jeudi 27 avril 2017

L'expédition de Monica Kristensen

Knut Fjeld reçoit un appel au secours provenant d'une expédition norvégienne en difficulté. Un hélicoptère est envoyé pour les secourir, mais il ne rentre qu'avec un blessé, les autres membres de l'expédition refusant de renoncer à leur projet. Les chiens sont retrouvés morts et très vite, on comprend que le blessé a en fait été empoisonné. Knut reste sur place, même si cela ne plait pas du tout aux hommes qui composent encore l'expédition.

Ce polar écrit par une glaciologue est en fait un hommage aux grands explorateurs. Les membres de l'expédition sont tout le contraire d'explorateurs chevronnés, ils partent sur un coup de tête, suite à une idée lancée en l'air. Ils privilégient le contact avec les médias à l'organisation des détails. C'est grâce au contraste avec les expéditions de Robert Peary et aux lectures de certains membres de l'expédition que l'auteur rend hommage à ces explorateurs du passé, appuyant sur tous les moments difficiles, de la préparation à ... l'amputation! Car il faut le savoir, en lisant le chapitre de la gangrène, on a presque l'impression de sentir les odeurs en plus de visualiser la scène. C'est une scène très réaliste. Si ce que vous aimez d'un polar, c'est un suspense palpitant, alors il faut passer votre chemin. Moi-même, qui aime les ambiances plus que le suspense, je n'ai pas été totalement emballée mais j'ai aimé l'ambiance glaciale de ce roman. 

Publié chez Gaia polar en septembre 2016. 270 pages. 
Traduit du norvégien par Loup- Maëlle Besançon. 

Merci au prix des lectrices de Elle.
A conseiller aux amateurs de grand froid. 

                                                       


                                                

mardi 25 avril 2017

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar d'Antoine Choplin

Tomas Kusar travaille aux chemins de fer à Trutnov, en Tchécoslovaquie. Lorsqu'une troupe de théâtre vient se produire dans le village, il boit un verre avec la troupe et rencontre Vaclav Havel qui a écrit la pièce mais essuie aussi les fauteuils sur lesquels s'assoient les spectateurs. Tomas est un taiseux et quand on lui propose de remplacer le garde-barrière, il accepte. Il demande même à occuper le poste, même s'il y perd en salaire. Il ne quitte sa solitude que lorsqu'il reçoit la belle Lenka, puis plus tard, quand il rejoint Vaclav Havel au bar pour leur partie d'échec. Havel est surveillé de très près par les autorités mais cela n'effraie pas Tomas qui crée des liens de plus en plus forts avec celui qui deviendra le président du pays. 

Vous le savez tous, il est de ces auteurs qu'on retrouve de roman en roman avec le même plaisir que si on retrouvait un ami. C'est exactement le cas pour moi avec Antoine Choplin. Découvert avec Le Héron de Guernica, j'ai commencé à adorer sa plume avec La nuit tombée, que j'étais même persuadée de retrouver dans la liste du Goncourt. Naïve que je suis, j'avais oublié qu'il n'était pas dans une grande maison d'édition. C'est le cinquième roman que je lis de lui (et la bonne nouvelle, c'est qu'il m'en reste encore) et si j'ai tout aimé, il y a des romans qui me touchent plus que d'autres. J'ai retrouvé dans Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar l'émotion éprouvée à la lecture de La Nuit tombée. Dans un style épuré, Antoine Choplin décrit une amitié qui se tisse, qui s'approfondit, qui doute ou qui faille parfois. Il est assez rare que je ne puisse expliquer ce qui me plait dans une écriture et pourtant, j'éprouve cette même difficulté à chaque fois que j'écris un billet sur un roman de cet auteur. Suffit-il de dire que j'aime beaucoup pour vous donner envie? J'ai envie de croire que oui. Je suis ravie de savoir que le festival Terres de Paroles normand me donnera l'occasion de le rencontrer plusieurs fois cette semaine et même de partager une randonnée en forêt autour de ses lectures. J'espère qu'il finira par avoir enfin la visibilité qu'il mérite dans les média, il mérite par exemple amplement une invitation à La Grande Librairie. 

Publié en janvier 2017 à La Fosse aux Ours. Jérôme est aussi sous le charme. 

