jeudi 8 décembre 2016

Poésie amourese (Audiolib)

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
Ô balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.
                           Robert Desnos

Vous pourrez entendre ce poème, que j'aime beaucoup,  lu par Daniel Mesguich,  dans le livre audio publié chez Audiolib. Durée : 1h02- Publié en novembre 2016

Merci à Audiolib.
Merci à celle qui m'a initiée à la poésie qui n'était vraiment pas ma tasse de thé. 



mardi 6 décembre 2016

Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse.

Ensemble ils apprennent qu'il y a des larmes sans partage possible et que rien n'est juste. 

François est un célèbre pianiste qui reçoit un jour un message d'un homme lui disant qu'il vient de découvrir ses enregistrements grâce à une patiente qui, internée, ne parle pas mais n'écoute que lui. François reconnaît dans cette femme le grand amour de sa vie et quitte tout, sa ville et la femme qui lui a servi de remède, pour rejoindre Sophie. 

Ce roman est la preuve pour moi qu'il faut savoir donner une seconde chance aux auteurs (bon, peut-être pas plus de deux ou trois quand-même, parce qu'après ça devient du masochisme de lire un auteur dont on sait qu'il ne va pas nous plaire, j'ai tenté l'expérience plusieurs fois) et qu'il faut aussi parfois suivre son instinct qui vous dit qu'un roman qui n'entre pas du tout dans les catégories que vous aimez d'habitude a peut-être été écrit pour vous. Je n'avais donc pas été emballée par Le dernier Gardien d'Ellis Island. Je pense que je connaissais trop le thème pour l'avoir travaillé avec mes élèves. Nos vies désaccordées est un très court roman de 120 pages et il parle d'amour, je dirais presque que c'est tout ce qui me fait fuir. Il m'a par certains aspects rappelé des romans de Véronique Olmi mais en réussi (pardon pour celles qui aiment Véronique Olmi et je précise que je n'ai pas lu celui que tout le monde recommande sans cesse, Bord de mer). C'est une lecture que Gaëlle Josse a faite de son dernier roman, L'ombre des nuits au festival de Voiron, dont vous a parlé Joëlle, qui m'a donné envie de lire celui-ci. Lors de la lecture, j'ai trouvé que Gaëlle Josse disséquait avec talent le sentiment amoureux. Nos vies désaccordées me l'a en effet prouvé. J'ai été très touchée par cet homme qui n'a pas commis de grosse erreur lors de sa vie amoureuse, si ce n'est qu'il est parti faire ses concerts au mauvais moment et qu'à son retour, la femme de sa vie avait disparu. J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteure, ainsi que ces thèmes, celui de la difficulté de gérer les angoisses de l'être aimé, celui de l'amour d'une vie aussi et puis par dessus tout, celui de la fragilité du bonheur. Je vais laisser passer un peu de temps et lire son dernier roman. 

Publié en mars 2012 aux éditions Autrement. Disponible chez J'ai Lu. Il a séduit Galéa, Athalie et Sylire. Cynthia avait été déçue par François et j'adore son billet car il prouve qu'on peut lire un roman tout à fait différemment d'un autre lecteur (j'ai beaucoup aimé François). 

A conseiller à tous ceux qui ont déjà été amoureux. 
Merci aux organisateurs du festival de Voiron et à Gaëlle Josse pour ce beau duo voix/ violon qui a su me donner envie de persévérer. 

                                                                    



dimanche 4 décembre 2016

Comme il vous plaira / As you like it de William Shakespeare

Rosalind vit à la cour avec sa cousine Célia et son oncle, le Duke Frederick qui a dépossédé le père de Rosalind, qui lui, vit désormais dans la forêt d'Arden. De son côté, Orlando est frustré du manque d'éducation que lui donne son frère aîné qui, à cause du système de primogéniture (tant décrié par Jane Austen), a hérité de tous les biens familiaux. Quand Rosalind est à son tour bannie par son oncle, elle se retrouve dans la forêt d'Arden et son chemin croise celui d'Orlando. C'est le coup de foudre. 

