mercredi 7 novembre 2018

Oui, oui, oui !

C'est mon chouchou (le livre ou l'auteur, je ne sais pas dire) et il vient de remporter le Goncourt 2018. Un grand bravo à Nicolas Mathieu et bon courage pour la suite car obtenir le Goncourt pour un premier roman, ce n'est pas un cadeau(merci Ingannmic pour la rectification, j'oublie à chaque fois qu'il y a eu un titre avant). Mes élèves ont fait leur choix pour le Prix Goncourt des Lycéens et j'accompagnerai la déléguée à Rennes lundi prochain pour qu'elle le défende. 


jeudi 4 octobre 2018

L'ère des suspects de Gilles Martin-Chauffier

Vous aurez mille fois le temps de faire plus ample connaissance pendant vos maraudes dans la Cité noire où je ne vous demande qu'une chose : pas de vagues. Les journaux geignards qui expliquent que tout va bien par ici endimanchent la réalité. Mais ceux qui annoncent chaque matin l'apocalypse la noircissent tout autant. Dans la maison du bonheur, on n'a laissé que le hall à Versières. Quand ils ne sont pas au chômage, ils vivotent de petits boulots. Mais depuis trois ans, miracle, ils sont au point mort, ne se battent pas, ne hurlent pas, ne protestent pas. Donc pas de zèle. Les gamins peuvent bien tenir les murs des entrées des HLM, ce n'est pas votre problème. Et si vous croyez voir un début de trafic de shit, passez votre chemin. Les surhommes de la BAC et autres services dopés au pot belge s'en chargeront tôt ou tard. Tard, j'espère. Le mot d'ordre est clair : quand tu ne peux pas éteindre le feu, ferme les yeux. 

Dans la cité de Versières, un jeune beur est retrouvé mort après avoir été pourchassé par Cosme, un jeune gendarme. Ce roman va donner la parole à tous les protagonistes, proches ou lointains, de cette affaire, de Cosme aux avocats en passant par la mère de la victime et le caïd de la cité pour ne nommer qu'eux.
C'est très probablement le roman le plus social et politique de notre sélection du Prix Goncourt des Lycéens. L'auteur y égratigne les avocats à la recherche de notoriété qui confient d'ailleurs souvent l'affaire à un bras droit plus ou moins expérimenté, les politiciens qui sont bien contents de laisser les cités aux caïds puisqu'au final, il y instaurent une économie (presque) comme les autres. On voit aussi comment Uber permet de mettre une façade propre sur des activités illégales. Comme souvent avec ce genre de romans, où toutes les paroles sont notées noir sur blanc, j'ai eu du mal à démêler les opinions de l'auteur et sur un sujet aussi brûlent, ça me dérange toujours un peu. Je suppose qu'un certain nombre de lecteurs trouveront qu'il n'y a pas grand chose de nouveau dans ce roman, ce ne fut pas mon cas parce que je ne m'étais sans doute jamais penchée sur l'économie des cités et le lien entre les différents acteurs de cette cité et le monde extérieur. C'est vraiment ce que j'ai le plus apprécié et je pense que ça devrait beaucoup intéresser mes élèves et sans doute soulever des débats. Dans ce roman, certains sont aussi prétentieux qu'ils le paraissent mais personne n'est aussi naïf qu'on pourrait le croire et personne n'est pur comme un agneau. J'ai souvent souri et ai apprécié la plume de l'auteur. Mon seul bémol est peut-être qu'à un moment, j'ai trouvé qu'on tournait un peu en rond. L'autre, c'est que tous les jeunes hommes sont présentés comme des gourmandises sur lesquelles les femmes ont soit envie de sauter, soit sur lesquels elle veulent asseoir leur pouvoir mais pourquoi pas, ça change des mâles qui ne savent pas se tenir et pour être franche, les hommes ne sont pas plus épargnés que les femmes dans ce roman. 
Il fait tout de même partie des romans que j'aurais lus en moins de vingt-quatre heures, ce qui est bon signe. 

