dimanche 31 décembre 2017

Moi par (douze) mois

Je n'ai jamais participé au rendez-vous du moi par mois de Moka mais j'aime beaucoup lire ce que les blogueuses en font. Cette année ayant été pour moi un passage d'une rive à une autre, en prenant des chemins de traverse, j'ai eu envie de la résumer sur le même modèle en égrainant les mois. 

1. Une année qui commence par la fin/ l'amitié inconditionnelle qui fait sourire et fait du bien/ entendre la pluie, se lever pour vérifier la température extérieure: pas de doute, ce sera verglas le jour J, arriver en retard mais acceptée quand-même/ ces républicains m'inspirent.  2. Cry me a river dans un salon de thé parisien/ y repérer le dernier Auster en VO/ "pleure un bon coup, tu pisseras moins"/ une amitié commencée autour d'un verre de cidre ne pouvait que grandir- 3. Oh my god, I did it!- 4. chapitre 1: le moment tant attendu qu'on n'attendait plus/ waow! / Orléans, deux consonnes et trois voyelles, de chouettes retrouvailles, une très belle journée- 5. Feel et l'impression d'être aimantée à l'intérieur d'une voiture/ la phrase choc et le déclic / premier repas en terrasse: le plaisir de le partager avec M. à Paris /des échecs qui n'en sont finalement pas/ se faire proposer un verre à un festival de livres alors qu'on est en train de lire "Notre désir est sans remède"/ récompenser un mensonge par des fraises- 6. premier rendez-vous de 15h45/ se confronter à ses souvenirs/ Houlgate et Etretat entre filles, un beau week-end- 7. Ma fille, la plage interdite aux textiles, bien-être/ premiers maux de ventre et les résultats des épreuves anticipées/  Houlgate, courir sur le bord de plage avec une amie, la famille et la chance qui prend la couleur du 5 / des secrets trop lourds pour une petite fille/ "Mais quand allez-vous donc cesser de vous sentir redevable?", aujourd'hui donc-  8. Rome antique: c'est chaud mais c'est beau/ journée  confidences, baignade et galets avec ma rouennaise/ encore combien de jours avant la reprise?/ c'est loin Montpellier, quand-même/ derniers moments partagés à la nuit tombée avant le départ du grand/ s'il faut avoir les cheveux bruns et bouclés pour avoir la classe dans une piscine, je suis mal partie. 9. Vous m'avez manqué!/ des classes adorables/ je ne passerai pas à côté/ une journée d'anniversaire parfaite à la fondation Louis Vuitton et au théâtre de Chaillot avec les filles qu'il fallait/ ça me conforte dans l'idée d'arrêter Facebook/ observer les débuts d'une aventure et craindre ce qui va suivre/ 10. théâtre avec ma parisienne: ouverture de ma saison culturelle/ un message bien matinal:  "Le long de l'Eure demain après les cours?"/ un dimanche estival en octobre, sortir la chaise haute,"Vous avez prévu de muter bientôt?" / faire cours pour la première fois en robe/ "Comment on appelle ça?" "Je ne sais pas." "Une rencontre, non?"/  Proust/ randos et papotages/ Cherbourg entre filles/ Duras/ les urgences : savoir ce qu'elle n'a pas mais pas ce qu'elle a- 11.  Playmobil, Lego, cookies, crêpes, câliner un bébé aux grands yeux/ "Elle est très belle, ta robe bleue"/ être ronchon le matin et souriante le soir/ un week-end de Black Friday très productif: la reprise des instants shopping/ Sandrine Bonnaire, Delphine de Vigan, La grande Sophie/ un resto indien et une  niçoise à Paris- 12. "Tu veux bien monter l'hôpital Playmobil?" "Bien sûr, maman, je te rappelle qu'avant, je voulais être monteuse de Playmobil (avant de vouloir être éboueur, c'est pour ça qu'on a aussi le camion poubelle) :  quand les Playmobils retracent les rêves d'enfants/ l'idée du Marseille - Paris: écrire un deuxième chapitre? / le plaisir de préparer un calendrier de l'avent/ la fin des vendredis rouennais/ celle qui reçoit un cadeau de Noël avec 12 jours d'avance/ mots doux: "Valérie, si tu veux, tu peux dormir à la maison ce soir" et la version plus expéditive: "Un jour, maman, elle dormira dans ton lit... et toi, tu iras dormir ailleurs." (G., 3 ans 1/2) / ces larmes qu'on voudrait ne jamais avoir à sécher : une année qui finit aussi par la fin/ la sagesse de ma fille, celle que je n'aurai jamais/ le retour du sapin après deux ans de boycott et un week-end dans l'esprit de Noël/ comprendre qu'on ne pourra plus se sentir bien sans courir et s'y remettre vraiment/  une odeur de chlore et une phrase trésor/ tchen tchou, c'est tellement plus joli que merci /un déjeuner décommandé/ Noël en rouge et bleu et en famille/ un  bracelet surprise quand on croyait Noël derrière nous/ ne pas pouvoir finir cette année sans revoir Houlgate/ 2018 : cette grande inconnue !