Si les pièces de Shakespeare ne se résument pas à leur intrigue, je dirais que c'est encore plus prononcé avec les comédies. J'ai retrouvé une version de cette pièce dans ma bibliothèque, ce qui signifie que je l'ai étudiée à la fac (du moins, ça devrais le signifier); or, en (re)lisant cette pièce, "nothing rings a bell". Mes pièces préférées de Shakespeare (Romeo and Juliet, The Mechant of Venice et Macbeth), dont j'admire la virtuosité à jouer avec les thèmes et les mots sont celles que j'ai étudiées parce que Shakespeare ne s'appréhende pas facilement, en tout cas par moi. Je n'ai jamais lu ses pièces en français et j'ai beau être prof d'anglais, la langue demande un travail de réflexion. Mais il me faut aussi une adaptation ou une représentation pour apprécier la pièce parce que je n'aime pas lire le théâtre (je le fais pour Shakespeare mais il me faut un complément). J'ai donc l'intention de voir l'adaptation de mon chouchou Kenneth Branagh, même si As You like it au Japon me fait un peu peur (à cause des sumos ?). Cette pièce se centre sur les jeux de l'amour avec une multiplicité de couples et de variations sur le discours amoureux allant du pétrarchisme au cynisme mais aussi sur la théâtralité puisque Rosalind, joué par un acteur garçon comme c'était alors l'usage, se travestit en garçon pour éduquer Orlando à l'amour et ainsi déguisée, fait se pâmer d'amour la bergère Pheobe. Et puis il y a cette langue inimitable. Je ne suis pas sensible à tout le théâtre Shakespearien, j'ai tenté sans succès de comprendre Love Labour Lost et The Tempest, pourtant étudiée en cours, ne m'a pas enthousiasmée. Mais cette comédie, incroyablement riche et qui a nécessité que je l'apprivoise, m'a finalement séduite. 

jeudi 1 décembre 2016

Venise

Découvrir Venise en automne fut un plaisir bien différent des visites précédentes, printanières ou estivales. Voici les activités dont j'ai aimé profiter:

Voir le Palais des Doges, de l'intérieur, de l'extérieur, de près, de loin, je ne m'en lasse pas.


 Se promener et se perdre, admirer les vitrines, les façades.



Se promener à la nuit tombée (et toujours se perdre):


Manger des spaghetti à l'encre de seiche (je n'en mange qu'à Venise), particulièrement à l'osteria Ai Do Farai.



Visiter le théâtre de la Fenice, surtout pendant la préparation d'un spectacle:


Voir les vénitiens réparer les ponts:


A conseiller à tous ceux qui aiment marcher. Quelques jours sans croiser une seule voiture est peut-être le meilleur moyen de se détendre.
Merci à celle qui a fait de ce séjour un moment unique. 






mardi 29 novembre 2016

Evanouies de Megan Miranda

Nicolette revient à Colley Ridge, sa ville d'origine après de nombreuses années d'absence, de fuite pourrait-on presque dire. Juste après la disparition de sa meilleure amie Corinne, elle avait quitté les lieux. Elle est maintenant fiancée à un fils de bonne famille et pense passer quelques mois dans sa maison d'enfance, afin de la remettre en état et de la vendre. Enfin, c'est ce qu'elle prétend car ce qui l'a vraiment fait revenir, c'est le fait que son père lui ai envoyé une lettre lui disant qu'il avait encore vu cette jeune fille. Or, Nicolette pressent qu"il parle de Corinne. 

La particularité de ce premier roman est qu'il remonte le fil du temps. Il commence par le jour 15 pour remonter, chapitre après chapitre, vers le premier jour. Heureusement, il finit tout de même par les événements qui suivirent ces quinze jours, sinon, je pense que le lecteur serait un peu perdu. J'ai parfois été déstabilisée par cette avancée à rebours mais finalement pas suffisamment pour perdre le fil de l'intrigue et c'est peut-être ce que j'ai préféré dans ce roman policier. Je ne vais pas vous dire, comme le fait le  Los Angeles Review of Books que c'est l'un des meilleurs roman policiers de l'année 2016 mais c'est loin d'être le pire. A vous de voir si vous souhaitez tenter le test de remonter le fil du temps. 

Publié aux éditions de La Martinière en octobre 2016- 445 p.  

Merci à l'agence Anne et Arnaud et aux éditions de La Martinière.
A conseiller à ceux qui ont aimé La fille du Train. 




dimanche 27 novembre 2016

La succession de Jean-Paul Dubois

Il m'a fallu attendre vingt-huit ans pour éprouver chaque jour cette joie d'être en vie au petit matin, de courir pour polir mon souffle, de respirer librement, de nager sans peur et de ne rien espérer d'autre d'une journée sinon qu'elle m'accompagne comme l'on promène une ombre...

Paul, le narrateur, vit à Miami depuis quatre ans. Il n'est pas retourné en France depuis tout ce temps et n'a pas revu son père. Sa mère s'est suicidée après le suicide de son frère à elle, dont elle était très proche. Paul reçoit un appel de l'ambassade lui annonçant le suicide de son père. Il est obligé de mettre entre parenthèse son métier de joueur de cesta punta pour gérer la succession des biens de son père mais aussi le son cabinet car son père était médecin. Il a d'ailleurs fait des études de médecine avant de tout laisser tomber.  Il apprend alors les étranges circonstances du suicide de son père. 

