s'intéressent à son cas, les parents sont entendus, plaints mais aussi, comme toujours, soupçonnés. Quelques mois plus tard, Ben réapparaît, persuadé de n'être parti que quelques jours. Il raconte les combats qu'il a dû mener contre les monstres, il est clair qu'il ne rêve qu'à un prochain départ. Deux membres de l'AEP prennent contact avec ses parents. Eux le savent, Ben va à nouveau disparaître et quand ce moment viendra, il faudra que les parents soient bien entourés. 
Moi qui n'aime pas le fantastique en littérature, cet aspect ne m'a pas dérangée. Parce que sous couvert d'une histoire invraisemblable, les auteurs abordent deux grands thèmes réalistes : le sort qui est fait aux parents de jeunes disparus et le syndrome de Peter Pan, cette envie de ne pas grandir qui dévore, il me semble que c'est le terme approprié, certaines personnes. Et le scénario est sur ce point réussi. Ce qui m'a dérangée, c'est la faiblesse des dialogues. Tentez de les lire à voir haute, parfois, ça sonne vraiment faux. C'est malgré tout une BD que je recommande et si j'ai été un peu frustrée, c'est parce que justement, le scénario est réussi. Les dessins correspondent très bien au thème. 

Publié le 21 mars chez Delcourt. 128 pages.

A conseiller aux ados et à leurs parents.
Merci aux explorateurs du polar de Lecteurs.com

mardi 8 mai 2018

L'Amant de Marguerite Duras


Je continue mon exploration de Duras avec son titre le plus connu sans doute, surtout après l'adaptation de Jean-Jacques Annaud. Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire et à mes souvenirs peut-être erronées  du film, ce roman ne se centre pas uniquement sur la relation qui a lié la narratrice (et l'auteure me semble-t'il) à un jeune chinois de vingt-sept issu d'une famille fortunée alors qu'elle-même n'en avait que quinze. C'est ça, bien sûr mais aussi, et de plus en plus au fur que le roman avance, c'est sur sa famille qu'elle écrit, cette mère qui ne s'est pas remise d'avoir acheté une concession qui ne rapporte pas et qui mise sur sa fille pour qu'elle passe l'agrégation de mathématiques et ses deux frères, le "bon" et le "méchant", car il n'y a pas de nuances de gris dans la description de ces deux-là. On retrouve dans L'Amant de nombreux thèmes, personnages, intrigues d' Un Barrage contre le Pacifique mais en plus épuré et en plus construit, même si on passe souvent d'une idée à une autre, sans lien apparent. Mais ça, quand c'est bien fait et c'est le cas, c'est un aspect que je peux aimer dans la littérature. C'est donc un roman que j'ai aimé, moins sensuel et surtout moins polémique que ce à quoi je m'attendais, sans doute parce que l'histoire est racontée par la narratrice adulte qui n'est pas traumatisée par cette expérience mais au contraire, se réjouit d'avoir été initiée par un connaisseur du corps et du plaisir féminins. Et puis, il était temps, même si d'autres auteurs l'avaient probablement fait avant elle, qu'on lève le tabou sur la différence de l'âge à laquelle survient la maturité sexuelle pour les jeunes filles.
J'ai maintenant envie de revoir le film car le souvenir que j'en ai est bien différent du roman, ce qui explique peut-être pourquoi Duras le rejeta. 

Publié en 1984 aux Editions de Minuit. 140 pages. 

A conseiller aux amateurs de familles compliquées.
Merci à mon CDI. 

dimanche 6 mai 2018

Un week-end près du GR 21

Ce week-end là, je découvrais un coin de Normandie que je ne connaissais pas. Le week-end précédent, j'avais passé une journée entière au Havre, ville dans laquelle je n'étais allée qu'une fois ou deux depuis que je vis en Normandie (je suis arrivée à dix-huit ans) et je me suis dit que décidément, c'est une ville qui n'est pas faite pour moi. Je ne vous parle pas des endroits de ma région que je n'aime pas, en voilà donc un. Mais là, près d'Yport, à Vaucottes, je retrouvais la côte que j'aimais. En balade ou en courant, je profitais de la beauté de cette Normandie que j'ai décidé, un jour, de ne plus quitter. 
En courant, je profitais pleinement de la forêt en fleur et finissais mon parcours avec la mer pour seul horizon. Tout ce que j'aimais. 
La balade passait en partie par la GR 21. Ça montait sec et ça descendait aussi sec.  Là encore, c'était d'une beauté à couper le souffle.  Et je me suis dit que j'avais envie de parcourir les 179 kilomètres du GR 21 un jour au l'autre. 

Merci à Anaïs pour ce week-end. Quel cadeau ! 
A conseiller aux coureurs, marcheurs, amoureux des belles villas et de tranquillité. 

