mardi 18 septembre 2018

L'hiver du mécontentement de Thomas B. Reverdy

Elle n'a que vingt ans, Candice, alors le couple pour elle, enfin l'expérience qu'elle en a, c'est surtout celle de ses parents mais elle s'en fait une théorie, une religion. A vingt ans, on n'a pas assez d'expérience, alors on se fait des certitudes. 

Candice est une jeune londonienne dans les années 70, ces instants qui précédèrent l'arrivée de Thatcher au pouvoir. Tout en étant coursière pour une petite entreprise, elle rêve de devenir comédienne et avec les Shakesperettes, a pour objectif de jouer un Richard III féminin, campé par des femmes et dans lequel on redonne aux personnages secondaires féminins, souvent évincées parce qu'on coupe souvent des passages de cette pièce, la place qu'elles méritent. Evidemment, à l'aune de l'avènement de Margaret Thatcher, tout ça prend du sens.
L'Angleterre des années 70 est loin de m'être étranger, je l'ai étudié en long, en large et en travers il y a deux ans. Et j'ai adoré cette période (à défaut du cours qui m'était donné). J'ai souvent eu l'impression que c'est justement ce que faisait Thomas B. Reverdy, qu'il me recrachait un cours tout en tentant de bâtir une histoire dessus. Et ça ne fonctionne pas. J'avais très envie de découvrir ce roman parce qu'on m'avait dit que l'écriture de Reverdy était poétique (vraiment ?). Ça me faisait peur et ça m'attirait aussi. Mais les thèmes qu'il avait abordés jusqu'à présent ne m'avaient pas tentée. Avec cet hiver du mécontentement, celui qui a mis la Grande-Bretagne au bord du chaos, j'étais persuadée que c'était le roman qui pouvait me faire entrer dans son univers. A tort. J'ai hâte de savoir ce qu'en penseront des gens qui connaissent moins le sujet (j'ai vu que Delphine n'était pas emballée mais je ne sais pas ce qu'elle connaissait du sujet) parce qu'il peut être néanmoins intéressant de voir comment Thatcher a su s'entourer pour gommer tout ce qui pouvait la desservir. C'est un roman qui n'explique à mon avis pas assez le titre, le pouvoir des syndicats et des représentants syndicalistes qui regardaient parfois davantage leurs intérêts que ceux de la base, c'est d'ailleurs une époque qui a vu un véritable changement s'opérer entre l'ancienne vague de syndicalistes et les nouveaux. Et c'est en partie ce qui a aidé Thatcher à accéder aux pouvoir. La Grande-Bretagne de cet hiver 78-79, c'est un désordre inconcevable et au vu du titre, c'est là-dessus que j'attendais Reverdy. J'ai trouvé que comparer Thatcher à Richard III, c'était quand-même facile, tout comme j'ai trouvé non littéraire et cédant à la facilité cet abécédaire final du libéralisme (et puis franchement, résumer Reagan à un vieil acteur et à un prénom de clown, c'est limité). Inutile de poursuivre, vous devez sentir poindre mon agacement dû au fait qu'à mon avis, cette période était une matière de choix pour un roman passionnant. Le gros avantage de ce roman dans le cadre du Prix Goncourt des Lycéens, c'est qu'on pourra parler de la Grande-Bretagne des années 70 et des nombreuses références à l'oeuvre de Shakespeare (Roméo est-il un imbécile?). J'allais oublier le personnage de Jones, le jeune musicien qui ne parvient pas à vivre son rêve, lui je l'ai adoré mais il doit apparaître dans dix pages. 

Publié en août 2018. 210 pages. 

Merci à la FNAC, fournisseur de nos romans du PGL.
A conseiller peut-être à ceux qui ne connaissent pas grand chose à la période qui a précédé l'arrivée de Thatcher au pouvoir. 

16 commentaires:

  1. J'ai abandonné "Les évaporés" de cet auteur. Les blogs en disaient beaucoup de bien, mais je n'ai pas du tout accroché à l'écriture et je m'ennuyais. Je n'ai pas l'intention de récidiver.

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    1. Je ne suis pas certaine de récidiver moi non plus.

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  2. J'avais beaucoup aimé Les évaporés et Il était une ville, j'avais apprécié son écriture, mais les avis sur ce dernier roman m'en détournent tous ou presque... j'attendrai le suivant ! ;-)

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  3. Bon, c'est clair. J'étais peu attirée par de roman, craignant en effet la leçon. Pourtant j'ai aimé ce que j'ai lu de Reverdy ( et son écriture ), que visiblement on ne retrouve pas. En lisant tes explications, je me Dis qu'effectivement, il y avait matière.

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    1. Étrange ce changement de cap dans l'écriture, alors.

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  4. J'ai aimé ses deux romans précédents mais le sujet de celui-ci ne m'attire tellement pas que j'étais certain de faire l'impasse. Tu aurais pu me faire changer d'avis mais au final tu me confortes !

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    1. Alors que paradoxalement, le thème m'attirait.

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  5. C'est mon cas, je connais mal cette période ! Peut-être que j'aimerais... En revanche, je viens de lire Richard III et j'ai adoré cette pièce. Sur Richard III, j'ai lu un roman historico-arlequinade de gregory Phillippa et j'ai détesté !

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    1. Je ne connais pas les pièces historiques de Shakespeare. Je ne sais pas pourquoi, elles me font peur. Il faudrait que je m'y mette, peut-être plutôt en allant en voir une au théâtre.

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  6. je ne suis pas sûre de tenter non plus!

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  7. Ce ne sera donc pas un de tes préféré de cette sélection.

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  8. Dommage, j'ai beaucoup aimé "Il était une ville", notamment pour l'écriture en effet poétique de l'auteur, mais aussi pour l'atmosphère très particulière qu'il y installe. En revanche, je n'ai pas accroché à ses "Evaporés", malgré un sujet intéressant, là aussi...

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    1. Je note "Il était une ville", si j'avais envie de lui donner une deuxième chance.

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