Merci à la librairie Dialogues. 
A conseiller à tous ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur injustement ignoré. 
                                                                         
                                                                               

Cela fait maintenant quatre ans que je profite de cet excellent festival normand qui a désormais lieu en mars et avril dans différents endroits. Cette année, l'invité d'honneur est le romancier ayant reçu le premier prix Terres de Paroles attribué l'an dernier: Antoine Choplin. On peut remercier le jury (et plus particulièrement mes deux copines qui en faisaient partie) de nous permettre donc cette année de mieux découvrir cet auteur. Le festival a aussi mis en valeur des productions théâtrales et littéraires portugaises. Pour consulter le programme complet, c'est ici (mais c'est bientôt fini). 


dimanche 23 avril 2017

Le pouvoir de la fiction, conférence d'Antoine Bello

Quand j'ai vu qu'il y avait une conférence d'Antoine Bello à la fac de Rouen, je n'ai pas été étonnée puisque j'avais remarqué que le programme des étudiants de lettres modernes Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet et que je me suis dit qu'ils avaient bien de la chance d'étudier ce roman coup de cœur que j'aurais adoré décortiquER en cours après ma lecture. Etant un peu (c'est un euphémisme) fâchée avec l'auteur depuis, d'abord parce que j'avais eu l'impression à la lecture des Falsificateurs qu'il essayait de m'imposer sa vision libérale de l'économie et d'autre part, parce qu'il avait fini par m'agacer vraiment avec ses commentaires et messages privés laissés à diverses blogueuses (moi incluse), commentaires que je jugeais à la fois mielleux et condescendants et qui correspondaient étrangement à la sortie d'un nouveau roman (Les Producteurs pour beaucoup, Mateo pour moi). Bref, je n'étais pas acquise à sa cause mais je me suis dit qu'il serait tout de même dommage de ne pas lui donner une autre chance en allant l'écouter, d'autant que je savais que certaines copines auraient adoré pouvoir assister à cette rencontre. 
Deux heures de conférence, ce n'est pas la même chose qu'une heure dans une libraire ou une médiathèque. Je le dis avec tout le respect que j'ai pour les libraires et les bibliothécaires, dont certains sont taillés pour l'exercice et d'autres pas du tout (et croyez-moi, j'en ai vu un certain nombre à l'oeuvre ces derniers temps, dans tous les coins de France, voire même au delà). L'auteur n'est pas là pour vendre ici, même si l'idéal est bien sûr de donner envie d'ouvrir l'un de ses livres quand ce n'est pas déjà fait, but atteint puisque l'une de mes anciennes élèves qui se trouvait près de moi a été emballée et n'avait qu'une envie en sortant, lire Les Falsificateurs et que même moi, j'avais envie de le relire. 
Antoine Bello a d'abord mentionné l'importance de la lecture dans sa jeunesse et refuse de faire entrer les romans dans des catégories. Il pouvait dévorer un livre par jour; ses grandes influences sont Borgès, Poe et Hitchcock. Deux points centraux seront abordés pendant la conférence: le fonctionnement du cerveau et la frontière entre fiction et réalité. Pour lui, la réalité l'existe pas, elle n'est que l'interprétation du réel parmi d'autres scénarios possibles, l'homme passant son temps à inventer des histoires par rapport à sa perception subjective du réel, omettant des détails et en mettant d'autres en valeur, tout en les interprétant. Ces deux thèmes sont le fondement de son oeuvre, le trilogie des Falsificateurs étant centrée sur la façon dont on peut détourner le réel (mais aussi axée, comme Antoine Bello l'a précisé, sur jusqu'où est-on prêt à aller pour un employeur alors qu'on se pose des questions sur son but ultime et donc sur le sens de notre propre travail) et Emilie Brunet davantage axée sur ce qu'est capable de faire le cerveau pour réinventer le réel. Il a expliqué que le point de départ des Falsificateur fut le charnier de Timisoara en Tchécoslovaquie qui amena la chute du couple de Ceaucescu alors que les journalistes avaient été manipulés et que l'information n'était que partiellement correcte. 
Il a parlé de langue et de langage, expliquant que s'il écrivait en anglais, ses romans seraient totalement différents de ceux qu'ils écrit en français (et là, j'en profite pour saluer l'enseignante qui posait des questions très pertinentes). Il dit être toujours déçu à la fin de processus d'écriture car il a l'impression que le résultat final est plus pauvre que ce qu'il avait prévu, parce que la langue ne retranscrit que partiellement une idée. 
Il a évoqué internet et notamment, a fait une distinction que j'ai trouvée intéressante entre Facebook et wikipedia, Pour lui, Facebook est un outil de validation, c'est à dire qu'on y va pour valider nos opinions; lorsqu'on effectue un tri, c'est souvent pour enlever des gens n'ayant pas les mêmes valeurs que vous (un étudiant n'était pas d'accord, force me fut de m'interroger sur ma manière de procéder, j'ai effectivement enlevé des mes amis tous ceux qui mettent des commentaires racistes). Par contre, pour lui, wikipedia est un outil médiateur, c'est à dire que pour faire publier une remarque sur une fiche wikipedia, il faut trouver un milieu entre ceux qui sont pour quelqu'un et ceux qui sont contre (il a pris l'exemple de Bush). D'autre part, pour lui, tous les avis se valent, non pas moralement mais comme il l'a rappelé, chaque citoyen compte pour un vote, à nous de faire que certaines idées ne se propagent pas au plus haut de l'état (et c'est là que je vous avoue que je risque de trouver cette journée de dimanche terriblement longue). 
Vous l'aurez compris, c'était passionnant. Et ça me conforte dans l'idée qu'un écrivain ne se rend pas toujours service en entrant en communication avec ses lecteurs sur internet. Je comprends très bien l'envie de le faire et je suis devenue bien plus indulgente sur le sujet car je vois que c'est un exercice périlleux mais rares sont ceux qui s'en sortent grandis.
Le dernier roman d'Antoine Bello, Ada, est sorti en août 2016. Je rappelle qu'Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet fut pour moi un vrai coup de cœur. 

