dimanche 9 octobre 2016

La nuit avec ma femme de Samuel Benchetrit

 Je vais le bousiller en quelques phrases. Moi, son père. Lui cogner le coeur. Tu es né il n'y a pas longtemps. C'était marrant la vie. C'est fini. C'est plus marrant. Ce ne sera plus jamais complètement marrant. 

Marie Trintignant est morte il y a plus de dix ans quand Samuel Benchetrit décide de lui redonner vie, le temps d'une nuit, de lui parler, manière pudique d'esquisser un portrait de celle qui était encore sa femme lorsque Bertrand Cantat la tua. C'est aussi une manière de parler de l'amour en général, celui qui l'unit à Marie mais aussi celui qui l'unit encore à Anne, la mère de sa fille, et peut-être plus que tout à ce fils orphelin de mère. L'auteur est ici toujours dans la retenue et d'ailleurs, ce qu'il ne dit pas est aussi important que ce qu'il dit. S'il décrit la relation avec son fils, le moment où il faut annoncer que sa vie ne sera plus jamais comme avant, puis la vie d'après, sans Marie, s'il parle de sa fille qui un jour réclama elle aussi d'avoir la photo de la mère de son frère, il ne parle pas des autres enfants, ni des autres hommes de la vie de sa femme, sauf bien sûr de Bertrand Cantat qu'il ne nomme pas et de l'autre homme de la vie de Marie dont Cantat dira qu'il prend beaucoup de place: son père. Quant aux enfants de Cantat, tout aussi victimes que les enfants de Marie, c'est par la voix de son fils que l'interrogation sur leur sort est posée et le regard que l'auteur porte sur la mère de ces enfants est empli de tendresse. C'est aussi avec pudeur qu'il évoque sa première partenaire sexuelle, celle d'avant Marie, donnant plus de poids à cet amour qui se développera ensuite. Ce livre est autant une déclaration d'affectation à Marie qu'à Anne, la mère de sa fille, dont il peint un très beau portrait. Il y a de très beaux passages, douloureux, tendres ou révoltés. Je me suis souvent dit en me promenant au Père-Lachaise qu'on visitait un lieu qui reste douloureux pour ceux qui y ont enterré les leurs. Samuel Benchetrit nous le rappelle d'une belle façon. Je ne suis pas sûre que ce livre est pour tous mais s'il a fait du bien à son auteur, ce que j'espère, je l'ai trouvé apaisant. Il prouve qu'on peut porter un manque, de la tristesse, du ressentiment et n'être ni aigri, ni vindicatif tout en rappelant le poids de la méchanceté. Il m'a sans doute touchée parce que je me souviens encore des moments à attendre des nouvelles de Marie Trintignant. Contrairement à ce que pense l'auteur d'ailleurs, je suis sûre qu'un grand nombre de ceux qui attendaient ces nouvelles n'étaient pas pris de curiosité malsaine mais étaient réellement inquiets. En quelques jours, Marie Trintignant était devenue le symbole de toutes les femmes qui mouraient sous les coups. Ne pensez pas que ce livre est triste, je crois qu'avant tout, c'est pour moi une formidable histoire d'amour qui se construit sous nos yeux entre un père et son fils forcés de chercher de nouveaux repères. 

Publié en août 2016. 170 p.  

Merci à Babelio.
A conseiller ceux qui auraient tendance à oublier pourquoi le pardon peut être si difficile à accorder. 

22 commentaires:

  1. Bonjour !

    J'ai lu ce récit également. Poignant, émouvant mais dans une pudeur emplie de tendresse.
    J'aimais vraiment beaucoup Marie Trintignant, et ce livre est si beau à lire, apaisant.

    http://bibliza.blogspot.fr/2016/09/la-nuit-avec-ma-femme.html

    A bientôt !

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    1. C'est exactement comme ça que je le définirais aussi: pudique et tendre.

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  2. Merci pour ta belle chronique et pour ta visite sur mon blog. Je suis tout à fait d'accord avec toi. C'est un merveilleux hommage à Marie Trintignant et une belle histoire d'amour...

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  3. Je ne sais pas si je lirai ce livre, même si tu dis qu'il n'est pas douloureux ... Comme toi, je me souviens de ces articles qui annonçaient le drame, puis la mort de Marie. Revoir un de ses films est toujours une douleur. Et dire que Cantat ose encore chanter, ça me sidère que des gens arrivent à l'applaudir

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    1. Je suis comme toi, incapable de rester neutre dans cette histoire. J'ai lu hier un article (des Inrocks peut-être) expliquant que condamner Cantat à ne pas chanter, c'est lui infliger une double peine. Je ne serai donc pas vindicative ici( mais je l'ai beaucoup été face à des copains/copines fans de Noir Désir) mais il n'est pas question pour moi d'écouter ne serait-ce qu'une chanson de cet homme.

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  4. Ouais, je ne sais pas trop, je n'ai jamais lu l'auteur et ne suis pas vraiment tenté sans doute à tort

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    1. le premier tome des Chroniques de l'asphalte est une petite merveille.

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  5. quel beau billet ! j'avais aimé l'écriture de Samuel Benchetrit pour le 1er tome de "Chroniques de l'Asphalte" - au départ je n'étais pas attirée par ce nouveau livre, qui me semblait trop douloureux et trop lourd à lire, mais ton avis me fait changer d'avis

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    1. Eh bien tant mieux! quant à moi, je viens de découvrir quelque jour sur ton site.

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  6. Tu me ferais presque changer d'avis. Je n'ai pas envie de lire ce livre, et pourtant, le thème de la perte est un sujet qui me touche beaucoup.

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    1. Je pense qu'il pourrait te plaire mais uniquement si tu ressens déjà une certaine tendresse pour Benchetrit et/ou Marie Trintignant.

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  7. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps !

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    1. Ca ne m'a pas fait cet effet-là mais ça fait du bien de pleurer en lisant parfois.

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  8. Je l'ai entendu parler de son livre à la radio et je l'ai trouvé touchant et tendre. Je le prendrai à la bibliothèque si je le vois.

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    1. C'est un homme que je trouve touchant en général.

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  9. Je l'ai repéré sans en faire une priorité par crainte de déballage de vie privée mais visiblement ce n'est pas le cas. Les avis sont unanimes.

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    1. Non, ce n'est pas le cas, d'ailleurs on n'apprend pas les détails de la relation entre Marie et Samuel: rien sur leur rencontre, sur l'importance qu'elle a eue dans sa carrière...

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  10. J'hésite vraiment à le lire celui-là, je suis mal à l'aise rien qu'à l'idée...

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  11. Je ne me serai en effet pas spécialement tournée vers ce livre mais j'avoue que tu as éveillé ma curiosité, ça a l'air d'être une belle écriture et de belles émotions aussi.

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    1. Une belle écriture je ne sais pas mais de la pudeur et de la tendresse.

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