Publié en septembre 2018 chez Grasset. 285 pages. 

mardi 2 octobre 2018

Quand Dieu boxait en amateur de Guy Bolet

Il faut admettre, dût-on passer pour un fils idolâtre, que mon père est d'une beauté sauvage, James Dean local, il possède les yeux et le voix tendre d'un Jean Marais d'un Dean Martin, d'un Jean Sablon, d'un Luis Mariano et la prestance d'un Cary Grant ou d'un Gary Cooper [...].Cupidon et Eros seraient spontanément descendus parmi nous qu'on l'eût spontanément baptisé des deux noms à la fois. C'est du moins ce qu'en pensent les femmes sitôt qu'il apparaît, un frisson animal parcourant leur échine et venant se répandre dans des endroits auxquels Dieu interdit que l'on puisse seulement songer. 

Le narrateur de ce roman raconte son père, ce héros qui ressemble pourtant plutôt à un homme étant passé à côté de ses rêves qu'à ce qu'on imagine d'un héros. Boxeur amateur adorant jouer des scènes d'opérettes dans sa cuisine, cet homme avait aussi de nombreuses fois personnifié Jésus dans la pièce écrite par son meilleur ami devenu abbé. Pourtant, ce Jésus d'opérette n'avait pas les épaules assez larges pour porter sa croix, celle du décès de son deuxième fils, mort dans sa petite enfance. 
Vous imaginez bien que moi qui ai passé l'année dernière à dire à ma fille, surtout, le jour de l'oral d'anglais, à la question "Qui est ton héros ?", tu ne réponds pas "Ma mère" parce que je ne supporte plus cette réponse idiote et souvent non étayée par des arguments convaincants, je n'étais pas la lectrice idéale pour ce roman. Je n'aime pas les romans, fictifs ou pas parce qu'au final, peu m'a importé que le narrateur soit l'auteur ou pas, qui parlent des mères ou des pères, que ce soit pour les porter aux nues ou pour les vilipender. Je n'ai rien contre le fait d'être en adoration devant ses parents, dans la vie, ça me touche même qu'on me démontre que ça arrive, mais je trouve que ça fait globalement de la mauvaise littérature. 
Je sais que Guy Boley a gagné le cœur de nombreuses blogueuses littéraires avec son précédent roman, Fils de Feu et je suis la première à reconnaître la qualité de sa plume. J'ai aimé quelques passages mais j'ai trouvé l'ensemble bien creux. 

Publié en août 2018 chez Grasset. 175 pages. 

Merci à la FNAC.
A conseiller à celles qui n'ont pas une pierre à la place du cœur. 

jeudi 27 septembre 2018

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu

L'éducation est un grand mot, on peut le mettre dans des livres et des circulaires. En réalité, tout le monde fait ce qu'il peut. Qu'on se saigne ou qu'on s'en foute, le résultat recèle toujours sa part de mystère.

Ils s'appellent Anthony, Hacine, Steph et Clémence, tous adolescents au début des années quatre-vingt dix en Lorraine, dans ces villages qui se finissent presque tous en -ange, ceux qui ont décliné avec la fermeture des hauts-fourneaux. Les filles viennent de milieux plus aisés que les garçons et elles ne rêvent pourtant que d'une chose, quitter la petite vie minable de leurs parents. Pendant quatre étés, les pas des uns et des autres vont se croiser.
Je crois que c'est la première fois que je lis un roman sur le thème de l'adolescence dans cette région française, d'ailleurs sans doute transposable à d'autres. On y sent la désillusion des immigrants venus d'Afrique du Nord et de leur descendance et la vacuité des journées dans ces endroits où il  n'y a pas grand chose à faire pour un ado, surtout s'il n'a pas d'argent. On comprend comment on se fourre vite dans le pétrin à vouloir jouer les kékés pour épater les filles parce que finalement, tout commence toujours un peu comme ça. Entre les garçons, tout n'est qu'une éternelle histoire de rivalité qui ne s'efface jamais vraiment. Les filles, elles, rêvent de trouver le grand amour mais elles ne tombent évidemment sous le charme que de ceux qui ne les aimeront jamais, l'inverse est d'ailleurs vrai aussi. Mais contrairement aux garçons, peut-être grâce à leurs origines sociales plus favorisées, elles ont compris l'essentiel : pour se faire une vraie place au soleil et pour quitter ce trou, il faudra étudier, réviser pendant des heures, écourter les nuits. Je me suis incroyablement attachée à ces quatre ados, sans doute plus aux deux garçons qu'aux filles même si un personnage féminin secondaire, Vanessa,  m'a beaucoup plu. Il y a de la tendresse dans la manière de décrire ces familles, ces parents paumés qui tentent de faire de leur mieux. Et puis, il y a ces dizaines de phrases qui m'ont saisie par leur justesse et leur force. 
L'alcool, à force, devient un organe parmi d'autres, pas moins indispensable. Il est là au-dedans, très profond, intime, utile à la marche des affaires, comme le cœur, un rein, vos intestins. En finir, c'est s'amputer. 
D'autres m'ont fait éclater de rire. J'aurais envie de vous en citer davantage mais je préfère que vous les découvriez vous-même. 
Je ne manquerai pas de relire l'auteur et je souhaite bonne chance à ce roman dans la course aux prix. Encore une fois, j'ai hâte de voir ce que m'en diront les élèves. Il est sexuellement très explicite ; je trouve qu'il est assez difficile de réussir des scènes sexuelles, or Nicolas Mathieu y parvient très bien. Il montre aussi comment, dans ce genre de relations où tout le monde semble d'accord, l'un des deux  ne peut s'empêcher de s'attacher, comme s'il n'y avait d'autres solutions que de vivre en déséquilibre permanent. Si ce roman met en scène des ados, l'adulte que je suis s'est souvent reconnue dans des passages et c'est à mon avis l'une des forces de ce roman. Et puis, si je puis me permettre d'émettre ce genre d'avis, il faut que Nicolas Mathieu garde sa conseillère en sexualité féminine ; pour un homme, il se met très bien dans la tête des femmes, allant parfois contre certaines idées reçues. 