Et je vous souhaite à tous : 

jeudi 28 décembre 2017

L'écriture ou la vie de Jorge Semprun

... la vie n'est pas parfaite, on le sait. Elle peut être un chemin de perfection, mais elle est loin d'être parfaite. 

De retour du camp de Buchenwald, Jorge Semprun, cet enfant d'immigrés espagnols, brillant élève au lycée Henri-IV, va se poser la question essentielle de l'après: comment survivre après cette expérience des camps, en libérant la parole ou au contraire, en se taisant et en enfouissant les souvenirs?

J'avais déjà eu ce livre entre les mains et je n'avais pas dépassé quelques pages. A nouveau, cette fois-ci, j'aurais pu refermer le livre après les cinquante premières pages tant m'exaspérait le jeune homme qui ouvre cet essai. J'ai bien fait de poursuivre malgré tout car il me semble que le regard critique que porte l'écrivain d'expérience sur le jeune homme qu'il fut permet de le réhabiliter totalement. J'ai du mal avec les autobiographies, celle de Simone Veil a cassé à jamais l'image que j'avais de cette femme, seule celles de Simone de Beauvoir ne parviennent pas fendiller l'armure, sans doute parce que je connais d'emblée ses partis pris et ses oublis. J'ai vite été gênée par l'omniprésence du "je", moi qui avais été habituée à des récits employant principalement le "nous" des camps. Il m'a fallu quelques pages pour comprendre que cette individualisation était nécessaire, que la survie nécessitait ce passage du collectif à l'individu, que c'était intrinsèquement lié à ce besoin qu'a ressenti Jorge Semprun de se taire pendant des années, puis d'écrire. Cet essai est une réflexion sur la littérature des camps, avec de nombreuses références artistiques, littéraires et philosophiques. Il m'a permis de considérer certaines œuvres de Giacometti, sculpteur que j'aime beaucoup, sous un autre angle. Semprun insiste aussi sur les mystères de la mémoire, qui lui fait se rappeler d'une séance de cinéma madrilène et oublier celle, sans doute plus marquante pourtant, qui a lieu dans le camp. Comme chez Antelme  mais de manière très différente, il y a une vraie réflexion sur la langue, et notamment sur la possibilité ou non d'universalité  d'une pensée philosophique, celle d'Heidegger,  qui ne peut s'exprimer clairement que dans une seule langue. On sent aussi chez lui un amour immodéré de la langue française et un étonnement devant l'espagnol des mexicains qui représente alors l'espagnol de la liberté. Plus l'essai avançait, plus il devenait personnel et plus il me touchait et la scène qui me restera en mémoire est celle des vingt exemplaires du Grand Voyage (que je lirai forcément) publiés dans vingt langues différentes, moment historique qu'il sent qu'il va rater mais qu'il ne ratera pas et je vous laisse découvrir pourquoi. 

Publié en 1994. 395 pages. 

Merci à Celle qui m'a mis ce livre entre les mains, en même temps que Duras et Antelme, merci pour l'échange autour de ce livre qui eut lieu lors d'une parenthèse enchantée et aquatique, un beau lundi ensoleillé de décembre. 
A conseiller pour comprendre un cheminement artistique possible de l'après-camp.

mardi 26 décembre 2017

Mon palmarès de l'année

Parfois, je dois fouiller dans mes souvenirs de l'année pour trouver le film que j'ai préféré. Cette année, il n'y a aucun doute, un film est au dessus du lot parce qu'il m'a marquée, bouleversée, passionnée, il s'agit de 120 battements par minute


Coté spectacle, ma préférence va à L'homme A dans lequel Sandrine Bonnaire lit des extraits de L'homme Atlantique et surtout du très fort L'homme assis dans le couloir.