Vue des  hauteurs de Vaucottes
 
Yport
 


jeudi 3 mai 2018

L'écrivain public de Dan Fesperman



... c'est une langue merveilleuse, une véritable chanson d'amour. Ces voyelles qui roulent comme deux amoureux dans un lit... Par comparaison, l'allemand titube telle une armée en retraite, un cortège de consonnes macabres dans une allée pavée.  

L'intrigue de ce roman se déroule dans le New-York des années 40. Un écrivain public nommé Danziger vient proposer une collaboration à un flic nouvellement arrivé, Woodrow Cain. Le Normandie vient de couler dans l'Hudson, de l'Europe arrivent des nouvelles inquiétantes et un homme est retrouvé mort sur les quais. Grâce à Danziger, Cain va découvrir le quartier allemand de New-York, dans lequel officient des nazis. Et nous aussi par la même occasion.
L'intérêt de ce roman ne tient pas dans l'intrigue policière mais dans les lieux et les milieux qu'il nous fait côtoyer. Librement inspiré de faits réels et de personnages ayant existé, il tisse les liens qui unissaient la mafia et le procureur pour protéger la ville contre les ennemis. On s'attache aux personnages principaux, ce flic qui se retrouve avec sa fille alors qu'il l'aurait bien laissée encore un peu à l'abri chez sa sœur et qui doit faire avec la pression imposée par son puissant beau-père et ce vieil homme juif qui semble avoir autant de vies qu'un chat. Si vous avez envie de vous plonger dans l'Amérique qui a suivi la Prohibition, je vous le conseille. Je ne dirais pas que je l'ai trouvé passionnant mais je l'ai trouvé instructif. 

Publié au Cherche-Midi en avril 2018. 453 pages. 

Merci à l'agence Anne et Arnaud.
A conseiller aux amateurs de polars d'ambiance. 

mardi 1 mai 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré

Tous les rêves de père ne sont que des chimères, des rêves de petites filles qui attendent le Prince Charmant, des rêves merveilleux dans lesquels il est réjouissant de s'égarer, mais si dangereux, car ils ne tiennent jamais leurs promesses. 

La narratrice grandit dans les années 70, auprès d'une mère plus ou moins rejetée par sa propre famille et qui a du mal à trouver sa place et un père qui a tendu la main à une inconnue, l'a épousée, a construit avec elle une famille, puis va découvrir (ou assumer sans doute plutôt) qu'il aime les hommes. On comprend vite qu'on a affaire à une famille hors du commun mais aussi, au fil des pages, à une enfant, puis une jeune fille qui ne va pas bien et à qui personne ne tend la main, peut-être pour la simple raison que sa douleur est très discrète, sauf quand elle est à bout. 
Je me souviens d'un homme dont je suis longtemps restée amoureuse, notre histoire n'avait duré qu'un mois mais j'ai poursuivi un dialogue imaginaire avec lui pendant des années... Je l'ai revu il y a quelques années, il ne comprenait pas pourquoi je l'avais quitté [...] "Je n'étais pas très heureuse, ni très à l'aise à cette période, tu as dû t'en rendre compte". 
Il est tombé des nues. 
J'ai commencé ce roman, qui n'en est évidemment pas un, en me disant que ça avait été une mauvaise idée de vouloir découvrir ce livre écrit par une actrice que j'aime. Et puis, de fil en aiguille, elle m'a touchée, beaucoup. Il ne faut pas le lire si vous souhaitez lire un roman mais si vous souhaitez ouvrir une fenêtre sur la femme qui se cache derrière cette actrice souvent qualifiée par les journalistes, comme elle le rappelle, de "discrète et lumineuse", ce livre est pour vous. Il est aussi pour les ados et les adultes qui se sentent, pendant un moment, juste posés à côté de leur vie. Elle raconte très bien cette difficulté à vivre, à se lever. Malgré son parcours particulier dû à la marginalité de sa famille (elle a vécu seule dès quinze ans et c'est une particularité dont elle se serait bien passée), il y a de l'universel dans son mal-être. J'en ressors avec l'envie de revoir quelques uns de ses films et en l'appréciant sans doute encore davantage. C'est un livre qui porte en lui beaucoup d'espoir, entre le bien-être que semble désormais ressentir l'auteure mais aussi les dernières histoires d'amour de ses parents. 
Je continuerai aussi de sourire , en pensant à cette phrase de Iago dans Othello : "Je ne suis pas ce que je suis...". Je continuerai comme ça, comme nous le faisons tous, parce que le reste n'est pas dicible. 

Publié chez Grasset en janvier 2018- 300 pages. 

