mardi 14 juin 2016

Londres de Peter Ackroyd

Londres a toujours été laid. ça fait partie de son identité. 

Je ne sais pas résister aux biographies écrites par Peter Ackroyd, alors que je ne suis pas fan du romancier. Ma préférée reste celle consacrée à Shakespeare. Lire la biographie d'une ville, puisque c'est le sous-titre du livre, m'intriguait. C'est en fait la bible de Londres que ce livre-là. Je ne peux évidemment pas vous le résumer, mais il aborde tous les sujets possibles concernant la capitale anglaise, du cockney dont il explique à la fois l'origine et l'évolution à l'architecture en passant pas le mal-être londonien, la disparition du brouillard tel qu'il a pu exister jusqu'au début du XXe siècle. Le tout émaillé d'exemples précis. Ce n'est pas indigeste, loin s'en faut, et c'est un exploit. Je conseillerais peut-être tout de même de ne pas le lire d'une traite. Pour prendre quelques exemples de thèmes que j'ai trouvés particulièrement bien traités et passionnants, il y a tout d'abord celui du thé vendu pour la première fois en 1650 par l'épicier Daniel Rowlinson. Cent ans plus tard, ce breuvage avait plutôt mauvaise réputation car considéré comme mauvais pour l'estomac. On dit même qu'un essayiste, William Hazlitt, mourut d'un excès de thé. D'ailleurs en ce qui concerne la boisson, les londoniens n'y allaient pas de main morte puisque durant tout le XIXe siècle, on arrêta au moins 25000 personnes par an pour ébriété.
La partie consacrée au brouillard est aussi très instructive. Personnage central des romans londoniens, il est parfait pour cacher les mystères narrés dans les aventures de Sherlock Holmes. C'est sans doute dans L'étrange cas du Docteur Jekyll et Mr Hyde que le brouillard est le mieux utilisé (et je dois dire que ça m'a donné l'envie d'utiliser le thème du brouillard dans mon cours de littérature étrangère). Certains disent que le dernier vrai brouillard tel que l'ont connu les londoniens pendant des siècles eut lieu en 1904. Dans les années 1920 et 1930, ce sont les purées de pois qui s'abattent sur Londres, mais ce n'est pas du brouillard à proprement parler. Je vous conseille aussi la lecture du passage sur les confréries de mendiants qui étaient entraînés et subissaient des rites d'initiation. Vous y découvrirez aussi que c'est après le Blitz que Londres devient ce que nous connaissons (et franchement, je ne suis pas sûre que j'aurais autant aimé le Londres d'avant) et puis aussi, l'étrange coïncidence qui fait que des périodes de vandalisme eurent lieu en 1260, 1760, 1860 et 1960. Peter Ackroyd conclut sur l'une des particularité londoniennes: la ville évolue, comme toutes les capitales, avec de nouveaux quartiers et des bâtiments aux formes pour le moins particulières, et pourtant tout cela finit toujours par s'intégrer à la ville et à en devenir une part indispensable.
Réédité en février 2016. Traduit par Bernard Turle. 968 pages (oui quand-même!).

Merci aux éditions Philippe Rey. 
A conseiller aux amoureux de Londres et je sais que nous sommes nombreux. 


samedi 11 juin 2016

Fête de la nouvelle

C'est près d'Orléans que je passerai mon dimanche, pour une fête de la nouvelle (un peu paradoxal quand on sait le mal que j'ai avec ce genre) placée sous le signe d'un repas, d'échanges sans doute et surtout du plaisir d'entendre des comédiens lire des textes, ce qui me réjouit toujours. Si vous êtes dans le coin, vous pouvez vous aussi venir partager ce plaisir. Les informations sur le prix Boccace sont ici.
12h : Un déjeuner avec les auteurs
déjeuner avec les auteurs membres du jury et les auteurs sélectionnés. Sur réservation, chacun pourra converser avec l’auteur de son choix (Christiane Baroche, Hervé Le Tellier, Jean-Marie Blas de Roblès, Paul Fournel, Cécile Coulon) sur son œuvre. (réservations obligatoires auprès de l'association - Chacun apporte son pique-nique)

A partir de 14h : Spectacles littéraires pour petits et grands, rencontres avec les auteurs...
 Comédiens (Aurélie Audax, Kristof Legarff, Jérôme Marin, Hugo Zermati, Cécile Hurbault), musicien (Eric Amrofel), chanteur (Valérian Renault) marionnettiste, peintre, danseuse… offriront, au détour d’un salon, d’un bosquet, d’une tour, quelques œuvres éphémères adaptées des recueils sélectionnés pour le Prix Boccace.