Mon livre audio de l'année m'a fait pleurer (ce qui n'est pas très pratique quand on écoute en conduisant):


Mon coup de cœur "classique" va, pour sa plume et la communion que j'ai ressentie avec ce roman, à:

                                                 

Mon essai préféré (haut la main):




Ma découverte jeunesse et la voix qui va avec, celle de Rachel Arditi:


Mon roman publié en 2017 préféré (malgré un démarrage un peu lent, je précise qu'il faut peut-être s'accrocher un peu) :

                                     

Mon duo de personnages littéraires de l'année sont Sophie et Paul dans:


Mon polar préféré, c'est en audio que je l'ai découvert: 



Spécialement pour Jérôme, le roman qui m'a tant déplu que je ne l'ai pas fini: 



Ma découverte picturale de l'année est de Toulouse-Lautrec:


Et notre chanteur chouchou mère/fille de l'année ( l'une étant plus sensible au charme de ce jeune homme que l'autre) qui a même remplacé le CD indéboulonnable depuis des années dans la voiture (vous ne vous rendez pas compte mais c'est un exploit):

                                                

dimanche 24 décembre 2017

Paddington 2 de Paul King

A priori, cette histoire d'ours qui veut offrir un livre pop-up sur Londres à sa tante Lucy afin qu'elle découvre cette ville qu'elle a toujours rêvé de visiter, n'est pas pour moi. Quand les enfants étaient tout petits, j'aimais les emmener voir des dessins animés parce que je pouvais les choisir mais ensuite, j'ai souvent laissé ce qui devenait pour moi une corvée à mes parents. Pourtant, dimanche dernier, c'est moi qui ai proposé à ma fille d'aller nous enfermer dans un cocon de douceur britannique, il me semblait que c'était une jolie manière de clore ce week-end placé sous l'esprit de Noël.
Dans la salle, nous étions évidemment les deux seules non accompagnées d'un enfant, ce qui ne nous a pas dérangé. Quand j'ai demandé à ma fille quelle note commune nous pouvions lui mettre sur Allociné, elle a opté pour 4/5. C'est effectivement un film réussi si, bien sûr, on a envie de croire quelques instants que le monde est beau et que tout le monde a un fond de gentillesse en lui (sauf Hugh Grant). Ou si on le croit profondément. Nous avons ri, les rires des adultes se mêlant parfois à ceux des enfants, mais pas toujours, il m'est arrivé de rire quand aucun enfant ne riait. Et puis, je suis en pleine préparation de mon voyage scolaire avec mes élèves et nous venons d'étudier les monuments de Londres et ceux-ci ont une place de choix dans le film. Tout concordait donc à mon plaisir. Nous avons même retenu une petite larme à la fin. Ne quittez pas la salle trop tôt: je crois que je n'aime  Hugh Grant (qui a souvent eu le don de m'agacer avec son air de chien battu) que quand il fait un show musical (les fans de Mammia Mia me comprendront). Et quel plaisir de retrouver une brochette d'acteurs comme Hugh Bonneville (Downton Abbey) ou Julie Walter (Billy Elliott, entre autre). 

Sortie: le 6 décembre 2017- 1h43 (un peu long pour des tout-petits me semble-t'il).



J'en profite pour vous souhaiter un joyeux réveillon pendant que je me mets aux fourneaux! 

                                          Image associée

jeudi 21 décembre 2017

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais (roman jeunesse)

On ne peut pas faire l'amour debout quand on est amoureux...

Depuis que Tatiana a découvert que les trajets en métro se passaient mieux pour elle en portant un badge stipulant qu'elle était enceinte, ce qui n'est pas conforme à la réalité, ses débuts de journée se passent bien mieux qu'avant. Un beau matin, elle revoit dans le métro l'amour de ses quatorze ans, un amour à sens unique puisqu'à dix-sept ans, Eugène était au-delà des basses considérations amoureuses et qu'il l'a donc éconduite. 
Sur les trames des Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaïkovski (que je ne vais pas  prétendre connaître), Clémentine Beauvais nous raconte une histoire d'amour pas cucul pour deux sous, drôle à en éclater de rire plusieurs fois en voiture mais qui possède malgré tout des résonances tragiques et une réflexion sur l'amour. J'ai aimé que la narratrice gronde (pour le dire poliment) ses personnages et les invectivent, j'ai aimé son humour, ses phrases qu'on n'attend pas:
C'est ça, parfois, les souvenirs resurgis, ça empêche de se mettre nu, 
mais aussi, finalement, le romantisme qui se dégage de se roman. J'ai aimé la fin même si j'avoue qu'à un moment j'ai eu un doute sur la manière dont elle allait clore cette histoire. Et puis, Clémentine Beauvais décrit très bien les émois amoureux, je garde par exemple cette image du stylo de skype qui écrit, d'Eugène qui attend, espère et découvre que Tatiana, de l'autre côté, a tout effacé avant qu'il ne puisse le lire. J'ai envie d'acheter la version papier à ma fille parce que je ne sais pas si cet humour plait autant aux ados qu'aux adultes et j'aimerais en avoir la confirmation. C'est le deuxième roman de Clémentine Beauvais que j'écoute et je me rends compte que cette année, elle doit être la seule auteure jeunesse que j'ai écoutée ou lue. Pour moi, elle est donc indissociable de la voix de Rachel Arditi qui lit magnifiquement ce texte, comme elle l'avait fait avec Les petites Reines, le précédent roman de l'auteure. 

