jeudi 7 juin 2018

Moment d'un couple de Nelly Alard

... l'amitié semble d'une qualité si supérieure à l'amour, et surtout à la passion amoureuse, qu'on se demande vraiment pourquoi les gens s'acharnent à vivre en couple. 

L'histoire est des plus banales : Olivier avoue à sa femme vivre une histoire d'amour depuis trois semaines avec une femme rencontrée il y a peu. A cause de l'histoire de ses parents, Juliette refuse de mettre fin à son couple. Mais les raisons sont sans doute bien plus complexes : refus de laisser gagner "l'autre", refus aussi de laisser ses enfants partager la vie de cette femme qui ne semble pas équilibrée. C'est en fait le récit d'un combat entre deux femmes face à un homme qui semble prendre du plaisir à être le bout de gras pour lequel elles se battent. 
Le hasard ne cesse de me jouer des tours en ce moment. Ce roman, j'avais voulu le lire à sa sortie en 2013 et j'ai oublié. Puis, il est arrivé entre mes mains à Lille et je l'ai reposé. Deux jours plus tard, on m'en parlait en détails. Le soir-même, je le trouvais dans la boîte à livres de la piscine. Il était temps pour moi de le lire. Son grand atout, c'est de déclencher la discussion entre copines. Il y a celles qui ne comprennent pas qu'on pardonne une incartade (les plus nombreuses et les plus jeunes) et celles qui comprennent qu'on ne veuille pas faire voler en éclat un couple pour un moment de folie (ou de désir, c'est pareil). J'ai donc eu des discussions sans fin avec mes copines autour de ce roman, que ce soit avec celle qui l'avait lu comme avec celles qui ne le connaissaient pas du tout. Des passages m'ont agacée, notamment ceux sur le viol (on pourrait peut-être arrêter d'utiliser ce thème à tout bout de champ comme explication de tout et n'importe quoi) et je ne suis pas du tout d'accord avec la manière dont l'auteure utilise la mort de Marie Trintignant. Ce drame est souvent mentionné, présentant Marie Trintignant comme celle qui a pris l'homme d'une autre. Or, c'est totalement nier le père de son dernier enfant, avec qui elle vivait avant de rencontrer Cantat. Et ce n'est pas la moindre des maladresses, et pour moi, le mot est faible, concernant ce décès. 
Dans six mois elle te disait si c'est ça retourne chez ta femme, tu lui foutais sur la gueule, c'était Vilnuis. 
Malgré tout,  c'est une lecture qui ne m'a jamais laissée indifférente, qui m'a fait m'interroger, dans lequel j'ai trouvé l'écho de mes pensées : 
Est-ce que tu ne crois pas, demande-t'elle, qu'à un moment, un amour devient unique parce qu'on l'a choisi, est-ce que tu ne crois pas qu'on décide d'aimer, de continuer à aimer, de ne plus aimer ? Est-ce que tu es d'accord qu'il y a une part de volonté dans l'amour ?
... j'aurais pu éprouver ce sentiment de vraie rencontre avec n'importe qui. J'avais besoin de vivre ça à ce moment-là, c'est tout. 
ou l'inverse de ce que je pense:
Dire je t'aime, pense Juliette, c'est s'inscrire dans la durée, pas comme dire j'ai envie de toi ou je suis avec toi. Dire je t'aime, V a raison, c'est un serment, ça inclut le temps et la globalité, j'aime tout ce que tu es, je t'aimerai toujours ou en tout cas longtemps. On ne peut pas dire je t'aime puis cinq minutes après je ne t'aime plus, mais quinze ans plus tard, oui. Quelle est la durée de vie implicite du mot je t'aime ?
S'opposent dans le roman deux visions de la nécessité ou non de dire "je t'aime", la femme privilégiant le verbal, l'homme les preuves, dans le roman en tout cas. Même si l'impossibilité d'Olivier à choisir est horripilante, je me suis parfois davantage sentie proche de ce qui se passait dans sa tête que dans celle de Juliette, qu'à vrai dire, je n'ai pas trouvé sympathique. 
Finissons par ma phrase préférée: 
J'ai couché dix fois avec cette fille, c'est tout, on ne va pas se torturer avec ça pendant dix ans. 
Vous l'aurez compris, c'est surtout un roman dans lequel on pioche, pour les confirmer ou les infirmer, des phrases sur le couple. 

412 pages en Folio. Prix Interallié 2013. 

Merci à Laure pour nos discussions autour de ce roman, à celles aussi que je ne nommerai pas.
A conseiller à ceux qui s'interrogent sur la notion même de couple. 

28 commentaires:

  1. A priori ça me plaît beaucoup, surtout si c'est un livre de filles ! Mais je ne comprends pas pourquoi Marie Trintignan : c'est inspiré de ce drame ou c'est simplement cité en exemple? C'est un roman au final ? Si oui, je vais le noter...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un fil rouge dans le roman. Oui, c'est un roman.

      Supprimer
    2. Bon noté, c'est peut-être un livre pour moi !!

      Supprimer
    3. J'aimerais bien avoir l'avis d'un homme.

      Supprimer
  2. C'est un jolie histoire la façon dont tu as cheminé avec ce roman. Par contre je suis certain que ce n'est pas une lecture pour moi.