Merci aux prix Elle des lycéennes. J'ai l'impression que c'est un livre dans lesquelles les adolescentes se reconnaîtront. 
A conseiller à tous ceux qui ne sentent pas être ce que les autres voient. 

dimanche 29 avril 2018

Love Addict de Frank Bellocq

Un blog, c'est souvent un versant de nous-même. Il y a les autres versants, ceux qu'on préfère cacher. Nos faiblesses,  nos mauvais goûts. Ou ce que les autres percevront comme du mauvais goût. Il est temps pour moi d'assumer l'une de mes faiblesses.
Je vais rarement voir des comédies au cinéma, j'en regarde même très rarement en général. Pourtant, il m'arrive d'avoir envie d'en voir, disons une tous les deux ou trois ans. Je me suis donc demandé ce qui me donnait envie de les voir et souvent, c'est leur tête d'affiche. Je suis allée voir Intouchables pour la beauté d'Omar Sy et parce que je ne résiste que très rarement aux films avec François Cluzet, sans quand il devient un agriculteur normand . Cette fois, j'ai eu envie de voir Kev Adams sur grand écran. Découvert dans Soda, je le trouvais au dessus du lot des autres adolescents de la série. Je faisais remarquer à ma fille que personne d'autre que nous ne semblait l'aimer et elle me confirma qu'elle était la seule dans son groupe de copines (évidemment, je n'ai jamais demandé aux miennes ce qu'elles pensent de Kev Adams). Nous sommes donc peut-être seulement deux à l'apprécier, et vu le nombre de personnes dans la salle à notre séance, j'ai bien peur de ne pas beaucoup exagérer. 
Je pourrais vous raconter l'histoire de ce film, ça n'aurait aucun intérêt parce qu'une seule raison vous le fera aimer, si vous l'aimez, c'est Kev Adams. Ma fille a trouvé le film "moyen". Moi, il m'a séduite (même si je suis la première à avouer qu'il ne casse pas trois pattes à un canard) parce que je trouve Kev Adams à la fois drôle et touchant. C'est en fait un show de Kev Adams, avec des passages chantés et dansés comme j'adore.  J'ai ri et surtout, j'en suis sortie avec un sourire que j'ai eu du mal à effacer.

Sorti le 18 avril 2018- 1h 33.  Avec Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine...

vendredi 27 avril 2018

Dans les angles morts d'Elizabeth Brundage

Elle avait croisé des gens comme lui toute sa vie. Le genre de type sorti indemne de l'adolescence, sans trace ou cicatrice visible, sans histoire apparente. 

George Clare rentre de son travail et retrouve sa femme assassinée et sa fille endormie. Il prétend évidemment qu'elle était bien vivante à son départ le matin même. Pour la police, le mari est souvent le premier suspect. La maison dans laquelle la famille Clare vivait avait déjà abrité un drame puisque les précédents propriétaires s'y étaient suicidés, laissant trois garçons à la charge d'un oncle.
J'aime souvent les histoires qui font la part belle aux maisons et ce roman ne fut pas une exception. Elle relie les Clare et les trois garçons et le destin de ces deux familles maudites. Ce qui les rassemble tous, surtout, c'est un mariage mal assorti parce qu'on le sent très vite, George Clare et sa femme ne s'aimaient plus. Ce roman qui pourrait être classé dans les romans noirs est un roman d'ambiance. On y avance petit à petit, on s'immisce dans ces vies, découvrant les failles des uns et des autres. Soyons honnête, on sent le patte féminine, les failles sont toutes masculines mais ce sont les trois garçons (un enfant et deux adolescents) qui réhabilitent la gente masculine. On sent l'ambiance s'alourdir dans les deux intrigues et la pression que subissent les femmes. Je ne m'attendais pas à une telle fin dans ce roman et j'ai été agréablement surprise. C'est un roman que je recommande, quand on a le temps, car on y entre lentement mais sûrement. C'est l'histoire d'une époque, celle au cours de laquelle les femmes restaient encore souvent à la maison, et celle d'un lieu, l'Amérique rurale. C'est l'histoire de ce qui peut se passer quand il est difficile de quitter une relation néfaste dans laquelle aucune des deux parties ne trouve plus son compte, et du poids qu'on fait porter aux enfants. 
Tous les parents sont coupables de quelque chose. On fait ce qu'on peut pour réparer. Parfois, ça marche. D'autres fois, hélas, on est obligé de lâcher. 

Publié en janvier 2018 à La Table Ronde. Traduit par Cécile Arnaud. 528 pages. 

Merci au Prix Elle des lycéennes. 
A conseiller aux amateurs de maisons "hantées". Celle-ci m'a rappelé une maison devant laquelle je passe en courant et que je ne peux revoir sans penser au drame qui s'y est un jour produit. Je me demande toujours comment on peut vivre dans un lieu autant chargé de violence. 

La disparition de Josef Mengele d'Olivier Guez

Josef Mengele arrive en Argentine en 1949, libéré, pense-t'il, des menaces qui pèsent sur lui, le médecin d'Auschwitz, en Europe....