mardi 10 juillet 2018

L'Amant de la Chine du Nord de Marguerite Duras

L'histoire est déjà là, déjà inévitable, 
Celle d'un amour aveuglant, 
Toujours à venir, 
Jamais oublié. 

Sept ans avant ce roman, Marguerite Duras publie L'Amant, adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud. L'auteure est furieuse du résultat et décide de réécrire la même histoire, en y intégrant des indications scéniques. Après avoir lu Un barrage contre le Pacifique et l'Amant, ce roman me semble faire partie d'un travail de réécriture sur le même thème, tout en se centrant sur des aspects parfois différents. C'est, à mon avis, le plus abouti des trois. 
A nouveau, Duras revient donc sur cette relation autobiographique qu'elle eût, à quatorze ans, avec un chinois de vingt-huit ans, tout en esquissant les contours des relations qu'elle entretenait avec sa mère, ses deux frères, son amie de pensionnat, la très belle Hélène mais aussi, pour la première fois ou de manière plus appuyée, ce qui fait que je m'en souviendrais pour la première fois, avec Than, le beau jeune homme qui travaillait pour la famille. Là où les deux autres romans insistent davantage sur les conséquences que l'histoire entre Duras et le chinois ont pu avoir sur la famille, changeant la position de la jeune fille puisque devenue objet de désir d'un homme riche dont il serait souhaitable qu'elle devienne la femme, ce roman-ci me semble le roman du désir et plus précisément du désir transgressif. Il y a évidemment la relation entre une très jeune fille et un adulte, mais aussi entre une blanche et un chinois et ce n'est pas tout : le premier objet de désir de la narratrice se nomme Hélène et la relation entre les deux filles reste empreinte d'ambiguïté. Encore plus ambiguë mais surtout extrêmement dérangeante, ce qui n'est jamais fait pour me rebuter, est la relation entre le jeune frère et la narratrice. Il m'a semblé qu'il y avait bien plus de douceur dans ce roman que dans les précédents, notamment envers la mère. Et si le désir est présent, ce roman explore aussi, pour la première fois me semble-t'il la frontière ténue qui peut exister entre le désir et l'amour. 
Aucun des deux ne se rend compte que l'amour est là. Le désir se distrait encore. 
C'est un très beau roman que je vous conseille mais il me semble que pour l'apprécier à sa juste mesure, il faudrait avoir lu les deux précédents, moins réussis. 

Publié en 1991- 245 pages.

Merci à mon CDI ( je l'ai dévalisé avant de quitter le lycée).
A conseiller à ceux qui ont lu l'un des deux romans sur le même thème, ou à ceux qui veulent découvrir Duras. Ce roman me semble plus facile d'accès que Le Ravissement de Lol V. Stein. 

12 commentaires:

  1. J'ai lu les deux autres donc éventuellement pourquoi pas, j'aime beaucoup Duras (mais là je 'redécouvre' Gide, l'été s'annonce classique? ^_^

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    1. Ce n'est pas tant mon été qui s'annonce classique que mon année. Je vais relire de nombreux classiques dans les années à venir. Je ne suis même pas certaine d'avoir lu Gide.

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  2. J'ai lu l'amant et un barrage contre le pacifique. Je note celui-là mais j'ai du mal avec son écriture.

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    1. Je trouve justement que l'écriture de celui-ci est très belle mais elle ne plaira pas à tout le monde.

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  3. De duras, je n'ai lu que "Un barrage contre le pacifique" et j'étais sans doute un peu jeune pour comprendre tous les enjeux.

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    1. Comme de nombreux classiques (je pense à Proust ou Flaubert), il ne faudrait pas lire Duras trop tôt.

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  4. J'ai lu les deux précédents, mais ce ne serait peut-être pas du luxe que je les relise maintenant avant de passer à celui-ci.

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  6. Le ravissement de Lol V. Stein m'a toujours résisté. Mon préféré reste Un barrage contre le Pacifique. Il va falloir que je lise celui-ci.

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  7. Le Ravissement est vraiment très particulier, très littéraire. Si tu as aimé La Barrage, celui-ci risque de te plaire. Il est plus travaillé stylistiquement mais reste abordable.

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