jeudi 20 avril 2017

Celui qui va vers elle ne revient pas de Shulem Deen


Shulem Deen a grandi dans une communauté skver, l'une des communautés hassidiques les plus extrêmes. Ses parents, elévés eux comme des juifs modérés, s'y étaient installés avant sa naissance. A dix-huit ans, comme le veut la coutume, on lui présente sa femme qu'il ne verra que sept minutes avant le mariage. Ni Shulem et Gitty ne sauront quoique ce soit sur l'amour physique ou l'accouchement avant de se marier. Ils auront cinq enfants mais leurs relations oscilleront entre le cordial et la houle quand Shulem va commencer à s'ouvrir au monde. Tout commence par l’acquisition d'une radio, puis c'est l'escalade. Shulem n'aura de cesse de découvrir ce monde inconnu à travers la télévision, puis internet et de braver l'interdit qui consiste à ne pas poser de question sur la foi.
Ce parcours autobiographique est passionnant et il démontre, si besoin était, que l’extrémisme n'est pas l'apanage d'une religion. On découvre une vie dans laquelle chaque acte est codifié, même l'acte sexuel:
Tu devras aussi l'embrasser deux fois, avant et pendant l'acte.
Le parcours de Shulem est intéressant à de nombreux égards. Il nous montre ce qu'est la vie dans cette communauté, puis le parcours de celui qui perd sa foi mais aussi celui d'un hassidique qui peine à joindre les deux bouts et qui peut difficilement obtenir un emploi à l'extérieur de la communauté car leur culture est axée sur des savoirs devenus obsolètes, comme rédiger des contrats de vente du Ve siècle. Et puis, ce qui m'a beaucoup touchée, c'est la dernière partie, celle dans laquelle il a quitté sa communauté et qu'il doit tout apprendre, comment vivre seul d'abord et là, on parle de vraie solitude, sans parents ou amis et comment se comporter en société, ce qui passe d'abord par un apprentissage de la langue de tous les jours. Je ne vois vraiment pas comment on peut rester insensible à ce témoignage et je peux vous assurer que vous ne verrez pas les 400 pages passer. Pour info, le "elle" du titre fait allusion à l'hérésie. Keisha en a parlé aussi. 