Publié en août 2018 chez Actes Sud - 426 pages. 

A conseiller aux ados et aux parents.
Merci au jury du Prix Goncourt d'avoir eu le bon goût de le sélectionner. 

                                                               

mardi 25 septembre 2018

Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard

La narratrice est une jeune prof, mère de famille, qui vit, dit-elle, une période de latence avec un compagnon qu'elle n'aime pas tout en s'ennuyant profondément. Lors d'une soirée, elle rencontre Sarah, jeune violoniste qui passe son temps à voyager, le genre de femme agaçante qui prend toute la place dans une pièce. Elle parle fort, elle est mal habillée. Pourtant, les deux femmes, qui n'ont jamais été amoureuses d'une autre femme,  vont se revoir et ne plus vouloir vivre que les moments qui les réunissent. 
Je ne connaissais pas du tout le thème de ce roman avant de l'ouvrir et les cinquante premières pages m'ont remuée. Elles sont fortes, écrites sur un rythme haletant et saccadé, comme les débuts d'une passion. J'ai reposé le roman à contre-cœur. Peut-être n'aurais-je pas dû le poser car la magie n'a plus opéré quand je l'ai ouvert à nouveau. J'ai trouvé que ça tournait en rond, comme une passion me direz-vous, qu'on ne cessait d'aller dans les hauteurs pour mieux retomber au plus bas et que finalement, vu de l'extérieur, c'était pathétique, une passion. J'ai malgré tout aimé les leitmotivs, cette répétition de "Ça raconte Sarah" et les différentes définitions du mot latence. Mais je n'ai plus du tout adhéré dans la partie italienne, que j'ai trouvée floue, folle. 
J'ai vraiment hâte d'avoir l'avis de mes élèves. Seront-ils choqués par les scènes de sexe ou par le langage cru? Je sais ce que vous vous dites, ils en voient d'autres. Certes, mais ils ont tendance à se faire une idée de la littérature "sérieuse" qui ne va pas coller avec ce roman. Ce sera pour moi le grand intérêt de cette lecture dans le cadre du Prix. 
C'est un coup de cœur pour Joëlle. Je ne peux m'empêcher de vous donner le lien de l'article de Télérama qui relie tout de même ce roman à une chanson kitsch présente dans mon ipod  et que j'avais mentionnée cet été. 

Publié en août 2018 aux Editions de Minuit- 192 pages

A conseiller à ceux qui aiment les passions destructrices. 
Merci à la FNAC. 