Publié en novembre 2017 chez Audiolib. 4h 40 de douceur et de rire. 

Un grand merci à Audiolib, à l'auteure et à la lectrice. Il faut du talent pour parvenir à faire rire.

mardi 19 décembre 2017

La porte de Magda Szabo

La narratrice est une jeune écrivain hongroise qui est la patronne d'Emerence, femme âgée d'un abord pour le moins rugueux. Pendant vingt ans, ces deux femmes vont tisser des liens extrêmement forts sans pourtant se comprendre. Et si l'une entre dans le quotidien de l'autre, l'inverse ne sera pas vrai pendant très longtemps.
Ce livre n'est pas un roman mais le récit autobiographique de Magda Sazbo. Pourquoi l'a-t'elle écrit? Je suppose que ce livre a pour elle une vertu expiatoire puisqu'elle se sent visiblement coupable de ne pas avoir protégé l'intimité de son employé de maison, et par là-même, de l'avoir menée à la mort. Ce livre ayant été traduit dans de nombreuses langues, je suppose que ce n'est pas sa seule fonction, qu'il a aussi une valeur plus universelle. Plusieurs aspects me gênent dans la publication de ce roman. Tout d'abord, je n'aime pas qu'on écrive sur des personnes qui n'ont pas choisi d'être ainsi mise à l'honneur. Qu'Emerence soit décédée n'y change rien, voire même empire l'acte: on comprend que toute sa personnalité allait à l'encontre de la publication d'un livre.  D'autre part, cette histoire m'a rappelé L'Elégance du hérisson et le personnage stéréotypé de la concierge. Bref, je suis passée d'autant plus à côté de ce roman que vraiment, les histoires mettant en scène des chiens ne sont pas pour moi, c'est en  tout cas la leçon que je tire de cette lecture qui n'aura donc pas été vaine. Le point positif est tout de même cette belle couverture (qui s'oppose d'ailleurs à l'affreuse couverture de chez Viviane Hamy). 

Publié en janvier 2017 en livre de poche. 350 pages. 

Merci à Galéa pour ce cadeau d'anniversaire. 
A déconseiller à celles que l'autofiction agace profondément. 

samedi 16 décembre 2017

Quand sort la recluse de Fred Vargas

Lorsque plusieurs personnes âgées sont retrouvées mortes après avoir été piquées par des recluses, tous les sens d'Adamsberg sont en éveil. Alors que ses acolytes ne semblent pas désireux de le suivre sur cette piste-là, le voilà qui suit la trace du fil des araignées, remontant jusqu'à une bande de très sales gosses qui après avoir tyrannisé leurs camarades derrière les bancs de l'école, au point de leur avoir laissé des traces physiques, ont continué à faire des leurs. Aidé de la truculente Irène, une passionnée d'araignées, Adamsberg va tenter de percer le mystère, sans savoir que cette enquête va aussi le mener vers ses propres souvenirs enfouis. 

Encore une fois, me revoilà avec un Vargas entre les oreilles et encore une fois, quel plaisir ce fut ! Je ne suis pas une fan absolue de Vargas, je trouve que les derniers romans publiés chez Viviane Hamy étaient en dessous de son talent habituel mais celui-ci, le deuxième publié chez Flammarion renoue avec la verve de l'auteur. Irène est irrésistible et l'est d'autant plus quand elle est interprétée (car il ne s'agit pas seulement de lecture ici) par  Thierry Janssen qui est vraiment formidable, donnant vie à ce texte. J'ai parfois éclaté de rire dans ma voiture. Voilà donc une auteure, un lecteur et une intrigue qui nous prennent dans leur toile, jouant sur le double sens du mot recluse.