Publié aux éditions du Globe en mars 2017. 420 pages. 

Merci à l'agence Anne et Arnaud et aux éditions du Globe. 
A conseiller à tous, absolument. 


vendredi 14 avril 2017

Tout plaquer et aller au bain de Mathou

Il va m'être difficile de faire long sur cette BD reçue dans le cadre de l'opération BD de Price Minister. Mathou elle-même remercie Philiphe Delerm dont La première gorgée de bière fut un peu le modèle de cette BD. Effectivement, il s'agit de moments de la vie quotidienne que l'on apprécie, soit parce qu'on savoure la solitude, soit au contraire parce qu'on les partage (souvent avec sa fille). C'est une BD qui se lit trop  très vite, que je conseillerais sans doute comme cadeau à une maman de toute petite  fille car il y a beaucoup de scènes mères-fille. 

Oups, j'ai failli oublié la date limite pour poster ce billet! Ce serait bien le moment pour moi de prendre un bain pour me détendre, si j'aimais les bains. Bon, je repars illico presto et reviendrai en fin de semaine prochaine.

Merci à Price Minister. 10/20 

vendredi 24 mars 2017

Je vous laisse pendant un petit mois. Ne faites pas trop de bêtises pendant mon absence. Rien de grave, je vous rassure, je n'ai juste pas le temps de venir arroser mon blog pendant quelques semaines. 

jeudi 23 mars 2017

Les figures de l'ombre de Théodore Melfi

Katherine Gobble, Mary Jackson et Dorothy Vaughan sont trois amies afro-américaines travaillant à la NASA. Ambitieuses et pétries de talent, chacune a un rêve et va tout faire pour y parvenir. Katherine est une mathématicienne qui doit se faire sa place dans une équipe presque exclusivement blanche et masculine pour permettre au premier américain d'aller dans l'espace. Mary Jackson souhaite devenir ingénieur alors que l'université qui leur permettrait d'obtenir ce titre est réservéE aux blancs. Quant à Dorothy, elle souhaite qu'on lui attribue officiellement le titre et la paie de superviseuse puisque tel est le rôle qu'on lui fait tenir. Sa rencontre avec le premier ordinateur va lui permettre d'obtenir ce qu'elle souhaite. 
Ce film basé sur des faits réels n'est pas révolutionnaire, il est même plein de bons sentiments mais de bons sentiments tels qu'on les aime, de ceux qui nous font sortir de la salle de bonne humeur parce que ça finit bien qu'on a suivi des femmes drôles et déterminées et qu'en plus, on n'a pas été agacé par le fait que Kevin Costner passait son temps à mettre un chewing-gum dans sa bouche (oui, parce que ce n'est pas tant qu'il mâche le chewing-gum, c'est vraiment qu'il en met toujours un nouveau dans la bouche) tellement on est contente de le revoir.  On pourra au choix verser une larme pendant une demande en mariage ou pendant le triomphe de Katherine (dans ces cas-là, personnellement, je ne choisis, je ne suis pas économe avec mes larmes de cinéma). On y retrouve deux acteurs qu'on a eu plaisir à voir dans Moonlight. Un film que je vous conseille parce que les années 60, c'est chouette côté vêtements féminins et parce que ce film donne la pêche, malgré quelques défauts. Et puis, si, comme moi, vous n'êtes par fan de Kirsten Durst (sauf bien sûr dans le film culte The eternal sunshine of the spotless mind), vous pourrez sortir en disant: "Elle a pris cher, Kisten, quand-même!" (à dire plutôt à la fin d'une séance entre filles pour faire les langues de vipère). 
avec:Taraji P. Henson Katherine Johnson, Octavia Spencer, Janelle Monáe, Kevin Costner et Kirsten Dunst. 

Sorti le 8 mars 2017. 2h08 qu'on ne voit pas passer. Electra a aimé. 

Merci à celle qui répond toujours présente à ces rendez-vous cinéma dominicaux.
A conseiller à ceux qui veulent entendre Dance avec les loups prononcer cette phrase culte: "D'ici à la NASA, la pisse est de la même couleur". Saluons d'ailleurs la performance du réalisateur qui parvient à faire  une grande scène à partir d'une scène de toilettes!