    RépondreSupprimer
  3. tu donnes envie, j'ai un titre de cet auteur dans ma PAL et je n'ai jamais eu envie de l'en sortir…. je vais peut-être reconsidérer la chose…:)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te le conseille. C'est une auteure que je relirai, même si elle pu m'agacer.

      Supprimer
  4. Une lecture qui pose pleins de questions. Mais est-ce que ce livre répond aussi à certaines ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peut-être à sa manière, mais je ne cherchais pas des réponses, je cherchais des questions à me poser. Les réponses, chacun les a.

      Supprimer
  5. J'avais aimé ce livre mais un peu moins que son precedent, qui de passait dans ma région.

    RépondreSupprimer
  6. C'est marrant... En faisant le tri dans ma bibliothèque, je l'ai retrouvé ! Et j'ai la version grand format, ça fait donc très longtemps qu'il traîne! Cependant j'hésite encore pourtant...!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un peu être un signe ! Je crois que c'est un roman qui aime faire des signes. ;-)

      Supprimer
    2. Ah ben oui apparemment !

      Supprimer
  7. C'est amusant, je viens de lire un livre sur le drame conjugal aussi d eSimone de Beauvoir. Effectivement, dans ces cas existent une vérité. Mais je suis comme stendhal, je pense que l'amour est une cristallisation

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce qui est aussi amusant, c'est que mentionnes Stendhal alors que je suis en train d'écrire un billet sur la correspondance entre Camus et Casares qui m'a donné envie de relire Stendhal !
      Peux-tu m'expliquer ce que Stendhal entend par là (si j'ai bien l'idée, je suis d'accord aussi).

      Supprimer
    2. En fait, il fait une métaphore : Il dit que l'amour, c'est comme une branche qu'on aurait mis dans les mines de Salzbourg et que petit à petit la branche se couvre de cristaux : de même l'amour consiste à donner des qualités à une personne même quand elle ne les a pas ( ce sont les sels qui recouvrent la branche qu'il appelle cristallisation) et il a appelle ça la cristallisation. Hum, j'espère que je suis claire.

      Supprimer
    3. Tu es très claire. L'amour, ne serait-ce pas plutôt de voir les défauts mais de les aimer quand-même ? Parce que dans ce cas, il n'y a pas d'amour sans aveuglement, alors. On pourrait disserter des heures sur l'amour ou de ce qui en prend l'aspect ... :)

      Supprimer
  8. Le poche est dans ma PAL et ce que tu en dis m'interpelle et me donne envie de me pencher dessus, ce que tu dis sur ces paroles sur la mort de Marie Trintignant me choque aussi, rien ne peut excuser la violence d'un homme sur une femme point barre ! Je pense que déjà ça, ça pourrait faire que j'abandonne la lecture...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis d'accord avec toi, évidemment et j'ai longtemps été à fleur de peau rien qu'en évoquant de drame. Mais je crois que les féministes extrémistes sont en train de me faire évoluer. Je n'en suis évidemment pas à excuser Cantat.

      Supprimer
    2. Les hommes sont aussi (certains) extrêmistes dans leur violence, c'est par exemple le cas de Cantat qui n'a rien appris de tout cela et continue à être violent avec les femmes. Je comprends les mauvaises réactions par rapport à ses concerts (je trouve cela pour ma part très indécent qu'il veuille, il devrait se faire plus discret). Pourtant je ne crois pas faire partie des féministes extrèmistes ;0)

      Supprimer
    3. ;-).
      Moi j'avoue que je trouve que ça tourne au lynchage, là. On est libre de refuser d'aller voir Cantat, c'est mon cas. La position des femmes qui manifestent vont à l'encontre de l'effet souhaité, à mon avis, puisque c'est lui qui devient victime. Je dis ça alors que j'ai souvent été très virulente contre Cantat (comme pourrait en témoigner une blogueuse qui n'avait pas la même opinion que moi). Je respecte ceux qui considèrent qu'il a le droit à une autre chance. Je ne suis juste pas de celles qui paieront un jour un billet pour l'un de ses concerts.

      Supprimer
  9. Alors c'est pour moi ce livre !! J'aime beaucoup ton billet, très complet... L'amour est le thème que je vais avoir à traiter avec mes élèves de prépa dès septembre, tu imagines la pression ?! Et en plus, je me pose tellement de questions sur mon propre couple, qui dure depuis 17 ans mais... qui me semble parfois en bout de course et à bout de souffle... bref.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, j'ai vu le programme en librairie! J'imagine bien !
      C'est sain de se poser des questions sur son couple. Parfois on ne s'en pose pas, on se rend compte que l'amour est parti depuis longtemps et il faut tout déconstruire. Peut-être que se poser des questions permet d'éviter ça.

      Supprimer
  10. Ce livre a une résonnance particulière pour moi : il est le dernier lu avant la naissance de mon fils en 2013. Le lendemain j’accouchais. Jamais chroniqué naturellement;)))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dis donc, tu choisis de drôles de lectures à la veille d'accoucher !

      Supprimer

La disparition de Josef Mengele d'Olivier Guez

Josef Mengele arrive en Argentine en 1949, libéré, pense-t'il, des menaces qui pèsent sur lui, le médecin d'Auschwitz, en Europe....