Premier conseil: assurez-vous d'avoir le moral au beau fixe en commençant ce livre parce que vous vous doutez bien que si le suicide est omniprésent, on ne va pas rire beaucoup même si Jean-Paul Dubois accentue la farce autant que le drame, sans jamais verser dans le pathos bien sûr, ce n'est pas le genre de la maison. C'était un roman bien trop noir pour moi, même si j'ai aimé de longs passages, comme le suicide du père raconté par le fonctionnaire (c'est un passage pas piqué des hannetons) et d'autres sur l'activité cachée de son père que je ne peux vous révéler, ce qui est bien dommage d'ailleurs car c'est un thème important de ce roman, et que c'est un thème essentiel à mes yeux. Je ne suis donc pas franchement enthousiaste et je me demande ce qu'en ont pensé les lycéens qui l'ont lu dans le cadre du Prix Goncourt des lycéens. 
Publié aux éditions de l'Olivier en août 2016- 234 p. Violette est bien plus enthousiaste que moi. 

A conseiller à ceux qui ont le moral au plus haut.
Merci à Tiphanie qui m'a offert ce livre qui était dans la liste de mes envies de rentrée. 


mardi 22 novembre 2016

Billet impudique
















La semaine dernière, j'allais chercher à la gare de Clermont-Ferrand celle que je pourrais appeler mon amie, que je nomme régulièrement "celle qui..." dans mes remerciements ici mais qui est en fait la femme que j'aime. Sur le chemin , devant le lycée, une affiche m'interpelle, celle de deux hommes manifestement amoureux, et je me dis "Quelle bonne idée de mettre ça devant un lycée" (en voyant une seconde affiche quelques pas plus loin, je me dirai : "Dommage qu'ils n'aient pas choisi le couple jeune pour l'affiche devant le lycée"). Je pense aux quelques marques de dégoût qui accompagneront la découverte de cette affiche, et je pense surtout à ce lycéen parisien rencontré l'hiver dernier que je n'aurai plus jamais la chance de revoir, parce que les réseaux sociaux ont participé à un coming out qu'il n'avait pas choisi et qu'il n'a pas supporté. J'ai passé presque un an et demi à comprendre la chance que j'ai d'être une femme aimant une femme et non un homme aimant un homme. Moi, la féministe, fière d'avoir transmis ce combat à ma fille, j'ai depuis plusieurs année ce sentiment que devant l'homosexualité (j'ai encore du mal à m'englober dans ce mot, me considérant plutôt comme une femme qui a un jour croisé une femme dont il était juste impossible de ne pas tomber amoureuse), nous ne sommes pas égaux. Il y a une dizaine d'années de ça, un élève m'avait confié par écrit sa difficulté à annoncer la nouvelle à ses parents. Nous avions longuement parlé, c'est lui qui m'a clairement dit que dans notre lycée, un garçon ne pouvait pas assumer sereinement son homosexualité, alors que sa soeur qui aimait les femmes, l'affichait ouvertement. Au lycée, j'ai vu des couples de filles discrètes et plus souvent, d'autres s'affichant comme une provocation. Pour la première fois cette année, j'ai vu un beau couple ni discret ni provocateur, juste deux jeunes filles bien dans leurs baskets et heureuses d'être amoureuses et je me suis dit: "Oui, on y est!". Je n'ai encore jamais vu de couples de lycéens. Tant qu'il sera impossible pour les garçons de s'afficher, nous ne pourrons pas donner de leçons aux américains sur quoi que ce soit. La prochaine élection présidentielle m'effraie (et je pèse mes mots): si nous choisissons un président dont l'électorat ne peut supporter de voir deux hommes s'aimer, alors nous n'avons pas avancé et nous ne ferons pas avancer la génération à venir. Je suis bien placée pour savoir que tout le monde peut devenir tolérant quand il s'agit des gens qu'on aime: on accepte que sa fille, que sa mère, que sa sœur aime une fille et dans la rue, les regards peuvent être curieux mais jamais malveillants (ou je porte des œillères). Je rêve d'un monde où les hommes seront enfin, sur ce plan, les égaux des femmes; je rêve qu'un jour deux garçons attendent le début de mon cours la main dans la main, comme si l'amour était la chose la plus naturelle au monde. En attendant, nous allons passer quelques jours dans une ville qu'on dit la plus romantique du monde et de  tenter d'oublier l'amertume que me procure le retrait de ces affiches dans certaines villes de notre pays.