Publié chez Audiolib en novembre 2017. 11h54 d'écoute. 

Merci à Audiolib
A déconseiller aux arachnophobes (Tiphanie, tu as compris que ce n'est pas pour toi). 

                                                             

jeudi 14 décembre 2017

Cherbourg





Comme le dit justement ma fille, "Cherbourg, on n'y passe pas, on y va". Il était temps pour nous d'aller jusqu'à cette pointe normande. Deux jours pour découvrir cette ville semble être une bonne idée. Le premier jour, nous avons découvert la ville grâce au rando jeu vraiment bien fait car il nous a permis à la fois de découvrir l'histoire de la ville mais aussi de faire attention à des détails comme à la couleur des lumières des lampadaires. Je ne dirais pas que Cherbourg est une belle ville mais c'est une ville intéressante, mêlant maisons en pierre et maisons récentes et l'église collée aux restes du château m'a vraiment séduite, elle a un coté British. Le rando jeu fini et corrigé le lendemain matin par la charmante employée de l'office du tourisme (on avait des erreurs, mais on avait aussi des excuses, situer des éléments sur un plan, c'est moyennement notre talent, à ma fille et moi, et en plus, ils avaient coupé l'arbre repère de la photo pour tenter de nous piéger), nous nous sommes dirigées vers la musée de la mer. La brochure prévoyait cinq heures de visite, je me suis dit: "Oui, bien sûr, si on tient trois heures, ce sera déjà bien". Nous sommes restées plus de quatre heures et demi. C'est une cité de la mer très complète, que je conseille pour les plus de dix ans et qui est incontournable pour les fans de Titanic (ma fille est fan de Leonardo di Caprio, donc forcément, de fil en aiguille...). la partie sur le Titanic est très bien. J'avais vu en 2012 l'exposition parisienne sur la même thème et l'ensemble se ressemble sans qu'il n'y ait à proprement parler de redite. On y suit le parcours de certains passagers et c'est toujours un peu émouvant de découvrir si oui ou non, il/elle a survécu. L'entrée du musée d'ailleurs permet aussi de découvrir si des personnes portant le même nom que le vôtre sont passées par la gare maritime de Cherboug, avec quelques détails sur leur parcours. Cette individualisation de l'histoire est une réussite. La visite du sous-marin Le Redoutable est intéressante aussi. Ma fille, plus sérieuse que moi, a écouté toutes les indications de l'audioguide alors que j'ai préféré regarder en n'écoutant que quelques parties, les moins techniques. Nous avons fini la visite par l'aquarium, son requin et sa magnifique raie manta, puis j'ai dû rappeler à ma fille que nous avions trois heures de route pour rentrer (et accessoirement, un phare qui ne fonctionnait plus). 
Merci à Hélène et Nathalie pour m'avoir offert ma nuit d'hôtel et à ma fille pour ces deux jours partagés.A conseiller aux amoureux des sous-marins, des bateaux qui ne sont pas à la hauteur de leur réputation mais finissent tout de même par devenir mythiques et aux amoureux de Demy. 



mardi 12 décembre 2017

Le vice-consul de Marguerite Duras

- Par quelle voie se prend une femme? demande le cive-consul.
Le directeur rit.
- Quelle histoire, dit le directeur, vous êtes soûl. 
- On dit qu'elle est très triste parfois, directeur, c'est vrai?
- Oui, ses amants le disent.
- Je la prendrais par la tristesse, dit le vice-consul, s'il m'étais permis de le faire. 

Une jeune fille est répudiée par sa mère parce qu'elle porte un enfant. Elle prend la route et marche, marche, tenaillée par la faim. Cet enfant, elle ne veut pas le garder et va tenter de trouver un acheteur. Autre lieu, autre histoire, Anne-Marie Stretter, que nous avons déjà croisée dans Le ravissement de Lol V.Stein, rencontre le vice-consul, un être étrange avec un passé trouble dont l'administration ne sait pas bien que faire. 