18h30, REMISE DU PRIX BOCCACE


C'est l'occasion de vous demander si l'un de vous a lu le nouveau prix Inter attribué pour une fois à un recueil de nouvelles?

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jeudi 9 juin 2016

Fin d'année scolaire

L'année n'est pas finie mais les cours le sont pour moi. Cette photo prise le tout dernier jour est pleine de nostalgie : celle de quitter des élèves avec qui j'ai partagé deux, voire trois années, celle de quitter mon groupe d'élèves avec qui je passais cette année sept heures par semaine. Et puis en regardant de plus près mon panier (et on ne voit pas tout sur la photo), je me suis aperçue que ces fins d'année me reliaient aussi à tous ces cadeaux offerts par des blogueuses au fil du temps. Il y avait là plusieurs cadeaux offert par Tiphanie (sache Tiphanie que tu es celle qui m'a le plus offert d'objets devenus cultes dans ma cuisine, au sommet desquels je mets mon minuteur Mr Bump), par Galéa et par Dominique qui fut un temps blogueuse. Merci à vous trois mais aussi à toutes celles qui ont empli ma maison de ces indispensables. J'ai l'impression que les swaps ont un peu disparu de la blogosphère littéraire; je me trompe?

mardi 7 juin 2016

La route de Beit Zera d'Hubert Mingarelli

Stéphan vit dans un endroit reculé, séparé de Beit Zera par une forêt. Son fils Yankel a dû quitter Israël après avoir  tué accidentellement un homme. Depuis, Stéphan ne voit qu'un ami qui est aussi son employeur et avec qui il prend une cuite de temps en temps. Mais à part lui, personne ne lui rend visite jusqu'à l'arrivée d'un petit garçon silencieux qui se prend d'affection pour son chien et revient régulièrement.

Je n'avais jamais lu Hubert Mingarelli écrivant seul. J'avais apprécié le roman qu'il avait co-écrit avec Antoine Choplin, me disant que leurs écritures devaient être vraiment proches car je n'arrivais pas à distinguer l'une de l'autre. Et c'est vrai que tous les deux partagent une forme de minimalisme à la fois dans l'écriture et dans l'intrigue. Hubert Mingarelli, si je m'en tiens à ce roman, le pousse tout de même plus loin. Il ne se passe pas grand chose dans La route de Beit Zera. D'ailleurs si l'intrigue est ponctuée de retours en arrière, expliquant pourquoi Stéphan se retrouve seul, elle tient sur une journée. Stéphan décide d'une action au début du roman et il la mène au bout à la fin. Il faut donc aimer les romans d'ambiance pour apprécier cet auteur. Je ne sais pas si je continuerai à découvrir sa plume, tout comme je ne savais pas en refermant ce livre hier si je l'avais aimé, mais avec j'ai pris un certain plaisir à passer ce court moment en compagnie de Stéphan. Hubert Mingarelli laisse de larges zones d'ombre : il n'est par exemple jamais fait allusion à la mère de Yankel. C'est finalement l'un de mes romans préférés de cette sélection Points. Aifelle et Clara avaient été séduites. 

Merci aux éditions Points. 
A conseiller à ceux qui sortent d'un polar jonché de cadavres et de coups de feu. 
Prix du meilleur roman des lecteurs de Points
6,2€ // 168 pages
Paru le 06/05/2016 chez Points

dimanche 5 juin 2016

Prix Elle des lycéennes 2016

Comme l'an dernier, cinq de mes élèves ont participé au Prix Elle des lycéennes 2016. C'est toujours un beau moment de partage même si mon petit groupe a été plus difficile à motiver cette année, peut-être en partie parce qu'elles savaient avec l'état d'urgence, nous ne pourrions pas aller à la remise des prix, les sorties scolaires à Paris étant toujours interdites par notre proviseur. J'ai eu du mal à obtenir des commentaires assez longs et celles qui en ont fait des longs au début ont eu besoin de nombreuses relances pour me les rendre jusqu'au bout. C'est donc un vrai travail d'accompagnement et c'est forcément un petit échec quand on ne peut le mener à bout, c'est à dire jusqu'à Paris. Notre déception a été amoindrie lorsqu'on a appris que contrairement à l'an passé, la remise des prix ne se ferait pas au siège du magazine. 
Cela faisait plusieurs années que le lauréat était différent de celui du prix adulte. Cette année, le choix des grandes et des moins grandes s'est porté sur:
Mes élèves avaient dans leur trio de tête : Les Intéressants de Meg Wolitzer, arrivé bon dernier chez les lycéennes, le Seigle et Les Gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monin. J'avoue qu'aucun roman de la sélection ne m'avait emballée. 

vendredi 3 juin 2016

Cavale pour Leia de Marius Faber

...c'est une fille, et dans une situation de ce genre, elles ont toutes la même réaction, à cent pour cent: lorsqu'un homme leur demande de jouer à l'infirmière, elles craquent toutes. 

