mardi 1 mai 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré

Tous les rêves de père ne sont que des chimères, des rêves de petites filles qui attendent le Prince Charmant, des rêves merveilleux dans lesquels il est réjouissant de s'égarer, mais si dangereux, car ils ne tiennent jamais leurs promesses. 

La narratrice grandit dans les années 70, auprès d'une mère plus ou moins rejetée par sa propre famille et qui a du mal à trouver sa place et un père qui a tendu la main à une inconnue, l'a épousée, a construit avec elle une famille, puis va découvrir (ou assumer sans doute plutôt) qu'il aime les hommes. On comprend vite qu'on a affaire à une famille hors du commun mais aussi, au fil des pages, à une enfant, puis une jeune fille qui ne va pas bien et à qui personne ne tend la main, peut-être pour la simple raison que sa douleur est très discrète, sauf quand elle est à bout. 
Je me souviens d'un homme dont je suis longtemps restée amoureuse, notre histoire n'avait duré qu'un mois mais j'ai poursuivi un dialogue imaginaire avec lui pendant des années... Je l'ai revu il y a quelques années, il ne comprenait pas pourquoi je l'avais quitté [...] "Je n'étais pas très heureuse, ni très à l'aise à cette période, tu as dû t'en rendre compte". 
Il est tombé des nues. 
J'ai commencé ce roman, qui n'en est évidemment pas un, en me disant que ça avait été une mauvaise idée de vouloir découvrir ce livre écrit par une actrice que j'aime. Et puis, de fil en aiguille, elle m'a touchée, beaucoup. Il ne faut pas le lire si vous souhaitez lire un roman mais si vous souhaitez ouvrir une fenêtre sur la femme qui se cache derrière cette actrice souvent qualifiée par les journalistes, comme elle le rappelle, de "discrète et lumineuse", ce livre est pour vous. Il est aussi pour les ados et les adultes qui se sentent, pendant un moment, juste posés à côté de leur vie. Elle raconte très bien cette difficulté à vivre, à se lever. Malgré son parcours particulier dû à la marginalité de sa famille (elle a vécu seule dès quinze ans et c'est une particularité dont elle se serait bien passée), il y a de l'universel dans son mal-être. J'en ressors avec l'envie de revoir quelques uns de ses films et en l'appréciant sans doute encore davantage. C'est un livre qui porte en lui beaucoup d'espoir, entre le bien-être que semble désormais ressentir l'auteure mais aussi les dernières histoires d'amour de ses parents. 
Je continuerai aussi de sourire , en pensant à cette phrase de Iago dans Othello : "Je ne suis pas ce que je suis...". Je continuerai comme ça, comme nous le faisons tous, parce que le reste n'est pas dicible. 

Publié chez Grasset en janvier 2018- 300 pages. 

Merci aux prix Elle des lycéennes. J'ai l'impression que c'est un livre dans lesquelles les adolescentes se reconnaîtront. 
A conseiller à tous ceux qui ne sentent pas être ce que les autres voient. 

26 commentaires:

  1. J'ai l'intention de le lire, parce que j'aime l'actrice chez qui on sent beaucoup de sensibilité.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et de fragilité, trouvais-je. Mais finalement, une grande force aussi.

      Supprimer
  2. J'ai beaucoup aimé également. Je me suis retrouvée en partie dans l'adolescente qu'elle était.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et moi dans la quadra que j'ai pu être. C'est dire si ça brasse large !

      Supprimer
  3. Ben heu je ne dois pas être le coeur de cible (j'aime pourtant l'actrice, et l'entendre parler de son livre m'a donné envie). j'avoue qu'après quelques dizaines de pages j'ai commencé à lire un poil trop en diagonale, cherchant où m'agripper dans l'écriture. Voilà, cette fois c'est moi la 'méchante' ^_^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai pas été emballée par les premières pages non plus. C'est après les cinquante premières pages que j'ai été touchée.

      Supprimer
  4. je viens de découvrir ce livre sur les blogs, j'aime l'actrice mais pas certaine de vouloir la lire par crainte effectivement d'être déçue

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne pense pas que quelqu'un qui aime l'actrice puisse être déçue. C'est une belle manière de la découvrir davantage.

      Supprimer
  5. Un très beau récit. Effectivement, on retrouve une Isabelle Carré délicate et sensible mais on découvre aussi une femme forte et volontaire.

    RépondreSupprimer
  6. Ha mais Val, mais qu'est ce qui nous arrive, on est d'accord dur tout en ce moment ?
    je cherche ce livre en occasion depuis sa sortie mais comme il fait un carton, je ne l'ai trouvé qu'avec 4 euros de moins, alors je vais attendre encore. J'aime beaucoup cette femme, chaque rôle au cinéma qu'elle a incarné est lumineux pour reprendre tes mots. Et puis ce sujet est pour moi et perso, ça me va très bien le non fictionnel puisque de toute manière je considère que ce débat est stérile et dépassé : aucun récrit biographique ou autofictionnel n'est vrai et aucune fiction n'est inventée.
    Bref, il t'a plu et tant mieux, ça me donne encore plus envie de le lire !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peut-être qu'on veillit, non ?
      Je peux te le prêter quand tu viens en Normandie. Si tu ne l'as pas trouvé d'ici là. On pourra débattre de l'autofiction, si tu veux, sur ce point, on pourra ne pas s'entendre, surtout si tu me parles d'Edouard Louis.

      Supprimer
    2. Mais non on fera pas de débats en vacances... :D Je n'ai pas lu Edouard Louis et je n'ai pas la moindre envie de le faire ! Mais je crois vraiment que c'est un faux débat le réel et le fictionnel...

      Supprimer
    3. Je viens de voir qu'il sort justement un livre, dis donc.

      Supprimer
  7. Isabelle Carré : un coup de foudre alors que je découvrais ce film "La Reine Blanche" au cinéma (26 ans déjà !!!). Depuis, je la suis de près et c'est finalement sans surprise qu'elle est parfaite !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne me souviens pas du premier film dans lequel je l'aie vue. Je crois que c'est dans Se souvenir des belles choses qu'elle m'a la plus marquée. Une amie se rappelait que très jeune, elle avait été nue sur une scène de théâtre. IL fallait oser.

      Supprimer
  8. Je ne connaissais pas l'actrice... et j'ai vu son livre un peu partout. Je ne le lirai pas, je n'en vois pas l'intérêt si la femme derrière le livre m'est inconnue. Et, ce n'est pas le genre de démarche littéraire que j'apprécie. Tant mieux si elle a su t'émouvoir :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne sais pas si c'est tant une démarche littéraire (pour elle si, sans doute) qu'une façon de s'auto-psychanalyser en montrant aux autres une certaine universalité de la souffrance.

      Supprimer
    2. S'il n'y a pas de réelle démarche littéraire, cela a encore moins de chance de me plaire XD

      Supprimer
  9. Malgré tout le bien que tu en dis, il ne me tente pas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tu n'aimes pas particulièrement l'actrice, à mon avis, il vaut mieux lire autre chose.

      Supprimer
  10. J'aime aussi beaucoup l'actrice alors ça me tente bien de le lire également.

    RépondreSupprimer
  11. Je ne l'ai toujours pas lu mais je sais que ce livre va me plaire...

    RépondreSupprimer
  12. J'aime l'actrice et son récit m'a touchée, ce sera mon prochain billet.

    RépondreSupprimer

Vacances !

Mon blog n'a pas pris de vacances depuis son ouverture. Alors que je rentre tout juste et que j'ai encore un peu la tête en Asie, c...