J'ai retrouvé ici le style parfois alambiqué de Duras. Il m'a même fallu relire une phrase pour la comprendre, comme si l'auteur voulait nous perdre dans le méandre de ses phrases, comme se perd la mendiante:
N'a-t'elle pas marché davantage avant de trouver le fleuve qu'elle n'a marché en le suivant pour retrouver le nord?
Ce désir de nous perdre par la plume me semble être au cœur du roman même. Si le titre semble mettre le vice-consul au centre de l'histoire, il ne m'a pas semblé plus important dans le roman que la mendiante ou Anne- Marie; si on sait qu'il a un passé trouble, on n'apprend rien de ce qu'il a fait, si Anne-Marie Stretter est si triste, on n'en comprendra pas la raison, tout comme on ne comprendra pas vraiment le lien qui semble se tisser entre elle et le vice-consul sans que rien ne se produise réellement. Et puis, il y a ces passages entre le vice-consul et le directeur qui m'ont laissée dubitative. Duras oppose avec talent les espaces infinis de l'Indochine que traverse la mendiante aux villes indiennes étouffantes dans lesquelles vivent ambassadeur et vice-consul. Je vais encore avoir besoin de quelques romans pour totalement apprivoiser son univers. Peut-être que ce roman est en fait un tableau fragmentaire d'impressions vécues par Duras lors de sa vie en Orient puisqu'il semble qu'elle ait été obsédée par la vision réelle d'une mendiante vendant son enfant. 

Publié en 1966 aux éditions Gallimard.
Merci à Celle qui m'a prêté ce roman, merci aussi pour les échanges. 
A conseiller à ceux qui aiment se perdre. 

dimanche 10 décembre 2017

Démons de Lars Norén mis en scène par Lorraine de Sagazan

Ce couple-là se déchire très fort. Il ne sait pas vivre seul alors un soir, il décide d'inviter les voisins. Or les voisins, ce sont nous, les spectateurs. Nous allons donc assister, impuissants, aux déchirements de deux êtres dont le salut ne pourrait être que dans la séparation. 

La mise en scène de Lorraine de Sagazan est originale. D'abord parce que les spectateurs sont en vis-à-vis, je faisais ce soir-là partie des spectateurs assis dans le fond la scène. Nous regardons donc les acteurs tout en faisant face à d'autres spectateurs. Disons-le tout de suite, si vous êtes un peu timides, évitez les premiers rangs. Parce que le spectateur est mis à contribution, il est encore plus difficile de voir certaines scènes, d'entendre certains mots sans réagir. On finit par se demander si c'est ce qu'on attend de nous: agir, laisser là l'habit du spectateur passif. 
Si j'ai du mal avec les cris et les scènes trop proches de la folie, cela ne m'a pas empêché de réellement apprécier cette soirée. D'autant plus que moi, je savais des détails de mise en scène que ne connaissaient pas mes invités, parfois un peu crispés à l'idée d'être mis dans la lumière. Ce qui fut d'ailleurs intéressant dans l'échange qui suivit la pièce, ce fut d'entendre une dame expliquer qu'elle n'avait pas pu apprécier le moment, tendue qu'elle était à l'idée de devoir être mise à contribution. J'ai, quant à moi, beaucoup aimé que Lorraine de Sagazan fasse basculer le dogme, cette barrière mise  entre les acteurs et les spectateurs. Je me suis demandée si tous les spectateurs avaient eu la même impression sur ce couple; pour moi, c'est l'homme qui contient la violence et la femme qui la subit. 

Un grand merci à l'émission La Dispute qui a confirmé mon envie de voir cette pièc et à M. et N. qui m'ont accompagnée.
A conseiller à ceux qui souhaitent un peu de non-conformisme. 
Vu au théâtre des 2 Rives de Rouen
librement inspiré de la pièce de Lars Norèn 
adaptation, conception et mise en scène Lorraine de Sagazan
avec Lucrèce Carmignac, Antonin Meyer Esquerré

jeudi 7 décembre 2017

Le cœur battant de nos mères de Britt Bennett

Tous les grands secrets ont un goût particulier avant d'être révélés, et si nous avions pris la peine de faire tourner celui-ci dans notre bouche, nous aurions peut-être perçu l'aigreur d'un secret pas assez mûr, cueilli trop tôt, chapardé et transmis précocement. 

Nadia est une ado dont la mère s'est suicidée en se tirant une balle, sans laisser d'explication. Ses relations avec son père sont très distantes, peut-être ressemble-t'elle trop à sa mère pour qu'il puisse vraiment la regarder sans souffrir. Elle aime se perdre dans les bras des garçons mais elle se verrait bien rester un peu plus longtemps dans ceux de Luke, le fils du pasteur. Quand elle tombe enceinte, elle décide de ne pas garder cet enfant.