dimanche 23 septembre 2018

La remise des romans


La semaine dernière, c'était le grand jour, nous remettions les romans aux élèves ! Nous avions prévu deux heures pour leur lire des extraits de chaque roman et comme nous étions cinq lecteurs, mon collègue de lettres, les deux documentalistes, la bibliothécaire et moi-même, ça a probablement permis aux élèves de ne pas se lasser. En tout cas, ils ont été suffisamment polis pour ne pas le montrer. Eux-mêmes avaient préparé des petites fiches sur chaque auteur, même ceux de premiers romans et c'est donc une présentation qui a fait participer les adultes comme les ados. Comme nous n'avions qu'un livre par personne (le premier jeu de quinze romans offerts par la FNAC ainsi que ceux prêtés par la médiathèque), nous ne leur avons que partiellement permis de choisir leurs lectures. Cette année, nous avons décidé de les faire lire par groupe de trois. Chaque groupe devra avoir tout lu mais ils savent que s'ils veulent avoir une chance d'être élus par la classe pour les représenter en novembre à Rennes, il leur faudra avoir lu la totalité des romans, au moins partiellement. Nous leur avons rappelé le droit du lecteur à stopper sa lecture, en espérant qu'ils l'utilisent tout de même avec parcimonie. Nous avons bien senti que lors de la lecture, certains passages avaient déjà attiré leur attention et cela s'est vérifié. Quand nous avons distribué les trois romans, à charge pour eux de se les répartir à l'intérieur du groupe, certains se sont jetés sur quelques titres. Ils étaient aussi très contents des marque-pages conçus par ma collègue documentaliste, leur rappelant sur quoi porter leur attention  (j'ai pensé que les photocopier sur du Canson couleur serait une bonne idée). 
Pendant l'heure qui a suivi, j'avais demandé à ma collègue d'histoire-géo si elle pouvait leur accorder leur première demi-heure de lecture, ce qu'elle a fait bien volontiers. Ils étaient tellement concentrés au bout de la demi-heure qu'elle leur a laissé l'heure entière. 
J'ai hâte maintenant hâte d'avoir leurs premières impressions, que je ne pourrai partager avec vous qu'à la fin du prix. Mais je peux déjà vous dire que certaines ont versé des larmes et que l'une de nos lectrices en est à son cinquième roman. 

A conseiller à tous les enseignants qui veulent partager une belle aventure.
Merci à mes collègues, il est indéniable que vivre ces moments rapproche considérablement. 

jeudi 20 septembre 2018

L'après-midi de Monsieur Andemas de Marguerite Duras

Très court roman ou longue nouvelle, cette histoire raconte l'après-midi que M. Andesmas passe à attendre Michel Arc, avec qui il doit traiter affaire à propos d'un terrain que M. Andesmas a acheté pour sa fille Valérie, qui ne doit guère avoir plus de dix-huit ans. Pendant son attente, il va d'abord rencontrer la fille peu ordinaire de Michel Arc, puis sa femme.
Ce roman est une longue dérive, mélange de réflexions sur la paternité et sur la vieillesse qui est elle-même présentée comme une attente sans fin. On peut penser que c'est plat, le temps tire en longueur et cela se sent mais j'ai beaucoup aimé la chute qui découle de la conversation entre le vieil homme (il a eu sa fille tardivement) et la femme de Michel Arc. Il y a un jeu réel sur les deux endroits, celui de l'attente et celui du bal où se trouve Michel et deux regards posés sur Valérie ; le regard que pose la femme sur cette nouvelle arrivée au village ne peut coïncider avec celle du père. Et pourtant, ces deux êtres, la femme de Michel Arc (n'ayant d'autre fonction que d'être la femme de ..., elle n'aura pas de prénom) et le père sont tous les deux sur le point de subir une perte irréparable, liée au destin. Rien ne peut être fait pour l'éviter. 
J'ai regardé quelques interprétations du livre sur internet (de non spécialistes comme moi) et je suis très étonnée par ce qu'ils ont parfois compris. Quant aux interprétations qui relient cette oeuvre aux travaux de Lacan, je les ai trouvées intéressantes mais je ne suis pas suffisamment spécialiste de Lacan pour juger de leur bien-fondé.  
Le sens me paraissait clair et c'est ce qui fait que finalement, je trouve ce roman réussi. J'ai été dubitative pendant une bonne partie de ma lecture, c'est vraiment la fin et les journées qui ont suivi la lecture qui en ont fait une lecture que je n'ai pas regrettée. Je découvre en écrivant ce billet que le livre a été adapté au cinéma avec Michel Aumont et Miou-Miou dans les rôles principaux. 

Publié en 1963 chez Gallimard. 128 pages.

Merci à mon CDI.
A conseiller aux amateurs de lectures lentes au soleil. 

Oui, oui, oui !

C'est mon chouchou (le livre ou l'auteur, je ne sais pas dire) et il vient de remporter le Goncourt 2018. Un grand bravo à Nicolas ...