Pierre Sic est photographe. Il y a presque un an, sa femme disparaissait à Saint-Martin, une île antillaise. Son agent et ami lui apprend qu'une de ses mannequins vient de disparaître sur la même île. Pour Pierre, ce n'est bien sûr pas une coïncidence. Quand il découvre son agent presque mort dans son appartement, il prend ses affaires et repart sur cette île où tout a commencé. 

Je crois que je n'avais pas encore lu un polar qui ressemble à Cavale pour Leia et il ne faut pas le prendre comme un compliment. C'est un polar bourré de clichés autant dans les personnages que dans les phrases toutes faites et jonché de cadavres. Pour couronner le tout, c'est en torturant qu'on obtient ici les meilleurs résultats. Je me suis franchement demandé si tout était à prendre au second degré, ce qui est bien possible vu que j'ai passé mon temps à avoir envie d'écrire "sic" à la fin des phrases et que c'est justement le nom du héros mais même au second  degré, je n'ai pas pris plaisir à le lire et pourtant, je suis allée jusqu'au bout des cinq cent pages. J'avais lu de très bonnes critiques de lecteurs, qui ont sans doute plus d'humour que moi même s'ils ne mentionnent aucun second degré dans leurs billets. Je me suis rendue compte que je n'avais jamais lu de romans publiés aux éditions du toucan. Et vous?

  • Paru le 03 Mai 2016
  • 528 pages
  • Merci à Babelio et son opération Masse critique (ça m'apprendra à découvrir qu'il y a une opération le soir de l'ouverture). 
  • A conseiller aux gros baraqués peut-être (puisque nous sommes dans les clichés...). 


mercredi 1 juin 2016

Elle de Paul Verhoeven

On ne peut pas nier que le thème de ce film est sulfureux: une femme se fait violer chez elle par un homme masqué. Elle reçoit des sms de son agresseur et soupçonnant un collègue de bureau, cherche à découvrir son identité. Je fuis tout ce qui concerne le viol au cinéma comme en littérature, et pourtant, la bande annonce de ce film m'a tout de suite donné envie de le voir et il faut croire qu'elle est alléchante car ma fille m'a dit qu'elle voulait  y aller aussi et devant mon air dubitatif, a allégué que quand-même, elle avait 15 ans maintenant. J'ai donc décidé d'y aller d'abord sans elle afin de décider si j'assumais de le voir en sa présence. La réponse est claire : pas du tout. Déjà que ma fille est un peu prude et déteste les histoires d'adultère, je ne me vois pas regarder la scène dans laquelle Isabelle Huppert se masturbe en regardant son voisin à travers ses jumelles avec elle à mes côtés. Ceci étant dit, je trouve que la bande annonce est très bien fichue car elle ne nous permet pas de déduire ce qui va se passer. Je peste suffisamment contre les bandes annonces qui racontent tout le film pour le signaler. 
Tous les acteurs de ce film sont très bons, Isabelle Huppert et Laurent Lafitte en tête. Et j'ai vraiment beaucoup aimé ce film, que j'ai vu qualifié de "thriller féministe", ce qui correspond très bien à ce que j'ai compris. Notons que tout le monde ne sortira pas avec la même représentation du film, nous avons pu nous en rendre compte en écoutant les commentaires de nos voisins et c'est souvent ce que j'apprécie en sortant d'une séance. Je ne sais pas ce que faisait de ce thème Philippe Dijan avec son roman Oh! qui est à l'origine du film, mais je pense que Paul Verhoeven a évité de nombreux écueils, notamment le voyeurisme même si le film n'est évidemment pas à mettre entre toutes les mains. 

Date de sortie 25 mai 2016 (2h 10min)

Me voilà bien en peine de savoir à qui le conseiller ou le déconseiller.
Merci à mon accompagnatrice préférée pour les débats de fin de film; elle l'a aussi beaucoup aimé. 








Moi par (six) mois

En juillet, je publiais ici le résumé des six premiers mois de mon année. Il fallait bien une suite, la voici donc. Une suite, mais aussi ...