Ce roman nous entraîne dans une petite communauté noire-américaine dans laquelle tout le monde se connaît et sait tout sur les autres. De nombreux chapitres débutent d'ailleurs par un chœur féminin, celui de ces femmes d'expérience de la communauté qui observent et connaissent les mécanismes du cœur, qui connaissent aussi les hommes. Rien d'original dans le traitement de l'intrigue qui se lira et se laissera certainement oublier assez rapidement. Brit Bennet y traite de nombreux sujets qui ont, à mon avis, pour point commun les conséquences des choix sur la vie, celui de l'avortement bien sûr, mais aussi du suicide de la mère ou du manque d'amour maternel. Elle semble vouloir nous montrer qu'aucun choix n'est ni bon, ni mauvais et que tout le monde doit vivre avec ses blessures. En le lisant, je me suis dit que ça ferait un bon téléfilm, ça en dit long sur le manque de style du roman, même si certaines phrases  m'ont paru belles:
Elle refusait de le laisser enterrer son sentiment de culpabilité en elle. Elle ne servirait plus jamais de lieu de sépulture à un homme. 
Peut-être que l'aspect qui m'a le plus intéressée, c'est la façon dont l'homme vit cet avortement et cette bague de virginité, que je trouve fascinante et effrayante. J'ai par contre, comme toujours, eu du mal avec les phrasess clichés comme: 
En vieillissant, une fille se rapproche de sa mère, jusqu'à ce qu'elle se fonde peu à peu en elle, comme un patron de couture. Mais un fils devient irrémédiablement autre chose. 


L'avis d'Hélène, qui l'a lu dans le cadre du Prix Elle,  rejoint le mien. 
Publié chez Autrement le 30 août 2017- 368 pages. Traduit de l'anglais par Jean Esch. 

Merci au prix Elle des lycéennes. 


mardi 5 décembre 2017

L'espèce humaine de Robert Antelme

On ne pouvait pas faire ce que le Rhénan avait fait- c'est-à-dire agir en homme avec l’un de nous- sans par là même se classer historiquement. En nous niant comme hommes, les SS avaient fait de nous des objets historiques…

Robert Antelme fut le compagnon de Marguerite Duras. C’est pour surmonter les années de séparation, celles pendant lesquelles elle le savait dans un camp de concentration, qu’elle a écrit La Douleur. De ce long voyage visant à la déshumanisation, Robert Antelme a écrit ce magnifique livre.
De ce document, je garderai la force de l’écriture. Si Robert Antelme fut un prisonnier politique qui n’avait pas publié avant ce livre (et n’a pas publié après, sauf des écrits posthumes) , il a condensé tout son talent dans L’espèce humaine qui me semble être tout ce que Si j’étais un homme de Primo Levi n’est pas (loin de moi l’idée de remettre en cause la qualité de ce document dont le minimaliste ne me convient pas). Quelques semaines après ma lecture de ce document, il me reste des images très fortes : celle du pain qu’on partage en petits morceaux mais qu'on ne peut faire durer longtemps tant la faim tenaille, celle du bruit (oui, j’ai retenu des bruits) de la cuillère dans la gamelle de soupe, cette cuillère qui racle le fond jusqu'au bout, ce bruit qui change à mesure que la gamelle se vide et enfin la main qui se tend dans un train surpeuplé. Je garde aussi et surtout l’importance des mots et de la langue, à différents degrés, à différents moments.
Celui de l’appel, moment qui oblige à sortir de l’anonymat qui, en temps normal, protège :
Et il fallait bien dire oui pour retourner à la nuit, à la pierre de la figure sans nom. Si je n’avais rien dit, on m’aurait cherché, les autres ne seraient pas partis avant qu’on ne m’ait trouvé. On aurait compté, on aurait vu qu’il y en avait un qui n’avait pas dit oui, qui ne voulait pas que lui, ce soit lui.
L’importance de parler la langue de l’oppresseur qui redéfinit le bien et le mal :
Cette utilisation abondante et ostentatoire de la langue allemande- cette langue qui, ici, est celle du bien, leur latin- la même que celle des SS.
Cette langue qui est la seule qui vaille et qu’il est impensable de ne pas comprendre :
Puisqu’il parle, on doit comprendre.
Gilbert qui parle l’allemand s’en sert pour protéger les copains. Et puis, il y a ce mot et cette phrase qui rappellent la rébellion des allemands non nazis, même à l’intérieur des camps, ce « langsam » murmuré pour exhorter les prisonniers à ne pas se tuer à la tâche et ce « Nicht sagen » qui accompagne ce pain donné par une jeune femme qui passe dans le camp.
Mais le langage fait aussi souffrir car il est associé à des sensations perdues :
Le langage est une sorcellerie. La mer, l’eau, le soleil, quand le corps pourrissait, vous faisaient suffoquer. C’était avec ces mots-là comme avec le nom de M… qu’on risquait de ne plus vouloir faire un pas ni se lever.
En temps d’oppression, tout devient l’allié de l’oppresseur : ainsi, le sommeil est important car il n’est que la préparation du travail qu’il faudra fournir le lendemain. Ce qui devient l’allié de l’oppressé, ce sont ces moments, anodins en temps normal, qui permettent de s’échapper quelques instants, comme d’uriner.
Et cette obsession qui reste, la seule qui compte, ne pas laisser l’oppresseur gagner, ne pas leur offrir la mort en cadeau et pour cela, se battre contre le froid, la faim, le travail qui épuise :
La mort est devenue mal absolu, a cessé d’être le débouché possible vers Dieu. […] Ainsi le chrétien substitue ici la créature à Dieu jusqu’au moment où, libre, avec de la chair sur les os, il pourra retrouver sa sujétion.
Il y a aussi ces hommes qui s’éloignent progressivement de l’enveloppe charnelle qu’ont connu les leurs, et qui même au sein du camp ne sont plus reconnus par tous, franchissant alors des étapes qui les mènent vers la mort :
Celui que sa mère avait vu partir était devenu l’un de nous, un inconnu pour elle. Mais à ce moment-là, il y avait encore la possibilité pour un autre double de K…, que nous ne connaissons pas, ne reconnaîtrions pas. Cependant, quelques-uns le reconnaissaient encore.
Des images fortes, il m’en reste de nombreuses autres, un moment père-fils à la fin, la honte qui submerge, mais c’est à vous d’aller les découvrir.

Publié pour la première fois en 1947. Je découvre à l'instant que La douleur est adapté au cinéma et que le film sortira en janvier 2018. C'est Benoît Magimel qui joue Antelme. 

Un immense merci à Celle qui répare mes (énormes) lacunes car je ne connaissais pas Robert Antelme avant qu’elle ne mette ce livre –qui restera inoubliable- entre mes mains.
A conseiller à tous, absolument.

                                                 


dimanche 3 décembre 2017

Un arrêt à Sainte Mère- Eglise


Sur la route menant à Cherbourg (dont je vous parlerai bientôt), j'ai décidé de m'arrêter à Sainte Mer-Eglise après m'être rendue compte que ce nom ne signifiait absolument rien pour ma fille ! Je ne m'y étais moi-même jamais arrêtée (mais je ne sais pas si je m'étais déjà arrêtée dans le Cotentin avant cette année) et il était temps pour la normande que je suis de réparer cet oubli.

La morale de cette visite fut trouvée par ma fille (elle-même parfois assez maladroite): "En fait, quand tu es un boulet, ça peut faire de toi un héros", faisant référence à John Steele qui devînt le parachutiste américain chouchou de Sainte Mer-Eglise après avoir atterri sur l'église (du côté opposé d'ailleurs à celui où se trouve le parachutiste qu'on voit maintenant sur l'église). 

C'est grâce à son histoire sans doute et au Jour le plus long, le film avec John Wayne, que Sainte Mère-Eglise est désormais un lieu visité par 200.000 touristes par an. On ne manquera pas de sourire  (ou pas, selon qu'on y est allergique ou qu'on parvient tout de même à ironiser sur le thème) sur l'omniprésence des références aux soldats américains (on peut même, dans un fast-food que nous ne vous recommandons pas pour la nourriture mais qui est assez drôle dans le côté "too much" du décor), manger sous un parachutiste comme l'a fait ma fille. On peut aussi profiter de la visite pour manger du très bon chocolat et de bonnes pâtes de fruit à la biscuiterie. Je me suis quand-même demandée si réellement, comme me l'affirme ma fille, on ne parle plus de Sainte Mère-Eglise dans les livres d'histoire, alors que la borne (assez laide, il faut bien l'avouer) est bien là pour attester que c'est ici que débuta la voie de la liberté qui mit fin à l'Occupation. Mes collègues d'histoire-géo ont confirmé ses dires. 
Nous n'avons pas eu l'occasion de tester le rallye-découverte que vous pouvez imprimer à la maison avant la visite ou obtenir à l'office du tourisme mais s'il est aussi réussi que celui de Cherbourg, ça peut être une excellente idée de s'en munir pour une visite en famille. 

Merci à ma fille pour son enthousiasme. 
A conseiller pour compléter la culture historique de nos adolescents. 

Vacances !

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